Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France Info le 28 mai 2021, sur la campagne de vaccination contre le Covid-19, la relance économique et les élections régionales.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour !

MARC FAUVELLE
Ça y est, tous les adultes peuvent désormais prendre rendez-vous pour se faire vacciner à partir de lundi, il n'y a plus de conditions d'âge ni de co-morbidité à annoncer. Vous avez pris rendez-vous ?

GABRIEL ATTAL
Pas encore.

MARC FAUVELLE
Vous allez le faire ?

GABRIEL ATTAL
Oui bien sûr, je vais le faire, évidemment je sais qu'il y aura beaucoup de monde qui voudra se faire vacciner à partir de la semaine prochaine et donc moi, j'irai quand il y aura moins la queue me faire vacciner.

MARC FAUVELLE
Il faut s'attendre à un très gros embouteillage dans les centres de vaccination chez les médecins ou on va augmenter également le nombre de rendez-vous ?

GABRIEL ATTAL
On reçoit de plus en plus de doses, on va recevoir au mois de juin plus de doses qu'on en a reçues au mois de mai. Je rappelle qu'on a toujours pour objectif d'arriver à 30 millions de personnes vaccinées, en tout cas ayant reçu une première dose à la mi-juin mais oui, ce qui est certain, c'est que dans les premières semaines, il y aura beaucoup plus de personnes qui voudront se faire vacciner que de rendez-vous disponibles mais c'est important de passer à cette nouvelle étape, c'est finalement la dernière ligne droite de la campagne grand public de vaccination qui s'ouvre. Ça va prendre un peu de temps parce qu'il reste beaucoup de Français à vacciner.

SALHIA BRAKHLIA
Mais est-ce qu'on va augmenter la cadence ? C'était la question, est-ce qu'on va multiplier … ?

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est ce que je vous dis, c'est qu'on reçoit de plus en plus de doses, vous voyez hier, on a battu un nouveau record, je crois, 680 000 injections sur une journée !

MARC FAUVELLE
Le directeur général de l'Assurance maladie l'a annoncé sur France Info il y a une heure, effectivement record battu.

GABRIEL ATTAL
Voilà et le précédent record datait d'il y a quelques jours. Chaque semaine, on franchit de nouveaux records. La semaine dernière, je crois qu'on a procédé à plus de 3 millions 600 000 injections sur la semaine ; donc chaque semaine, on vaccine davantage que la précédente et ça va évidemment se poursuivre et moi, je me réjouis vraiment qu'il y ait un engouement autour de la vaccination et que de très nombreux Français souhaitent se faire vacciner.

SALHIA BRAKHLIA
Selon Santé publique France, 21% des plus de 75 ans ne sont toujours pas vaccinés, on renonce à aller les chercher, ceux-là ?

GABRIEL ATTAL
Au contraire, on déploie énormément d'efforts pour aller les chercher. Par définition, les personnes prioritaires qui le sont depuis le début, c'est-à-dire les plus âgées qui ne sont pas vaccinées sont celles qu'il est le plus difficile de toucher, des personnes qui sont par exemple très âgées, qui sont isolées, qui sont en perte d'autonomie et donc il y a beaucoup d'efforts qui sont déployés et moi, je veux vraiment saluer le travail des professionnels de santé et aussi des collectivités locales des élus locaux qui organisent … Moi, j'ai vu beaucoup de dispositifs, des bus qui se rendent dans les campagnes pour aller vacciner, des équipes de professionnels de santé qui se rendent à domicile pour vacciner et ça, c'est vraiment évidemment un objectif très important parce qu'on sait que c'est ceux qui ont le plus de risques de faire une forme grave. Ce qu'on voit aujourd'hui, c'est que les plus de 65 ans sont massivement vaccinés et que c'est sur cette classe d'âge que le virus circule moins que dans le reste de la population et donc on voit qu'il y a un impact de la vaccination, ce qui veut dire qu'il faut continuer vraiment à avoir comme priorité de vacciner les plus âgés.

MARC FAUVELLE
On accélère alors que dans le même temps, il reste en stock aujourd'hui 3 millions de doses du vaccin Astrazeneca qui n'est quasiment plus utilisé pour les premières doses. En tout cas hier soir, l'Organisation mondiale de la Santé a lancé un appel justement pour l'Afrique, l'Afrique où il manque 20 millions de doses de ce même vaccin pour les deuxièmes injections. Le temps presse donc puisque les premières injections ont été faites. Est-ce que la France va les donner ?

GABRIEL ATTAL
D'abord la France, elle a toujours été au rendez-vous de la solidarité avec l'Afrique s'agissant du vaccin, on l'a même initiée. Très tôt, le président de la République a parlé de bien public mondial et a indiqué qu'il souhaitait un dispositif de solidarité en direction de l'Afrique notamment et c'est l'objectif que la France a porté pour vacciner les professionnels de santé, les médecins en Afrique parce qu'on sait que s'ils sont malades et si le système de santé en Afrique chute parce que les professionnels ne peuvent pas travailler, ça peut avoir des conséquences absolument dramatiques pour le continent africain. Donc il y a un certain nombre de doses qui ont déjà été envoyées, évidemment que la solidarité restera de mise.

MARC FAUVELLE
Y compris avec ces 3 millions de doses ?

GABRIEL ATTAL
J'imagine, je n'ai pas d'information à vous donner sur des décisions qui auraient été prises mais évidemment, on a été à l'initiative de cette solidarité internationale, on continuera à l'être. Évidemment, l'objectif c'est qu'aucune dose ne soit inutilisée dans un sens ou dans l'autre. Voilà, donc évidemment, c'est un travail qui va se poursuivre.

SALHIA BRAKHLIA
Un mot sur les vacances d'été parce qu'elles arrivent à grands pas, est-ce qu'il sera possible de se faire vacciner sur les lieux de vacances ?

GABRIEL ATTAL
Oui, on va renforcer la dotation en vaccins des centres qui se trouvent sur des lieux très fortement touristiques pour que des Français qui n'auront pas encore été vaccinés qui se rendent en vacances puissent se faire vacciner s'ils le souhaitent.

MARC FAUVELLE
Et il y a un débat sur ce point parce que le "monsieur vaccin" du gouvernement. Alain FISCHER dit : attention ça doit rester l'exception, la vaccination sur le lieu de vacances, sinon, on va désorganiser tout le système.

GABRIEL ATTAL
Oui ce qui est certain, c'est que s'il y a des Français qui veulent se faire vacciner, il faut qu'ils puissent se faire vacciner. Ce qui, en revanche et là où Alain FISCHER a été très clair aussi, c'est sur le fait que quand vous prenez rendez-vous pour une première dose de vaccin dans un centre, la deuxième dose de vaccin doit être réalisée et le deuxième rendez-vous doit être pris dans ce centre.

MARC FAUVELLE
Ah bah, dans ce cas-là, ça ne marche pas pour tous ceux qui sont vaccinés en mai ou en juin, vu les délais entre les deux doses.

GABRIEL ATTAL
C'est pour ça que je dis …

MARC FAUVELLE
Ce ne sera pas sur les lieux de vacances sauf s'ils passent les vacances à la maison !

GABRIEL ATTAL
C'est pour ça que je dis et c'est pour ça qu'il parle de cas limités pour des personnes qui n'auraient pas fait leur première dose, par exemple, je pense à des personnes qui ont contracté la Covid récemment qui ne peuvent pas se faire vacciner tout de suite qui vont attendre un peu qui voudront se faire vacciner dès qu'elles le pourront et qu'à ce moment-là, elles seraient sur leur lieu de vacances, évidemment il faut que les centres qui se trouvent dans des lieux très fortement touristiques disposent de doses à injecter. Ce que je peux vous dire, c'est que dans les prochains jours, le ministère de la Santé va présenter un plan spécifique pour l'été avec des précisions qui seront données sur la manière dont on va organiser la campagne de vaccination à l'été, l'adapter à l'été et ça permettra, je pense, à chacun de se projeter.

MARC FAUVELLE
Une question qui intéresse beaucoup de parents et d'enfants, qu'en est-il de la demi-jauge qui reste aujourd'hui pour de nombreux collégiens dans les départements les plus touchés, est-ce qu'ils vont continuer comme ça jusqu'aux grandes vacances ?

GABRIEL ATTAL
Effectivement, il y a aujourd'hui une demi- jauge qui s'applique au lycée et qui s'applique aux classes de 4e et de 3e donc dans des collèges dans une quinzaine de départements qui sont les départements où le virus circulait le plus. A l'époque, on avait eu un taux d'incidence au-dessus de 400 et donc, ce que nous avons décidé, c'est à partir de la semaine prochaine, de revenir sur cette demi- jauge dans les classes de 4e et 3e de ces collèges et donc les cours reprendront à 100% au collège.

MARC FAUVELLE
Tout le monde revient en cours en 4e et 3e dans toute la France …

GABRIEL ATTAL
Absolument dès lundi prochain.

MARC FAUVELLE
…pour ceux qui n'y étaient pas mais dans les lycées ?

GABRIEL ATTAL
Dans les lycées, la demi-jauge est maintenue.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a 15 jours, les États-Unis ont commencé à vacciner les plus de 12 ans. Justement, parlons des adolescents, où en est la réflexion du gouvernement sur la vaccination des ados ?

GABRIEL ATTAL
Il y a un travail qui est mené actuellement et là aussi Alain FISCHER avait eu l'occasion de dire qu'il était … travaillait notamment à l'ouverture de la vaccination aux 16 / 18 ans, c'est un travail qui se poursuit au sein du gouvernement. Là aussi, il y a des précisions, des annonces qui pourront être faites prochainement. Moi, je redis qu'on fonctionne par étapes, on parlait tout à l'heure du fait qu'il y a beaucoup de Français qui veulent se faire vacciner et notamment des Français qui sont dans la cible, des publics prioritaires et donc évidemment aujourd'hui à ce stade, la priorité, c'est de vacciner ceux pour qui le vaccin est indiqué.

SALHIA BRAKHLIA
Mais la ligne de mire, ça peut être la rentrée de septembre, la rentrée scolaire de septembre ?

GABRIEL ATTAL
Ça peut être la rentrée scolaire de septembre, ça peut être aussi avant, il n'y a pas de calendrier qui est arrêté à ce stade.

MARC FAUVELLE
17 pays sont désormais concernés par des quarantaines lorsqu'on arrive en France. Le dernier en date, c'est le Royaume-Uni à partir de lundi prochain, les passagers qui arrivent devront se soumettre à un isolement obligatoire de 7 jours mais on a appris qu'il n'y aurait pas de contrôle pour ceux qui arrivent du Royaume-Uni contrairement à ce qui se fait pour les 16 autres pays, pourquoi ? On n'a pas les moyens de les faire ?

GABRIEL ATTAL
Il y a deux raisons. La première, c'est que le taux d'incidence aujourd'hui au Royaume-Uni est nettement inférieur à celui que nous connaissons dans les autres pays, par exemple ceux qui sont sur cette liste, c'est-à-dire des pays, le Brésil, l'Inde ou d'autres pays qui sont à la fois très fortement marqués par un taux d'incidence élevé, donc beaucoup de circulation du virus et une part importante de variant, au Royaume-Uni il y a une part importante de variant en l'occurrence le variant indien mais il y a un faible taux d'incidence, il y a peu de contaminations aujourd'hui et ils réalisent beaucoup de tests, ils prennent des mesures par ailleurs localisées. Mais vous avez raison, on a quand même augmenté et accru le cadre restrictif pour protéger aussi la France de l'arrivée de nouveaux cas de variant et notamment de variant indien et donc on a réduit le délai pour réaliser son test PCR ou antigénique pour les personnes qui reviendraient du Royaume-Uni en France, c'était 72 heures, ça passe à 48 heures ; on a arrêté une liste de motifs impérieux pour les personnes qui n'ont pas la nationalité française et qui ne sont pas résidents en France, il y a une liste de motifs impérieux pour venir en France et puis effectivement il sera demandé aux personnes qui viennent du Royaume-Uni en France d'observer un isolement de 7 jours.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on sait déjà quand l'ensemble de ces mesures pourraient être levées dans les semaines ou les mois qui viennent notamment dans la perspective de l'été ?

GABRIEL ATTAL
Evidemment d'abord, elles seront levées dès lors qu'on considérera que c'est sécurisé en termes sanitaires de les lever.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas indexé par exemple sur la vaccination en France ?

GABRIEL ATTAL
Les mesures aux frontières ?

MARC FAUVELLE
Oui.

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui, on a un principe de précaution qui est notamment lié à des questionnements qui sont faits par des scientifiques sur l'efficacité des vaccins sur les variants aujourd'hui et la littérature scientifique, le consensus qui se dessine est plutôt rassurant sur ce point, on a encore eu une réunion autour du président de la République avec des scientifiques cette semaine mais il faut être extrêmement précautionneux parce qu'il y a des variants qui circulent, parce qu'il y en a de nouveaux qui peuvent apparaître et parce qu'il faut évidemment éviter qu'il y ait une reprise de l'épidémie à la faveur d'un variant.

SALHIA BRAKHLIA
Avec le porte-parole du gouvernement Gabriel ATTAL. D'après l'INSEE, un ménage sur 5 a vu ses revenus baisser depuis un an, c'est une baisse moyenne de 300 euros par mois et ce sont les Français les plus modestes qui ont été les plus touchés, est-ce que ce sont les oubliés du "quoi qu'il en coûte" ?

GABRIEL ATTAL
On a été probablement l'un des pays qui a le plus accompagné socialement ses concitoyens depuis le début de cette crise, vous prenez un ménage qui est aux minima sociaux, comme on dit, un couple avec 2 enfants. Pendant la première vague, il a reçu en plus de ses aides sociales, de ses allocations habituelles une aide exceptionnelle de 400 euros. A la fin de l'été, il a reçu 200 euros en plus d'allocation de rentrée scolaire, en plus de l'allocation rentrée scolaire qu'il reçoit d'habitude et au mois de novembre, il a reçu une aide exceptionnelle de 400 euros en plus de ses allocations habituelles, ce qui fait 1 000 euros en plus sur l'année 2020. Evidemment que les mesures que nous avons prises par ailleurs pour soutenir les salaires avec le chômage partiel, ce sont aussi des mesures purement sociales pour celles et ceux qui travaillent. Si on n'avait pas pris ces mesures, vous auriez eu des licenciements en cascade et vous auriez des personnes se seraient retrouvées dans une très grande précarité. Donc oui, on assume d'avoir déployé des moyens colossaux pour accompagner socialement. Est-ce que ça veut dire qu'il n'y a pas de Français qui se sont retrouvés dans des difficultés ? Evidemment non, évidemment malheureusement, il y a des Français qui ont été fragilisées par cette crise et tout l'enjeu pour nous de la sortie de cette crise, de la relance économique, c'est qu'elle puisse bénéficier aux Français qui sont aujourd'hui dans la précarité et dans la difficulté, notamment en termes d'emploi.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'il y a un coup de pouce prévu pour les ménages ?

GABRIEL ATTAL
S'il faut prendre des mesures supplémentaires, on en prendra, on travaille à des dispositifs, par exemple, pour la situation des jeunes, vous savez, qui sont dans une difficulté financière, là aussi on a pris des mesures, le repas à euro au restaurant universitaire, des aides exceptionnelles pour les boursiers, des aides financières avec des aides …

MARC FAUVELLE
Tous les jeunes ne sont pas à l'université.

GABRIEL ATTAL
…de 150 euros. Tous les jeunes ne sont pas à l'université, c'est vrai et c'est pour ça qu'on travaille à ce dispositif de Garantie Jeune universel avec Elisabeth BORNE pour que les jeunes qui sont en difficultés financières puissent être accompagnés à la fois financièrement avec une aide financière et puis accompagnés aussi en termes d'insertion vers l'emploi.

MARC FAUVELLE
Gabriel ATTAL, le ministre de l'Economie Bruno LE MAIRE disait hier dans les colonnes des Echos que la réforme des retraites était toujours nécessaire et qu'elle devrait revenir, je le cite, "le moment venu". Alors, c'est quand le moment venu ? C'est la question qu'on a posée hier à celui qui était à votre place Laurent BERGER le leader de la CFDT, écoutez sa réponse.

LAURENT BERGER, SECRETAIRE DE LA CFDT
Ce n'est pas avant 2022, il faut en faire un débat au moment du débat démocratique qui est le moment des élections présidentielles. Je crois encore qu'un système des retraites plus juste est possible. S'il y a une quelconque relance d'une réforme des retraites qui ne sera pas une réforme qualitative, qui sera une réforme quantitative, oui nous serons dans l'opposition.

MARC FAUVELLE
Le moment venu, ce n'est pas avant 2022, c'est-à-dire pour le quinquennat d'après. Vous êtes d'accord avec lui ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, je n'entends pas dans les propos que vous avez relayés de Laurent BERGER de constats qui consisteraient à dire qu'il n'y a pas besoin d'une réforme des retraites, c'est important de le dire. Il y avait un constat de notre part avant cette crise qu'il fallait une réforme des retraites à la fois parce qu'il faut préserver notre système par répartition, ensuite parce qu'il y a probablement des mesures d'équité à prendre aussi. Est-ce qu'on considère que la crise sanitaire a invalidé ce constat ? La réponse est non évidemment. Sur les équilibres de nos comptes et notamment de nos comptes sociaux et de notre système de retraite, on ne peut pas dire qu'ils aient été renforcés par la crise sanitaire, au contraire. Est-ce qu'on peut dire qu'en termes d'équité, la crise sanitaire a réglé le problème ? Non, on a vu en 1ère, en 2ème ligne …

MARC FAUVELLE
Tout dépend ce qu'on met dans cette réforme. Vous savez bien qu'il y a deux réformes dans la réforme des retraites !

GABRIEL ATTAL
Je parle des constats sur une réforme des retraites. Donc ce que dit Laurent BERGER dans les propos que vous évoquez, c'est que finalement l'enjeu n'est pas tant de savoir s'il faut une réforme ou pas mais lui, il considère qu'il faut qu'elle ait lieu après les élections présidentielles.

MARC FAUVELLE
Et vous ?

GABRIEL ATTAL
Il y a un arbitrage qui devra être rendu qui est un arbitrage qui est politique mais qui est aussi un arbitrage relatif à la vie du pays, qu'est-ce qui va se passer à partir de cet été si, comme on l'espère, le volet sanitaire de la crise est derrière nous grâce à la vaccination ? Tous les pays du monde vont se lancer dans une bataille, une course à la reconstruction, à la relance pour capter les nouveaux investissements, capter les nouveaux talents et pour être ceux qui rebondissent le plus vite et le plus fort. La France, elle doit être aux avant-postes dans cette course et donc est-ce qu'on peut considérer qu'il faut mettre le pays sur pause pendant huit mois sous prétexte qu'il y a une élection présidentielle alors que pendant ce temps-là, il y a des réformes qui vont être faites dans la plupart des pays dans le monde précisément pour travailler à cette reconstruction ?

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire que la réforme des retraites là, aujourd'hui, elle n'est pas enterrée ?

GABRIEL ATTAL
Elle n'a jamais été enterrée, la réforme des retraites !

SALHIA BRAKHLIA
Elle est peut-être faisable avant la fin du quinquennat, c'est ce que vous dites ?

GABRIEL ATTAL
Attendez, il y a une réforme qui a été présentée, il y a eu la crise sanitaire mais encore une fois, il n'a jamais été question, moi, à chaque fois que j'ai été interrogé y compris sur vos plateaux, j'ai toujours dit : écoutez évidemment ça reste sur la table, ce n'est pas en haut de la pile en ce moment parce qu'il y a la crise sanitaire, la crise économique, il y a des enjeux mais il y a jamais été question d'enterrer cette réforme. Il y a une question de calendrier et sur ce point, il n'y a pas de décision qui a été rendue à ce stade mais il y aura une décision à prendre.

MARC FAUVELLE
Vous avez vu, lu Gabriel ATTAL la Une du dernier numéro de Valeurs actuelles ?

GABRIEL ATTAL
Oui.

MARC FAUVELLE
"Le délire transgenre", c'est une Une qui provoque depuis hier la fureur des associations de défense des LGBT. Votre collègue du gouvernement, Elisabeth MORENO, parle d'une Une méprisable. Que diriez-vous ?

GABRIEL ATTAL
Bah moi, comme des associations mais je crois plus largement comme beaucoup de Français évidemment que je suis heurté quand vous avez un journal qui parle de "délire transgenre", ce qui renvoie d'ailleurs à une conception sous la forme de pathologie de cette situation. Et évidemment qu'on ne peut que penser que dans un contexte où les personnes trans comme les personnes LGBT subissent des discriminations, ça peut entraîner des discriminations supplémentaires, évidemment.

MARC FAUVELLE
Juste au-dessus de cette Une transgenre, vous l'avez vu, il y a votre visage …

GABRIEL ATTAL
Oui …

MARC FAUVELLE
…. puisque vous accordez vous aussi une interview dans ce même numéro de Valeurs actuelles, vous regrettez de l'avoir fait ?

GABRIEL ATTAL
Chacun sait que quand vous donnez une interview à un journal, que ce soit un quotidien, un hebdomadaire, évidemment qu'on ne vous dit pas, on ne vous soumet pas les articles qui seront publiés dans ce même journal.

MARC FAUVELLE
Si vous l'avez su, vous l'auriez tout de même accordée ?

GABRIEL ATTAL
Parfois quand vous réalisez une interview, vous ne savez pas d'ailleurs dans quelle édition elle sera publiée, si c'est la prochaine ou la suivante, on ne vous dit pas "ça sera la Une" et on ne vous dit pas "il y aura tel article."

MARC FAUVELLE
En revanche, vous connaissez Valeurs Actuelles, ses Unes sur "l'Ayatollah Najat VALLAUD-BELKACEM …"

GABRIEL ATTAL
Donc la question qui est posée est de savoir si j'assume d'avoir donné une interview à Valeurs actuelles, la réponse est "oui". Moi, je suis porte-parole du gouvernement, j'assume de répondre aux demandes d'interview qui me sont faites et de parler à tout le monde. Par contre, ce que j'assume, c'est de parler à tout le monde et de répondre aux interviews en assumant mes convictions, et y compris des convictions qui sont parfois diamétralement opposées avec celles qui sont régulièrement véhiculées par des journaux. Je ne sais pas si vous avez lu …

SALHIA BRAKHLIA
Qui sont condamnables aussi, Valeurs actuelles a été condamné une fois sur une Une …

GABRIEL ATTAL
Oui sur des Roms ou sur l'Islam, oui, je sais ….

SALHIA BRAKHLIA
"Naturaliser, l'invasion qu'on cache" ….

GABRIEL ATTAL
Si vous lisez mon interview, je pense que vous verrez que j'assume mes convictions et par ailleurs l'action du gouvernement qui ne flatte, je ne crois pas, la ligne éditoriale de Valeurs actuelles.

MARC FAUVELLE
Vous assumez vos convictions dans cette interview mais par exemple sur la tribune des généraux …

GABRIEL ATTAL
Pardon, je vais y venir mais quand je dénonce la supercherie de Marine LE PEN, quand je rappelle que la droite a saigné le budget de nos armées, quand je donne mes convictions sur la laïcité qui ne sont probablement pas celles de ceux qui m'interrogent, j'assume mes convictions.

MARC FAUVELLE
Mais quand vous parlez par exemple de la tribune des généraux publiée récemment, votre ligne dans cette interview ne semble pas la même que celle par exemple de Jean CASTEX, lui il avait dit "c'est une manœuvre politique de l'extrême-droite, de généraux en charentaises". Vous dites : on ne peut pas leur dénier un droit de regard critique sur ce qu'elle devient. Est-ce que finalement, vous ne variez pas en fonction de la personne qui vous interroge ?

GABRIEL ATTAL
Non, alors, ce que je dis très précisément, je dénonce l'instrumentalisation des tribunes par l'extrême droite en l'occurrence par Marine LE PEN ; je dis que l'anonymat, c'est le repaire des lâches et que c'est tout l'inverse de nos militaires.

SALHIA BRAKHLIA
Et sur le fond, vous …

GABRIEL ATTAL
Et je dis ensuite que nos policiers, nos gendarmes, nos militaires sont des personnes qui s'engagent et qui s'engagent pour la Nation, parfois au péril de leur vie, qui mettent leur vie en danger pour protéger la Nation.

MARC FAUVELLE
"Et personne ne peut leur dénier un droit de regard critique sur ce qu'elle devient", sur la Nation.

GABRIEL ATTAL
Oui et qu'ils ont le droit d'avoir un regard sur ce que devient la Nation, ils mettent leur vie en danger pour la protéger et ce que je dis, c'est qu'ils valent mieux que des tribunes parce que c'est des hommes et des femmes d'action et donc je les appelle, s'ils ont un regard critique sur la Nation, s'ils considère qu'il y a un délitement la société, une perte des repères, une perte de l'autorité, moi, je les appelle, et c'est ce que je fais dans le cadre de cette interview, à rejoindre le service national universel et à aller participer à l'encadrement des jeunes dans le cadre du service national universel que nous sommes en train de mettre en place.

MARC FAUVELLE
Ceux qui ont signé la tribune ?

GABRIEL ATTAL
Je ne parle pas à ceux de la tribune.

MARC FAUVELLE
Non, l'ensemble.

GABRIEL ATTAL
Moi, je ne m'exprime pas à des personnes qui sont anonymes ; moi, je parle aux femmes, aux hommes qui portent l'uniforme et qui servent notre pays. Si on a envie de participer à la construction de cette société, à mettre la jeunesse sur les bons rails, qu'ils s'engagent au service national universel. C'est le sens de l'interview que j'ai donnée.

MARC FAUVELLE
8h51. Dans un instant Gabriel ATTAL, on va parler des régionales dans un peu plus de 3 semaines. Toujours avec le porte-parole du gouvernement Gabriel ATTAL. Alors, les régionales c'est dans moins d'un mois. Si le RN gagne ne serait-ce qu'une région, c'est un échec pour le gouvernement ?

GABRIEL ATTAL
Ça sera je crois un échec collectif pour toutes les forces politiques qui s'engagent dans ces régionales, vous savez. Vous avez des forces politiques qui sont engagées dans ces régionales, qui le font souvent pour un projet, le nôtre c'est celui de la relance économique, c'est notre priorité, on veut que la relance économique bénéficie à tous les Français. Et pour ça on a besoin des régions. Les régions, elles ont une compétence économique, elles ont une compétence en matière d'investissements, et donc…

MARC FAUVELLE
Ça changerait quoi une région tenue demain par le Rassemblement national ?

GABRIEL ATTAL
Oh ben je pense que c'est d'abord des régions qui malheureusement vont s'engager dans une forme d'isolement, vis-à-vis du reste du pays, peut-être vis-à-vis du monde. On ne peut pas dire que le rassemblement national soit un parti qui soit particulièrement ouvert à l'international, ouvert aux investissements. Je ne suis pas certain qu'on puisse considérer que les femmes et les hommes qui s'engagent sur les listes, bénéficient d'une expérience de gestion de collectivités locales aussi importante, dans un contexte de crise économique où on a encore une fois besoin de ces collectivités. Et puis par ailleurs vous avez des positions, parfois des valeurs qui sont véhiculées par ces candidats, qui me semblent, à mon sens, diamétralement opposées avec ce qu'attendent les Français. Et si on prend Thierry MARIANI par exemple pour la région Sud, les positions qu'il a eu l'occasion de prendre notamment vis-à-vis d'un sujet qui m'est cher, qui est la situation des Arméniens, en défendant notamment le régime de l'Azerbaïdjan, qui a été responsable d'agressions absolument terribles vis-à-vis des Arméniens, je ne suis pas certain que ça soit les valeurs que portent les habitants majoritairement de la région Sud.

MARC FAUVELLE
On a parfois un peu de mal à suivre la ligne qui est la vôtre pour ces élections régionales. Vous avez tenté de faire alliance dans cette même région Sud PACA avec Renaud MUSELIER, on connaît le feuilleton, on ne va pas le résumer ici, mais en revanche à l'autre bout de la France, dans la région des Haut-de-France, vous présentez votre liste face à Xavier BERTRAND. Quelle est la différence entre un Renaud MUSELIER à Marseille et un Xavier BERTRAND à Lille ?

GABRIEL ATTAL
Moi je vais vous dire, un Renaud MUSELIER il travaille avec le gouvernement pour la relance de sa région. Renaud MUSELIER il a signé…

MARC FAUVELLE
C'est la seule différence ?

GABRIEL ATTAL
Attendez, il a signé un accord de 5 milliards d'euros pour la relance économique en région Sud, Renaud MUSELIER ; il dit : je me présente pour être président de région, pour reconstruire l'économie dans ma région, relancer l'économie dans ma région, et je vais le faire avec un rassemblement large. De l'autre côté, vous avez un Xavier BERTRAND qui vous explique qu'il est candidat à un abandon de poste, que quoi qu'il arrive après l'élection régionale, il quittera ses fonctions, il abandonnera sa région. Soit il gagne…

MARC FAUVELLE
Pour être candidat à l'élection présidentielle, donc c'est pour ça que vous ne le soutenez pas.

GABRIEL ATTAL
Soit il gagne et il part à l'élection présidentielle, soit il perd et il dit j'arrête la vie politique, il ne dit même pas je reste dans l'opposition pour mener le combat pour ma région, donc dans tous les cas, de toute façon il ne sera plus là, et par ailleurs il n'est pas dans une dynamique de co-construction, de rassemblement large, et donc évidemment que, nous, dans ce contexte, on porte un projet, avec Laurent PIETRASZEWSKI, avec Eric DUPOND-MORETTI, avec beaucoup de femmes et d'hommes engagés sur ces listes, pour la relance économique, c'est un premier objectif, dans la région des Hauts-de-France.

MARC FAUVELLE
Donc votre objectif dans les Hauts-de-France c'est d'abord de gagner, mais sinon c'est tout sauf le RN ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez, le soir…

MARC FAUVELLE
Tout sauf le RN le soir du 20 juin ou du 27 juin ?

GABRIEL ATTAL
Le soir du premier tour, on va regarder quelle est la situation politique électorale dans chacune des régions, et puis on aura des décisions à prendre, on aura des propositions à faire aussi peut-être à des candidats, moi je ne me lance pas là dans des prévisions de ce que seront les résultats, le premier tour n'a pas eu lieu, il pourrait y avoir des surprises, vous savez…

MARC FAUVELLE
Mais tout sauf le RN, vous ne le direz pas en tout cas ?

GABRIEL ATTAL
Attendez, on nous reproche régulièrement de nous en prendre au Rassemblement national, on nous dit "vous n'arrêtez pas de taper sur le Rassemblement national", on est ceux qui sommes les plus engagés contre le Rassemblement national, face à des partis, soit chez les Républicains, qui sont devenus une forme de tremplin pour le Rassemblement national, soit à gauche, qui ne disent rien sur le Rassemblement national, donc évidemment qu'on continuera toujours à combattre le Rassemblement national.

SALHIA BRAKHLIA
Non, mais très clairement, concrètement, si Xavier BERTRAND, le soir du premier tour, est en difficulté, est-ce que vous vous retirez pour favoriser son élection ?

GABRIEL ATTAL
Mais, ce que je suis en train de vous dire c'est que je refuse de me positionner sur un premier tour qui n'a pas encore eu lieu, tout simplement parce qu'il y a plusieurs semaines de campagne…

MARC FAUVELLE
Donc vos électeurs dans le Nord ne sauront pas ce qui va se passer une fois le premier tour passé, vous l'annoncerez à ce moment-là ?

GABRIEL ATTAL
Les électeurs, dans le Nord, ils savent que chaque voix qui est apportée à la liste de Laurent PIETRASZEWSKI c'est une voix qui donne des chances à la relance économique dans la région des Hauts de-France, voilà, c'est ça que ça veut dire, et c'est ça qu'ils savent, ensuite il y aura un deuxième tour et ils se prononceront au deuxième tour, nous on aura des décisions à prendre, mais encore une fois je ne peux pas vous dire qu'elles seront les décisions à prendre puisque je n'ai pas le résultat du premier tour.

MARC FAUVELLE
Nous non plus.

SALHIA BRAKHLIA
Plusieurs ministres, dont vous, se sont engagés dans ces élections, un ministre qui perd aux régionales est forcément un ministre qui doit démissionner du gouvernement ?

GABRIEL ATTAL
Non, c'est des élections locales…

MARC FAUVELLE
Même s'il est tête de liste, comme c'est le cas dans les Hauts-de-France ?

GABRIEL ATTAL
Alors, c'est des élections locales et il n'y a jamais eu, dans les quinquennats précédents, de règle liant la présence d'un ministre au gouvernement à sa candidature à une élection locale, ça peut être différent sur des élections nationales…

SALHIA BRAKHLIA
Si, sous François HOLLANDE.

GABRIEL ATTAL
Non, enfin j'ai été regarder, j'ai été vérifier, avant de m'exprimer je veux toujours faire attention, il n'y a pas eu de règle en ce sens, sous François HOLLANDE vous aviez, je crois, huit candidats présents sur des listes, il y en avait un qui était tête de liste, en l'occurrence Jean-Yves LE DRIAN, qui a gagné, mais dans les quinquennats précédents, que ce soit sous Nicolas SARKOZY, ou même sous Jacques CHIRAC, vous aviez 20, parfois 30 ministres candidats, qui pour beaucoup ont perdu aux élections et qui sont restés au gouvernement ensuite, donc voilà, il n'y a pas de règle, c'est une élection locale. J'ai entendu beaucoup dans l'opposition nous reprocher, au début de ce quinquennat, d'avoir des ministres issus de la société civile, qui n'avaient pas de mandat, et dire ils ne connaissent pas, ils ne savent pas ce que c'est d'avoir un mandat, faire une campagne, là on a des ministres qui s'engagent dans des élections pour avoir un mandat local, et donc moi je trouve sain, je trouve ça positif.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Merci.

MARC FAUVELLE
Porte-parole du gouvernement, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mai 2021