Entretien de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, à RMC/BFM TV le 24 mai 2021, sur le détournement d'un avion en Biélorussie, le passe sanitaire au niveau européen, la question migratoire et l'Eurovision.

Texte intégral

Q - Bonjour Clément Beaune.

R - Bonjour.

Q - Merci d'être mon invité ce matin sur RMC et BFM TV. Vous êtes secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, on va bien sûr parler du pass sanitaire, des vaccins, de la reprise des voyages. Mais d'abord, cette affaire, un Boeing 737 de la compagnie Ryan Air qui faisait Athènes/Vilnius a été détourné vers Minsk, accompagné ou plutôt escorté par un avion chasseur biélorusse vers l'aéroport de Minsk. Là, atterrissage forcé, le militant d'opposition Roman Protassevitch qui était à bord a été sorti de l'avion et arrêté. L'Europe condamne et promet des sanctions, en sait-on un peu plus sur ces sanctions ?

R - D'abord, c'est une affaire sidérante et scandaleuse. Pour bien expliquer, on parle d'un avion européen, d'une compagnie de l'Union européenne qui voyageait entre deux capitales de l'Union européenne. C'est donc un acte de piraterie d'Etat qui ne peut pas rester impuni. Nous avons déjà, depuis les événements électoraux, les fraudes et les répressions très brutales depuis l'été dernier, pris des sanctions à plusieurs reprises contre la Biélorussie. Aujourd'hui, le Président biélorusse lui-même est sous sanction européenne, il ne peut plus voyager, ses avoirs sont gelés, et il y a une centaine de responsables politiques biélorusses qui sont déjà sous sanction. Nous pourrions accroître effectivement ces sanctions à d'autres responsables, ce sera discuté ce soir au sommet européen des chefs d'Etat et de gouvernement. Il pourrait y avoir aussi d'autres mesures que nous regardons, je pense à une mesure qui doit se discuter au niveau européen et international, c'est par exemple, l'interdiction de l'espace aérien biélorusse qui est une mesure de sanction et de sécurité.

Q - Le souhaitez-vous ?

R - Je souhaite qu'on regarde le plus rapidement possible et je pense que ce serait une des mesures raisonnables pour nous protéger, parce qu'on a mis en danger la vie de ressortissants européens. Au-delà de cet opposant, nous condamnons évidemment l'arrestation, mais il y avait neuf passagers français à bord, il y avait beaucoup de passagers européens, des passagers tout court qui ont été mis en danger avec un chasseur biélorusse qui a escorté l'avion et forcé à atterrir. C'est de la piraterie. On peut donc imaginer ce type de mesures et en plus, je le signale, cela fait aussi des recettes en moins pour le régime biélorusse parce que, tout survol d'un espace aérien, ce sont une partie des taxes aériennes qui reviennent au pays, donc, c'est une forme de sanction.

Q - Non seulement ce serait pour la sécurité, mais cela aurait aussi des conséquences économiques.

R - Exactement. C'est une des options que nous regardons pour les jours qui viennent.

Q - Vous le dites, quand même, Clément Beaune, des sanctions contre la Biélorussie, vous en avez mis en place au niveau européen depuis la reconduction au pouvoir d'Alexandre Loukachenko, cela ne lui fait donc, visiblement, pas peur du tout.

R - C'est quand même un régime aux abois qui utilise ce genre de procédé. On le voit, et d'ailleurs je veux rendre hommage d'abord.

Q - C'est surtout un régime qui n'a plus peur de personne.

R - Oui c'est possible, on le voit, un régime qui dérive complètement, mais il faut je crois, avoir la fermeté nécessaire, avec des mesures de sanctions, ce type de mesures sur l'espace aérien que nous regarderons au niveau européen et international.

Et malgré tout, il faut continuer, je sais que cela peut paraître paradoxal mais c'est nécessaire, une discussion notamment avec la Russie, dans le cadre de l'OSCE qui est l'organisation de sécurité européenne, pour essayer de trouver des solutions de dialogue politique et que M. Loukachenko parte le plus vite possible.

Q - Y croyez-vous ?

R - J'y crois, cela ne se décide pas, malheureusement nous n'allons pas faire une opération militaire contre Minsk, je crois que ce ne serait pas sérieux et protecteur, Mais nous continuerons à soutenir l'opposition politique, nous continuerons à prendre des mesures de sanctions, nous les renforcerons, et nous continuerons aussi le dialogue politique avec la Russie, avec cette position de fermeté, pour faire en sorte que la Biélorussie qui est la dernière dictature d'Europe bascule, j'espère le plus vite possible, enfin, dans la démocratie.

Q - A l' instant où l'on se parle Clément Beaune, pouvez-vous assurer à tous ceux qui nous écoutent, aux voyageurs français, aux voyageurs européens - qu'ils sont en sécurité dans l'espace aérien ?

R - Bien sûr, et un épisode comme celui-là, qui paraissait - si ce n'était pas si grave - digne d'un roman d'espionnage, même au coeur de la guerre froide on ne l'imaginait pas vraiment, cela s'est passé. Nous devons donc prendre des mesures de sanctions mais aussi effectivement, assurer d'abord la sécurité de nos propres ressortissants.

J'ai été en contact hier, comme Jean-Yves Le Drian, avec les autorités de Lituanie, qui était la destination, pour qu'ils s'assurent que tout le monde revienne, malheureusement pas l'opposant, et que nos ressortissants soient accueillis hier soir à Vilnius et je les en remercie. Bien sûr, nous prendrons toutes les mesures de sécurité pour qu'il n'y ait aucun danger en Europe ou ailleurs, quand on prend l'avion.

Q - Vous ajoutiez, "malheureusement pas l'opposant", c'est ce que n'a pas ajouté la Commissaire aux transports qui, hier twittait et a surpris en twittant -qu'elle se réjouissait de savoir que tout le monde rentrait sain et sauf.

R - Oui, c'était sans doute un peu rapide, elle se réjouissait que les passagers puissent être pris en charge et soient sains et saufs, en effet, mais évidemment on ne peut pas être soulagé tant que l'opposant et sa compagne sont aujourd'hui arrêtés dans des conditions que l'on ne connaît pas exactement, mais extrêmement graves, peut-être violentes, et donc, nous veillerons aussi à cela en soutenant l'opposition encore.

Q - L'Europe demandera à ce qu'il soit libéré ?

R - Bien sûr, l'Europe a déjà demandé, hier soir, unanimement sa libération immédiate, les Etats-Unis aussi je m'en réjouis. Il y aura des mesures internationales dans les prochains jours.

Q - Clément Beaune, vous qui êtes secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, ce qui est évidemment aussi au menu des discussions européennes, c'est la question du pass sanitaire. On a bien compris que l'Europe s'était mise d'accord sur un pass sanitaire, mais pas forcément exactement ensuite, sur le fait qu'il exempte de quatorzaine ou non. Pouvez-vous nous assurer d'abord qu'il y aura vaccin ou test, ou bien, est-ce que, pour certains pays, il faudra vaccin et test ?

R - Je vais être très clair là-dessus, c'est un vrai progrès de coordination. On n'a pas toujours été bien coordonné au niveau européen, là, c'est un outil très utile. Il sera mis en place complètement le 1er juillet, il sera complètement opérationnel dans les 27 pays de l'Union européenne. Je veux être très clair aussi parce -qu'il y a eu de la confusion, ce sera vaccin ou test. Pourquoi y a-t-il un peu de confusion et de débat aujourd'hui ? Parce qu'il n'est pas encore en place, et donc, y compris la France, aujourd'hui, on exige toujours un test, même pour un voyage au sein de l'Union européenne.

Q - Même pour ceux qui sont vaccinés ?

R - A ce stade oui. Mais l'idée du pass sanitaire européen c'est de faire en même temps et ensemble, cette harmonisation pour que ce soit vaccin ou test, et pas les deux. Nous prendrons nos propres décisions nationales pour peut-être anticiper un peu, commencer à avoir des voyages plus faciles. Dans le courant du mois de juin, nous prendrons des décisions gouvernementales, françaises, la première semaine du mois de juin sur la reprise des voyages.

Q - ...qui pourraient permettre de mettre en place ce pass avant le reste de l'Europe ?

R - C'est l'une des possibilités pour des pays dont la situation sanitaire est sûre, parce que nous restons extrêmement prudents vis-à-vis de nos partenaires européens mais plus encore des pays non européens.

Q - que l'on se comprenne bien, en fait, ce pass, c'est une sorte d'outil sur lequel vous vous mettez d'accord, mais ensuite, sur les règles, vous n'êtes pas forcément d'accord.

R - Non, il y a un cadre précis. Je vous donne deux exemples très concrets : tous les tests PCR seront reconnus dans ce pass, il peut y avoir une petite flexibilité pour la durée de validité du test, entre 24 et 72 heures pour être très concret. Nous continuons des efforts pour essayer que même dans ce cadre européen, nous ayons le plus d'harmonisation possible.

Cet après-midi avec Olivier Véran, nous réunissons nos homologues de sept pays européens, les plus proches de nous, et ceux avec lesquels il y a le plus de flux touristiques, je pense à l'Espagne et au Portugal, par exemple, en essayant d'avoir exactement les mêmes règles. Nous continuons ce travail d'harmonisation.

Les vaccins, c'est très important, ce seront tous les vaccins autorisés par l'Agence européenne des médicaments, il y en a quatre aujourd'hui là je veux être précis aussi, nous serons très prudents ; il n'est pas question pour nous d'accepter que l'on arrive en France avec un vaccin dont on n'est pas sûr de la protection, russe ou chinois par exemple.

Q - Est-ce que cela veut dire que des Hongrois qui auraient été vaccinés avec le vaccin russe Spoutnik, eux, n'auraient pas l'autorisation de rentrer en France ?

R - Absolument. Ils peuvent faire un test bien sûr, mais le vaccin, dans ce cas précis ne suffira pas, que l'on vienne de Chine, du Chili, de Hongrie, même au sein de l'Europe, parce que nous voulons être sûrs que les gens qui sont en France, pour la saison touristique, soient bien protégés.

Q - Le pass sanitaire ne voudra pas dire qu'il n'y aura pas de quatorzaine ?

R - Nous souhaitons que ce soit ainsi, c'est-à-dire que ce soit le pass sanitaire, il est sûr, vaccin ou test, point barre. C'est juridiquement possible que quelques pays rajoutent une quatorzaine, c'est pour cela que l'on fait cette coordination avec Olivier Véran, ces jours-ci, cet après-midi et dans les prochains jours, pour s'assurer que l'on ne rajoute pas des mesures supplémentaires. Je crois que quand on a la sécurité sanitaire d'un côté, la simplicité du pass, il ne faut pas en rajouter, il faut que l'on respire même si on est prudent. Mais ce pass sanitaire est prudent et on ne rajoutera pas de mesure.

Q - Pourriez-vous mettre en garde des pays qui seraient tenté par exemple de mettre les Français qui viennent voyager chez eux en quatorzaine à l'arrivée en leur disant qu'à ce moment-là ce sera la réciprocité ?

R - Je préfère que pour l'instant on soit dans la coordination plutôt que dans la menace. Nous avons encore quelques jours, quelques semaines, pour préparer notre saison touristique, c'est ce que nous faisons très concrètement. Et puis, je veux le dire aussi parce que l'on ouvre, quand cela est possible, on ferme quand c'est nécessaire. Et donc, les pays où il y a une forte circulation du variant, le Brésil, l'Inde, aujourd'hui c'est le cas et cela durera tant que c'est nécessaire, vous avez des mesures très strictes de quarantaine par exemple à l'arrivée ; et cela demeurera parce que l'on doit se protéger.

Q - Nous confirmez-vous qu'à partir du 9 juin les Américains vaccinés pourront revenir en Europe ?

R - Je ne peux pas vous confirmer que ce sera pour les Américains à partir du 9 juin, nous prendrons nos décisions la première semaine de juin. Nous définirons une liste de pays verts, peut-être les Etats-Unis, une liste de pays dans lesquels la situation sanitaire est suffisamment bonne, et pour cela nous avons harmonisé les critères européens, pour les laisser entrer en France ou ailleurs en Europe.

Je pense que les Etats-Unis pourraient en faire partie, mais nous devrons examiner la situation sanitaire début juin.

Q - Si les Etats-Unis font partie de ces pays, ce qui visiblement à ce stade est en train de se dessiner, et que donc les Américains vaccinés pourraient venir sur le sol européen, attendez-vous que les Américains fassent de même et que les européens puissent retourner aux Etats-Unis ?

R - Oui, nous le demandons et il y a en ce moment des négociations entre l'Union européenne, la Commission, pour les 27 pays et des grands partenaires économiques touristiques, les Etats-Unis bien sûr mais aussi le Royaume-Uni, par exemple, ou la Suisse , qui sont des flux économiques et touristiques importants pour que l'on ait une ouverture quand c'est sûr, le plus vite possible, et la réciprocité, si possible, c'est évidemment ce que nous souhaitons.

Q - Clément Beaune, pouvez-vous dire aux Français qu'au fond, c'est bon, ils peuvent commencer à prendre des billets pour cet été, en toute sérénité, pour l'Europe et peut-être même, par exemple, pour les Etats-Unis ?

R - Je souhaite que le plus possible, les Français puissent être en vacances en France, mais on se met en situation, oui, que les voyages au sein de l'Europe puissent reprendre à partir de la fin du mois de juin ou tout début mois de juillet.

Q - Vous disiez que les Français restent en France, mais en France, il y aura aussi, pour certains endroits une restriction sanitaire. Le patron du Club Med a annoncé qu'il mettrait en place une nouvelle frontière en quelque sorte, à l'entrée des clubs avec un pass sanitaire, d'autres, des campings, des hôtels pourraient le suivre, soutenez-vous cette démarche des opérateurs touristiques français ?

R - Là, il faut être prudent, il faut bien que l'on se coordonne et c'est ce que fera mon collègue Jean-Baptiste Lemoyne en charge du tourisme. Attention, on ne peut pas, au-delà de la loi, le pass sanitaire est très encadré, vous avez vu les débats au Parlement, on ne peut pas, chacun, rajouter par exemple dans son restaurant ou dans un club, une exigence de pass sanitaire si elle n'est pas prévue par la loi. C'est la loi qui définit les lieux qui sont accessibles sous condition de pass sanitaire ; il y a encore des discussions pour savoir si les grands campings seront dans ce cas-là, ce sont des lieux de rassemblement de plus de mille personnes et ce n'est pas à chacun de décider s'il veut le pass sanitaire pour la vie touristique, sportive, culturelle.

Q - Donc, quand le Club Med en fait, pratiquement, un argument marketing en disant que chez eux, vous serez protégés,

R - Nous le vérifierons avec eux.

Q - Vous dites attention, ce n'est pas à vous de décider.

R - Je dis que si c'est la loi c'est possible, mais là aussi, c'est quand même un sujet de liberté individuelle. Je pense que l'on doit défendre le pass sanitaire pour les voyages, pour les grands rassemblements, mais nous n'allons pas au restaurant ou au travail avec un pass sanitaire. Ce n'est pas une société dans laquelle nous voulons vivre. Il y a une loi et nous vérifierons avec les professionnels, au cas par, cas s'ils ont le droit ou pas. Ce ne sont pas eux qui décident.

Q - Vous avez sans doute lu les propos de Stéphane Bancel, PDG français de Moderna, dans son interview au Journal du dimanche, hier. Il a été très critique à l'endroit de l'Europe. Il a notamment raconté comment se sont passées les négociations sur les achats de vaccins et dit "le dossier s'est enlisé à Bruxelles. J'ai pressé l'Europe de passer commande et de nous verser un acompte pour lancer la production, en vain.".

R - Oui, Stéphane Bancel avait déjà dit cela. Honnêtement, je pense qu'il y a un peu de vrai et un peu d'exagération. Je le dis, nous pouvons sans doute aller plus vite dans nos procédures européennes, mais une partie du fait que l'on a pris un peu plus de temps que les Britanniques ou les Américains, que les Britanniques notamment, c'est que l'on a suivi des procédures plus rigoureuses. Les Britanniques ont pris un peu plus de risques dans la procédure de vaccination. Ces risques, pour l'instant, ont été payants. Mais est-ce que nous, Européens, nous étions prêts à le faire au début, prendre des procédures d'urgence, pour autoriser certains vaccins et vérifier moins l'information ? Je ne le crois pas. Souvenons-nous, parce que l'on peut refaire le film, en novembre, en décembre, quand les vaccins débutaient et qu'on les découvrait, nous avions des responsables politiques de tous partis, notamment au Rassemblement National, qui nous disaient "l'ARN messager, jamais, vous êtes des fous, n'allez pas trop vite. Pas de procédure d'urgence, vérifions bien tout ". Nous l'avons fait pour être sûrs, et maintenant on accélère. Peut-être qu'il faudra que l'on réfléchisse sur notre rapport au risque dans les sociétés européennes. On ne peut pas dire à la fois que c'est formidable, cela va plus vite en Israël, au Royaume-Uni, et ne pas regarder comment ils font. Ils ont pris plus de risques que nous. Etions-nous prêts à le faire ? Je ne le crois pas. Sommes-nous prêts à le faire pour la suite ? Ayons ce débat de société.

Q - Donc, pas de regrets ?

R - J'ai des regrets sur un certain nombre de points, et je vais vous dire sur un point : c'est que nous n'avons pas été assez au rendez-vous de l'innovation. Nous n'avons pas au départ misé assez, financièrement, sur des grandes innovations comme l'ARN messager, qui ont été inventées en Europe, c'est cela le paradoxe.

Q - Donc, nous avons été très frileux.

R - Nous avons été un peu timides, mais ce n'est pas que l'Union européenne, c'est nous, Européens, l'ensemble des pays, et c'est peut-être un peu notre culture aussi. Donc, réfléchissons à cela pour que l'on soit un lieu de risque et d'innovation, un peu plus.

Q - La crise migratoire, avec ces images bouleversantes que l'on voit depuis plusieurs jours, de ces jeunes qui risquent tout pour arriver sur la plage espagnole de l'enclave au nord du Maroc. Est-ce que c'est un problème marocain ? Est-ce que c'est un problème espagnol ? Est-ce que c'est un problème européen ?

R - Le problème migratoire est un problème européen qui ne peut se résoudre que de manière européenne. Ces images sont déchirantes. Et ceux qui disent que ce sont des crises migratoires, ce n'est pas vrai, il y a un phénomène migratoire. Il faut le regarder en face. Il y a une jeunesse, en Afrique du nord, en Afrique subsaharienne, qui veut venir en Europe, car elle n'a pas de perspective chez elle. À nous de lui en donner aussi par des actions de développement plus fortes. C'est une des raisons pour lesquelles nous augmentons très fortement, pas qu'en France, mais d'abord en France, notre aide au développement. Et puis, il faut être sérieux, ferme, dans la gestion de nos frontières. Là il y a eu un épisode où l'Espagne a été mise en difficulté, dans sa relation avec le Maroc. Nous soutenons l'Espagne et nous appelons à la reprise de la coopération avec le Maroc. Je crois que c'est un épisode spécifique où il y a eu une tension diplomatique entre l'Espagne et le Maroc qui a donné lieu à ce pic migratoire.

Q - Mais quand vous dites "on aide l'Espagne", on l'aide comment ?

R - Nous l'aidons d'abord en disant que nous la soutenons. Nous l'aidons en regardant si nous pouvons l'aider à gérer ses frontières et plus largement, il y a en Espagne aujourd'hui des bateaux européens et notre agence européenne des frontières, Frontex, qui aide l'Espagne comme elle aide la Grèce, à gérer ses frontières.

Mais ce n'est pas suffisant. Nous devons renforcer cette agence pour mieux gérer nos frontières. Puis nous devons avoir une politique migratoire plus européenne. Quand on voit en Italie les débarquements qui reprennent parfois sur certaines îles, nous devons aider l'Italie à gérer sa frontière, à empêcher un certain nombre d'arrivées. Nous travaillons avec la Lybie par exemple. Mais aussi, quand ce sont des réfugiés, qui ont droit à l'asile, on doit répartir l'effort. La France prend plus que sa part. Mais d'autres pays européens, - je pense à la Hongrie, à la Pologne, à d'autres -, ne prennent pas leur part. Ils doivent aider aussi.

Q - Vous étiez à Rotterdam, en direct, samedi soir, pour l'Eurovision. Nous vous avons vu vibrer pour Barbara Pravi, arrivée deuxième derrière l'Italie. Le chanteur a-t-il pris de la cocaïne en direct ? Est-ce que vous avez un doute et des informations ?

R - Je ne sais pas, je ne vais pas vous révéler de scoop. Je n'étais pas derrière sa table. D'abord, je veux féliciter Barbara Pravi, c'est notre meilleur score depuis trente ans. Je crois que nous avions tous envie de retrouver un événement où tout le monde a vibré, il n'y a jamais autant de gens qui ont regardé l'Eurovision depuis quinze ans, je crois. Un Européen sur deux a regardé l'Eurovision. Puis il y a ce doute sur le chanteur italien, il a accepté de se soumettre à un test qui aura sans doute lieu aujourd'hui ou demain. Nous aurons les résultats dans les 48 heures, je suppose. L'UER, l'Union européenne de radio-télévision, l'organisme européen qui organise ce grand concours, prendra des mesures si cela est nécessaire. Il ne faut qu'il y ait aucun doute et une totale transparence, avec test, sanctions s'il y a un problème, et s'il n'y a pas de problème, tant mieux, et nous reconnaîtrons cette belle victoire.

Q - S'il est positif, est-ce qu'il doit rendre le titre ?

R - Ce n'est pas moi qui le décide mais des mesures de sanction sont prévues jusqu'à une disqualification possible en cas de problème.

Q - Donc, ce que vous nous dites ce matin c'est que potentiellement, Barbara Pravi pourrait être gagnante de l'Eurovision ?

R - Je ne veux pas être mauvais joueur. D'abord, je salue l'Italie parce qu'aujourd'hui c'est le vainqueur. Je salue évidemment Barbara Pravi parce que c'est une excellente performance et, pour moi, elle a quand même gagné, au fond, indépendamment de toute cette affaire. Et puis, il y a un doute, par ailleurs, vérifions, qu'il n'y ait aucune suspicion. Peut-être qu'il faudra changer les règlements pour que l'on ait des tests plus rapides pour vérifier ce genre de cas, parce que nous ne pouvons pas, même en termes d'image, laisser penser que ces concours donnent lieu à ce type de dérives.

Q - On en parle comme d'une forme de dopage.

R - Je ne pense pas que cela soit du dopage et que cela l'ait aidé à gagner. Je n'en sais rien. Mais en termes d'image et d'exemplarité, beaucoup de jeunes regardent, je crois qu'on ne peut pas laisser faire cela.

Q - A propos des jeunes, Emmanuel Macron qui s'est prêté au jeu des youtubeurs McFly et Carlito, est-ce que c'était sa place ?

R - Oui, je crois que c'est sa place. Il ne fait pas cela tous les jours, mais c'est parfaitement nécessaire. Il s'occupe de grandes crises internationales, il est Président à 200% du temps...

Q - Et il fait des blagues.

R - Heureusement. Et il parle aux jeunes. Mais il y a aussi beaucoup de fond, dans cette vidéo, aussi. Il n'y a aucun doute sur le fait qu'il est engagé dans sa fonction présidentielle, on peut s'autoriser, je crois, de communiquer, d'expliquer, de rire, parfois, à destination des jeunes, dans un moment qui était une semaine de réouverture, de respiration pour nous tous. Je crois, que ce soit de l'Eurovision à cette vidéo, nous avions besoin de moments comme cela.

Q - Alors, ce n'est pas tout à fait sans conséquence puisque le Président aura un gage. Il s'est engagé à avoir le portrait de McFly et Carlito dans son bureau pour les voeux du 14 juillet. Sérieusement ?

R - On verra.

Q - Il ne va peut-être pas répondre à son gage, vous avez un petit doute ?

R - Je ne sais pas comment se passent les gages avec McFly et Carlito.

Q - Mais vous trouvez quand même que la photo de McFly et Carlito sur son bureau, au moment du 14 juillet, ce n'est pas tout à fait...

R - On verra.

Q - Je ne vous sens pas hyper convaincu, quand même.

R - Je ne suis pas sûr que cela soit le centre de cet événement et puis, quand bien même cela arriverait, on parle de quelques secondes, je ne pense pas que cela remette en cause la solennité du bureau présidentiel, la fonction présidentielle. Je pense, pour le connaître assez bien, que le Président de la République y est particulièrement attaché. Je note parfois qu'on lui a reproché le contraire : trop de raideur, de verticalité. Il a montré, pour ceux qui avaient un doute, que c'était aussi une personne extrêmement engagée pour les jeunes, très préoccupé, là, je le dis sans sourire, dans cette période de crise, par l'ambiance, l'atmosphère parfois pesante, dans la jeunesse française. C'est cela, sur le fond, le message.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 mai 2021