Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec Europe 1 le 8 mai 2021, sur le tourisme en France et au sein de l'Union européenne face à l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

Q - Je suis avec le secrétaire d'Etat chargé du tourisme. Bonjour, Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonjour.

(...)

Q - Nous sommes à l'aube d'une réouverture progressive des sites. Les Français se posent déjà la question de ce qu'ils vont pouvoir faire cet été. Le mot d'ordre, c'est quoi ? Eté français, en 2021 comme en 2020 ?

R - Comme secrétaire d'Etat au tourisme, naturellement, je fais la promotion de la France et de ses territoires merveilleux. Donc, l'été bleu-blanc-rouge, on l'a vécu, l'été dernier, mais je crois que les Français vont continuer peut-être à cultiver leur jardin secret en France, parce que l'on redécouvre aussi notre pays avec de nouveaux yeux, après les moments compliqués que nous avons vécus.

Q - Mais c'est une recommandation ou c'est plutôt un mot d'ordre martelé comme l'an dernier ?

R - Les Français ont dû suivre beaucoup de recommandations ces derniers mois pour pouvoir lutter contre la pandémie et ce n'est pas à moi de leur dire ce qu'il faut faire pour les vacances.

Q - S'ils veulent partir en Europe ou ailleurs ils peuvent ?

R - Naturellement. Depuis le 3 mai, nous pouvons circuler librement en Europe. Entre Européens, nous avons travaillé à ce certificat numérique qui entrera en vigueur courant juin pour faciliter les déplacements, en finir avec les septaines, etc. Vous imaginez, il fallait parfois s'isoler quand on changeait de pays en Europe. Donc, tout cela sera fini. Donc nous serons heureux d'accueillir des Européens de la même façon que les Français seront heureux de visiter l'Europe. Ce qui compte, je crois, c'est de garder, en tous les cas, de la vigilance, de la prudence, tout au long de cette période, vacances rime aussi avec prudence, pour qu'on ne compromette pas ces réouvertures progressives.

Q - Dans ma boîte à outils, Jean-Baptiste Lemoyne, qu'est-ce que je fais ? Est-ce que pour partir à l'étranger il va falloir un passeport vaccinal ? Est-ce qu'il va y avoir des quarantaines ? Que disent les autres pays et vos homologues européens ?

R - Il faut distinguer l'espace européen où la circulation peut se faire justement sans problème grâce à ce certificat numérique que nous avons travaillé ensemble.

Q - Qui implique quoi, en deux mots, pour résumer ?

R - Vous téléchargerez une application, pour nous, cela sera TousAntiCovid. Cela permettra de montrer que, soit vous êtes vacciné, soit vous avec un test PCR négatif, soit vous êtes immunisé parce que vous avez été atteint, hélas, par le Covid et que vous êtes rétabli.

Q - Dans ces trois cas, je passe ?

R - Cela permettra de faciliter la circulation. Après, s'agissant des pays qui sont hors de l'espace européen, d'une part il y a certains pays dans lesquels, on le voit, les variants sont encore très actifs, et donc, on va travailler sur des listes et des couleurs. Il y aura les pays verts, les pays oranges, les pays rouges. Pour les pays verts, on voit qu'il y aura cette capacité à pouvoir s'y déplacer. Nous travaillons à ces listes au sein du gouvernement ainsi qu'avec nos collègues européens. Je ne peux pas vous donner, tout de suite, la liste de ces pays européens, il y en a aujourd'hui seulement cinq ou six qui sont verts, mais cela va s'élargir au fur et à mesure de l'amélioration de la situation sanitaire. Et donc, je donne un conseil pratique à vos auditeurs qui est de ne pas hésiter à consulter les conseils aux voyageurs du site du ministère des affaires étrangères, parce que vous avez là toutes les informations, c'est très pratique pour préparer son déplacement. Par ailleurs, je conseille aussi de télécharger une application européenne faite par Thierry Breton, le commissaire en charge du tourisme, qui s'appelle Reopen, et vous avez là, pays par pays, toutes les conditions pour pouvoir se déplacer et voyager. C'est le petit conseil pratique que je donne ce matin.

Q - Cela peut concerner aussi les Français de l'étranger, je pense notamment aux Londoniens qui attendent les pays sur la fameuse Green list, dont vous parliez à l'instant...

R - Les Français de l'étranger peuvent rentrer à tout moment en France sur le territoire national, c'est normal. Et d'ailleurs, nous avons aussi prévu, s'ils le souhaitent, ils peuvent se faire vacciner sur le territoire national.

Q - A l'aéroport directement s'ils rentrent par l'avion ?

R - Pas nécessairement à l'aéroport, ils pourront se faire vacciner sur le sol national, les centres de vaccination sont prévenus que ces publics-là peuvent se présenter, donc ils sont pleinement pris en compte dans notre stratégie vaccinale. Par ailleurs, je serai, dans quelques jours, à Madagascar, dans certains pays, nous acheminons nous-mêmes des vaccins pour vacciner nos propres compatriotes. C'est un Etat, vous le voyez, qui est aux côtés de ses ressortissants, où qu'ils soient dans le monde.

Q - Sur les billets, typiquement les billets d'avion, quelles consignes pour les compagnies aériennes ? Est-ce qu'elles auront l'obligation de rembourser en cash et non en voucher ? Souvenez-vous du pataquès, l'an dernier, l'UFC Que choisir avait dû monter au créneau pour justement faire valoir ce droit.

R - Tout à fait. D'ailleurs, ce droit est inscrit dans les règles européennes. Il est vrai que l'année dernière était une année totalement atypique. Et par exemple, nous avons fait évoluer la législation pour que les agences de voyage puissent proposer de reporter les déplacements. Mais les compagnies aériennes auraient dû rembourser. Cela étant, pour éviter la faillite, il y a eu la mise en place de ces avoirs par certaines compagnies, de façon un peu trop unilatérale, il faut dire les choses. Maintenant, j'espère que les choses sont quand même bien revenues à la normale, et qu'il y aura de la réassurance sanitaire mais également de la réassurance financière, budgétaire, si je puis dire. Je travaille avec les professionnels chaque semaine dans le comité de filière tourisme. Ils sont conscients de tout cela. Ils ont d'ailleurs mis en place des conditions de réservation et d'annulation beaucoup plus souples et plus flexibles que ce qui existait par le passé parce qu'ils sont conscients qu'on est face à l'inattendu permanent avec la pandémie et qu'il faut s'adapter.

Q - Cela vaut pour tous les professionnels. Cela vaut pour le train, pour les gîtes, pour les hôtels, pour les locations de voitures...

R - Les grandes fédérations, je pense à l'UMIH, au GNI pour les hôteliers, l'hôtellerie de plein air, par exemple, ont incité leurs adhérents et leurs prestataires, à mettre en place ces conditions commerciales souples. Après, c'est chacun qui commercialise qui est responsable, il faut toujours regarder les conditions, mais globalement ils suivent le mouvement et c'est heureux.

Q - Une dernière question, à propos des professionnels du tourisme, dont vous parlez. Certains attendent toujours les indemnisations. Je pense à tous ceux qui, dépités, ont vu cet hiver la neige tomber et vous ont entendu déclarer "les canons à neige ne vont pas fonctionner, les canons à indemnisations doivent être au rendez-vous". Alors, c'est vrai qu'ils étaient au rendez-vous pour les remontées mécaniques, mais certains hébergeurs se plaignent encore parce que c'était plafonné à dix millions d'euros. Il y a eu -98% sur le chiffre d'affaires des nuitées des villages vacances. Le Club Med a perdu, rien que pour citer cet exemple-là, 260 millions d'euros de chiffre d'affaires. Que répondez-vous ?

R - On a, aujourd'hui, engagé entre cinq et six milliards d'euros pour pouvoir indemniser les acteurs de la montagne. C'est normal, c'est un dû, si je puis dire, puisqu'on a dû les contraindre de fermer. S'agissant de ces fameux dix millions d'euros qui sont un plafond, c'est vrai qu'on se situe aussi dans un cadre européen, mais je peux vous dire qu'on est attentifs à faire du sur-mesure et à trouver les meilleures solutions.

Q - Cela veut dire qu'il y aura d'autres aides ?

R - Cela veut dire que le compteur des aides continue à tourner. On ne va pas débrancher ces aides d'un coup d'un seul. Toute cette semaine, avec Bruno Le Maire, Alain Griset, j'ai consulté les secteurs du tourisme pour pouvoir également adapter ces aides à la reprise parce que la reprise va être progressive. Ils ne vont pas faire 100% de leur chiffre d'affaires tout de suite avec les jauges et les conditions sanitaires. Et donc, on va continuer à accompagner ce secteur. Vous savez, on a mis 28 millions d'euros sur la table depuis un an pour accompagner le secteur du tourisme. Ce n'est pas pour s'arrêter et faire en sorte que certains aillent à la faillite. On veut que ces entreprises, ces talents, ces emplois, demeurent. C'est une richesse de la France.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 mai 2021