Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à France Bleu Nord le 25 juin 2021, sur les élections régionales et départementales.

Texte intégral

A deux jours du second tour des élections régionales et départementales, le ministre de l'Intérieur est l'invité de France Bleu matin, Gérald DARMANIN, il est également conseiller municipal délégué à l'Attractivité de Tourcoing,

STEPHANE BARBEREAU
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

STEPHANE BARBEREAU
Pouvez-vous garantir ce matin que tous les électeurs ont reçu les professions de foi des candidats ?

GERALD DARMANIN
Il y a toujours eu des dysfonctionnements dans la distribution de la profession, de foi, ce que l'on appelle la propagande électorale. Ce qui est vrai, c'est qu'au premier tour de ces élections, les dysfonctionnements ont été plus nombreux, parce que la société ADREXO, notamment, qui je sais fait son maximum aujourd'hui, a loupé un certain nombre de distribution, c'est la première fois qu'elle avait ce grand marché, nous avons tapé du poing sur la table comme on dit, et je sais que les préfectures, LA POSTE, la société ADREXO elle même, ont tout fait pour ce second tour. C'est des élections exceptionnelles, exceptionnelles parce que de tours de scrutin exceptionnels parce que crise sanitaire, eh bien que tous les électeurs aient les documents.

STEPHANE BARBEREAU
Combien de professions de foi, par exemple, n'ont pas été distribuées lors du premier tour dans le Nord ou le Pas-de-Calais ?

GERALD DARMANIN
Alors, les remontées nationales de LA POSTE, comme d'ADREXO sont les mêmes, c'est à peu près 9% de plis qui n'ont pas été distribués, il faut voir que dans ces 9% il ne s'agit pas que des erreurs des sociétés, il peut y avoir des gens qui sont décédés, des gens qui n'ont pas fait leur déclaration de changement d'adresse, des gens qui évidemment ne peuvent pas permettre de rentrer chez eux pour distribuer le courrier, mais effectivement c'est un pourcentage important et il n'est pas normal. Je rappelle à tous les électeurs d'ailleurs, que quels que soient les candidats qu'ils choisissent, leurs professions de foi sont sur tous les sites des préfectures, sur tout le site du ministère de l'Intérieur, en numérique, consultables, ça a été consulté des millions de fois le week-end dernier, évidemment c'était une sorte de remplacement de sa distribution qui a été mal faite.

STEPHANE BARBEREAU
Ça fait plusieurs années qu'ADREXO a ce marché de distribution des plis électoraux. Un sénateur avant-hier, faisait un lien sur votre relative mansuétude envers l'entreprise, avec le fait que le patron d'ADREXO avait dit il y a quelques temps que l'une de personnalités qui l'influençait, c'était Emmanuel MACRON. Est-ce que vous êtes trop léger avec cette société ?

GERALD DARMANIN
Non mais c'est une attaque évidemment tout à fait dénuée de fondements, on est malheureusement dans l'ère de la politique aigrie. Ce que je constate, c'est que le président de LA POSTE a été nommé par le pouvoir politique il y a longtemps, ça n'en fait pas pour autant un président de société qui est sous la dépendance, bien au contraire. Moi, je voudrais respecter les femmes et les hommes de cette société ADREXO, dont vous savez que beaucoup sont en insertion, sont en intérim. Ensuite il y a des marchés. Si la République française, qui a passé ce marché, c'est des marchés à 200 millions d'euros, constate que n'a pas été bien fait, eh bien nous tirerons toutes les conséquences. Mais nous sommes à quelques heures du second tour, et je préférerais être en responsabilité et écouter les revendications d'un certain nombre de personnes, de préfets, de sous-préfets, d'élus, qui disent : eh bien moi je n'ai pas été distribué, et donc c'est ce que nous mettons en place aujourd'hui, nous faisons cette distribution, tout le reste effectivement je pense que c'est de la mauvaise politique.

STEPHANE BARBEREAU
On est dans une période particulière, ça fait 15 mois que la France traverse cette épidémie de Covid 19, comment justifier le fait qu'il n'y ait pas eu une campagne médiatique à la télévision, à la radio, pour inciter les électeurs à aller voter monsieur DARMANIN ?

GERALD DARMANIN
Eh bien d'abord, c'est vous qui êtes journaliste, c'est à vous de mettre le temps pour pouvoir évoquer effectivement ces élections. Je constate d'ailleurs que ça fait 3 minutes que nous parlons et on ne parle pas des élections départementales et régionales de dimanche, donc moi j'encourage tout le monde à aller voter. Deuxièmement, je constate que tous les pays européens autour de nous…

STEPHANE BARBEREAU
On est en train de le faire quand même.

GERALD DARMANIN
Deuxièmement, je constate que tous les pays européens autour de nous, tous les pays européens autour de nous ont reporté leurs élections. Regardez l'Italie, c'est une grande démocratie qui a considéré que ce n'était pas possible. Nous, nous avons tenu ces élections départementales et régionales. Je rappellerai à vos auditeurs que pour la première fois depuis 40 ans, depuis 1986 - un petit peu moins de 40 ans - la France organise sur son sol en même temps des départementales et des régionales, d'ailleurs créant une certaine confusion parce que c'est le Parlement qui en 2015 a souhaité organiser ces deux élections en même temps. Ce n'était peut-être pas forcément une bonne idée. Et puis je voudrais constater avec vous que malgré la crise sanitaire, il y a encore quelques semaines le gouvernement qui voulait reporter les élections, une grande partie des forces politiques lui ont imposé - dont acte, nous les avons organisées - dans des conditions parfaites sanitaires. Tout le monde a pu, et c'est des centaines de milliers de personnes, être vacciné à temps, tout le monde a pu faire des autotests. Tout le monde a pu, dans des conditions normales, avoir le dépouillement du scrutin, avoir les résultats à des heures tout à fait normales alors qu'on voit bien que la crise sanitaire, elle a bousculé la vie économique, quotidienne des Français. La réussite, elle revient évidemment aux agents de l'Etat mais elle revient surtout aux maires de France que je voudrais remercier, à tous les assesseurs et finalement à tous les électeurs. Evitons toujours les polémiques inutiles. Regardons que la France est une grande démocratie, qui contrairement à la plupart des démocraties, a su organiser ces élections.

STEPHANE BARBEREAU
C'est quand même une leçon à tirer. Est-ce que c'est une bonne idée d'organiser deux élections aussi importantes le même jour ?

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas à moi forcément que de le dire, mais moi je constate, étant élu local à Tourcoing comme vous l'avez rappelé, que souvent les électeurs se demandaient pourquoi il y avait deux types de panneaux différents devant le bureau de vote. Ils n'ont aussi pas compris pourquoi ils avaient effectivement une enveloppe de propagande pour les élections départementales et une enveloppe de propagande pour les élections régionales, et effectivement ça peut créer de la confusion. Moi j'ai personnellement toujours été favorable à la fusion de ces deux scrutins parce que c'était la fusion des deux mandats. J'étais favorable au projet de Nicolas SARKOZY qui était le conseiller territorial. Parce que je pense que c'est mieux d'être élu sur son canton, sur son territoire. Mais le Parlement a souhaité faire ces deux élections en même temps, c'était le rôle du ministre de l'Intérieur que d'appliquer la volonté des législateurs.

STEPHANE BARBEREAU
On va continuer à parler des élections régionales et départementales. Gérald DARMANIN, vous étiez sur la liste de la République en Marche pour ces régionales dans les Hauts-de-France, tout comme Eric de RIEDMATTEN. Comment ça va les relations avec le ministre de la Justice, monsieur DARMANIN ?

GERALD DARMANIN
J'ai une relation franche avec Eric DUPOND-MORETTI qui est un homme de bien, un homme qui est engagé. On a parfois des divergences. On en a eu, voilà. Moi j'ai considéré qu'il fallait souligner la victoire importante au premier tour de Xavier BERTRAND, qui manifestement avait été reconnu pour son bilan. On a eu quelques divergences mais tout va bien avec Eric DUPOND-MORETTI que j'ai vu deux fois hier et nous avons continué à travailler pour les affaires de la nation.

STEPHANE BARBEREAU
Vous aviez été conseiller régional jusqu'à récemment à la région des Hauts-de-France. Ça veut dire que vous votiez toutes les délibérations avec la majorité de Xavier BERTRAND ?

GERALD DARMANIN
Mais vous ne m'avez jamais entendu critiquer le bilan du président sortant. J'ai même fait France 3 pour l'évoquer. J'ai été le directeur de campagne de Xavier BERTRAND en 2015. Je m'enorgueillis d'être celui qui a su parmi d'autres le convaincre de venir dans notre région quand Marine LE PEN a failli gagner l'élection régionale. Chacun s'en souvient. Et par ailleurs, j'ai toujours une amitié particulière pour Xavier BERTRAND…

STEPHANE BARBEREAU
Mais est-ce que c'est de la trahison, du coup, entre camps ?

GERALD DARMANIN
Ce qui ne veut pas dire, moi je ne trahis pas mes amis, Xavier BERTRAND est un ami, mais ça ne veut pas dire que je suis d'accord avec Xavier BERTRAND sur l'analyse nationale. Je pense qu'Emmanuel MACRON est un excellent président de la République qui a beaucoup fait d'ailleurs pour notre région, et par ailleurs je soutiendrai Emmanuel MACRON à la présidentielle. Mais j'espère que vous avez des amis qui ne pensent pas comme vous dans votre vie de tous les jours et que vous êtes fidèle en amitié. Moi j'ai plein d'amis qui ne pensent pas comme moi depuis que je fais de la politique, et pour autant je suis très heureux de partager un repas avec eux. Pour le reste, notre travail collectif c'est de convaincre les Français…

STEPHANE BARBEREAU
Mais vous avez été discret dans cette campagne des régionales, Gérald DARMANIN. On a vu actif dans votre campagne des départementales, beaucoup moins présent dans les régionales.

GERALD DARMANIN
D'abord, j'ai été un ministre qui était présent sur les listes ; ça n'a pas été le cas de tout le monde. On ne peut pas dire que cette discrétion ne s'est pas concrétisée sur un bulletin de vote. Je constate d'ailleurs que dans Tourcoing, Laurent PIETRASZEWSKI fait cinq points de plus que la moyenne régionale, et je constate d'ailleurs que Laurent PIETRASZEWSKI est un homme courageux qui a montré qu'il était capable dès le soir du premier tour, et je l'en remercie, a montré qu'il n'avait pas de difficulté à voter Xavier BERTRAND contre le Front national. Et puis deuxièmement, en plus d'être ministre de l'Intérieur, je suis candidat dans ma commune de Tourcoing avec Doriane BECUE, et je constate que ce score est un bon score à Tourcoing même s'il va falloir que dimanche, on revote et que cette campagne des cantonales, c'est une campagne d'implantation, montre, me semble-t-il, que les Tourquennois aiment ce que nous faisons. Ils le font pour tous les maires d'ailleurs ! Regardez Laurent DEGALLAIX à Valenciennes qui a fait un très bon score aussi, regardez les autres maires qui se sont présentés dans le département du Nord, je crois qu'il y a une prime aussi aux gens qui sont élus, implantés.

STEPHANE BARBEREAU
Que ferez-vous dimanche si vous êtes élu conseiller départemental de Tourcoing-2 ?

GERALD DARMANIN
Je remercierai les Tourquennois de leur soutien à nouveau, je pense qu'ils voient que je suis un avocat de la commune, je pense qu'ils voient que Tourcoing bouge, que Tourcoing se modernise, qu'on parle de Tourcoing, d'ailleurs ce matin je vous remercie me laisser cette parole et j'espère pouvoir voter pour Christian POIRET comme président du département du Nord et j'espère que Christian POIRET qui sera, après Jean-René LECERF, un excellent président du département du Nord aura l'occasion de prendre une Tourquennoise, en l'occurrence Doriane BECUE, parmi ses vice-présidents pour aider notamment la métropole de Lille et singulièrement Tourcoing.

STEPHANE BARBEREAU
Parlons maintenant, pour finir cet entretien, Gérald DARMANIN, du projet d'ouverture d'une salle de consommation à moindre risque de drogue qu'on appelle bien souvent salle de shoot à Lille, c'est un souhait de la maire de Lille. Est-ce que vous soutenez ce projet ?

GERALD DARMANIN
Non je ne le soutiens pas. D'abord, je voudrais dire que je respecte évidemment les projets municipaux et singulièrement ceux de la maire de Lille pour qui je crois, malgré nos différences politiques, nous avons une relation de travail de confiance. Chacun le voit d'ailleurs dans les effectifs de police supplémentaires que j'ai mis à sa demande et elle avait raison de souligner parce qu'il en manquait à Lille dans la lutte contre justement les stupéfiants et les trafics qui marchent notamment dans les quartiers Sud de Lille et elle l'a souligné. Maintenant, on a une différence d'appréciation, je ne suis pas pour les salles de shoot ; je pense que la drogue, il faut la combattre et pas l'accompagner. Maintenant, je ne suis pas quelqu'un de fermé, je vois bien que à Paris, dans certaines grandes villes, la dépendance aux stupéfiants et notamment au krach ou à l'héroïne est une dépendance qui n'est pas simplement à combattre du point de vue de la sécurité, elle est évidemment et Madame la maire de Lille a raison, elle qui a été ministre de la Santé, aussi à combattre dans la prévention et parfois dans l'accompagnement mais c'est une question à la fois politique et pragmatique. Donc on m'a demandé mon avis en tant que ministre de l'Intérieur : je suis défavorable aux salles de shoot. Madame la maire de Lille, je l'ai lu dans la presse, continue à porter cette idée. Moi, je suis tout à fait prêt à en discuter avec elle et l'appellerai en début de semaine prochaine juste après l'élection pour qu'on puisse se rencontrer comme on l'a toujours fait sur les grands dossiers de la métropole.

STEPHANE BARBEREAU
Ce n'est pas un " non " ferme et définitif. C'est ça que vous voulez dire ?

GERALD DARMANIN
Attendez, moi, je suis à la fois ministre de l'Intérieur et j'ai ma conviction, c'est : pas de salle de shoot mais j'entends les maires. Quand j'étais maire de Tourcoing, j'aimais qu'on respecte mon avis et qu'on puisse en discuter et moi, je respecte l'avis de la maire de Lille même si je ne le partage pas.

STEPHANE BARBEREAU
Merci Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur et donc candidat aux élections départementales ce dimanche dans sa ville de Tourcoing. Bonne journée à vous.

GERALD DARMANIN
Au revoir !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juin 2021