Interview de Mme Nathalie Élimas, secrétaire d'État à l'éducation prioritaire, sur Radio J le 25 juin 2021, sur le 2ème tour des régionales et l'importance du vote notamment celui des jeunes.

Texte intégral

CHRISTOPHE BARBIER
Nathalie ELIMAS bonjour.

NATHALIE ELIMAS
Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous êtes secrétaire d'Etat chargée de l'Education prioritaire et vous êtes engagée dans les régionales en Île-de-France aux côtés de Laurent SAINT-MARTIN. 2ème tour dans deux jours, pour les régionales. Comment convaincre les électeurs d'aller voter ?

NATHALIE ELIMAS
Moi, je tire un bilan déjà de ce 1er tour qui m'inquiète particulièrement, c'est l'abstention. On l'a vu, on a, dans le Val-d'Oise par exemple, il y a 27 % de participation, c'est absolument dramatique. A l'échelle de la région, à l'échelle nationale, on est à 66, 67 % d'abstention, je crois que c'est du jamais vu, c'est totalement abyssal. Donc il y a là, je crois maintenant quelque chose à faire, et pas à réfléchir. Ça fait des années que l'abstention progresse, que l'abstention galope et que probablement sur ce plateau ou ailleurs, vos invités vous disent : ça y est, on a compris, on va réfléchir, on va faire. Moi je dis aujourd'hui : il faut être dans l'action, de façon très concrète, pour lutter précisément contre cette abstention, contre ce vote des jeunes qui n'est plus là.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors, il y a des solutions, le MoDem avait proposé le vote par correspondance, est-ce qu'on l'aura pour la présidentielle et les législatives ?

NATHALIE ELIMAS
Il y a des solutions sur la table. Il y a effectivement le vote par correspondance, il y a le vote électronique, il t a une meilleure représentativité aussi des élus dans les instances, il y a des propositions qui ont été faites par le MoDem, il y en a peut-être d'autres qui vont venir, peu importe, à l'heure où on se parle on ne peut plus se payer le luxe d'attendre et de balayer une proposition parce qu'elle vient de tel ou tel, il faut agir monsieur BARBIER.

CHRISTOPHE BARBIER
Iriez-vous jusqu'à dire « il faut instaurer le vote obligatoire » ? Alors on ne va pas mettre les gens en prison s'ils ne vont pas voter, mais on pourrait leur dire « si vous ne votez pas, eh bien vous êtes pendu des listes électorales, tant que vous n'êtes pas revenu ».

NATHALIE ELIMAS
Avant d'aller, d'arriver au vote obligatoire, il y a probablement des chemins, il y a probablement des étapes incitatives à passer, à franchir, pour que les jeunes se sentent concernés et aillent voter, et pour que les Français tout simplement aillent voter. Ensuite, revenons sur cette échéance-là, départementale, régionale, qui a compris de quoi on parle ? Qui sait ce que sont les compétences du département ? Qui sait ce que sont les compétences de la région ?

CHRISTOPHE BARBIER
Changeons le mille-feuille territorial.

NATHALIE ELIMAS
Changeons le mille-feuille territorial. Voilà une proposition très concrète à mettre en place rapidement.

CHRISTOPHE BARBIER
C'est-à-dire supprimer les départements, les fusionner dans les régions ?

NATHALIE ELIMAS
Pourquoi pas.

CHRISTOPHE BARBIER
Revenir au conseiller territorial de Nicolas SARKOZY ?

NATHALIE ELIMAS
Pourquoi pas, ça remettrait peut-être un petit peu de proximité, on pourrait aussi redéfinir les compétences, les clarifier, les faire comprendre et donc intéresser les français.

CHRISTOPHE BARBIER
Les jeunes que vous rencontrez dans l'Education prioritaire, certains sont lycéens, ils ont 16 ans, on leur demande de respecter la loi, certains travaillent déjà, ils sont des acteurs économiques, on pourrait peut-être leur donner le droit de vote à 16 ans.

NATHALIE ELIMAS
Alors, c'est une question, en effet, d'ailleurs elle a été encore une fois posée par le groupe MoDem, ça fait partie des propositions qu'il faut mettre maintenant très sérieusement sur la table, il faut qu'il y ait un débat autour de ces sujets-là, pour lutter définitivement contre l'abstention, pour intéresser les électeurs à la chose publique, et surtout, et surtout leur faire comprendre, leur faire entendre que la politique ça peut faire changer les choses et changer leur vie.

CHRISTOPHE BARBIER
C'est un débat à avoir avant la présidentielle pour de nouvelles règles en 2022, ou on laisse passer la présidentielle, on en parle pendant…

NATHALIE ELIMAS
Ce serait idéal qu'on puisse en parler dès maintenant. Quand je dis qu'il faut être dans l'action, c'est ça monsieur BARBIER.

CHRISTOPHE BARBIER
En Ile-de-France, il n'y a pas un énorme suspense pour le second tour, mais est-ce que vos électeurs, les électeurs de Laurent SAINT-MARTIN ne vont pas changer de choix et se dire : oh lala, il faut éviter à tout prix cette gauche radicale, votons utile, votons PECRESSE.

NATHALIE ELIMAS
C'est quoi le vote utile ? Moi je ne sais pas ce que c'est le vote utile. Je vais vous dire très sincèrement monsieur BARBIER. Madame PECRESSE, la sortante, dit qu'il faut voter utile, mais madame PECRESSE sera réélue dimanche, il n'y a aucun suspense, d'ailleurs si elle avait eu le moindre doute, qu'est-ce qu'elle aurait fait dimanche dernier ? Elle aurait décroché son téléphone, elle aurait proposé une coalition à Laurent SAINT-MARTIN, le téléphone n'a pas sonné. Madame PECRESSE n'est pas inquiète, elle sera réélue (microcoupure son) Cette gauche qui s'agrège, cette gauche qui s'agrège de circonstances, évidemment ne prendra pas la région et c'est tant mieux. Le RN, félicitons-nous, réjouissons-nous, le RN fait 13 % alors qu'on nous avait annoncé un cataclysme. Donc qu'est-ce qu'il reste ? Entre cette droite ultraconservatrice, cette gauche qui ne ressemble à rien et qui est dangereuse et mortifère, et ce Rassemblement national, il y a une voie, pour nous, pour des élus humanistes, progressistes, républicains, c'est-à-dire pour la liste de Laurent SAINT-MARTIN.

CHRISTOPHE BARBIER
En 2015 vous étiez aux côtés de Valérie PECRESSE…

NATHALIE ELIMAS
Oui.

CHRISTOPHE BARBIER
Le MoDem, à ce moment-là la République En Marche n'existait pas, était avec Les Républicains. Qu'est-ce qui a changé, quelle différence s'est creusée entre elle et vous ?

NATHALIE ELIMAS
En 2015, effectivement, nous avons passé un contrat de mandature avec Valérie PECRESSE, je l'ai respecté jusqu'au bout, puisqu'encore en décembre dernier j'ai voté en toute loyauté son budget. Je n'ai aucun problème à vous dire cela. On est arrivé, il y avait des choses à faire. Le président HUCHON nous avait laissé une Ile-de-France délabrée, des lycées délabrés, et d'ailleurs j'ouvre la parenthèse, et franchement monsieur BARBIER, je m'amuse aujourd'hui de voir le soutien de monsieur HUCHON à Valérie PECRESSE, qu'elle accueille à bras ouverts, alors que pendant 5 ans elle lui a tapé dessus à bras raccourcis. Vous voyez toutes ces tambouilles là, eh bien c'est pour ça que les Franciliens ne sont pas allés voter la semaine dernière, vous voyez. Donc il y avait des choses en mauvais état, avec Valérie PECRESSE on a progressé, mais aujourd'hui nous on a un autre projet à proposer aux Franciliens, on l'a fait en 154 propositions, et puis en est une voix différente, c'est tout simplement ça la démocratie, et c'est ça ce qu'attendent les Français et les Franciliens, la pluralité des expressions.

CHRISTOPHE BARBIER
Et vous serez une opposition constructive, vous pourrez participer éventuellement à des politiques mises en place par Valérie PECRESSE ?

NATHALIE ELIMAS
C'est je crois ce qui caractérise les centristes, quand une politique est bonne, qu'elle soit de droite ou qu'elle soit de gauche, on y va.

CHRISTOPHE BARBIER
Entre 2017, les législatives triomphales pour la République En Marche, et ces régionales décevantes, qu'est ce qui s'est passé pour que le parti présidentiel perde de son emprise et que ses alliés comme vous n'arrivent pas à faire le complément et à assurer cette …

NATHALIE ELIMAS
Mais là vous me parlez de deux scrutins, un scrutin présidentiel, législatif post-présidentielle, et là deux scrutins, encore une fois deux scrutins en même temps, qui sont des scrutins territoriaux, auxquels d'abord on ne comprend rien, ça on l'a dit, c'est deux élections, c'est ces accords de listes là pour les départementales qu'on ne retrouve pas pour les régionales, c'était totalement inaudible !

CHRISTOPHE BARBIER
Et tout le monde a la tête à la présidentielle.

NATHALIE ELIMAS
Et tout le monde à la tête à la présidentielle, donc ce qui s'est passé là c'est le ça n'était pas clair d'une part, d'autre part la majorité présidentielle qui est composée certes du MoDem qui avait un peu d'ancrage, mais de la République En Marche, de Territoire de progrès et d'Agir qui n'en avaient pas. L'ancrage ça prend du temps. Donc on … (microcoupure son) absolument pas corréler ce qui s'est passé autour d'une présidentielle, de ce qui vient de se passer, de ce qui se passe en ce moment sur des élections qui sont très territorialisées, dans un contexte sanitaire en plus qui ne nous arrange pas.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors, il faut quand même réorganiser cette majorité en vue de l'an prochain, que demandez-vous à la République En Marche, qu'elle fasse plus de place à ses alliés, qu'il y ait une sorte de nouvelle UDF, de fédérations qui se créent ?

NATHALIE ELIMAS
Ce qu'il faut faire pour l'année prochaine, déjà je l'ai dit, c'est ce choc démocratique, ça me paraît la première chose à faire. Ensuite eh bien on nous a laissé croire peut-être qu'il y aurait un RN très fort et qu'il faudrait une forte coalition autour du RN etc. Moi ce que je dis, c'est que toutes celles et ceux qui se retrouvent dans nos valeurs, encore une fois républicaines, humanistes, progressistes, écologistes, eh bien nous rejoignent autour du président de la République, autour d'Emmanuel MACRON, dans cette campagne qui va démarrer dès l'automne prochain.

CHRISTOPHE BARBIER
On voit bien qu'il y a une sorte de dispersion des partis, des ambitions, au moment de la présidentielle. Est-ce que le MoDem ne devrait pas réfléchir à avoir un candidat, lui, au premier pour récupérer des électeurs qui pourraient sans cela non pas voter MACRON mais voter BERTRAND ou voter ailleurs ?

NATHALIE ELIMAS
Ce que fera BERTRAND ou les uns ou les autres, c'est d'ailleurs l'objet, vous l'avez remarqué quand même, de cette primaire là à l'occasion des régionales …

CHRISTOPHE BARBIER
Les régionales sont la primaire de droite, la pré-primaire …

NATHALIE ELIMAS
Les régionales sont la primaire de droite, ce n'est pas notre cas. Nous nous, nous sommes un des piliers de la majorité présidentielle ; il serait intéressant que nous puissions nous-mêmes nous élargir mais en tout cas, nous restons un pilier de la majorité présidentielle, nous restons loyaux et moi en ce qui me concerne, membre du gouvernement MoDem, eh bien, je vais tout faire dans les mois à venir …de travailler politiquement à la réélection du président de la République.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors, il y aura cet été, l'Elysée l'a confirmé, une grande conférence sociale. A quoi cela va-t-il servir ? A désigner les réformes qui ne passeront plus, qui seront mises à la poubelle et celles qui peuvent survivre ?

NATHALIE ELIMAS
On a eu quand même, il faut le dire, trois années particulièrement difficiles, d'abord la crise des Gilets jaunes et puis cette crise sociale liée à cette version 1, si je puis dire, de la réforme des retraites et puis, aujourd'hui, une pandémie qui est venue tout chambouler. Moi, je le mets en oeuvre déjà dans mon champ ministériel, il faut absolument anticiper les conséquences sociales de cette crise sanitaire et je pense qu'elles vont être majeures. Donc, en effet, il faut regarder dans le temps qui reste les réformes urgentes et prioritaires qu'il faut mettre en oeuvre et celles qu'il faudra toujours proposer aux Français à partir de 2022 parce qu'encore une fois entre 2017 et 2022, Monsieur BARBIER, c'est très simple : il y a eu une pandémie.

CHRISTOPHE BARBIER
La réforme des retraites, c'est typiquement une réforme qu'il faut rediscuter pendant la présidentielle et faire après, elle est trop inflammable !

NATHALIE ELIMAS
La réforme des retraites, en tout cas telle qu'on l'a vécue l'année dernière, était inflammable. Je crois qu'on a voulu aller trop vite et sur tous les champs. Néanmoins dans ce texte, il y avait certains pans très sociaux pour les agriculteurs par exemple, pour la retraite des femmes, je crois que ça, il faut y retravailler dès maintenant mais effectivement, ce que je perçois et ce que je comprends dans le calendrier législatif qui nous reste et qui est quand même très contraint, c'est qu'il y a une fenêtre, c'est qu'il y a un espace mais que cette réforme, telle qu'elle a été présentée, manifestement ne convenait pas aux Français doit être rediscutée, repensée, retravaillée.

CHRISTOPHE BARBIER
Avez-vous une idée claire dans votre domaine des dégâts causés sur les élèves en zone prioritaire par les mois de confinement ?

NATHALIE ELIMAS
On a des indicateurs qui sont très précis. Jean-Michel BLANQUER, quand il est arrivé, a mis en place des évaluations nationales, on les fait passer en septembre et en janvier. On peut donc très précisément, très objectivement quantifier ce qui s'est passé. On l'a fait en septembre l'année dernière, on a vu que l'écart s'était à nouveau recreusé entre l'éducation prioritaire et le hors éducation prioritaire et qu'il y avait des fragilités sur certains niveaux de classe. On a refait passer des évaluations en janvier et là, on a vu que cet écart s'est résorbé. Pourquoi s'est-il résorbé ? Parce que nous avons laissé nos écoles ouvertes, ça a été une année particulièrement difficile pour nos professeurs. , pour nos élèves et vraiment, vraiment, Monsieur BARBIER, je ne le dirai jamais assez, merci à nos professeurs, c'est grâce à eux, parce qu'ils ont été costauds, que l'on a tenu et c'est parce que les écoles sont restées ouvertes que l'on a pu résorber ces écarts et limiter la casse.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-il vrai que le contrôle continu va s'imposer au bac l'année prochaine au détriment des évaluations communes ?

NATHALIE ELIMAS
Le sujet du contrôle continu, il y a eu une époque où il fallait pas du tout faire du contrôle continu parce que c'était un gros mot, il y a eu la pandémie l'année dernière, on a mis tout en contrôle continu. Cette année, on a fait un entre deux avec 82% de la note quand même, c'est du contrôle continu.

CHRISTOPHE BARBIER
Et l'année prochaine alors ?

NATHALIE ELIMAS
Eh bien non, eh bien non ! L'idée quand même, c'est de passer le baccalauréat, c'est de passer des épreuves, y mettre une dose, vous savez c'est un peu comme la proportionnelle. On peut en mettre une dose de contrôle continu mais il faut qu'on puisse conserver un caractère national, il faut conserver la valeur à ce diplôme et puis surtout la fierté d'être allé le passer !

CHRISTOPHE BARBIER
Dans votre domaine, quelles sont vos priorités pour les quelques mois qui restent, d'action ?

NATHALIE ELIMAS
En éducation prioritaire ?

CHRISTOPHE BARBIER
Oui.

NATHALIE ELIMAS
C'est très simple : une action très sociale. J'ai redéployé les petits déjeuners gratuits à l'école pour lutter contre la précarité alimentaire et je vais faire un tour de France à nouveau dès septembre pour aller m'assurer que ça fonctionne bien. Deuxième axe social : les boursiers, il y a un taux de non recours très élevé, vous parliez du calendrier social, il y a un taux de non recours très élevé des bourses en France. Avec Olivier DUSSOPT à partir de l'année prochaine, on va automatiser la notification. La famille remplira sa déclaration de ressources et elle verra si elle est éligible aux bourses ou pas. On va continuer à actionner évidemment tous les leviers en faveur de l'égalité des chances pour la réussite de nos élèves et enfin, un sujet qui m'est très cher sur lequel j'ai beaucoup travaillé, sur lequel je fais des propositions au président de la République, c'est la famille, il faut aider nos familles, il faut redonner du pouvoir d'achat à nos familles. Je vous donne un exemple très rapide, on a un levier fiscal. Sur les deux derniers quinquennats, celui de François HOLLANDE et celui de Nicolas SARKOZY, on a raboté par 2 fois le quotient familial, on a fait perdre à nos familles de la classe moyenne 790 euros de pouvoir d'achat par an, eh bien, là, je crois qu'il y a quelque chose à faire.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous êtes au gouvernement depuis 11 mois. Heureuse, épuisée, découragée ?

NATHALIE ELIMAS
Je suis un peu fatiguée en ce moment, je ne vous le cache pas parce que ministre de plein ...j'ai été ministre sans m'arrêter pendant la campagne et j'ai fait la campagne. Donc forcément c'est un temps un peu compliqué humainement. Néanmoins, je suis très heureuse d'être là et je suis très heureuse de continuer au service du président de la République et de lui apporter des propositions, d'abonder son programme en ce sens parce qu'il y a encore beaucoup à faire. Ces trois années ont été complexes, je l'ai dit, il y a eu ces crises. Les Français attendent encore beaucoup et nous serons au rendez-vous !

CHRISTOPHE BARBIER
Nathalie ELIMAS, merci, bonne journée !

NATHALIE ELIMAS
Merci à vous !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juin 2021