Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à trois questions sur la lutte contre le terrorisme au Sahel, à l'Assemblée nationale le 15 juin 2021.

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Circonstance : Question au gouvernement à l'Assemblée nationale

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Député, je suis d'accord avec vous sur le diagnostic que vous prononcez à l'égard de la décision prise par le Président de la République sur l'évolution de la présence de nos forces au Sahel. Nous avons engagé des discussions, des consultations, avec nos partenaires pour aboutir à une transformation profonde de notre présence militaire au Sahel, qui se traduira par la fin de ce qu'on appelle une opération extérieure, une Opex, pour aller vers une coopération d'appui et de soutien aux armées des pays du Sahel.

C'est un nouveau cadre de notre engagement qui nous permettra de poursuivre notre action avec nos collègues de la force Takuba, les huit pays européens qui sont dans la force Takuba, dont nous constituerons toujours la colonne vertébrale, et nous permettra aussi de poursuivre le soutien à l'organisme de formation EUTM, que vous connaissez, et le fait que nous soyons la force de réassurance de la mission MINUSMA.

Donc, il s'agit d'une opération de réadaptation face à la nouvelle donne de la menace. La France continuera, évidemment, à lutter contre les groupes armés terroristes, c'est une priorité absolue.

Mais, comme vous le savez, et vous faisiez référence au général Lecointre, les concepts militaires évoluent en fonction de la menace. Il faut les adapter. J'ai été, dans des fonctions antérieures, responsable indirect de l'opération Serval ; il a fallu la changer en opération Barkhane. Et là, nous avons deux piliers, celui de la coopération et celui du contre-terrorisme, qui vont rester pour combattre ce qui est notre ennemi et notre menace au sud, c'est-à-dire les forces de Daech et d'Al-Qaïda contre lesquelles nos soldats, à qui je rends hommage, luttent depuis maintenant près de neuf ans.


Monsieur le Député, j'ai eu l'occasion de dire tout à l'heure que cette décision n'était ni une surprise, ni une rupture, mais une transformation.

Et ce n'est pas une surprise puisque, dès le sommet de Pau, en début 2020, suivi ensuite par le sommet de N'Djamena, en février 2021, nous avons été amenés, le Président de la République a évoqué avec nos partenaires du G5 Sahel, mais aussi avec nos partenaires des pays du Golfe de Guinée, la nécessité de modifier notre posture dans une triple dynamique, - je complète ma précédente réponse en vous répondant -, triple dynamique de sahélisation, d'européanisation, et d'internationalisation ; en gardant l'objectif, évidemment, de lutte prioritaire contre le développement du terrorisme, en particulier par la force Takuba.

Alors, cela ne va pas tout seul, cela ! Parce que, vous avez raison, il faut qu'on fasse marcher ensemble les quatre piliers de la stratégie dite stratégie de Pau, ou stratégie de N'Djamena, c'est-à-dire : la lutte contre le terrorisme que nous maintenons, le fait que l'on renforce les capacités des forces africaines pour qu'elles soient en mesure d'assurer elles-mêmes la sécurité des Etats qu'elles représentent. Ensuite, et c'est tout à fait urgent, vous l'avez évoqué, le renforcement du déploiement de l'Etat et des services publics dans les zones qui sont sous influence djihadiste. J'étais au Burkina Faso, il y a deux jours, j'ai pu évoquer cette question avec le Président Kaboré, à la suite des drames qui se sont produits les jours précédents ; et enfin, le développement.

C'est la priorité. Il faut que les quatre piliers marchent ensemble. Et c'est, aujourd'hui, la nécessité de renforcer le sursaut territorial qui est la priorité : remettre des écoles, remettre des hôpitaux, remettre de l'administration, remettre de la police dans les zones qui ont été reprises aux forces djihadistes. C'est une priorité qui s'articule complètement avec l'action des forces armées.


Monsieur le Député, j'excuse Mme la ministre des armées, qui est retenue dans une réunion à Bruxelles, et je reviens sur vos observations concernant la fin de l'opération Barkhane et le début d'une autre opération. Je crois avoir suffisamment, dans les réponses précédentes, illustré mon propos ; et concernant la consultation et la discussion avec la représentation nationale, je crois savoir que Mme la ministre des armées se rend régulièrement devant votre commission et je peux témoigner ici, je crois, devant les membres de la commission des affaires étrangères que moi-même je m'y rends très régulièrement, et encore tout à l'heure, après cette séance, pour évoquer l'ensemble de la situation.

Je vais rappeler les choses très clairement :

1/ La France est présente au Sahel à la demande des Etats du Sahel - à la demande des Etats du Sahel - et en respect du droit international et sur validation, ensuite, des résolutions du Conseil de sécurité.

2/ Il faut adapter les modèles d'intervention en fonction de l'évolution de la menace. Je pense que personne n'ira contredire cela. Et nous constatons, en plus, par rapport au début de l'opération Barkhane, que nous avons désormais beaucoup de partenaires, y compris des partenaires dans le domaine du contre-terrorisme.

Donc, il faut articuler tout cela dans une nouvelle logique. Et c'est la raison pour laquelle nous allons ouvrir des consultations avec nos partenaires pour définir le nouveau modèle de notre présence. Cela va prendre un petit peu de temps ! Nous sommes liés dans la coalition internationale pour le Sahel qui regroupe 60 acteurs, essentiellement des Etats, mais aussi des organisations internationales.

Et c'est avec cette coalition que nous allons évoquer ces questions et aussi avec, évidemment, les membres du G5 Sahel et les membres de la CEDEAO, comme nous l'avons toujours fait. Et ce n'est pas une surprise, je l'ai dit tout à l'heure, les consultations sur l'évolution du concept militaire ont commencé à Pau, en janvier 2020, avec les chefs d'Etat présents. Cela s'est poursuivi, en février 2021, et la représentation nationale sera évidemment totalement informée de l'évolution du modèle.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 juin 2021