Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à BFM TV le 7 juin 2021, sur la PMA, les violences conjugales, les questions de sécurité et l'élection présidentielle de 2022.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marlène SCHIAPPA, bonjour !

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur, chargée de la Citoyenneté. Evidemment, nous allons parler de la PMA pour toutes les femmes mais nous allons parler évidemment aussi des féminicides et d'autres sujets, politique, régionales, enfin bon etc., etc. Marlène SCHIAPPA, la PMA légalisée en France pour toutes les femmes, couples de femmes ou femmes célibataires, projet de loi bioéthique qui revient à l'Assemblée nationale, la majorité va le voter, donc il sera voté. La loi sera promulguée quand ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors au plus vite. Moi, je vais vous dire, j'ai une pensée d'abord pour toutes les femmes qui attendent depuis 9 ans, depuis 9 ans que la promesse de campagne de François HOLLANDE soit tenue. Le président François HOLLANDE n'avait pas tenu cette promesse de campagne, c'était, je crois, l'engagement 61 de son programme ; les femmes ont attendu en vain pendant cinq ans. Dans tous les autres pays qui ont fait la loi sur le mariage pour tous, ils ont décidé de faire également la PMA en même temps. Par manque de courage politique, François HOLLANDE a reculé et c'est le président Emmanuel MACRON qui concrétise en ce moment cet engagement qui va ouvrir la PMA pour toutes les femmes. Et donc j'espère que la loi sera adoptée et promulguée d'ici l'été et le ministre en charge, Olivier VERAN, a indiqué qu'il souhaitait que nous puissions avoir les « premiers bébés PMA » entre guillemets à partir de la rentrée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
À partir de la rentrée, les premiers bébés …

MARLENE SCHIAPPA
Des femmes enceintes à partir de la rentrée …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des femmes enceintes oui …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Remboursement par la Sécurité sociale.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, remboursement par la Sécurité sociale, moi, j'y suis très attachée. D'ailleurs, je l'avais dit et annoncé sur votre plateau il y a de cela maintenant un petit moment parce qu'on ne peut pas créer de rupture d'égalité ; la PMA, elle est remboursée pour les couples hétérosexuels, elle doit aussi être remboursée pour les couples de même sexe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la prochaine étape, c'est la légalisation de la GPA pour les couples d'hommes ?

MARLENE SCHIAPPA
En aucun cas. Je suis très opposée …

JEAN-JACQUES BOURDIN
En aucun cas ?

MARLENE SCHIAPPA
En aucun cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes formelle ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis absolument formelle. C'est ma position et je sais que c'est également la position du président de la République et du gouvernement. La GPA, elle ouvre la voie à une forme de marchandisation du corps des femmes et moi, en tant que mère, vous savez que les questions de maternité me sont chères, j'ai présidé dix ans un réseau qui s'appelait « maman travaille ». Je veux protéger les droits des femmes et les droits des mères, je comprends vraiment le désir d'enfant des couples d'hommes, je le comprends très sincèrement. Je pense que les enfants qui sont déjà existants, il faut qu'ils puissent avoir un état-civil facilité mais néanmoins, je crois qu'il ne faut pas légaliser la GPA en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et donc l'envie, le désir d'enfant des couples hétérosexuels qui n'arrivent pas à avoir d'enfants. La mère porteuse, les mères porteuses, autorisation en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, non, non, non, il s'agit de …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, jamais ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ça dépend de quoi on parle. Est-ce qu'on parle de GPA ? Est-ce qu'on parle de don d'ovocytes ? Vous savez, je pense que derrière un certain nombre de concepts, on met des choses différentes ; qu'il y ait par exemple des dons d'ovocytes qui soient permis, ça bien sûr mais la GPA, c'est-à-dire le fait même pour un couple qui soit un couple de même sexe de deux hommes ou un couple hétérosexuel, faire appel dans un autre pays …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites « non » ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, je dis « non ». Moi, je suis opposée à ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
66% des Français y sont favorables, vous avez vu le sondage qui est paru ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais ça peut m'arriver d'être minoritaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, vous êtes minoritaire ! Bien. Parlons d'autre chose, parlons des féminicides. Colmar avant-hier samedi une femme de 48 ans est tuée par son mari, elle est défénestrée, poussée dans le vide du 8e étage. Son conjoint était ivre, il explique s'être disputé avec sa femme, il avait interdiction d'approcher sa femme, jugement du tribunal correctionnel de Colmar en 2019, 6 mois de prison avec sursis pour violences aggravées sur sa femme, il avait interdiction de l'approcher, il a pu l'approcher sans aucun souci. Pourquoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça, l'enquête d'abord devra le démontrer. Moi, vous savez sur les violences conjugales et sur les féminicides, vous le savez, ça fait maintenant des dizaines d'années que je suis engagée et que j'alerte pour qu'il y ait un réveil de la société. Avec Edouard PHILIPPE, quand j'étais auprès de lui, quand il était Premier ministre, nous avons lancé le Grenelle des violences conjugales et enfin, on s'est mis à parler de ces sujets. Souvenez-vous au moment du meurtre d'Alexia DAVAL quand j'ai dit que c'était un féminicide, sur les plateaux de télévision, vous aviez foule de commentateurs pour dire que ce mot n'existait pas, que j'en faisais trop sur ce sujet, que ce n'était pas si grave, les violences conjugales. Donc moi, d'abord je veux me réjouir que la société se réveille ; ensuite, je dis qu'il y a dans ces drames une forme de détermination à tuer de la part de ces hommes et c'est à cela que les pouvoirs publics et les acteurs du terrain font face.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais cet homme-là, comme tant d'autres, n'avait pas le droit d'approcher son conjoint.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sa femme ou sa compagne !

MARLENE SCHIAPPA
Mais vous avez raison et ça nous montre justement les limites des dispositifs. Nous, nous avons créé ou amplifié des dispositifs. Le bracelet anti-rapprochement, il a été multiplié par plus de 60% depuis qu'Éric DUPOND-MORETTI a donné l'instruction de les attribuer …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez, je vais y revenir, le bracelet anti-rapprochement, parce que là, les chiffres sont accablants. Ils sont accablants, vous allez être d'accord avec moi, Marlène SCHIAPPA …

MARLENE SCHIAPPA
Il y a 1 000 bracelets …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tiens, combien y a-t-il de bracelets anti-rapprochement ? Combien ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a 1 000 bracelets anti-rapprochement qui sont financés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui sont financés. Combien d'hommes portent des bracelets anti-rapprochement en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je n'ai pas le chiffre exact, c'est un chiffre qui appartient à la Justice mais …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi, je l'ai …

MARLENE SCHIAPPA
Il y en avait 61 la dernière fois que …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a en 78, c'est-à-dire …

MARLENE SCHIAPPA
Il y a eu une augmentation qui date-là de la fin de semaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'il y a 1 000 bracelets disponibles oui et 78 ou 80 ou 85 sont portés ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais Jean-Jacques BOURDIN, vous prêchez une convaincue ! Moi, je peux vous dire quand j'ai été nommée au Gouvernement, j'avais sur le terrain, plein d'associations qui me disaient : Madame la ministre, on n'a pas assez de téléphone « grave danger » et quand j'allais voir à la Chancellerie, on disait : on finance pléthore de téléphones « grave danger ». Je disais : mais où sont-ils ? Et nous avions découvert à l'époque qu'ils étaient dans des placards et qu'ils n'étaient pas attribués. Pourquoi ? Parce qu'il faut une décision de justice pour attribuer ce téléphone « grave danger. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ces bracelets, c'est la même chose, ils sont dans les placards ?

MARLENE SCHIAPPA
Les bracelets, le Garde des Sceaux, Eric DUPOND-MORETTI l'a dit très fermement, il n'ont pas vocation à rester dans des tiroirs, il a adressé il y a quelques semaines de cela une circulaire en demandant que la justice attribue ces bracelets que nous avons créés et que nous avons fait financer mais le féminicide que vous mentionniez, comme certains autres, nous montre à quel point nous sommes, et je crois qu'il faut avoir la lucidité de le dire, le Gouvernement fait tout ce qui est en son pouvoir mais ne peut pas tout tout seul ; quand vous avez face à vous quelqu'un qui est déterminé …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais où sont les failles ? La justice ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais je vais vous dire : les violences conjugales, elles existent d'après les anthropologues depuis l'Antiquité, il n'y a pas un seul pays au monde qui ait réussi à éradiquer les féminicides.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf que l'Espagne a réussi à faire baisser de 40% les féminicides.

MARLENE SCHIAPPA
C'est vrai mais Monsieur BOURDIN, l'Espagne a commencé en 2003 ; la France a commencé en 2017 avec Emmanuel MACRON et avec la grande cause du quinquennat pour l'égalité femme / homme à faire des mesures politiques d'ampleur face aux violences conjugales. Vous n'entendiez pas dans les précédents gouvernements des lois, des mesures d'ampleur sur ce sujet ; nous avons passé 4 lois en 4 ans pour renforcer les droits. L'emprise, la saisie des armes, avant cela n'existait pas, c'est un acquis du Grenelle des violences conjugales. Maintenant quand une femme dépose plainte, il y a une grille d'évaluation du danger des forces de l'ordre avec 40 questions parmi lesquelles « Madame, est-ce qu'à votre connaissance, il possède une arme ? » Si la réponse est « oui », les policiers et les gendarmes vont immédiatement procéder à la saisie des armes parce que …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on retire le port d'armes immédiatement !

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, on prend les armes parce que l'arme à feu, c'est le premier mode opératoire des féminicides en nombre. On dit souvent : elle est morte sous les coups de son conjoint. Souvent, et les policiers les gendarmes le savent bien, c'est par arme à feu et par arme blanche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, est-ce qu'on retire le port d'arme à un homme menaçant sa conjointe ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ? La loi le permet ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est la loi et avec Gérald DARMANIN, nous avons donné une circulaire pour le rendre obligatoire et nous voulons aller plus loin. Nous avons proposé au Premier ministre …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez, c'est la loi mais ce n'est pas encore obligatoire ?!

MARLENE SCHIAPPA
Alors, c'est la loi et c'est obligatoire. La loi dit que les forces de l'ordre peuvent et la circulaire dit que les forces de l'ordre doivent. Avec le ministre de l'Intérieur, nous avons donné cette instruction à la police et à la gendarmerie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais il faut être précis dans …

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous avez raison.

MARLENE SCHIAPPA
Et autre instruction : nous avons demandé que 100% des plaintes soient prises, qualifiées, transmise au parquet. « Prises », ça veut dire je ne veux pas de main courante pour des violences conjugales, ce sont des faits graves, il doit y avoir des dépôts de plainte. « Bien qualifiées », ça veut dire que même quand il y a des violences psychologiques, de l'emprise, des violences économiques, des viols conjugaux, cela doit être mentionné. Et « transmises au parquet » parce qu'on ne veut plus comme dans l'affaire par exemple de Judith DOUIB apprendre qu'il y a eu 7 plaintes et que certaines n'ont pas été transmises au parquet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr Marlène SCHIAPPA, il n'empêche que les conjoints violents peuvent toujours approcher leur femme ou leurs compagnes, toujours, malheureusement toujours malgré …

MARLENE SCHIAPPA
Jean-Jacques BOURDIN, moi, je ne veux pas faire de démagogie …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais moi non plus !

MARLENE SCHIAPPA
Non mais je ne dis pas que vous en faites mais je ne veux pas …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi, je m'appuie sur des faits, Marlène SCHIAPPA !

MARLENE SCHIAPPA
Non mais je pourrais vous répondre : non avec nous, il n'y aura plus de féminicide demain, etc. Pour être honnête, c'est la même chose que pour les faits de terrorisme : quand vous avez face à vous quelqu'un qui est déterminé à tuer … A Mérignac, à Mérignac, moi je suis allée voir la BAC, les policiers, la police municipale, cet homme, il a donné deux coups de fusil dans les genoux de son ex-compagne, de sa compagne pour l'immobiliser, elle s'est écroulée dans la rue, il l'a immolée, elle est décédée du fait d'avoir inhalé …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il l'a brûlée vive !

MARLENE SCHIAPPA
… la fumée, exactement et ensuite, il est allé mettre le feu à la maison, il aurait même fait des photos de ce qu'il a fait. Vous avez là face à vous quelqu'un qui n'a pas peur d'être arrêté, qui n'a pas peur de faire la prison et qui est déterminé à tuer et c'est extrêmement difficile pour les pouvoirs publics, et y compris pour les forces de l'ordre, et je veux rendre hommage aux forces de l'ordre parce que vous avez 400 fois par semaine des policiers et des gendarmes qui interviennent au péril de leur vie comme à Ambert où 3 gendarmes ont été tués, je veux avoir une pensée pour leurs familles, en intervenant pour sauver une femme face à des violences conjugales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et que dit l'enquête à propos de Mérignac ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, nous avons demandé un rapport d'inspection. L'enquête, c'est la procureure de la République qui est fondée à communiquer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, le rapport d'inspection ?

MARLENE SCHIAPPA
Le rapport d'inspection, il nous sera remis à Matignon au Premier ministre, au Garde des Sceaux, au ministre de l'Intérieur, Egalité femme-homme et moi-même le 9, c'est-à-dire demain et donc nous aurons les conclusions du rapport.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez rien du rapport ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas encore. Nous allons découvrir lorsqu'il nous sera remis avec le Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, il y a un numéro d'appel, le 39 19, il faut le rappeler. Pourquoi …, d'abord combien d'appels ? Combien y a-t-il d'appels ? Je crois qu'en 2020, il y a eu 165 000 appels ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui alors deux choses sur le 39 19, 1), je vais vous répondre mais vous savez que je ne suis plus en charge du numéro du 39 19, c'est ma collègue qui s'occupe de l'égalité entre les femmes et les hommes désormais mais sur le 39 19, là je veux dire que moi quand je suis arrivée, 8% de la population connaissait ce numéro ; après le Grenelle des violences conjugales, près de 70% de la population française connaît ce numéro, c'était la première mission que j'avais, c'était de faire connaître ce numéro. On voit que la parole se libère ; le surcroît d'appels à ce numéro de téléphone en est la démonstration. Il y a des faits qu'avant on laissait passer qu'on ne laisse plus passer maintenant et je veux rendre hommage aux témoins parce que vous avez de plus en plus de témoins à ce numéro mais aussi à la plateforme arrêtonslesviolences.gouv.fr qui dépend du ministère de l'Intérieur, vous avez 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 des policiers et des gendarmes et des psys qui répondent aux personnes victimes de ces violences.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, pourquoi 60% seulement des appels sont traités ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais je pense qu'il faut qu'il y ait davantage de moyens pour le 39 19 …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Davantage de moyens !

MARLENE SCHIAPPA
…mais je ne veux préempter les missions de ma collègue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je vous le dis, 60% des appels sont traités seulement, Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Mais moi vous savez que, année après année, j'ai constamment augmenté les moyens du 39 19 ; j'ai d'ailleurs écrit un livre dont j'ai reversé les droits totalement au 39 19, un livre chez Dalloz, un guide juridique sur les droits des femmes face aux violences pour justement montrer aussi mon soutien à ce numéro et à l'Association Fédération Nationale Solidarité Femmes qui mène un travail important pour gérer ce numéro de téléphone.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marlène SCHIAPPA lorsque Emmanuel MACRON explique que les Français vivent un sentiment d'insécurité. Est-ce que vous pensez franchement les Français vivent un « sentiment » d'insécurité ou une insécurité tout court ? Franchement ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que les Français vivent de l'insécurité tout court …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui tout court, oui, tout court.

MARLENE SCHIAPPA
…et qu'on peut aussi avoir un sentiment d'insécurité, j'y reviendrai …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on l'a après !

MARLENE SCHIAPPA
Exactement mais ce que je veux dire, c'est que le président de la République lorsqu'il a dit ça, a évoqué l'insécurité au sens général ; il a parlé d'insécurité économique avec la crise qui nous a frappés pendant ces quinze mois ; il a parlé d'une forme d'insécurité culturelle, d'insécurité pour l'avenir ; il n'opposait pas le sentiment d'insécurité à l'insécurité réelle. Mais je vais vous dire quelque chose et pour être la personne qui a porté la loi contre le harcèlement de rue quand on est une femme et qu'on prend le métro ou le RER à 21h et qu'on ne se sent pas en sécurité, eh bien même, le simple sentiment d'insécurité, c'est déjà un fait important et grave parce qu'il nous oblige à avoir des stratégies d'évitement, à avoir peur, à vivre dans l'angoisse, à nous autocensurer parfois et quand on a peur pour sa sécurité alors qu'on rentre chez soi, on n'est pas dans une bonne posture, par exemple, quand on arrive au travail le lendemain pour aller être conquérante, relever les épaules et demander une augmentation de salaire alors qu'on vient de faire tout un trajet dans une posture de peur dans laquelle on a été obligée de se faire discrète et de se renfermer sur soi-même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Emmanuel MACRON qui part en France, il sera demain à Valence. Pourquoi ? Pour ne plus paraître arrogant et distant ?

MARLENE SCHIAPPA
Oh, comme vous y allez !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non, comme j'y vais … ? C'est le sentiment d'une partie des Français, vous le savez bien, qui le considèrent arrogant et distant … !

MARLENE SCHIAPPA
Dans ces cas-là, ils vont le rencontrer …

JEAN-JACQUES BOURDIN
…et méprisant !

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, écoutez, ils vont le rencontrer et probablement changer d'avis parce que toute la politique menée par le président de la République démontre le contraire et d'ailleurs, il nous est plutôt en général reproché de trop créer de consultations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, « démontre le contraire », enfin tout le monde n'est pas convaincu, Marlène SCHIAPPA !

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, justement, c'est bien pour ça que le président de la République va à la rencontre des Français pour accompagner un certain nombre de…, les Français sont en train de finir leur déclaration d'impôt, vous avez 80% des Français qui ne paieront plus de taxe d'habitation grâce à la politique du président Emmanuel MACRON. Et je vais vous dire que ce dialogue direct avec les Français c'est ce qui fait notre marque de fabrique : c'était la grande marche en 2016, 2017 ; c'était ensuite le grand débat national ; c'est maintenant le tour de France. Le président Emmanuel MACRON est dans ce dialogue direct avec les Français, il le poursuit et c'est tout à fait souhaitable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il n'y a qu'une alternative politique en France, Emmanuel MACRON ou Marine LE PEN ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça ce sont les électeurs qui décident !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, évidemment. Ce sont les électeurs qui décideront.

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je crois à la démocratie. Il est important que chacun puisse se présenter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous, qu'en pensez-vous ? Il n'y a qu'une alternative, Emmanuel MACRON / Marine LE PEN ?

MARLENE SCHIAPPA
Non pas du tout ! C'est pour ça qu'il y a d'autres candidats et on le voit à mesure des élections mais au dernier deuxième tour c'était un duel entre Emmanuel MACRON et Marine LE PEN et les sondages nous disent qu'a priori, c'est ce qui se dessine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le souhaitez, ce duel ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je souhaite personnellement qu'Emmanuel MACRON se représente, qu'il soit réélu et qu'il puisse faire un deuxième quinquennat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'il affronte Marine LE PEN ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, moi je souhaite que Madame LE PEN ne soit pas au deuxième tour ; pour la vitalité démocratique de mon pays, j'aimerais qu'on puisse avoir …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour laisser la place à qui ? Jean-Luc MELENCHON ?

MARLENE SCHIAPPA
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

MARLENE SCHIAPPA
Non …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

MARLENE SCHIAPPA
Vous savez moi, sur un certain nombre de sujets ….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, pourquoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vais vous répondre. Sur un certain nombre de sujets, par exemple sur la laïcité, nous, nous avons une ligne très claire, nous ne disons pas comme monsieur MELENCHON que les attentats seraient le fait de complotistes et qu'il y aurait une forme de manipulation puisqu'il a tenu hier des propos honteux !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Complotistes ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, Jean-Luc MELENCHON sort des propos complotistes, je le dis. Hier, monsieur MELENCHON a dit à l'antenne d'une grande radio …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, France Inter …

MARLENE SCHIAPPA
…qu'il y avait avant chaque élection présidentielle qu'il y avait comme par hasard un attentat en mentionnant la responsabilité d'un « ils » au pluriel très vague et on a un mélange de paranoïa et de complotisme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ecrit d'avance, dit-il, c'est écrit d'avance.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, c'est honteux et d'ailleurs, il y a une condamnation unanime de la classe politique et regardez les propos de Madame Latifa IBN ZIATEN, vous voyez qui est madame Latifa IBN ZIATEN ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr …

MARLENE SCHIAPPA
Son fils …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Victime de MERAH.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà a été tué par le terroriste monsieur MERAH et Jean-Luc MELENCHON se permet de dire que cela serait un complot, c'est un manque de respect aux familles des victimes. Et pour revenir à mon propos sur la laïcité, moi je ne crois pas comme Europe Ecologie-Les Verts qu'il faille financer le CCIF ; je ne crois pas comme le Rassemblement national qu'il faille interdire le voile ou la kippa dans l'espace public et verbaliser les gens qui portent une kippa dans la rue. C'est ce que monsieur BARDELLA a annoncé qu'il souhaitait faire hier et je ne crois pas comme Jean-Luc MELENCHON que ces attentats islamistes soient dus à une forme de complot général de l'oligarchie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les régionales. Est-ce que les listes la République En Marche doivent se retirer entre les deux tours s'il y a risque d'élection d'un candidat ou d'une candidate du Rassemblement national ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je n'entame pas une démarche pour me retirer et vous voyez bien que nous avons mené une campagne forte en Ile-de-France ; nous avons d'énormes mobilisations, beaucoup de militants sur le terrain avec beaucoup d'enthousiasme. Autour de Laurent SAINT-MARTIN en Ile-de-France, nous avons réuni la majorité présidentielle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais vous ne vous retirez pas parce qu'il n'y a pas grand risque de voir le Rassemblement national l'emporter mais s'il y avait risque, enfin risque ou possibilité pour être impartial ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je suis très claire : vous pouvez toujours compter sur la majorité présidentielle pour faire barrage au Rassemblement national. Nous l'avons prouvé dans un certain nombre d'autres régions. Je pense à la région PACA ; il y a un risque du Rassemblement national ; nous avons pris nos responsabilités ; nous verrons ce qu'il en est. En tout cas en Ile-de-France je souhaite que les listes de Laurent SAINT-MARTIN fassent le score le plus haut possible pour que nous puissions affronter Valérie PECRESSE, la présidente sortante au deuxième tour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous dites « merci » à Xavier BERTRAND ?

MARLENE SCHIAPPA
Pourquoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui a appelé à faire barrage au Rassemblement national.

MARLENE SCHIAPPA
C'est la moindre des choses !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et c'est une ministre qui a été élue députée.

MARLENE SCHIAPPA
Mais je ne vais quand même pas remercier Xavier BERTRAND de prendre ses responsabilités !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est la moindre des choses, c'est la moindre des choses quand on représente une force dite républicaine de faire barrage au Rassemblement national mais c'est vrai que ça nous change ; ça nous change de monsieur Guillaume PELTIER qui court après le Rassemblement national dans ces propositions ; ça nous change de Valérie PECRESSE qui fait croire qu'elle serait Macron-compatible mais qui, en réalité, dans ses propositions met un signe égal entre l'immigration et le terrorisme. C'est la course à l'échalote derrière le Rassemblement national. Donc c'est bien que nous ayons des personnes qui soient claires sur ce sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les états généraux de la justice, quand ? A la rentrée ? A l'automne ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça appartient à Eric DUPOND-MORETTI, le Garde des Sceaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais avec les forces de l'ordre qui participeront.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, vous savez qu'il y a un dialogue et nous avons deux ministres qui travaillent très bien ensemble, le ministre de l'Intérieur Gérald DARMANIN et le Garde des Sceaux, Eric DUPOND-MORETTI.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc tout va bien, tout est merveilleux ?!

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas que tout va bien !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ah bon !

MARLENE SCHIAPPA
Non, il y a beaucoup de problèmes dans notre pays notamment sur ces questions-là mais justement pour mettre une solution en face de ce problème, on a connu dans le passé des affrontements stériles entre police et justice. Ce n'est pas le cas aujourd'hui : Eric DUPOND-MORETTI s'est rendu au Beauvau de la sécurité, il est venu pour échanger dans un dialogue franc avec notamment les syndicats de policiers. Moi-même, j'ai organisé une table ronde du Beauvau de la sécurité consacrée à la qualité de vie au travail, aux risques psycho-sociaux et à un sujet dur et important, la question du suicide des forces de l'ordre et précédemment, et je remercie le ministre de l'Intérieur de me l'avoir confié, j'ai proposé d'organiser un temps de travail sur les familles, les femmes les maris des forces de l'ordre, les enfants qui vivent dans une angoisse profonde. Tout cela, c'est dans le cadre du Beauvau de la sécurité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Mila, vous allez … je crois savoir que vous êtes en relation permanente avec ses parents.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous allez l'aider à s'accomplir dans la vie, je ne sais pas, l'accompagner ?

MARLENE SCHIAPPA
J'aide Mila depuis le début …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça, je sais.

MARLENE SCHIAPPA
…dans la mesure de mes possibilités déjà en la soutenant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes en dialogue avec elle ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, oui bien sûr avec sa famille, elle m'a offert un portrait pour mon anniversaire parce que c'est une artiste également, Mila et voilà, moi, je soutiens Mila dans le respect bien sûr de la séparation des pouvoirs, donc je ne me prononce pas sur le procès qui est en cours mais de façon empirique et je l'ai dit à de nombreuses reprises, je soutiens cette jeune fille qui se trouve dans une situation terrible, qui doit vivre sous protection policière, qui est menacée de mort et qui est empêchée de s'accomplir dans la vie parce qu'elle a des hordes d'islamistes qui se sont liguées contre elle sur les réseaux sociaux pour avoir fait des blagues qu'on peut apprécier ou non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, des blagues, du sacrilège pour certains ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas un sacrilège, est-ce que ça mérite …Vous voyez je trouve que dans notre …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je pose la question !

MARLENE SCHIAPPA
Je vous réponds, je trouve …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pouvez comprendre qu'on soit choqué ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr que je comprends qu'on soit choqué mais de la même manière, je comprends qu'on soit parfois choqué par des Unes de Charlie Hebdo mais Monsieur BOURDIN, moi je crois au dialogue, je crois à l'Etat de droit, je pense que la réponse à tout ne peut pas être la menace de mort et je le déplore parce que j'en suis moi-même victime des centaines de fois par jour sur les réseaux sociaux. On est un responsable politique, on va prendre une position ; au lieu d'avoir comme réponse « je ne suis pas d'accord avec vous et voilà pourquoi et parlons-en et peut-être on va s'écouter », on a comme réponse des insultes, des injures, des menaces de mort immédiatement ! Je crois qu'il y a une dangerosité du débat public où on va directement à la menace de mort et les réseaux sociaux ont une immense responsabilité. J'accuse TWITTER de ne pas en faire assez contre la haine en ligne ; nous avons renforcé les moyens de PHAROS. Nous avons créé une unité de contre-discours républicain pour contrer les discours islamistes sur les réseaux sociaux, il y a des réseaux sociaux qui avancent, je pense à FACEBOOK notamment qui fait un travail engagé sur ce sujet, je le salue mais TWITTER trop souvent n'est pas au rendez-vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Marlène SCHIAPPA d'être venue nous voir ce matin !

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 juin 2021