Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à CNews le 23 juin 2021, sur les affaires judiciaires concernant Mila et Valérie Bacot, la toxicomanie dans le quartier de Stalingrad à Paris et les élections régionales.

Texte intégral

 

LAURENCE FERRARI
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans la matinale de CNEWS.

MARLENE SCHIAPPA
Merci.

LAURENCE FERRARI
L'actualité c'est effectivement Mila avec ces peines requises allant de 3 à 6 mois de prison avec sursis à l'encontre de ceux qui ont participé au lynchage, au cyber lynchage de cette adolescente de 18 ans, est-ce que vous pensez vraiment que ça peut dissuader 3 à 6 mois de prison avec sursis ceux qui l'insultent, elle en a encore lu quelques extraits hier et cela fait froid dans le dos ?

MARLENE SCHIAPPA
Vous savez qu'en vertu de la séparation des pouvoirs je ne peux pas commenter l'un celle qui est en cours et ni une décision de justice, donc je me garderai de commenter cela particulièrement. Mais de façon générale moi j'appelle à une prise de conscience de ce qu'est le cyber harcèlement. J'ai fait voter une loi, vous le savez, qui est dite Loi Schiappa en 2018 qui condamne le cyber harcèlement et les raids numériques en meute et moi j'observe que Mila elle vit un cauchemar et je pense que, unanimement ce pays devrait condamner le cauchemar qui est infligé à Mila et condamner très sévèrement le cyber-harcèlement. On voit qu'on a…

LAURENCE FERRARI
Et ce n'est pas le cas, tout le pays n'est pas derrière cette jeune fille ?

MARLENE SCHIAPPA
Manifestement non, j'observe qu'il y a des gens qui disent qu'ils ne souhaitent pas soutenir Mila, j'observe qu'il y a un silence d'un certain nombre de groupes. Moi vous savez que j'étais militante, je suis toujours militante féministe j'observe qu'il y a beaucoup d'organisations féministes qui devraient être derrière Mila, cette jeune fille qui à la base reçoit des insultes sexistes, des insultes lesbophobes, des menaces de mort, ce n'est pas le cas et je le déplore. Et je crois que quand on en arrive à ce niveau de violence ça doit être préoccupant pour tout le monde. Aujourd'hui c'est Mila, demain ça peut être n'importe qui soit victime de ces menaces et de ces cybers harcèlements.

LAURENCE FERRARI
Et pourquoi est-ce que ces associations féministes que vous dénoncez ne sont pas derrière Mila ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça la question il faudrait la leur poser.

LAURENCE FERRARI
Parce qu'elle a insulté l'islam ?

MARLENE SCHIAPPA
Il faudrait la leur poser à elles, mais moi j'observe qu'effectivement il y a un sujet autour de la liberté d'expression et particulièrement vis-à-vis des plus jeunes générations. Alors on peut débat de savoir est-ce que Mila, ce qu'elle dit est bien, pas bien, ce n'est pas le sujet en fait. C'est la même chose que quand on dit à une femme qui dit qu'elle a été agressée dans le métro, oui mais tu avais une minijupe, tu as souri, tu étais toute seule, il ne faut pas prendre cette ligne. Ça s'appelle du victim blaming, c'est faire porter sur les victimes la responsabilité de ce qu'elles subissent. Et moi je veux appeler également à la responsabilité des plateformes parce que le gouvernement fait tout ce qui est en son pouvoir mais ne peut pas tout, tout seul. Pourquoi Twitter laisse en ligne ces messages, Instagram encore récemment à supprimer le compte de Mila. Nous avons dû intervenir pour faire en sorte de faire rétablir le compte de Mila. Nous faisons parce que Mila, sa situation elle est connue, mais il y a plein de petites jeunes filles en ce moment ou jeunes hommes d'ailleurs, qui sont aux prises avec ce super harcèlement, qui signalent aux réseaux sociaux et qui n'ont jamais de réponse de Twitter ou des autres réseaux sociaux et c'est dramatique.

LAURENCE FERRARI
On va continuer à parler des sujets, on parlera des régionales dans un instant, mais on a vu les photos d'un bébé de 2 ans qui a été agressé dans le quartier de Stalingrad par une toxicomane, ça s'est passé vendredi dernier. Les toxicomanes sont parqués dans ce parc Eole et la vie des habitants est un enfer. La photo de cet enfant est assez éloquente, qui s'occupe de la sécurité aujourd'hui dans notre pays, que se passe-t-il, pourquoi cette zone est-elle à ce point-là laissée à l'abandon ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord je veux adresser un soutien bien sûr à ce petit mais aussi à sa famille parce que c'est évidemment absolument terrible. Je suis très au courant de ce qui se passe à Stalingrad, j'étais encore il y a quelques jours avec le député Mounir MAHJOUBI qui lance l'alerte régulièrement et qui était dans le 19e et dans le 20e sur ces quartiers. Le ministre de l'Intérieur a pris un certain nombre de dispositions très fortes avec le préfet de police. Moi je ne veux pas faire de démagogie et je vais dire la vérité, je ne vais pas vous dire c'est de la faute d'untel ou d'untel, ce que je constate c'est qu'il y a une situation dramatique depuis des dizaines d'années qui s'est installée, le ministre de l'Intérieur mène une guerre contre la drogue notamment la colline du crack qui est en train d'être démontée, il y a un harcèlement…

LAURENCE FERRARI
Elle l'a été, non elle l'a été.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement elle l'a été mais ce que je veux dire c'est qu'ensuite…

LAURENCE FERRARI
Elle s'est reconstituée ailleurs.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement c'est exactement ce que j'allais dire, vous avez parfaitement raison, ensuite ça se reconstitue ailleurs. Et donc je vais être honnête sur la question du crack, il y a un travail de long terme, un travail sécuritaire, mais aussi un travail sanitaire. Quand vous voyez des gens qui font la poule, pardon c'est l'expression qu'on utilise pour les " crackeux ", vous voyez très bien qu'il ne suffit pas d'avoir la réponse sécuritaire, il y a aussi une prise en charge sanitaire quand on est accro au crack, c'est extraordinairement dur ensuite de se désintoxiquer. Donc je crois que c'est un travail partenarial, je sais que la préfecture est mobilisée, il y a des forces de l'ordre qui sont présentes mais les habitants nous disent quand même leur détresse. Vous parlez de cette agression dans un petit bébé, il y a eu également un viol en pleine rue. Nous nous avons fait à supprimer les vidéos, mais ce sont les habitants eux-mêmes qui ont signalé les faits à la police et qui vivent un vrai calvaire, je ne veux pas vous dire le contraire.

LAURENCE FERRARI
Vous êtes militante féministe, vous le dites, en ce moment devant la Cour d'assises de Saône-et-Loire, il y a le récit du calvaire qu'a vécu Valérie BACOT, elle a assassiné son compagnon qui était aussi son beau-père, il l'a violée quand elle avait 12 ans, il l'a battue, prostituée. Les enfants de cette femme témoignent, ont témoigné du calvaire qu'elle a subi, est-ce que l'accusation dit, évidemment on ne peut pas se faire justice soi-même dans notre pays, mais est-ce que, encore une fois il ne faut faire preuve de clémence à l'égard de cette femme ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi ce que j'observe c'est que quand la justice de notre pays faillit les gens sont tentés de se faire justice eux-mêmes ou ont des réflexes de survie. Je pensais à cette femme, mais je pense aussi à un jeune garçon adolescent qui a tué la personne qui battait sa mère parce qu'il en avait marre, il ne le supportait plus. Évidemment je ne justifie pas les meurtres, je ne justifie pas les assassinats, mais ce que je veux dire c'est que nous avons encore des efforts à faire dans notre pays pour être à la hauteur face aux violences conjugales. On renforce les dispositifs, on renforce la loi, auprès d'Edouard PHILIPPE j'ai porté le Grenelle des violences conjugales, le président de la République est le Premier président qui prend à bras-le-corps la lutte contre les violences conjugales, néanmoins c'est lent et il faut que toute la société…

LAURENCE FERRARI
Et il y a des dysfonctionnements, les enfants sont allés voir les gendarmes à deux reprises, personne ne les a entendu, leur mère était terrifiée.

MARLENE SCHIAPPA
L'histoire, bien sûr le fait dont vous parlez est particulièrement terrible, parce que si je si je ne me trompe pas d'affaires, c'était en fait son beau-père initialement.

LAURENCE FERRARI
Absolument, c'est ce que je vous ai dit, il a violé alors qu'elle avait 12 ans.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement et ensuite il n'y a pas eu d'intervention de la mère qui manifestement a fait revenir le beau-père et même à payer son avocat et ensuite le beau-père a en effet un phénomène d'emprise et a forcé cette jeune cette femme, cette jeune fille, sa belle-fille à l'épouser. Ça nous montre, en fait cette affaire elle cristallise énormément de sujets. Elle cristallise les violences conjugales mais avant il y a les violences intrafamiliales, il y a des violences sexuelles sur mineur, il y a le silence d'un certain nombre de membres de la famille, ça, ça a été montré par le film d'Andréa BESCOND, " Les chatouilles " qui montre que parfois dans les faits de violences sexuels sur des mineurs, la famille n'est pas un soutien. Et là manifestement ça a été le cas, donc il y a une faille de l'ensemble de la société. Et ensuite qu'elle dépose plainte 20 fois, ça me scandalise, non pas qu'elle dépose plainte mais qu'il ne se passe rien.

LAURENCE FERRARI
Elle n'a pas déposé plainte.

MARLENE SCHIAPPA
Mais je veux dire, il y a eu un certain nombre de plaintes qui ont été déposées par les enfants.

LAURENCE FERRARI
En tout cas des interventions, pas des plaintes.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement des interventions et il y a un autre féminicide qui s'est produit récemment contre une femme qui avait déposé plainte 20 fois, ça fait écho à Julie DOUIB dont le procès pour son assassin vient de se terminer, qui avait déposé plainte sept fois. Donc moi au ministère de l'Intérieur je donne une consigne claire et simple, 100 % des plaintes doivent être prises, bien qualifiées, c'est-à-dire y compris qualifiées de violences conjugales et transmises au parquet pour que la justice puisse se saisir de cette affaire.

LAURENCE FERRARI
Et vous comprendriez que les jurés qui vont statuer sur le cas de Valérie BACOT fassent preuve de clémence.

MARLENE SCHIAPPA
Il y a une séparation des pouvoirs mais moi à titre personnel je ne peux que avoir en tant que femme, avoir évidemment de l'empathie pour cette femme qui est avant tout une victime et pour ce qu'elle a vécu et je ne peux qu'avoir beaucoup de mépris pour une partie de son entourage qui ne l'a pas sauvé, qui n'est pas intervenue et qui ne s'est pas manifestée pour l'aider.

LAURENCE FERRARI
On va parler des régionales, Eric DUPOND-MORETTI annonce qu'il va voter dans les autres de France pour Xavier BERTRAND, il a des mots très forts face à celui qu'il appelle le Front national, pourquoi vous ne faites pas pareil en Ile-de-France ? Pourquoi vous n'appelez pas à voter pour Valérie PECRESSE contre le Rassemblement national ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors la situation n'est pas tout à fait la même.

LAURENCE FERRARI
Allez-y.

MARLENE SCHIAPPA
D'abord dans le Nord nos listes n'ont pas pu hélas se qualifier pour le deuxième tour.

LAURENCE FERRARI
Ne sont pas qualifiées oui.

MARLENE SCHIAPPA
Nous nous sommes qualifiés à Paris, nous faisons plus de 14%, il y a des centaines de milliers d'électeurs qui ont plébiscité les listes de Laurent SAINT-MARTIN et qui ont souhaité que nous soyons au deuxième tour. Et ensuite la menace du Rassemblement national, pardon il faut être lucide, elle n'est pas du tout la même en Ile-de-France, Jordan BARDELLA est arrivé en dessous de notre liste, en dessous de la liste de Julien BAYOU, en dessous de la liste de Valérie PECRESSE, il n'y a absolument pas de risque que Jordan BARDELLA arrive devant Valérie PECRESSE ou qui que ce soir en Ile-de-France. Moi je voudrais rappeler que l'élection régionale, ce n'est pas une élection présidentielle, c'est une élection proportionnelle, ça veut dire qu'l y a assez peu de suspense si on est honnête avec les gens sur le fait que Valérie PECRESSE sera présidente de la région et qu'elle aura sa majorité. Ensuite la question, c'est quels groupes et quels élus d'opposition on veut voir à la région ? Moi, je ne me résous pas à ce qu'à la région il y ait une majorité pléthorique avec Valérie PECRESSE d'un côté et puis de l'autre côté deux extrêmes, l'extrême gauche et l'extrême droite, je pense qu'il est important qu'il y ait un groupe progressiste de la majorité présidentielle, que je représente à Paris et que Laurent SAINT-MARTIN représente à la région, qui demain siège au conseil régional.

LAURENCE FERRARI
L'extrême gauche, c'est donc le Parti socialiste, les Verts et la France insoumise qui ont fait alliance, il y a une photo assez marquante de monsieur BAYOU qui a été tweetée, où on voit Clémentine AUTAIN, Audrey PULVAR et Julien BAYOU. C'est un danger pour vous cette… c'est ça que vous appelez l'extrême gauche ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien moi j'observe qu'il y a une extraordinaire ambiguïté, et d'ailleurs ce n'est pas moi qui le dis, ce sont des gens qui viennent du Parti socialiste qui nous disent : " Nous, nous voterons pour la liste de Laurent SAINT-MARTIN et pour la majorité présidentielle. Nous ne pouvons pas voter pour un magma avec des mélenchonistes, avec Julien BAYOU ". Le Parti socialiste a perdu sa boussole républicaine. Julien BAYOU, c'est quand même la personne qui nie la présence de l'islamisme. Europe Ecologie Les Verts se sont le groupe qui à Grenoble finance le CCIF. A Strasbourg, ont voulu financer Millî Görü?, mosquée proche des sphères ERDOGAN. Ça interroge quand même sur les positions qui seront les leurs. Et puis on voit qu'il y a une espèce de tambouille, ils ont modifié les listes département par département, des candidats du 93 se retrouvent dans 77 pour être élus. Tous les apparatchiks du Parti socialiste se retrouvent haut dans les listes, y compris dans les départements où ils ne sont pas du tout implantés. Donc on voit que c'est vraiment une liste d'apparatchiks avec des petits calculs d'arrière-boutique, et il n'y a pas de projets. D'ailleurs vous observerez qu'à aucun moment ils nous disent quel est leur projet, quelles sont leurs mesures, qu'est-ce qu'ils souhaitent porter. L'alliance en soi, ça n'est pas un projet.

LAURENCE FERRARI
Manuel VALLS dit : " Pas une voix pour cette alliance avec la France insoumise, il y a des gauches irréconciliables, et l'alliance avec le parti de Jean-Luc MELENCHON est une faute politique et morale ". Vous signez ce tweet ? Vous pourriez l'avoir écrit vous-même ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien c'est ce que je disais à l'instant dans d'autres termes, et donc moi j'appelle les gens qui viennent de la gauche républicaine, qui sont attachés à la laïcité, aux valeurs de la République, à voter pour la liste de Laurent SAINT-MARTIN. Nous sommes les premiers d'ailleurs dans cette campagne à avoir dit que la laïcité elle devait être au coeur des débats. On a été moqué, des gens nous disaient « ça ce n'est pas la compétence régionale etc. ». Nous, nous pensons au contraire que si, et que le fait de ne pas financer telle ou telle organisation ambigüe, eh bien ça fait partie des enjeux de laïcité. Mais, j'observe qu'à l'opposé, la liste de Madame PECRESSE est ambigüe aussi, il y a des gens avec elle, qui viennent de Sens commun…

LAURENCE FERRARI
Sur la laïcité ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, qui viennent de Sens commun, de la Manif pour tous, ils ont mis fin au Pass contraception qui avait été fait par Jean-Paul HUCHON. Pourquoi ? Sous la pression d'un certain nombre d'extrémistes, je dois bien l'observer, donc nous, nous avons une ligne claire et pas ambigüe, avec Laurent SAINT-MARTIN en Ile-de-France.

LAURENCE FERRARI
L'abstention, c'est évidemment le fait majeur, le fait politique majeur de cette élection. 66,72%, c'est un signal, un signal que vous envoient les électeurs, à vous qui êtes au pouvoir depuis 4 ans ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr. Il y a une note de la Fondation Jean Jaurès très intéressante, sur l'analyse des mécanismes de l'abstention. On voit que particulièrement les jeunes se sont massivement abstenus. On voit que les femmes…

LAURENCE FERRARI
84%... 82%.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, mais les femmes aussi ont très peu voté. Pendant ma campagne, j'ai fait une lettre aux Parisiennes, et j'ai voulu qu'on mette la question de ce que l'on va faire concrètement pour la vie quotidienne des femmes, pour leur reconversion, leur formation, la conciliation vie pro, vie familiale, qu'on le mette au coeur de ce que peut faire la région. Des gens ont rigolé en disant : mais non, mais les femmes ça ne fait pas partie de la région, etc. Moi j'observe qu'il est important de s'adresser également aux femmes et aux jeunes.

LAURENCE FERRARI
Mais vous allez faire quoi pour lutter contre l'abstention ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, nous au ministère de l'Intérieur, nous lançons, sous l'autorité du Premier ministre, j'ai demandé au Service d'information du gouvernement et la Direction de la communication du ministère de l'Intérieur, de travailler sur une campagne qui sera lancée à partir d'aujourd'hui ou demain, une campagne éclair sur les réseaux sociaux, notamment à direction, à destination des jeunes, pour rappeler ces élections. J'observe qu'il y a beaucoup de gens qui ne savaient pas qu'il y avait des élections. Il y a des gens qui savaient mais qui s'en fichaient, il faut dire ce qui est. Il y a des gens qui ne savaient pas à quoi sert le Conseil régional. Si on fait un micro-trottoir et qu'on dit aux gens : citez-moi 5 compétences du Conseil régional, on n'a pas toujours des réponses très exactes.

LAURENCE FERRARI Est-ce que c'était bien la peine de recevoir Mcfly et Carlito pour ce résultat, avec 82 % d'abstention des jeunes ?

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai pas observé qu'Emmanuel MACRON était candidat à l'élection régionale.

LAURENCE FERRARI
Oui, mais peut-être la pédagogie des élections, et la pédagogie évidemment de notre démocratie, ça peut être l'occasion.

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, bien sûr, mais je crois qu'il y a une responsabilité collective, à la fois bien sûr, des candidats, des responsables politiques, mais aussi, pardon de le dire, des journalistes politiques. Moi j'observe qu'on a, je ne vous blâme pas du tout personnellement, mais j'observe qu'à a très peu parlé des élections régionales. Moi j'ai fait un débat sur une chaîne d'info, avec Jordan BARDELLA pendant une heure, et nous n'avions pas le droit de parler de la région Ile-de-France, parce que sinon c'était décompté du temps de parole CSA. Le nombre de fois où je suis allé dans des émissions, j'ai dit " j'aimerais parler de notre propre programme…

LAURENCE FERRARI
Donc ce n'est pas du ressort des journalistes.

MARLENE SCHIAPPA
… et j'aimerais parler de notre programme, et où on me répond : non, on va plutôt parler des sujets nationaux, parce que les régionales ça n'intéresse personne ", voilà, à un moment je ne blâme personne, mais je déplore le fait qu'il n'y ait pas beaucoup d'efforts. Nous, on ne peut pas dire qu'on ait ménagé nos efforts, on nous avait moqués pour ça, pour essayer d'intéresser les gens, de faire des campagnes enthousiastes et positives, et de présenter avec bienveillance notre programme.

LAURENCE FERRARI
Sur le fond, est-ce qu'il s'agit quand même d'un désaveu pour les ministres, Eric DUPOND-MORETTI n'a pas été qualifié pour le second tour, est-ce qu'il faut en tirer les conséquences, est-ce qu'il faut des démissions, est-ce qu'il faut un remaniement ? Emmanuel MACRON dit qu'il réfléchit à la réponse institutionnelle sur le fond à cette abstention.

MARLENE SCHIAPPA
Mais d'abord, en ce qui concerne Eric DUPOND-MORETTI, rien ne l'obligeait à se présenter à ces élections, il a souhaité être candidat, et moi je salue ce courage. Je trouve que c'est courageux et c'est méritoire, quand on vient de la société civile et qu'on est une personnalité installée comme lui, de se présenter à des élections, de mouiller la chemise. Mais ça n'était pas…

LAURENCE FERRARI
Mais pas en tirer les conclusions…

MARLENE SCHIAPPA
Mais, ce n'était pas référendum pour savoir si Eric DUPOND-MORETTI est un bon ministre de la Justice ou pas. J'observe qu'il est très populaire dans les classements de personnalités du gouvernement, j'observe qui fait un travail important, d'arrache-pied, et qu'il se lance dans la vie politique. Moi je trouve ça salutaire et je voudrais saluer ce courage d'aller sur les marchés et d'aller se frotter à ces élections.

LAURENCE FERRARI
Est-ce que vous avez peur que l'abstention soit plus forte ce dimanche que dimanche dernier ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais c'est une crainte, c'est une crainte parce que si vraiment c'est un message, oui, et ensuite nous sommes dans une période particulière. Le virus est toujours là, tout le monde n'est pas encore vacciné, moi vous savez j'ai fait des opérations de tractage à la gare Montparnasse, des gens me disaient : on part en week-end. Je disais : mais il y a des élections. Ils disaient : oui, il y a des élections mais on part en week-end, ça fait 15 mois qu'on est confiné ou qu'on est avec des restrictions, on veut retrouver nos familles, faire la fête et on n'a pas la tête au Conseil régional. Et puis ensuite peut-être qu'il nous appartient aussi, au-delà des raisons techniques, d'expliquer mieux comment la vie politique peut changer les choses. Et j'observe que c'est surtout un désaveu pour les présidents sortants. On nous dit : les présidents sortants sont plébiscités. Mais Valérie PECRESSE, elle faisait des centaines de milliers de voix en 2015, son score en nombre de voix s'est écroulé, ça veut dire qu'il n'y a pas un plébiscite dans la région Ile-de-France, quand vous dites aux gens : est-ce que vous voulez garder votre présidente ? Ils ne vont pas massivement aux urnes pour garder la présidente de la région.

LAURENCE FERRARI
Est-ce qu'il ne faut pas penser à d'autres, moderniser peut-être notre façon de voter, vote électronique pourquoi pas. C'est des pistes auxquelles vous réfléchissez ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, on a commencé à le faire. Je représentais le gouvernement dans cette loi, on a fait à la double procuration, désormais chacun peut avoir deux procurations. On a lancé le dispositif maprocuration.fr, les forces de l'ordre ont été mobilisées pour pouvoir venir gérer également ça sur simple attestation pour l'honneur. Donc ce sont des manières de simplifier, de moderniser aussi le vote. Quant au reste, tout peut se réfléchir dans les limites bien sûr de la Constitution et dans les limites de la possibilité pour chacun d'échapper aux pressions de son entourage. Mais oui, moi en tant que ministre de la Citoyenneté je réfléchis à la manière, à plus long terme, et plus largement dans les années et pour les générations qui viennent, à mieux inciter chacun à prendre toute sa part dans la démocratie.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA d'être venue ce matin nous parler donc des régionales dans la matinale de Cnews.

MARLENE SCHIAPPA
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 juin 2021