Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France 2 le 14 juin 2021, sur la nouvelle version du baccalauréat, le grand oral, l'épreuve de philosophie, le contrôle continu et les conditions sanitaires dans lesquelles vont se dérouler ces épreuves.

Texte intégral

CAROLINE ROUX
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Merci d'être notre invité ce matin. On va parler naturellement du Bac, beaucoup tous les deux ce matin, mais dans quelles conditions sanitaires vont se dérouler les épreuves qui débutent jeudi, qu'avez-vous mis en place pour éviter les contaminations d'une population qui n'est pas vaccinée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les conditions sanitaires ressemblent à ce qui a été fait pendant l'année au titre de l'organisation des cours, il y a maintenant des réflexes professionnels, des habitudes qui sont prises notamment sur la distanciation entre les tables de deux mètres, bien entendu le port du masque et l'ensemble des gestes barrières, le brassage de l'air, le nettoyage avant la session d'examen, etc. Donc tous ces éléments-là sont organisés pour jeudi prochain et donc il n'y a pas de problème particulier.

CAROLINE ROUX
Ça ne complique pas l'épreuve ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non pas spécialement, d'autant plus que nous avons moins d'épreuves que d'habitude et donc nous avons plus de possibilités d'organisation.

CAROLINE ROUX
Alors la nouveauté cette année Jean-Michel BLANQUER, c'est le grand oral, beaucoup doivent y penser ce matin en vous regardant, qui représente avec l'épreuve de philo 18 % de la note finale, maîtrise de l'oralité, vous le savez, marque une grande différence en raison du niveau social, du lycée dans lequel on a enseigné. On va juger la forme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr on juge la capacité à s'exprimer. Et bien entendu je aussi le fond ça va de soi. Je rappelle que le grand oral porte sur les deux enseignements de spécialités que l'on a choisis et donc sur les points forts, sur les passions que l'on a. vous avez dit il y a un instant en introduction certains se demandent si le baccalauréat est en voie de disparition, c'est tout le contraire, ce qui est en train de se passer c'est le renforcement du baccalauréat. Alors bien sûr cette année, c'est une année Covid avec les difficultés que l'on connaît, mais si on fait abstraction de sable pour le reste c'est au contraire un renforcement. C'est la première fois qu'on a une génération qui va passer l'épreuve reine, ce grand oral, sur la base de ses points forts. C'est la première fois qu'on a une génération qui a pas choisi des couloirs standardisés mais qui a pu, alors encore une fois choisir des domaines d'approfondissement qui lui permettre de mieux préparer l'avenir, puisque tout ce qu'on fait a un objectif fondamental, c'est de préparer l'avenir, c'est pas juste d'avoir un parchemin. C'est donc la phrase qui résume tout, c'est en préparant le baccalauréat, on prépare ce qui fait réussir après le baccalauréat et le grand oral c'est l'exemple absolu de ça.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous allez demander, vous allez appeler à une grande indulgence pour cette première version, encore une fois parce qu'on entend beaucoup notamment porter par les syndicats, c'est-à-dire c'est une épreuve où vraiment les différences sociales vont se voir ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais on a dit ça, certains ont dit ça dès la conception de la réforme mais c'est tout le contraire là aussi, c'est-à-dire que s'exprimer à l'oral, faire ce que nous sommes en train de faire en ce moment, c'est quelque chose que vous avez à faire en permanence dans la vie, que ce soit dans votre vie personnelle, dans votre vie professionnelle, pour convaincre, pour argumenter, pour être rationnel autrement dit ce dont on a besoin fondamentalement. Qu'il y ait parfois des différences sociales liées notamment à votre famille, c'est évident sur ce sujet, mais c'est justement le but de l'école que de compenser ça, soit on ne fait rien et en fait cette différence-là elle continuera à exister tout le temps, soit au contraire tout au long de la scolarité on se prépare à ça et on vient compenser ce que la vie familiale parfois ne vous a pas apporté. Donc c'est extrêmement important et c'est pour ça que jusqu'à l'épreuve les élèves se préparent à cela et font déjà des progrès là-dessus parce qu'ils se mettent à prendre conscience de certaines choses.

CAROLINE ROUX
Quels conseils vous donneriez à un lycéen qui redoute cette épreuve parce qu'ils la redoutent cette épreuve, le stress il est moins sur l'épreuve de philo dont on va parler que sur ce grand oral ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense d'abord qu'il y ait un peu de stress, c'est un peu normal comme un acteur qui va qui va jouer au théâtre, vous êtes meilleur si vous avez un peu de trac, donc il ne faut pas avoir du stress sur le stress, il faut juste avoir un peu de trac, c'est normal, mais surtout effectivement conquérir de la confiance en soi en s'entraînant et à force de s'entraîner, parce qu'il y a pas de piège, c'est quand même des questions d'approfondissement très intéressantes là aussi. Avant il y avait ce qu'on appelait le bachotage qui venait du baccalauréat qui signifiait qu'on apprenait par coeur des tas de choses un peu superficiellement, là c'est tout à fait différent c'est deux questions, j'invite chacun d'ailleurs à regarder le genre de question que les élèves ont à soutenir, c'est des choses très approfondies, très intéressantes, qui seront intéressantes pour les jurys eux-mêmes d'ailleurs et c'est donc des choses qui vont permettre aux élèves de s'entravertir.

CAROLINE ROUX
Vous étiez bon à leur âge à l'oral ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'étais correct, je pense, je savais à peu près parler, mais il fallait que je m'entraîne comme tout le monde.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous attendez un taux de réussite de 96 % comme l'an dernier, Jean-Michel BLANQUER à ce bac ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez on régule pas contrairement à ce que disent certains le taux de réussite comme ça dans mon bureau, en disant tiens cette année ça va être 96 %, pas du tout, ce sera ce que ce sera en fonction de ce que feront les élèves, c'est pas un concours, c'est un examen, vous avez utilisé le mot indulgence tout à l'heure, c'est pas un mot que j'utilise, je dis bienveillance, ce n'est pas la même chose, bienveillance ça veut dire que rien n'est fait pour piéger les élèves, rien, tout est fait au contraire, c'est normal d'ailleurs pour les amener à la réussite, c'est notre but qu'ils réussissent mais pas n'importe comment. D'ailleurs souvenez-vous, j'ai résisté à l'idée d'avoir 100 % de contrôle continu cette année précisément parce que je voulais pour eux dans leur intérêt qu'ils travaillent jusqu'au bout, qu'ils se préparent comme ils sont en train de le faire.

CAROLINE ROUX
Malgré tout c'est une critique qu'on entend puisque vous l'avez dit le contrôle continu sera 82 % de la note et l'examen de philo et le grand oral, c'est 18 % et on peut se poser la question que vaudra le bac 2021 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais le contrôle continu ne signifie pas que ça ne vaut rien, ce n'est pas du tout le cas. Il y a un avantage au contrôle continu, il y a un avantage au contrôle terminal. Tout l'esprit de la nouvelle réforme, c'est d'avoir et du contrôle continu et du contrôle général, le taux normal c'est 40 %, 60 %. L'année dernière on a été obligé d'être à 100 % à cause du confinement, cette année comme il n'y a pas eu de confinement, on a pu maintenir enfin pas eu de confinement total, on a pu maintenir une part de contrôle général. Je l'ai maintenu contre vents et marées, vous vous en souvenez.

CAROLINE ROUX
C'est vrai.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc maintenant il a certes un fort taux de contrôle continu qui quand même couronne le fait d'avoir travaillé en continu toute l'année, ce qui est un point très important.

CAROLINE ROUX
Mais certains n'ont même pas à passer le bac, ils savent qu'ils l'auront grâce à la note de contrôle continu.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Certains savent, non d'abord il faut aller aux épreuves, quelqu'un qui de toute façon, je pense que quand vous êtes un très bon élève qui a de très bonnes notes, vous allez aux épreuves quand même, ils jouent leur mention dans ces cas-là et donc c'est important aussi d'avoir la mention. Et il y a effectivement des élèves qui peuvent être d'autant plus tranquillisés et tant mieux, moi je ne cherche pas à ce que les gens soient inquiets, qu'ils ont bien travaillé pendant l'année et ils ont des notes qui leur permettent en effet comme vous le dites de savoir qu'ils vont très probablement l'avoir.

CAROLINE ROUX
Est-ce que les bacheliers de l'an passé ont été pénalisés par ce qui s'est passé par la version 2020 du bac ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, il y a eu l'année dernière évidemment une version très particulière avec le contrôle continu, on y a été obligé, c'est-ce que pratiquement tous les pays du monde ont fait, je le rappelle. Simplement cette année contrairement à la plupart des pays du monde on a réussi à maintenir les établissements ouverts, donc dans beaucoup de pays de nouveau pour la deuxième fois, c'est que du contrôle continu, nous nous réussissons à maintenir quelques épreuves terminales et bien entendu ça préfigure ce qui se passera l'an prochain où on devrait avoir, retrouver le taux normal. Ne laissons pas l'idée que le baccalauréat se dévalorise…

CAROLINE ROUX
En voie de disparition, c'est à la une du Figaro la semaine dernière, en disant ce n'est plus un examen, au fond tout le monde aura le Bac et les choses sérieuses commenceront après.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est du sensationnalisme d'écrire cela, c'est l'exact inverse, c'est justement la réforme du bac est faite pour revaloriser le baccalauréat pour les raisons que j'ai dites avant, c'est-à-dire notamment que les élèves, en fait on rehausse le niveau parce que les élèves ont plus approfondi en ayant choisi des matières qui les passionnent davantage. Et ils ont eu plus de choix et ils se sont plus préparés au genre de choses qu'ils auront ensuite. L'oral est un exemple, ce n'est pas le seul et donc au contraire. Et donc c'est paradoxal d'avoir aujourd'hui ce type de phrase alors même qu'au contraire c'est une sorte de rebond du baccalauréat qui se réalise.

CAROLINE ROUX
Et quel sera l'avenir de ce bac hors norme en temps de Covid par rapport au projet de réforme du bac plus générale que vous aviez entrepris, est-ce que ce qui s'est passé ces deux ans remet en question les projets que vous alliez sur la réforme du bac ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non pas du tout au contraire, on voit que la réforme du baccalauréat a permis de traverser la phase Covid notamment parce que il est plus modulaire donc on a pu s'adapter à la situation. Encore une fois on va avoir un retour à la normale l'an prochain et puis vous savez on a un comité de suivi du baccalauréat, alors sachant qu'on parle aussi du baccalauréat professionnel qui lui a aussi commencé, qui fait l'objet d'ajustements et donc c'est normal de tenir compte de ce qui se passe sur le terrain pour faire évoluer la réforme.

CAROLINE ROUX
Jean-Michel BLANQUER juste une question sur le climat politique ambiant, on a eu la gifle à Emmanuel MACRON, l'enfarinage de MELENCHON et de monsieur de RUGY, c'est quoi la suite ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, on doit évidemment en appeler à la raison, c'est à chaque fois le fait d'individus isolés, c'est dommage parce qu'ils arrivent en quelque sorte capter l'attention par des actions violentes et c'est malheureusement le lot de nos sociétés modernes.

CAROLINE ROUX
Ça ne traduit pas un climat ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si un climat que crée ces personnes-là et qui est significatif de effectivement qu'un certain nombre de personnes sont radicalisées en France, c'est pourquoi notre langage lui-même, on retrouve le sujet de l'oral, notre langage lui-même, notre capacité à argumenter, notre capacité à être de vrais démocrates, c'est-à-dire des personnes qui refusent la violence et qui acceptent facilement la confrontation, le fait qu'on ait pas les mêmes idées mais qu'on doit échanger autour de ça, c'est ça la démocratie. Vous savez la démocratie ce n'est pas quelque chose de donné, ce n'est pas quelque chose qui est là pour toujours et que pour laquelle il y a rien à faire, la démocratie ça se cultive et notamment par l'Education d'ailleurs et ça se cultive par le dialogue, le débat et donc il faut en appeler au calme et essayer de l'illustrer soi-même.

CAROLINE ROUX
Avec un ton apaisé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Avec un ton apaisé.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2021