Interview de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, à France Bleu Gironde le 29 avril 2021, sur les femmes victimes de violences conjugales et la lutte contre la précarité menstruelle.

Texte intégral

JOURNALISTE
L'invitée de France Bleu matin, la ministre déléguée auprès du Premier ministre, en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, mais également de la Diversité et de l'Égalité des chances. Vous êtes chez nous en Gironde aujourd'hui à Arcachon et Mérignac, pour parler des victimes de violences conjugales, mais également de précarité menstruelle. Merci d'avoir accepté notre invitation et de répondre à Clémentine VERGNAUD.

CLEMENTINE VERGNAUD
Bonjour Elisabeth MORENO.

ELISABETH MORENO
Bonjour Clémentine VERGNAUD, bonjour à toutes et à tous.

CLEMENTINE VERGNAUD
Emmanuel MACRON dévoile demain son plan de déconfinement, dans la Presse régionale. Pendant le premier confinement, les appels pour violences conjugales ont triplé, pendant le second confinement on a eu 60% de signalements en plus sur les plateformes Internet. On en est où pendant ce troisième confinement ? Il y a urgence à déconfiner ?

ELISABETH MORENO
Alors, l'urgence à déconfiner, elle est pour tous les Français. Mais vous avez raison de souligner que le 39 19, qui est la ligne qui accueille les appels des personnes qui sont victimes de violences intrafamiliales et de violences conjugales, les femmes et les enfants qui appellent cette ligne, ont effectivement augmenté, triplé, quasiment triplé lors du premier confinement. On se rend bien compte que ça a été une période absolument terrible, parce que lorsque vous êtes enfermé dans un huis-clos avec la personne qui vous agresse, les tensions familiales ont été très importantes, et effectivement je pense que les femmes, mais comme tout le monde, ont vraiment envie de sortir de cette crise sanitaire pour reprendre une vie à peu près normale. Mais il faut quand même savoir que les violences, de manière générale, et je pense notamment à la Gironde, plus de 50% d'interventions des forces de l'ordre pendant l'année 2020. Au niveau national, nous avons vu sur la plateforme arretonslesviolences.gouv.fr, lors du deuxième confinement, plus de 60% d'appels, donc effectivement ces femmes qui subissent de manière générale, parce qu'il faut savoir quand même qu'il y a plus de 220 000 femmes qui subissent des violences conjugales dans notre pays, ont été particulièrement malmenées.

CLEMENTINE VERGNAUD
On a des chiffres pour ce troisième confinement ?

ELISABETH MORENO
Alors, le troisième confinement a été, j'ai envie de dire, plutôt stable, on n'a pas vu de pic plus que le premier ou le deuxième, et il faut savoir que nous avions mis en place dans le premier et le deuxième confinement, beaucoup de mesures comme les centres d'accueil éphémères dans les centres commerciaux, parce que quand vous ne pouvez pas téléphoner parce que l'agresseur ou l'auteur des violences est près de vous, on a mis en place beaucoup de mesures justement en termes de places d'hébergement d'urgence pour accueillir ces femmes et leurs enfants, lorsque c'était nécessaire, donc on ne peut pas dire qu'il y ait eu un nouveau pic, mais 50% d'augmentation sur la Gironde, heureusement qu'il n'y en a pas eu davantage.

CLEMENTINE VERGNAUD
Ce matin vous visitez une unité de victimologie à l'hôpital d'Arcachon. Là-bas on accueille les femmes victimes de violences conjugales. On leur propose en plus des soins médicaux, un suivi social, un accompagnement psychologique. C'est l'hôpital qui a financé tout ça sur fonds propres. L'Etat n'a pas un rôle à jouer dans le financement de ces dispositifs ?

ELISABETH MORENO
Alors, je vais commencer déjà par saluer le travail remarquable que font les hôpitaux sur l'accueil des femmes victimes de violences. Ces femmes ont désespérément besoin, à la fois d'être soignées, parce que, quand elles arrivent à l'hôpital, beaucoup d'entre elles n'osent pas aller déposer plainte dans les commissariats ou dans les gendarmeries, et le fait que les hôpitaux puissent les accueillir, et qu'ils puissent les traiter, à la fois physiquement, psychologiquement, mentalement, qu'ils puissent les accompagner socialement, etc. etc., je trouve que ce sont des mesures remarquables, et je veux saluer le travail des médecins en Gironde en particulier, qui ont été particulièrement dynamiques. Il y a beaucoup d'hôpitaux qui dans notre pays, qui ont pris ce genre d'initiative. Olivier VERAN et moi avons débloqué 5 millions d'euros quand même, donc ça n'est pas rien, pour faire en sorte que les femmes puissent être prises en charge au sein des hôpitaux. Les procureurs viennent les rejoindre là, les forces de l'ordre, la police ou les gendarmes, viennent prendre leurs plaintes là, donc vraiment… Vous savez, la question des violences intrafamiliales se traite de manière collective. Elle se traite avec les associations qui font un travail remarquable sur le terrain, je pense notamment à la Maison d'Ella, à je pense à Solidarité Femmes. Il y a énormément d'associations qui s'investissent. Il faut évidemment que les forces de l'ordre, que je salue également, parce que ce sont les premiers remparts à ces violences intrafamiliales, sont très présentes. La justice, on a déplacé, on a investi beaucoup de fonds, notamment sur les bracelets anti-rapprochement.

CLEMENTINE VERGNAUD
Justement, vous parlez de bracelets anti-rapprochement, ils ont été expérimentés depuis 6 mois, 62, alors une soixantaine on va dire, de bracelets pour l'instant distribués, il y en a 1 000 en tout qui sont disponibles, est-ce qu'il ne faut pas accélérer un petit peu ?

ELISABETH MORENO
Ils ont été mis en place dans toutes les juridictions de France, à partir de la fin de l'année dernière. Ces bracelets sont maintenant disponibles et je salue le garde des Sceaux pour cela, parce que c'est important, maintenant c'est aux juges de se saisir de ces procédures et faire en sorte qu'à chaque fois que nécessaire eh bien les choses, enfin que les agresseurs puissent porter ces bracelets pour qu'on protège les femmes et pour qu'on évite que ce soit elles qui aient à s'éloigner et qu'elles se sentent en sécurité. On a pris exemple sur l'Espagne, j'échangeais la semaine dernière avec mon homologue espagnol qui est référence sur ce sujet, et elle m'a expliqué qu'effectivement lors du lancement ça a pris un certain temps. Il faut savoir que ces questions de violences intrafamiliales, de violences conjugales, sont des questions culturelles. Je vous disais tout à l'heure, plus de 220 000 femmes dans notre pays le subissent. Il a fallu attendre que le président de la République décide que ce serait la grande cause du quinquennat pour qu'enfin nous ayons le Grenelle des violences conjugales, dont 46 mesures sont issues, et que nous déroulons quotidiennement, et je vous donne un exemple tout concret : 60%, plus de 60% de places d'hébergement d'urgence ont été créées depuis 2017 pour accueillir ces femmes victimes de violences, qui sont souvent sous emprise et qui ont tellement besoin d'être écoutées, accompagnées et que nous n'abandonnerons pas, et c'est ce que nous faisons au quotidien.

CLEMENTINE VERGNAUD
Cet après-midi vous allez rencontrer à Gradignan des associations qui luttent contre la précarité menstruelle. A la rentrée, dans les universités, il y aura des protections hygiéniques gratuites pour toutes les étudiantes. Est-ce que ce n'est pas une mesure qu'il faudrait mener sur le plan national justement, dans votre portefeuille, l'Égalité entre les femmes et les hommes ? Est-ce que ce n'est pas…

ELISABETH MORENO
Alors, c'est une mesure qui va être menée au niveau national. L'expérimentation a commencé à Lille dans un collège, et avec Jean-Michel BLANQUER, Olivier VERAN et Frédérique VIDAL nous avons décidé que nous ne pouvions pas laisser tomber ces presque 2 millions de femmes qui vivent dans la précarité menstruelle, qui n'ont pas les moyens d'acheter des serviettes périodiques, et c'est une question de santé. Là encore, jamais nous n'avions été autant interpellés sur cette question, et nous avons décidé d'investir là aussi 5 millions d'euros pour pouvoir, sur l'ensemble du territoire, accompagner toutes les femmes qui en ont besoin, ce sont les collégiennes, ce sont les lycéennes, ce sont les femmes sans domicile fixe, ce sont les femmes incarcérées, et je peux vous dire que nous avons beaucoup de volonté sur ce sujet.

CLEMENTINE VERGNAUD
Merci Elisabeth MORENO d'avoir accepté notre invitation ce matin sur France Bleu Gironde. Je rappelle que vous êtes la ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 avril 2021