Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à France Info le 9 juin 2021, sur la gifle donnée à Emmanuel MACRON, l'emploi des jeunes, les élections régionales et l'assouplissement du télétravail.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Qu'avez-vous pensé hier en découvrant les images de la gifle donnée à Emmanuel MACRON ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est clairement choquant et inacceptable, aucun désaccord politique ne peut justifier qu'on s'en prenne physiquement à quelqu'un, à fortiori au président de la République, mais ça ne va pas empêcher le président de la République de continuer à aller à rencontre des Français. Et vous l'avez vu il a du reste continué son bain de foule et il l'a fait tout au long de sa visite.

MARC FAUVELLE
Dans la foulée Emmanuel MACRON a d'ailleurs dit qu'il minimisait ce qui s'est passé, il parle d'un fait isolé, il faut le relativiser dit-il, ça veut dire qu'il faut s'habituer à ce genre d'images ?

ELISABETH BORNE
Non, je pense que ce n'est pas ça qu'il a voulu dire, enfin c'est un cas isolé et on ne va pas en faire non plus une généralité sur la violence, en même temps ça reste choquant et inacceptable.

SALHIA BRAKHLIA
Qu'est-ce que ça dit du climat actuel dans le pays, cette gifle ?

MARC FAUVELLE
Je ne sais pas s'il faut extrapoler sur le climat, moi je note en même temps que dans le débat politique, les propos sont de plus en plus violents et c'est vrai que cette violence verbale à répétition, ça peut aussi entraîner certains qui restent des cas isolés dans la violence verbale.

SALHIA BRAKHLIA
Donc c'est la violence verbale entre politique qui conduit à la violence physique par des Français.

ELISABETH BORNE
Des cas isolés, je pense que c'est important quand même de garder aussi la mesure, c'est des cas isolés qui peuvent déraper comme on l'a vu hier, mais je pense que c'est aussi important peut-être de retrouver un peu de mesure dans les propos. Moi je trouve qu'on a une banalisation de la caricature de l'outrance et ça ça ne fait pas progresser le débat politique. On peut être en désaccord sur des sujets, on peut aussi faire preuve de retenue, de mesure et ça ne l'affaiblit pas le débat politique de le faire avec mesure.

MARC FAUVELLE
Banalisation de l'outrance pour reprendre vos mots dans laquelle les médias ont leur part de responsabilité.

ELISABETH BORNE
Je pense que tout le monde a une responsabilité dans cette… effectivement ce qu'est un déferlement de violence dans les propos et je pense qu'il faut comprennent chacun aussi nos responsabilités pour revenir à des débats plus sereins. Moi je vous dis le débat politique il est évidemment essentiel dans une démocratie, il peut aussi se faire avec mesure.

SALHIA BRAKHLIA
Hier toute la classe politique a condamné le geste de cet homme, toute la classe politique sauf un homme qui n'est pas vraiment politique mais qui tient un discours politique sur une chaîne info concurrente, Eric ZEMMOUR, il dit, il s'est lui-même désacralisé en parlant du président de la République, il a ce qu'il mérite. Bon c'est horrible à dire et je condamne mais il a ce qu'il a provoqué.

ELISABETH BORNE
Oui écoutez, je suis pas sûr d'avoir très envie de commenter les propos d'Eric ZEMMOUR qui fait partie de ceux qui effectivement sont en permanence dans l'outrance et la caricature, qui tient des propos effectivement qui dérapent systématiquement et je pense que c'est un peu sa marque de fabrique. Donc je pense qu'il a de leçon à ne donner à personne sur ces sujets.

MARC FAUVELLE
Propos pardon qui sont ceux d'un éditorialiste ou qui sont ceux désormais d'un homme politique.

ELISABETH BORNE
Je crois qu'il a clairement indiqué quelles étaient ses intentions.

MARC FAUVELLE
Pas très clairement justement.

ELISABETH BORNE
Oui ben fin voilà, enfin moi je n'ai pas envie de commenter très longtemps des propos d'Eric ZEMMOUR, vous voyez.

SALHIA BRAKHLIA
Emmanuel MACRON qui voulait être le président de la bienveillance, il a raté ?

ELISABETH BORNE
Enfin vous avez vu son déplacement, enfin ne réduisons pas son déplacement hier où il a pu rencontrer des restaurateurs, des jeunes qui se forment, où il a eu des moments des bains de foule qui se sont bien passés comme d'habitude à ce moment.

MARC FAUVELLE
Bon, c'est une nouvelle étape du déconfinement Elisabeth BORNE qui commence aujourd'hui avec notamment l'assouplissement du télétravail, d'abord qu'est-ce que vous dites à tous ceux qui n'ont pas forcément envie de retrouver leurs collègues ou l'ambiance de la machine à café et qui auraient bien continuer à télétravailler le plus longtemps possible ?

ELISABETH BORNE
D'abord je pense que c'est effectivement un jour important notamment pour les très nombreux salariés, qui pour certains sont en télétravail à 100 % depuis des mois et qui vont pouvoir reprendre progressivement le chemin du bureau et retrouver leurs collègues. Ensuite on voit qu'il y a des réactions qui sont très contrastées, certains n'en peuvent plus du télétravail, ils sont heureux de retrouver leur collègue. En même temps les habitudes ont changé, depuis un an les habitudes ont changé et c'est pour ça qu'on redonne des marges de manoeuvre aux entreprises dans de nouveau protocole, on leur demande de fixer dans le dialogue entre la direction et les représentants des salariés, un nombre minimum de télétravail et on les invite à gérer ces retours de façon progressive pour ne pas bouleverser aussi des habitudes de vie qui avaient pu se prendre.

MARC FAUVELLE
Pourquoi ne pas avoir fixé une règle ou des règles pour les entreprises, dans la fonction publique c'est 3 jours de télétravail, dans le privé chaque entreprise fait ce qui bon lui semble.

ELISABETH BORNE
Oui parce que je pense que c'est important et c'était aussi une attente forte des organisations patronales et syndicales qu'on redonne toute sa place au dialogue dans les entreprises. Vous savez qu'il y a un protocole national qui a été signé entre les organisations patronales et syndicales sur le télétravail, maintenant il faut que chaque entreprise s'en emparent, moi j'invite toutes les entreprises à négocier, les salariés, la direction justement des accords sur le télétravail.

SALHIA BRAKHLIA
Si le dialogue se passe mal ? Qui a le dernier mot c'est forcément l'employeur.

ELISABETH BORNE
Alors d'abord le dialogue il a été très nourri et la crise sanitaire elle a relancé le dialogue social dans les entreprises. On a eu beaucoup d'accord l'an dernier en sortie de crise, on a eu 1000 accords de télétravail l'an dernier, 500 depuis le début de l'année donc on voit que ce dialogue il est dynamique. Ça doit se faire effectivement dans la discussion entre la direction et les organisations syndicales, l'inspection du travail elle est aussi là pour veiller à la qualité du dialogue social.

MARC FAUVELLE
Un mot qui concerne tous ceux qui utilisent, ils ont parfois appris à le faire d'ailleurs ces derniers mois, les applications de visioconférence comme Team ou de zoom, la CNIL, la Commission nationale informatique et libertés a rendu un avis assez discret, il y a quelques jours, recommandant à tous les étudiants et aux chercheurs de ne plus les utiliser ces applications en raison d'un risque de fuite des données. Est-ce que vous dites la même chose aujourd'hui aux entreprises qui les utilisent et notamment aux entreprises des secteurs les plus stratégiques ?

ELISABETH BORNE
Alors c'est le régulateur européen qui alerte sur les transferts de données entre l'Europe et les Etats-Unis et c'est un sujet qui va être porté par l'Union européenne, qu'il n'y pas effectivement ces transferts de données y compris des données personnelles vers les Etats-Unis. Là il y a une alerte pour notamment on va dire les individus qui utilisent ces applications, je pense que des entreprises elles doivent aussi naturellement veiller à la sécurité de leur système d'information, à la protection des données personnelles et ça fait partie aussi de leur responsabilité de veiller à ça.

SALHIA BRAKHLIA
Sauf que ça fait un an qu'on les utilise ces applications, ce n'est pas un peu trop tard pour se dire il faut agir maintenant alors que peut-être que des données ont déjà été envoyées aux Etats-Unis.

ELISABETH BORNE
Enfin moi je pense que les entreprises elles sont aussi armée ou en tout cas de la plupart d'entre elles le sont pour veiller à la sécurité à la protection de leurs données et il faut être vigilant sur ces sujets notamment dans l'utilisation de ces applications.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, la ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion est avec nous sur France Info ce matin. On parlera tout à l'heure de l'avenir de la réforme du système des retraites, vous nous expliquerez parce qu'on est un tout petit peu de mal à suivre si elle va être faite avant la fin du quinquennat, après éventuellement ce qu'elle contiendra si vous voulez bien.

(…)

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Elisabeth BORNE, d'un ministre du Travail. On parlait à l'instant de l'assouplissement du télétravail, est-ce que ça dit aussi assouplissement du protocole sanitaire et notamment dans les cantines, jusqu'à présent on mangeait seul à table, est-ce que ça change à partir d'aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Je vous confirme que ces règles-là évoluent aussi, en fait on s'aligne sur ce qui est prévu à partir d'aujourd'hui dans les restaurants, donc la possibilité d'être à 6 par table et évidemment avec une jauge réduite. Donc c'est a priori les mêmes règles, enfin c'est les mêmes règles que dans la restauration.

MARC FAUVELLE
Avec un cahier de rappel qu'il soit numérique ou papier, c'est-à-dire ce papier ou QR Code qu'on doit flasher pour indiquer sa présence dans la cantine ou pas dans les entreprises ?

ELISABETH BORNE
Non dans les entreprises vous savez de toute façon les salariés c'est ceux de l'entreprise ? Donc on peut plus facilement identifier les salariés.

MARC FAUVELLE
Ils peuvent manger à l'extérieur aussi ce jour-là.

ELISABETH BORNE
Absolument dans ce cas il y a effectivement ce cahier de rappel, mais dans l'entreprise donc c'est les mêmes règles, 6 par table en quinconce, dans les entreprises ça ça n'est pas la même chose que dans les restaurants et effectivement une jauge à 50 %. Je pense que c'est important puisque les salariés reviennent sur leur lieu de travail, qu'on assouplisse aussi les règles pour les restaurants d'entreprise.

SALHIA BRAKHLIA
Donc si cas contact il y a, il faudra que la personne se souvienne avec qui elle avait mangé ce jour-là.

ELISABETH BORNE
Quand vous vous inscrivez dans ? Enfin aujourd'hui dans la restauration d'entreprise, vous vous inscrivez pour déjeuner, il y a des réservations qui sont faites et donc je pense qu'on n'aura pas de difficulté à identifier les gens qui ont mangé ensemble.

SALHIA BRAKHLIA
Le retour des stagiaires en entreprise, c'est pour quand ?

ELISABETH BORNE
Mais les stagiaires, ils peuvent être accueillis en entreprise, évidemment ça a été plus compliqué avec les règles qui s'appliquaient, les règles sanitaires, mais moi j'invite toutes les entreprises effectivement à accueillir des stagiaires. Vous savez qu'on veut aider les jeunes à trouver des stages, ça peut être nécessaire y compris pour valider leur diplôme, sur le site un jeune une solution où on a notamment la possibilité de trouver 20000 stages, près de 20000 stages on est aussi très attentif à l'importance des jobs d'été pour les jeunes et on a près de 40000 jobs d'été qui sont aussi sur le site un jeune une solution, donc j'invite tous les jeunes qui cherchent un stage ou un job d'été à consulter ce site-là.

MARC FAUVELLE
La réforme des retraites, Elisabeth BORNE, il y a un peu plus d'un mois sur ce même plateau vous déclariez à ce sujet, je vous cite, je ne crois pas qu'elle soit inadaptée aux conteste au contexte actuel. Quelques jours plus tard Emmanuel MACRON lui a dit exactement l'inverse, vous n'étiez pas au courant ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on dit la même chose.

MARC FAUVELLE
Elle ne peut pas être repris en l'état dit chef de l'Etat et vous vous disiez elle n'est pas inadaptée au contexte actuel, on ne joue pas que sur les mots là.

ELISABETH BORNE
Un : Je suis convaincue qu'il faut une réforme des retraites, en même temps je pense que le président de la République l'a dit également notre priorité absolue aujourd'hui, c'est la reprise de l'activité, c'est de créer des emplois, de pourvoir ces emplois et il l'a dit aussi hier, on a des secteurs dans lesquels il y a beaucoup d'emplois à pourvoir et on s'y emploie. En même temps les constats qu'on avait avant la crise sont toujours là, on a effectivement un système qui est très complexe avec 42 régimes, ce qui est pénalisant pour les salariés de plus en plus nombreux qui vont changer de métier au cours de leur vie professionnelle. On a aussi un système qui est injuste notamment qui est très pénalisant pour ceux qui ont des carrières hachées ou qui sont en temps partiel et c'est notamment les femmes qui sont dans ces situations. Et puis le rapport que le Conseil d'orientation des retraites publiera demain montre aussi…

MARC FAUVELLE
Et qui a déjà fuité.

ELISABETH BORNE
Qu'on a un déséquilibre structurel de notre régime, il faudra bien y trouver des réponses.

MARC FAUVELLE
La question justement des 42 régimes, elle n'est plus sur la table aujourd'hui, si on a bien compris les propos d'Emmanuel MACRON.

ELISABETH BORNE
Écoutez le président de la République a dit que tout est sur la table, il souhaite…

MARC FAUVELLE
Y compris la fusion de ces 42 Régine dans un système par points, c'est-à-dire la version un de la réforme des retraites ?

ELISABETH BORNE
Tout est sur la table ensuite il faut qu'on trouve le chemin pour répondre aux objectifs d'avoir un système qui soit plus lisible, plus juste et bien sûr d'assurer l'équilibre dans la durée de notre système de retraite. Mais je vous dis il est aujourd'hui prématuré de dire ce qui va être fait puisque les décisions ne sont pas prises et que le président de la République a voulu avoir un temps de débat avec les Français, avec les forces politiques, avec les organisations patronales et syndicales, donc on va avoir ces débats et le président de la République tranchera à l'issue de ces échanges.

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors quel est votre calendrier parce que ce matin Geoffroy ROUX de BEZIEUX, le patron du MEDEF dit dans les Echos, on ne fait pas une réforme aussi importante en 3 mois, votre calendrier c'est avant la fin du quinquennat ?

ELISABETH BORNE
Moi je vous dis le président de la République n'a pas tranché ce point, ce qui est clair c'est que, une réforme est nécessaire, elle doit répondre à des enjeux de lisibilité, à des enjeux de justice et évidemment il faut assurer l'équilibre de notre système de retraite dans la durée. J'ajoute aussi que quand on aborde la question des retraites, il faut aussi se préoccuper de l'enjeu du travail des seniors, de leur maintien dans l'emploi. C'est un sujet qui a été inscrit à l'agenda social avec les partenaires sociaux l'été dernier, je pense que c'est un sujet important de travailler sur l'aménagement des fins de carrière, sur la prévention de l'usure professionnelle, sur la formation des seniors et moi ce sont des sujets sur lesquels le moment venu je souhaite pouvoir avoir des concertations avec les organisations patronales et syndicales.

MARC FAUVELLE
Quand on regarde Elisabeth BORNE, le document que la France a envoyé à l'Europe à la Commission européenne en avril dernier, il y a bien une référence traînait à la réforme des retraites, il faut dit ce texte envoyé donc par Paris à Bruxelles, il faut adapter l'âge de liquidation des retraites à l'évolution de l'espérance de vie ou alors sous indexer les pensions. Est-ce que ce sont effectivement les pistes du gouvernement ou est-ce que vous avez envoyé n'importe quoi à Bruxelles ?

ELISABETH BORNE
Non, non ce n'est pas, ce qui a été sorti par un de vos confrères.

MARC FAUVELLE
C'est le Canard Enchaîné ce matin.

ELISABETH BORNE
Ça n'est pas du tout la position du gouvernement, c'est une référence qui est faite dans ce document à l'avis du Conseil des retraites qui évoque différentes pistes de retour à l'équilibre. Ça n'épuise pas le sujet.

MARC FAUVELLE
Donc il n'est pas question par exemple de sous indexer les pensions de retraite comme ça a été fait au début du quinquennat.

ELISABETH BORNE
Enfin moi je vous dis, ça n'est pas la position du gouvernement ce que vous mentionnez, c'est une référence extraite d'un document qui ne présente pas là que la position du gouvernement, en l'occurrence celle du Conseil supérieur des retraites et moi je vous dis on a différents sujets à traiter des enjeux de lisibilité, de justice, d'équilibre de notre système de retraite, les enjeux du maintien dans l'emploi des seniors.

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire qu'aucune des 2 options que vient de citer Marc n'est envisagée par le gouvernement dans cette reprise de cette réforme des retraites.

ELISABETH BORNE
Enfin moi je… clairement dans les difficultés, dans les problèmes de notre système de retraite, il y a la question de l'équilibre, il faudra bien trouver des leviers.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a la question de l'âge. Il y a la question de l'âge visiblement vous vous êtes engagée auprès des instances européennes à le revoir.

ELISABETH BORNE
On ne s'est engagé à rien.

SALHIA BRAKHLIA
Auprès de l'Union européenne.

ELISABETH BORNE
Sur le contenu de la réforme des retraites, il faut qu'on soit clair, on a mentionné le fait qu'il y avait eu des discussions en France sur une réforme des retraites et que quand le contexte le permettrait, on souhaite reprendre ses discussions. Et c'est bien ce que le président de la République a évoqué, il souhaite dans un premier temps avoir un moment d'écoute des Français, des organisations patronales et syndicales et des forces politiques. Donc les décisions ne sont pas prises et je ne vais pas pouvoir vous les donner ce matin.

MARC FAUVELLE
Geoffroy ROUX de BEZIEUX dit dans cette même entretien aux Echos qu'on ne peut pas faire cette réforme en 3 mois, que c'est un sujet qui doit être traité pendant une campagne présidentielle pour le quinquennat suivant, est-ce qu'on peut faire une réforme aussi importante aujourd'hui, Elisabeth BORNE, avec tous les syndicats contre soi et maintenant le patronat qui vous lâche ?

ELISABETH BORNE
Enfin moi je vous dis, le président de la République a souhaité un moment d'écoute, il y a beaucoup de sujets dans cette réforme…

SALHIA BRAKHLIA
On a compris le moment d'écoute.

ELISABETH BORNE
Il y a beaucoup de sujets dans cette réforme des retraites y compris la question de l'équilibre…

SALHIA BRAKHLIA
C'est juste que le texte, alors on oublie peut-être que le texte se trouve au Sénat après le 49.3 à l'Assemblée nationale, le texte se trouve au Sénat, est-ce que vous allez reprendre ce texte là et ce sera la base…

ELISABETH BORNE
Non, je crois que le président de la République a été clair, ça nous n'allons pas reprendre le texte qui était en débat et pour autant on souhaite pouvoir effectivement avoir un temps de débat et trancher en fonction de ce que le débat aura éclairé sur la façon dont on aborde ce sujet d'ici la fin du quinquennat.

MARC FAUVELLE
Bon je crois qu'on n'en saura pas plus ce matin. On en reparlera probablement dans les mois ou dans le quinquennat suivant, on n'aura pas non plus la réponse à cette question. Elisabeth BORNE, vous restez avec nous.

(…)

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Elisabeth BORNE, la ministre du Travail. Une autre réforme qui fâchent les syndicats, c'est celle de l'assurance chômage qui doit entrer en vigueur le 1er juillet, dans moins d'un mois donc, le Conseil d'État va examiner le recours des syndicats demain, est-ce que vous êtes sereine ?

ELISABETH BORNE
Enfin moi je vais pas commenter une procédure qui est en cours devant le Conseil d'Etat, je pense qu'il y a une bonne nouvelle pour les syndicats qui nous reprochaient d'avoir effectivement un traitement qui pouvait être moins avantageux pour les personnes en congé maternité, maladie ou en activité partielle, comme je m'y étais engagée, on publie ce matin un décret donc au Journal officiel qui rectifie ce point. Donc je rassure tous ceux qui étaient inquiets, donc il n'y aura évidemment pas de pénalisation pour ceux qui étaient en congé maternité, maladie ou en activité partielle.

MARC FAUVELLE
Et merci aux syndicats d'avoir fait les calculs et soulevés ce problème dans la réforme.

ELISABETH BORNE
Mais c'est dommage qu'il est signalé tardivement mais ce n'était évidemment pas voulu…

MARC FAUVELLE
C'est dommage que le gouvernement se soit trompé aussi.

ELISABETH BORNE
Je ne souhaitais pas pénaliser, j'avais très clairement dit et dès que j'ai été alerté on a pris le point et donc le décret est publié aujourd'hui et répond à ces alertes.

MARC FAUVELLE
Si le Conseil d'Etat vous donne tort dans les jours qui viennent Elizabeth BORNE, est-ce que vous pourriez repousser cette réforme ?

ELISABETH BORNE
Moi je vous dis très clairement, je trouve très surprenant que tout le monde défende un système qui est à la fois injuste et qui maintient des centaines de milliers de travailleurs dans la précarité. Donc je considère que cette réforme, elle est nécessaire, on a eu des discussions pendant 6 mois pour adapter la réforme au contexte de la crise, mais au moment où l'activité repart ou des secteurs dans lesquels on a notamment beaucoup de contrats courts, vont embaucher, je pense que c'est important de donner un signal sur le fait qu'on souhaite éviter les contrats très courts, l'explosion des contrats courts à laquelle on a assisté au cours des dernières années.

SALHIA BRAKHLIA
Ce n'est pas un problème quand ne votre prédécesseur Muriel PENICAUD qui a elle-même engager des discussions sur cette réforme dit, non ce n'est pas le bon moment pour la mettre en oeuvre cette réforme.

ELISABETH BORNE
Alors Muriel PENICAUD dit que ça ne serait pas le moment de mettre en oeuvre la réforme qu'elle avait portée et donc je vous rassure Muriel PENICAUD, il y a eu 6 mois de concertation et on a adapté la réforme, donc celle qui doit rentrer en vigueur au 1er juillet, ça n'est pas celle qu'elle a portée.

MARC FAUVELLE
Quand l'UNEDIC chiffre les effets de la réforme et dit il y a un million 100000 chômeurs qui vont à terme, pas dès le 1er juillet prochain, perdre en moyenne 17 % de leurs indemnités chômage, est-ce que ce sont des chiffres que vous confirmez de votre côté ?

ELISABETH BORNE
Moi je dis que c'est une présentation qui est biaisée parce que il faut être très clair le montant global des allocations perçues par un demandeur d'emploi ne change pas.

MARC FAUVELLE
Parce qu'ils vont toucher plus longtemps une somme plus faible chaque mois, c'est ça ?

ELISABETH BORNE
Donc ça veut dire que ceux qui peuvent avoir une allocation plus basse que dans le système actuel la toucheront plus longtemps et notamment pour ceux qui ont du mal à trouver un emploi, mais ça leur donne plus de temps justement pour rechercher un emploi.

MARC FAUVELLE
Mais le chiffre donné par l'UNEDIC 17 % de baisse…

ELISABETH BORNE
Oui mais l'UNEDIC ne parle que du montant mensuel de l'allocation.

MARC FAUVELLE
Parce que c'est ce que les gens ont pour vivre à la fin du mois.

ELISABETH BORNE
Non les gens, ils ont un montant mensuel et ils ont une durée d'indemnisation, donc quand on peut avoir un montant élevé aujourd'hui et moi je le dis, ceux qui pourront avoir une allocation plus basse dans le nouveau système, c'est ceux qui aujourd'hui touchent plus lorsqu'ils sont au chômage que dans les périodes précédentes. Et on a été aussi très attentif pour qu'il n'y ait pas des allocations trop basses, donc on a mis un plancher en dessous duquel l'allocation ne peut pas baisser, donc on a effectivement été attentif au niveau de l'allocation mais pour un demandeur d'emploi il y a un niveau mensuel et il y a aussi une durée d'indemnisation. Et si le niveau mensuel est plus bas, la durée est plus longue.

SALHIA BRAKHLIA
Elisabeth BORNE, aujourd'hui est un jour particulier parce qu'on disait nouvelle étape du déconfinement, assouplissement du télétravail, réouverture des bars et des restaurants à l'intérieur, qu'en est-il des discothèques ? Le président de la République a dit au rendez-vous le 21 juin avec moi, ça veut dire qu'on saura à cette date quand elles rouvriront et dans quelles conditions ?

ELISABETH BORNE
Oui moi je pense que c'est important de donner aussi de la visibilité à ce secteur qui est sans doute celui qui est fermé depuis le plus longtemps et il faut qu'on arrive à définir avec eux un protocole qui permettra aussi de rouvrir les discothèques. Il y a beaucoup d'attentes sur ce sujet, donc ils verront avec le président de la République.

SALHIA BRAKHLIA
Mais quelles sont les pistes envisagées…

MARC FAUVELLE
Les pistes sur les discothèques, non Salhia.

SALHIA BRAKHLIA
Très bonne vanne. Le pass sanitaire par exemple est-ce qu'il peut être nécessaire pour entrer en discothèque, est-ce que vous imaginez un été sans boîte de nuit ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez ce n'est pas moi qui vais répondre à cette question, je pense qu'on on n'est tous conscient qu'on a un secteur qui envie de reprendre son activité, comme tous les autres secteurs, c'est important pour les professionnels, c'est important pour les salariés. Il y a eu un travail important qui a été fait par le secteur pour trouver des bonnes solutions pour assurer cette réouverture dans le respect effectivement des règles sanitaires.

SALHIA BRAKHLIA
Le pass sanitaire ça en est une ?

ELISABETH BORNE
C'est peut-être une des pistes effectivement qui doit être définie avec eux.

MARC FAUVELLE
On est à 10 jours du premier tour des régionales Elisabeth BORNE, que se passera-t-il si le Rassemblement national de Marine LE PEN remporte une ou plusieurs régions au soir du second tour ?

ELISABETH BORNE
Évidemment moi je ne le souhaite pas. Vous savez ces élections. Régionales, enfin on a beaucoup de sujets de casting et ça ressemble un peu à la primaire de la droite, mais pour autant il faut quand même garder en tête que les régions, elles ont un rôle très important, elles ont des compétences dans le domaine du développement économique, elles ont aussi des compétences, elles n'en parlent pas beaucoup dans la campagne sur la formation des jeunes et des demandeurs d'emplois peu qualifiés, donc évidemment elles auront un rôle. Enfin le fait qu'elles puissent travailler avec le gouvernement dans la période qui vient pour donner le maximum d'effets à notre plan de relance, c'est un élément très important.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire ce serait moins fluide par exemple dans les relations avec le gouvernement, si un président ou une présidente du RN était élu.

ELISABETH BORNE
Je ne suis pas sûr que le Rassemblement national souhaite travailler la main dans la main avec le gouvernement et réciproquement.

SALHIA BRAKHLIA
Stéphane SEJOURNE, conseiller du président dit que le front républicain est mort ou presque, il est inefficace aujourd'hui, vous êtes du même avis ?

ELISABETH BORNE
Non je pense que, moi je pense que le Front républicain, il a été abîmé par des prises de position très ambigüe, très clairement La République En Marche n'a jamais été ambigu sur ce sujet. On souhaite continuer à faire barrage au Front national, en même temps ça suppose un rassemblement et pour se rassembler il faut être à plusieurs.

MARC FAUVELLE
Donc La République En Marche se retirera partout où le RN peut l'emporter sans rien négocier ?

ELISABETH BORNE
Je n'ai pas dit ça, j'ai dit qu'on regarderait au cas par cas le soir du 1er tour quelle est la situation et je vous dis, on a toujours prôné le rassemblement et on continuera à le faire, certains alors…

SALHIA BRAKHLIA
C'est qui certains ?

ELISABETH BORNE
Notamment Xavier BERTRAND, il vous dit le rassemblement il n'en veut pas, c'est tout à fait regrettable et si on veut jouer le Front républicain, effectivement il faut être aussi ouvert au rassemblement.

MARC FAUVELLE
Rien ne vous empêche de vous retirer dans cette région ou dans une autre sans rien négocier.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on verra la situation dans chacune des régions au soir du premier tour et moi je vous dis que vraiment La République En Marche n'a jamais été ambiguë sur ce sujet.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Elisabeth BORNE et bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 juin 2021