Interview de Mme Sarah El Haïry, chargée de la jeunesse et de l'engagement, à France Info TV le 14 juin 2021, sur la demande de suppression du couvre-feu, la vaccination des adolescents, le Service national universel et les élections régionales.

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Sarah El HAÏRY.

SARAH EL HAÏRY

Bonjour. ALIX BOUILHAGUET
Des fêtes géantes se sont déroulées ce week-end, encore une hier soir, la police a dû intervenir pour faire respecter le couvre-feu de 23h00. Est-ce qu'il ne faut pas le supprimer ce couvre-feu ?

SARAH EL HAÏRY
Je crois qu'à cette jeunesse qui a envie de faire la fête, évidemment je comprends, moi aussi, on a envie de faire la fête, on a envie de retrouver nos terrasses, la vie comme on aime. Par contre il faut encore avoir de la patience. Vraiment, à cette imprudence qui est prise, vraiment je plaide pour la patience encore un petit peu. Les discothèques vont rouvrir, les commerces ont déjà rouvert, les restaurants ont rouvert. Pourquoi je dis ça ? Parce que c'est vraiment la stratégie de, pas après pas, qui nous a permis aujourd'hui de retrouver un semblant de vie qui recommence, un semblant de vie qui retrouve la normale, donc vraiment encore un tout petit peu de patience. 

ALIX BOUILHAGUET
Jean-Luc MELENCHON, Valérie PECRESSE, eux aussi prônent la suppression de ce couvre-feu. C'est vrai qu'un couvre-feu à 23h00, quel sens ça a encore aujourd'hui ?

SARAH EL HAÏRY
Ça permet de réguler, ça permet d'avancer étape par étape, avec une vaccination qui s'accélère. Chaque chose, chaque décision a du sens. On ne prend rien par hasard et en réalité on est passé de 21h00 à 23h00, ce qui permet aussi aux restaurateurs, aux terrasses, eh bien de continuer à gérer ces flux, c'est-à-dire les mouvements de personnes. C'est pour ça qu'aux jeunes qui font la fête, je leur dis : mais évidemment, moi aussi, et on a tous envie de faire la fête, on peut la faire, en gardant de la prudence, en gardant de l'espace, et surtout en évitant les grandes fêtes géantes, type Projet X, qu'on a pu avoir, parce que ça c'est vraiment de la prise de risque et ça met potentiellement en danger le reste de l'été. 

ALIX BOUILHAGUET
Mais effectivement, Projet X c'est par Internet…

SARAH EL HAÏRY
Réseaux sociaux. 

ALIX BOUILHAGUET
Par réseaux sociaux, effectivement on se donne des rendez-vous pour faire la fête, enfin il n'y a pas de raison que ça pèse dans les jours qui viennent, surtout que le beau temps est au rendez-vous.

SARAH EL HAÏRY
Mais vous savez, on peut très bien faire la fête, sortir, jusqu'à 23h00, en respectant un maximum les gestes barrières, et tout se passera pour le mieux, surtout que dans à peine quelques jours, encore une fois, à peine quelques semaines, on va retrouver les discothèques, les temps, les temps retrouvés de bonheur, et c'est pour ça que je dis, franchement encore un tout petit peu de patience, vraiment pas d'excès, et ça permettra d'avancer. 

ALIX BOUILHAGUET
Vous parlez de la vaccination, à partir de demain les ados vont pouvoir se faire vacciner, et vous trouvez que c'est juste de leur faire porter la responsabilité de la vaccination, alors que finalement ils ne développent pas la maladie, eux ?

SARAH EL HAÏRY
Aujourd'hui, l'immunité collective, aujourd'hui le mouvement de notre pays, sa protection c'est ensemble. Il n'y a aucune obligation, je pense qu'il faut le rappeler, c'est la volonté et l'autorisation des parents qui permet de se faire vacciner, par contre oui, nous ouvrons à un maximum de monde, parce qu'on sait que c'est le vaccin qui protège, et c'est le vaccin qui nous permet aujourd'hui de retrouver notre vie. 

ALIX BOUILHAGUET
Mais il y a encore 20 % des plus de 70 ans qui eux ne se sont toujours pas fait vacciner, est-ce que ça ne serait pas plus simple de rendre obligatoire le vaccin pour les personnes les plus vulnérables ?

SARAH EL HAÏRY
Vous savez, il y a eu… les premiers débats qu'on a eus sur : « il faut le rendre obligatoire », et les gens disaient « non, il ne faut pas ». Ensuite maintenant les gens disent « mais il faut peut-être le rendre obligatoire », ou pas, moi j'ai envie de vous dire, il y a une responsabilité individuelle qui est de se dire « comment je me protège, comment je protège les autres », pour retrouver le plus vite possible ce qu'on aime, c'est-à-dire notre vie à la française, notre vie normale, et pour ça, notre engagement, c'est de permettre à un maximum de monde de se faire vacciner s'ils le souhaitent. 

ALIX BOUILHAGUET
Alors, dans une semaine, les premiers jeunes âgés de 15 à 17 ans, c'est ça, vont entamer leurs 15 jours de Service national universel, vous attendait à peu près combien de jeunes ?

SARAH EL HAÏRY
Environ 20 000 jeunes seront accueillis sur l'ensemble du pays, c'est-à-dire chaque centre, chaque département aura son centre. C'est des jeunes qui viennent de territoires différents et de parcours différents. Vous avez plus de filles d'ailleurs que de garçons et ça c'est le mouvement d'un pays, j'en suis particulièrement fière, c'est plus de 56 % filles, les jeunes viennent de quartiers difficiles, ils viennent de territoires ruraux, de centres-Villes, ils ne se connaissaient pas, ils vont quitter leur département, ils vont lever le drapeau, chanter la Marseillaise, faire du sport, débattre de nos institutions, apprendre à se connaître. Et ça c'est le projet du président de la République. 

ALIX BOUILHAGUET
En 2020 il y a eu seulement 5 000 jeunes qui ont participé à ce SNU. Ce n'est pas beaucoup. Pourquoi, c'est la crise sanitaire ou est-ce que c'est un petit peu long à se mettre en place ?

SARAH EL HAÏRY
Non, vous savez, en 2019 on a fait 2 000 jeunes, en 2020 à la situation sanitaire nous a même obligés de ne pas faire les séjours de cohésion, donc ces grands moments de rencontres, ces 5 000 jeunes dont vous parlez, même s'ils n'ont pas pu faire le séjour de cohésion, se sont engagés dans une mission d'intérêt général. Ça veut dire quoi ? Une mission eh bien d'engagement, ils ont rejoint les pompiers, ils ont rejoint les associations environnementales, les associations de lutte de grande pauvreté, les Restos du coeur, ces jeunes-là eh bien c'est des petites pépites, c'est des pépites de citoyens.

ALIX BOUILHAGUET
Pour l'instant, le service national universel il est basé sur le volontariat, l'objectif c'est de le rendre obligatoire. Quand ?

SARAH EL HAÏRY
Alors, l'objectif est évidemment de le rendre obligatoire, qu'il touche toute une classe d'âges, toute une génération, c'est entre 700 000 et 800 000 jeunes. Ce qui va donner l'idée, c'est de créer de la cohésion plus forte encore, de la cohésion sociale dans notre pays, parce que ce sont des jeunesses qui ne se croisent pas, et je crois qu'il est important qu'elles fassent ensemble, qu'elles construisent ensemble. Quand ? Après un débat parlementaire, bien sûr, et donc dans les trois années à venir. 

ALIX BOUILHAGUET
Les régionales. Alors, on sent que ça arrive, ça approche, dans une semaine le 1er tour. Quand on entend le conseiller d'Emmanuel MACRON, Stéphane SEJOURNE, dire que le front républicain il est mort, il dit à peu de choses près quasiment les mêmes mots que l'insoumis et Adrien QUATENNENS. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la République en Marche, elle maintiendra ses listes quoi qu'il en coûte ?

SARAH EL HAÏRY
Vous savez, moi mon combat personnel il a toujours été contre le Front national. Alors vous l'appelez comme vous voulez, Front National, Rassemblement national, le parti de Marine LE PEN, l'extrême droite française, peu importe, mon combat il est contre leurs idées, et jamais nous ne permettrons à un parti qui est absolument nuisible pour la cohésion de notre pays, de s'enraciner sur notre territoire. Moi je crois au front républicain et j'y crois profondément et viscéralement. Maintenant, le front républicain il engage deux personnes : ceux qui font front et ceux qui sont devant, et là, et chacun doit prendre ses responsabilités. Mais jamais dans la tradition qui est celle de notre pays, je crois que les partis républicains n'ont vocation à avoir aucune ambiguïté vis-à-vis… 

ALIX BOUILHAGUET
Donc pour vous le front républicain n'est pas mort, il sera mis en place et tout faire pour…

SARAH EL HAÏRY
Notre responsabilité c'est de le faire, bien sûr…

 ALIX BOUILHAGUET
D'accord.

SARAH EL HAÏRY
Et encore une fois, c'est la nôtre et de celui qui sera en tête ou de celle qui sera en tête, parce qu'un front ça ne se fait pas tout seul, et donc aux grands mots les actes. Le front républicain, c'est la responsabilité de tous ceux qui veulent que le Front national ne gagne aucune collectivité, aucun territoire. Et à ceux qui… 

ALIX BOUILHAGUET
Donc là vous parlez clairement aux Républicains, à la gauche.

SARAH EL HAÏRY
Je parle absolument à la gauche, à la droite, à tous ceux qui seront en tête et qui auront la responsabilité de permettre ce front. Je crois qu'il n'est jamais difficile de faire bloc face au Front national, si les idées sont claires, s'il n'y a pas d'ambiguïté dans son projet et dans ses valeurs. Nous, nous n'en avons pas. 

ALIX BOUILHAGUET
On voit que c'est quand même compliqué pour les ministres qui sont engagés en campagne, on a vu des altercations tout ce week-end notamment avec le garde des Sceaux Eric DUPOND-MORETTI. Qu'est-ce que ça traduit ? Ça traduit une défiance vis-à-vis d'Emmanuel MACRON, vis-à-vis du pouvoir en place ?

SARAH EL HAÏRY
Vous savez, moi je ne suis pas à mon premier engagement politique de campagne. Une campagne c'est difficile, c'est un moment où vous vous retrouvez, où vous débattez, ça n'est jamais des moments simples. Moi, ce que je vois, c'est qu'Éric DUPOND-MORETTI, mais comme l'ensemble des membres du gouvernement et l'ensemble des candidats qui aujourd'hui sont sur le marché, et j'arrive, je suis en train de faire un tour de France, j'étais à Nîmes, à Toulouse, à Clermont-Ferrand, ou encore à Aurillac, à Rennes, enfin peu importe le lieu, vous savez les gens ont soif de débat, ça fait un an et demi qu'ils n'ont pas débattu. Alors oui c'est vif à certains moments, mais ce que je retiens c'est qu'ils sont courageux de se soumettre au suffrage universel, de discuter, de débattre, d'être en désaccord, mais Eric DUPOND-MORETTI il défend des idées, là où il se fait attaquer sur des caractères ou des traits personnels, sur les boutons de manchette ou autre chose. Eh bien moi… 

ALIX BOUILHAGUET
Mais il le fait un peu… Est-ce qu'il ne le fait pas un peu en caricaturant, c'est-à-dire en en faisant des tonnes face au Rassemblement national ou quand Gérald DARMANIN parle de propos sataniques, enfin est-ce que ce n'est pas galvaniser plutôt les troupes de Marine LE PEN plutôt que de mobiliser ses propres électeurs ?

SARAH EL HAÏRY
Moi je crois que ceux qu'il faut galvaniser ce sont les personnes qui aujourd'hui s'abstiennent. La réalité elle est là, l'abstention c'est le premier parti de France. Demain, les élections régionales et départementales vous savez c'est notre quotidien, c'est les transports, c'est la solidarité, c'est nos collèges et nos lycées, c'est le quotidien. Et à eux je dis : les 20 et 27 juin prochains, allez voter. Et moi je trouve que mes collègues et l'ensemble des candidats de la majorité présidentielle, oui, sont courageux de porter un projet, de le débattre, et de continuer à le défendre. 

ALIX BOUILHAGUET
Le message est passé. Merci beaucoup Sarah El HAÏRY, merci d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2021