Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à Public Sénat le 2 juillet 2021, sur la vaccination contre le coronavirus, le télétravail, la réforme des retraites, la haute fonction publique et les élections régionales.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invitée politique ce matin c'est Amélie de MONTCHALIN, bonjour.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, et vous n'avez également été élue conseillère régionale, et on va en parler évidemment, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, bonjour Fabrice VEYSSEYRE-REDON.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oriane, bonjour, Amélie de MONTCHALIN bonjour.

ORIANE MANCINI
Du groupe EBRA, les journaux régionaux de l'Est de la France. On commence par la crise sanitaire, Amélie de MONTCHALIN, et c'est l'inquiétude, inquiétude autour de la progression du variant Delta, mais aussi inquiétude, dans le gouvernement, sur la vaccination qui marque le pas, Jean CASTEX a écrit hier au président d'associations d'élus, aux présidents de groupe parlementaire, pour les consulter sur de nouvelles mesures, on sent que le ton a changé de la part du gouvernement, est-ce que, clairement, le gouvernement envisage de rendre la vaccination obligatoire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, ce qui est certain c'est qu'effectivement nous avons une ouverture progressive de déconfinement, qui est précieuse, qui était attendue, et qui se fait dans un pays où les indicateurs sanitaires nous permettent de poursuivre ce déconfinement, ça c'est la première chose qu'il faut dire aux Français. La deuxième chose c'est que, effectivement, le variant, les variant, et on le sait depuis maintenant plusieurs mois, restent évidemment un danger, et notre meilleure arme contre le variant, mais aussi contre l'épidémie en général, c'est la vaccination. Vous savez que pendant des mois et des mois, de manière légitime, les organisations syndicales des agents publics m'ont demandé à ce que nous protégions bien les agents publics, et c'était une demande légitime, et nous avons fait nos meilleurs efforts, en termes d'organisation du travail, du télétravail, des masques, de l'ensemble des mesures que nous avons prises pour bien ralentir l'épidémie. Aujourd'hui on a une difficulté, notamment dans les lieux de soins, à l'hôpital, dans les EHPAD, on ne peut pas accepter que quand vous venez vous faire soigner, quand vous êtes résident en EHPAD, le virus circule autour de vous, quitte à vous infecter, parce que les soignants ne sont pas assez vaccinés. Aujourd'hui on a un peu moins de la moitié seulement des soignants en EHPAD qui sont vaccinés, donc on est en train de prendre des mesures très fortes, d'accompagnement, de facilitation, d'explications, on regarde les chiffres tous les jours, et effectivement, Olivier VERAN l'a dit, le Premier ministre l'a dit, si nous voyons que nous sommes en risque de rentrer dans l'automne avec un seuil vaccinal trop faible, alors nous devrons rendre la vaccination obligatoire pour les soignants parce que les lieux de soins sont des lieux où vous ne pouvez pas prendre le risque d'attraper le Covid.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Ça veut dire, Amélie de MONTCHALIN, qu'il n'y a pas de possibilité de déconfinement total sans un processus de vaccination ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Déjà, c'est parce qu'on se vaccine qu'on arrive à faire ralentir l'épidémie, ça se voit dans tous les pays.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il n'y a pas de plan B, vous dites aux Français vaccinez-vous sinon le déconfinement échouera, en tout le risque d'échec est important ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce risque des variants, les scientifiques nous l'ont bien expliqué, c'est un risque dans toute épidémie. Aujourd'hui, quand vous êtes vacciné, même si vous êtes contaminé par un nouveau variant, ce que nous voyons, c'est que vous n'allez pas à l'hôpital et c'est qu'il n'y a pas de forme grave, donc en fait, comme beaucoup d'autres maladies, c'est une maladie, mais elle ne vous emmène en réanimation et surtout, après, avec un risque quand même, il faut le dire, très fort de décéder, ce sont des questions de vie ou de mort, il ne faut pas prendre ces sujets à la légère. Donc, ce que nous disons, voyez moi en tant que ministre de la Fonction publique par ailleurs, évidemment le Premier ministre, vous l'avez vu, consulte largement, ce qui montre aussi le respect que nous avons des élus, des associations d'élus, des parlementaires, moi en tant que ministre de la Fonction publique, mon rôle c'est de faciliter au maximum la vaccination, bien sûr de l'ensemble de la population des agents publics, donc on va installer des lieux de vaccination en bas des cités administratives, on va faciliter…

ORIANE MANCINI
Est-ce que c'est la faciliter au maximum ou est-ce que c'est la rendre obligatoire, est-ce que pour les personnels de la fonction publique, qui sont au contact avec du public, il faut rendre cette vaccination obligatoire, est-ce que par exemple pour les enseignants il faut rendre cette vaccination obligatoire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Clairement, il y a une distinction à faire, les lieux santé peuvent être des lieux extrêmement protégés, et donc les soignants c'est un enjeu très particulier, que nous regardons comme un jeu très particulier, pour le reste des Français, on le voit d'ailleurs, le désir vaccinal est quand même important, maintenant il y a parfois des enjeux pratiques, parfois le centre vaccinal est loin, parfois votre rendez-vous est sur vos horaires de travail, donc comment on vous assure que vous n'allez pas perdre de salaire, comment, si vous voulez vacciner vos enfants, on vous donne aussi des facilités horaires, donc on est en train d'organiser les choses très concrètement, très localement, avec beaucoup de volontarisme, parce que notre meilleure arme…

ORIANE MANCINI
Mais on est toujours sur du volontarisme. Dans sa lettre il n'est pas seulement sur le volontarisme Jean CASTEX. Alors, il parle de l'obligation pour les soignants, ça, ça a l'air assez acté du côté du gouvernement, mais il demande aussi aux élus locaux et aux parlementaires de faire des propositions, de donner leur avis sur un élargissement de la vaccination obligatoire, jusqu'où il faut l'élargir pour vous ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Si on demande des propositions ce n'est pas pour que je vienne vous répond ce matin avec les conclusions, première chose.

ORIANE MANCINI
Mais ça veut dire que vous y réfléchissez clairement à l'ouvrir à d'autres catégories que les soignants.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ensuite, il y a d'autres sujets. Les tests, voyez qu'on réfléchit aussi à dire, à un moment donné, est-ce qu'on veut mettre de l'argent public dans des tests à répétition si on peut se faire vacciner, ce qui évite d'ailleurs de devoir revenir très souvent dans les lieux de soins, dans les pharmacies et dans les laboratoires, donc il y a beaucoup de choses sur la table. Moi mon enjeu…

ORIANE MANCINI
Donc ça veut dire fini la gratuité des tests, qu'on appelle tests de confort ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non mais, ministre de la Fonction publique, j'ai la responsabilité de 5 millions d'agents, certains entre eux sont des soignants, pour eux, pour leur santé, c'est une obligation professionnelle, vous venez soigner des gens, le but n'est pas que vous leur transmettiez une maladie, une maladie qui potentiellement, on le sait, peut être grave, pour les soignants il y a évidemment des réflexions très poussées, très avancées. Pour le reste des Français, comme pour le reste des agents publics, notre enjeu c'est qu'aucun frein, matériel, organisationnel, logistique, ne vienne perturber une campagne vaccinale que nous devons poursuivre, tous les scientifiques le disent, nous serons plus forts, face au virus, plus nous serons vaccinés.

ORIANE MANCINI
Est-ce que vous dites si à telle date tant de personnels des agents publics ne sont pas vaccinés, il y aura une vaccination obligatoire…

AMELIE DE MONTCHALIN
Sur les soignants…

ORIANE MANCINI
Autres que les soignants, sur les soignants on a compris.

AMELIE DE MONTCHALIN
Sur les soignants Olivier VERAN a défini le seuil, il faut que 80%, au minimum, de nos soignants soient vaccinés, si on n'y arrive pas, par la volonté individuelle, eh bien il faudra qu'on prenne des mesures.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Pourquoi 80 % d'ailleurs ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Parce que… enfin, évidemment, plus on est près de 100% mieux c'est, donc il faut au moins 80%, si on n'est pas à 80% on le rendra, et ça a été déjà annoncé, beaucoup plus obligatoire. A nouveau, notre enjeu, pourquoi on fait tout ça ? Parce que la continuité de la vie démocratique, éducative, culturelle, économique, personnelle, on a quand même, moi je le vois bien, des agents publics qui parfois depuis plus d'un an ont télétravaillé, parce qu'on a d'ailleurs mis des moyens nouveaux, et c'est très bien, mais on a quand même besoin, voyez, de retrouver les… du travail. Hier encore je travaillais avec les syndicats sur un accord pour le télétravail. Le télétravail ça a changé la vie, effectivement, d'une administration qui jusque-là vous voyait ça comme quelque chose de très anecdotique, ou très parcellaire, ça a eu des conséquences positives, que les gens veulent garder, et c'est normal, et moi je veux l'accompagner, ça a eu aussi des enjeux de difficultés, d'égalité hommes-femmes, de…les équipes, donc…

ORIANE MANCINI
Vous l'accompagnez de quelle manière, juste Amélie de MONTCHALIN, est-ce qu'il y aura un encadrement de ce télétravail pour la Fonction publique ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Tout à fait, donc on en train de travailler à écrire un accord-cadre, qui sera soumis au vote des organisations syndicales, et des employeurs, le 13 juillet, cet accord il va bien au-delà de la question de savoir si on télétravaille un, deux ou trois jours, comme c'était le cas avant, il regarde le droit à la déconnexion, il regarde ce qu'on peut faire aussi pour accompagner par exemple des personnes comme les femmes enceintes, les personnes qui sont des proches et qui aident, les proches aidants comme on dit, qui aident notamment des personnes fragiles, en faire aussi un élément de souplesse, mais aussi un élément comment on pense le dialogue social, comment on organise aussi la vie d'une équipe qui est à la fois, pour certains au bureau, pour certains en télétravail…

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'il y aura des indemnités pour les agents de la Fonction publique en télétravail.

AMELIE DE MONTCHALIN
On regarde évidemment les compensations financières, donc c'est une proposition que j'ai faite hier, pour que dans l'année, si vous télétravaillez deux jours par semaine, vous ayez 220 euros de compensation sur les frais que ça peut engendrer, on est sur un accord très ambitieux, très novateur, très moderne, peut-être même d'ailleurs plus ambitieux que ce qui a été fait dans le secteur privé, donc c'est un travail que nous avons mené très très, à la fois rapidement, mais très en profondeur, parce que cette organisation nouvelle du travail c'est quelque chose qu'on doit aussi garder, mais en regardant ce que la crise nous a appris en conséquences positives à valoriser, et puis en choses qu'il faut qu'on organise mieux, et notamment le but c'est bien sûr que personne ne fasse cinq jours de télétravail cinq jours sur cinq parce que…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Sur les cinq millions d'agents dont vous parliez tout à l'heure, combien sont concernés par le télétravail à l'heure où nous parlons ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, cet accord-cadre il a vocation à concerner l'ensemble des versants, hospitalier, territorial…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, mais aujourd'hui, concrètement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, alors je n'ai pas les chiffres aujourd'hui, aujourd'hui, mais avant que nous rebaissions le quota de jours, parce que nous sommes passés de cinq jours sur cinq, puis à trois jours, puis maintenant, aujourd'hui, c'est deux jours par semaine, il y a quelques semaines 80% des agents des administrations centrales étaient en télétravail, 50% de ceux qui sont dans l'Etat, des préfectures et des sous-préfectures, c'est une révolution. Alors évidemment, je tiens à le dire, le but n'est pas qu'on reste cinq jours sur cinq en télétravail, parce qu'on voit bien que pour l'animation du travail, pour le collectif de travail, on évidemment besoin de retrouver ses collègues…

ORIANE MANCINI
Mais le but n'est pas non plus qu'on repasse en 100% présentiel.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais le but ce n'est pas que tout cet effort-là, d'accélération aussi de nouvelle confiance aussi dans le travail, qui a été organisée, tout ça soit mis derrière nous.

ORIANE MANCINI
On va parler d'un autre sujet, on va parler de la réforme des retraites, pas de tabou dites vous à propos de la réforme des retraites, c'est ce que dit le gouvernement, Gabriel ATTAL dit qu'il y aura une réforme des retraites, la question est de savoir quand. Alors, quand, et quelle réforme des retraites surtout ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi ne je vais pas vous parler ce matin de calendrier, parce que savoir si c'est maintenant, dans six mois, dans un an, je pense que ce qui compte surtout c'est de dire aux Français le choix, ce n'est pas une question d'opportunisme politique, ce n'est pas de savoir quand est-ce qu'il y a la bonne fenêtre pour annoncer telle ou telle mesure, c'est de rendre ça cohérent avec notre première priorité qui est la relance économique, la relance de notre pays. Comment on fait de cette réforme, aussi, un outil au service de la relance. Vous savez, une réforme des retraites c'est fait pour qui ? C'est fait pour les actifs, c'est fait pour que ceux qui travaillent puissent continuer à profiter j'allais dire, de leur travail, tout en finançant un système qui, oui, est un système de solidarité intergénérationnelle. Pourquoi je vous dis ça ? parce qu'aujourd'hui dans notre pays on a quand même des grands défis qui sont autour de cette réforme, on a le défi du taux d'emploi des jeunes, et du taux de chômage des jeunes, on a le défi du taux d'emploi et du taux de chômage des seniors, on a beaucoup de questions sur la capacité à articuler cette réforme avec le retour de la prospérité, le retour de la croissance, le retour de la création d'emplois, et donc c'est par cohérence, c'est par choix économique que nous devons décider, et c'est un choix que nous prendrons…

ORIANE MANCINI
Mais juste, on est sur quelle réforme Amélie de MONTCHALIN, parce qu'on a l'impression que là on n'entend plus du tout parler de la réforme qui était prévue à la base, c'est-à-dire la réforme par points, pour simplifier un peu les choses, là on n'est plus que sur réforme paramétrique d'allongement de l'âge de départ ?

AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord, les arbitrages, vous savez, ils seront rendus par le président et le Premier ministre, et ils seront précis. Il y a plein d'enjeux autour de la réforme des retraites. Il y a un enjeu d'équité, pourquoi il y a des différences aussi grandes entre des hommes et des femmes qui font des métiers, mais qui juste n'ont pas « le même statut. » Vous avez un enjeu, ensuite, d'efficacité économique, comment cette réforme peut aussi être accompagnée du fait que les personnes qui ont plus 50 ans aient plus de possibilités pour rester dans l'emploi, comment les jeunes travaillent plus, ça vous fait plus de cotisants, si le taux de chômage des seniors et le taux de chômage des jeunes baisse, ça vous fait plus de cotisants. Il y a l'enjeu ensuite de l'âge.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que la réforme systémique elle a encore sur la table ou est-ce qu'aujourd'hui on en est à s'occuper à l'équilibre du régime et donc à s'occuper de l'âge de départ ?

AMELIE DE MONTCHALIN
De toute façon c'est une réforme systémique. Je prends la Fonction publique, je regarde dans mon périmètre d'action, il y a évidemment une réforme systémique quelle que soit la réforme des retraites que l'on imagine faire. Pourquoi ? Aujourd'hui un agent public, un fonctionnaire, qui à la fin du mois a sur son bulletin de paie une somme d'argent qui lui est versée, vous savez que parfois il n'y a que la moitié de ce qui lui est versé qui cotise aux retraites, c'est absurde, ça ne peut pas tenir, donc vous voyez bien qu'il y a beaucoup de sujets qui est la réforme des retraites en elle-même, mais pour qu'elle réussisse dans un contexte où notre priorité absolue c'est la relance, et c'est aussi évidemment de l'efficacité, c'est de l'équité, il y a énormément de sujets à ouvrir en parallèle, et donc c'est tous ces arbitrages-là qui doivent être rendus.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Brièvement, c'était opportun de rouvrir ce dossier à quelques mois de la présidentielle ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, vous savez, à nouveau ce n'est pas de l'opportunisme politique…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Parce que c'est un très vieux sujet.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est aussi du courage, de dire aux Français que les sujets sur lesquels nous nous étions engagés, nous avons agis, ils n'ont pas disparus, les défis qui étaient posés à l'époque n'ont pas disparus, simplement qu'ils se posent aujourd'hui dans un contexte qui a changé, et donc…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Donc ça va être un vrai sujet de campagne !

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez, la solidarité entre les générations, le modèle social français, les enjeux dont je viens de vous parler aussi, d'efficacité, quand vous voyez qu'une partie seulement de ce que touchent les fonctionnaires, cotise à la retraite, on voit bien qu'il y a des enjeux massifs, majeurs, de réforme. Donc, d'abord oui, comme je le disais, il n'y a pas de tabou, on y a travaillé, et beaucoup, en 2019, le contexte aujourd'hui, celui de la relance, évidemment ça reste un sujet, le sujet n'a pas été réglé par la crise, au contraire, et donc comment on doit travailler sur le sujet, c'est bien les arbitrages qui doivent être pris dans les…

ORIANE MANCINI
Autre sujet d'actualité Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, cette perquisition hier place Vendôme dans les bureaux de votre collègue ministre de la Justice Eric DUPOND-MORETTI, qui est soupçonné par la justice de conflit entre sa fonction de ministre et sa fonction d'avocat, est-ce que c'est tenable pour le garde des Sceaux ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez, j'ai un principe, qui est celui de respecter les institutions, et quand vous êtes ministre au gouvernement, eh bien j'ai un principe que j'applique strictement, c'est que je ne commente pas, ni des décisions de justice, ni des enquêtes de justice, et donc je n'aurai, sur ce sujet, aucun commentaire à faire.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il y a une dimension politique néanmoins.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais voyez, si on commence à mêler politique et discussion sur la justice, alors l'indépendance de la justice n'est plus garantie, et donc je ne suis plus de mon rôle, donc je ne ferai aucun commentaire.

ORIANE MANCINI
Les agents de la Fonction publique sont mobilisés, ils se sont mobilisés il y a quelques jours pour demander une augmentation de leur rémunération, vous les rencontrez ces agents de la Fonction publique, vous allez leur accorder cette augmentation ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Tous les ans, il y a un moment, un peu solennel, où on fait à la fois le bilan et on a les perspectives, ce rendez-vous il a lieu mardi prochain, ce sera un moment important parce qu'on va regarder effectivement tout ce qu'on a fait depuis 2017, et vous savez qu'on a, sur les enseignants, sur les chercheurs, sur les forces de l'ordre, sur les soignants, fait beaucoup de choses qui ont augmenté le pouvoir d'achat. On va aussi tracer des perspectives à nouveau, on vient de parler de la relance, on vient de parler du contexte économique de notre pays, on va parler de ce que nous avons à faire devant nous pour ces cinq 5 millions d'hommes et de femmes. Et puis on va regarder aussi les enjeux concrets, qui ne sont pas toujours des enjeux salariaux, mais, vous voyez, pour le pouvoir d'achat. Moi j'ai toujours travaillé en étant très claire avec l'ensemble des parties prenantes, ma priorité c'est de résoudre les inégalités. Il y avait une inégalité qui était criante, qui était à mon avis d'ailleurs très dangereuse, c'est que les fonctionnaires, les agents publics, payaient, jusqu'à maintenant, eux-mêmes, pour la plupart d'entre eux, 100 % de leur mutuelle santé, donc ça créée une inégalité très forte par rapport à l'accès à la santé, on sort d'une crise sanitaire, c'était absurde que nous laissions perdurer un système où 5 millions de Français étaient dans des situations où le coût d'accès à la santé, le coût de la mutuelle, la complémentaire santé, était plus grand. A partir du 1er janvier 2022, et ça a été discuté et acté cette semaine avec les organisations syndicales, tous les agents publics de l'Etat auront 15 euros par mois, par agent, pour faciliter, payer, contribuer à leur complémentaire santé. C'est un élément qui n'est pas un élément de salaire, c'est un élément au pouvoir d'achat, et donc moi je suis très pragmatique, je ferai des annonces mardi, et comme c'est mardi, eh bien je les ferai mardi.

ORIANE MANCINI
Juste un mot. Alors, il y a des choses qui ont déjà été actées, mais est-ce que, sur leur salaire, est-ce que vous envisagez un dégel du point d'indice, qui sert de base de calcul au salaire des agents ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je reviendrai sur tout ça mardi, je vous dis que moi mon enjeu prioritaire c'est de s'occuper des inégalités entre les hommes et les femmes, c'est de regarder ce qu'on fait pour ceux qui ont les plus petits salaires, c'est de s'occuper de choses parfois qui sont dans les discussions depuis 10 ou 15 ans, cet enjeu de complémentaire santé ça fait 10 ou 15 ans.

ORIANE MANCINI
Et ça c'est acté, mais sur le dégel, est-ce que vous l'envisagez ou est-ce que vous dites c'est non, il n'y aura pas de dégel du point d'indice ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Si je fais des rendez-vous le mardi ce n'est pas pour vous en faire les annonces le vendredi.

ORIANE MANCINI
On va parler de la réforme de la haute Fonction publique, Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, parce que vous avez lancé, il y a eu une consultation au mois de mai, ça c'est bien lancé, sur la réforme de la haute Fonction publique, avec quand même cette date que vous aviez donnée au 1er janvier, vous espérez pouvoir faire passer quoi d'ici au 1er janvier en matière de réforme de la haute Fonction publique ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, on a effectivement consulté les 12.000 hauts fonctionnaires concernés par la réforme, 7000 d'entre eux ont fait part de leurs attentes, de leurs difficultés, de ce qui fonctionne bien et de ce qui fonctionne moins bien, je rendrai publics les résultats de cette consultation autour d'une nouvelle réunion que le Premier ministre et moi-même tiendront la semaine prochaine, le 8 juillet…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Grosse semaine la semaine prochaine !

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement, c'est une semaine, vous voyez, où on avance sur beaucoup de sujets, et le but c'est que nous puissions, au vu de cette consultation, définir clairement, concrètement, maintenant la mise en oeuvre au 1er janvier 2022, vous aurez l'Institut national du service public qui viendra en place et lieu de l'ENA, mais aussi penser non seulement la formation initiale, mais aussi la formation continue, créer une culture commune pour tous nos hauts fonctionnaires, vous aurez la création, dans notre DRH, des talents, des directions interministérielles à l'encadrement supérieur de l'Etat, vous aurez la création d'un corps des administrateurs de l'Etat, et donc au 1er janvier 2022, ce que le président a annoncé le 8 avril, sera créé, rendu, au fond, irréversible et avancé.

ORIANE MANCINI
Ces consultations dont vous parlez, vous en avez eu, vous, les retours, vous les rendrez publics, est-ce que c'est de nature à changer la réforme, est-ce que du coup, au vu de la consultation…

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est de nature à confirmer…

ORIANE MANCINI
Vous dites il y a des choses qu'on va changer dans la mise en oeuvre de la réforme ?

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est d'abord de nature à confirmer que s'occuper du recrutement, de la formation, de la gestion des carrières, est essentiel, que les 7000 personnes que le consultons disent tout " on a besoin de, au fond, avoir des carrières qui soient mieux accompagnées, qui dépendent moins du hasard ou du déterminisme du classement, moins des corporatismes ", et ça ressort très massivement. Ensuite, évidemment, cette consultation elle a été faite parce que maintenant on rentre dans un sujet ministère par ministère, métier par métier, et donc il faut que ça fonctionne pour tout le monde, et donc, entre les principes de l'ordonnance qui a été publiée au Journal officiel le 3 juin, et maintenant la mise en oeuvre d'ici au 1er janvier, c'est essentiel de faire les choses de manière pragmatique et concrète, dans le détail.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Au regard de l'Histoire française, est-ce que vous considérez qu'en si peu de temps la haute Fonction publique française est réformable, réellement réformable ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, je suis d'abord absolument convaincue qu'elle a besoin de se transformer, je suis absolument convaincue que les agents et les hauts fonctionnaires, les cadres de l'Etat, attendent des changements, et je suis absolument convaincue que la sortie de crise, le fait que nous rentrions dans un nouveau siècle, qu'il y a des nouveaux enjeux, écologiques, numériques, technologiques, les enjeux des valeurs de la République, fait que, un, évidemment il faut faire cette réforme, et je peux vous dire que les agents et les hauts fonctionnaires l'attendent. Vous savez que 84% des agents publics soutiennent la réforme, parce qu'ils voient bien que la manière dont fonctionne leur encadrement doit être mis à jour, doit rester attractif aussi. C'est quoi notre combat ? C'est que les jeunes puissent venir travailler aussi, s'engager au service de l'intérêt général.

ORIANE MANCINI
Allez, on va parler des régionales maintenant, Amélie de MONTCHALIN, puisque vous avez été élue dimanche conseillère régionale d'Ile-de-France, la séance d'installation du nouveau Conseil régional a lieu ce matin, vous irez siéger au Conseil régional, vous, à plein temps, autant que cela se peut ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez c'est un peu… donc, j'ai été élue effectivement, donc maintenant dimanche dernier, ça fait quelques jours que tout le monde me pose cette question, je peux vous dire sincèrement…

ORIANE MANCINI
C'est-à-dire qu'il y a l'exemple d'Agnès BUZIN, par exemple.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui mais je peux vous dire sincèrement, moi ma conception de la politique, c'est que quand ce territoire qui m'a élue députée en 2017, que je n'ai jamais cessé de servir dans l'ensemble de mes fonctions, mettre l'Essonne au fond sur la table du Conseil des ministres c'est-à-dire porter ces sujets au plus haut niveau de l'Etat pour que les projets du territoire, les projets des élus, les projets des citoyens avancent. Donc évidemment pour moi, la conception de la politique que j'ai c'est que quand on vous confie un mandat, c'est un honneur de le servir, d'y aller à fond, de jouer son rôle. Evidemment on ne va pas être majoritaire au Conseil régional.

ORIANE MANCINI
Mais quelles sont vos ambitions, du coup, dans ce Conseil régional vu vos scores au second tour ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce sont les mêmes ambitions que celles qu'on a, vous voyez, au Parlement européen où vous avez un groupe Renaissance qui n'est pas majoritaire mais qui fait avancer les sujets, qui tient un discours de vérité, qui tient un discours d'ambitions. Moi je peux vous dire, on sera dans une opposition constructive. C'est-à-dire que quand madame PECRESSE proposera des choses utiles à la région, nous serons à ses côtés. Mais quand on tombera dans soit du clientélisme partisan, soit dans cette espèce de lutte absolument stérile qui consiste à dire que le programme des régions c'est de faire la guerre à l'Etat, nous combattrons ça parce que Etat et région sont partenaires. Ce n'est pas un scoop. Pour que ça fonctionne, nous devons travailler ensemble. La relance économique en est un bon exemple. Les enjeux effectivement de notre territoire doivent être portés de manière conjointe entre une politique nationale et, évidemment, les compétences de la région et c'est ce que nous porterons.

ORIANE MANCINI
Sur la sécurité par exemple, quand on dit ce matin dans Le Parisien qui avait été annoncé très rapidement le doublement des brigades régionales de sécurité, ça vous soutiendrez ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous regardons à quoi ça sert, nous regardons comment c'est organisé. Si c'est fait en coordination avec de l'ambition, avec du concret, on aurait tort de dire non. Si c'est fait pour expliquer que, comme ce qu'on avait entendu, grâce aux régions on a eu des masques, mais arrêtons ça ! Les régions ont des compétences dans les lycées, c'est très bien qu'elles fournissent des masques dans les lycées. Puis l'Etat a les compétences des hôpitaux, c'est très bien que l'Etat fournisse des masques dans les hôpitaux. Donc c'est aussi pour qu'on puisse avoir un discours de vérité, et puis c'est pour faire autre chose : c'est parce que la politique, vous voyez, je crois profondément qu'elle doit parler aux Français et à la France. Quand je vois à droite ou à gauche aujourd'hui la tribune des 200 pour HIDALGO, la tribune de 92 pour les LR, c'est ce qui m'a fait moi, je peux vous dire, quitter la droite en 2016. On a l'impression qu'on est retourné dans un monde où les politiques parlent à eux-mêmes et parlent d'eux-mêmes, ne parlent pas ni aux Français ni à la France. Et donc s'engager en politique pour moi, ce n'est pas de revivre le match de 2016 que les Français d'ailleurs en 2017 ont voulu, voyez, éjecter. De dire " on en a marre d'un système où les politiciens se parlent d'eux-mêmes et à eux-mêmes plutôt qu'aux Français des Français. " Le président de la République contrairement à Xavier BERTRAND et aux autres, il a un projet pour la France. Il n'a pas un projet qui change tous les matins de caractère relatif à " celui-là dit un peu plus, les sondages au fond et l'opportunisme, l'outrance va me permettre de me positionner. "

ORIANE MANCINI
Mais sauf que les Français, ils ont parlé au président de la République. Ils ont parlé à la majorité dimanche. Ils se sont largement abstenus parce qu'ils considèrent qu'il y a une rupture et qu'ils ne se sentent pas écoutés. Vos candidats de la majorité présidentielle, ils sont arrivés derniers dans quasiment toutes les régions au second tour et le président de la République dit : « moi, je ne tire pas de conséquences nationales de cette élection, c'est une élection locale » Est-ce que vous avez l'impression que vous l'entendez, vous, le message des Français ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce que j'ai entendu, c'est que les présidents sortants ont été réélus. Partout. Ça veut dire qu'il n'y avait pas de place à une alternative quelle qu'elle soit. Il n'y a pas de région qui ont basculé d'un côté à un autre et donc nous, on avait une nouvelle alternative à proposer : ça n'a pas plus intéressé que les alternatives existantes. Ça, on l'a bien vu. On a aussi vu qu'il y avait un sujet d'abstention. Qu'est-ce qui nourrit l'abstention ? C'est le petit jeu politicien que les Français ont voulu dégager d'une certaine manière en 2017, où les partis politiques parlent d'eux-mêmes, où les sénateurs écrivent des lettres pour expliquer qu'il faut s'adresser au système de départage. Où sont les projets ? Où sont les programmes ? Où est le cap ? Pourquoi Emmanuel MACRON au fond, il y a des gens qui disent " c'est étrange, il a une bonne popularité " ? Mais parce que depuis 2017, à quoi on s'est attaché ? A fixer un cap, à être clair, ça nous donne de la solidité et ça intéresse les Français de voir que nous constants. Ensuite il y aura des choix. Ils diront : est-ce qu'on continue ou est-ce qu'on change ? Mais vous voyez ce que l'on a vu, c'est que le désintérêt pour la politique, il est pour moi… Moi j'ai quitté, vous savez en 2016, juste après la primaire la droite. Je l'ai quittée parce que c'était une guerre fratricide. C'est un moment où les projets, je peux vous le dire, ont été faits pas pour les Français, ils ont été faits par rapport aux autres. Il fallait se mettre plus à droite, il fallait être plus à gauche, il fallait se recentrer. C'est du relativisme, les Français n'en veulent plus et je pense que quand vous voyez 200 élus qui appellent à quelque chose, 92 à autre chose et qu'on n'a toujours pas compris quel était le projet, cette politique-là elle détourne les Français.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous le rappeliez, vous venez de la droite. Vous avez été proche de Valérie PECRESSE. Il est probable qu'elle ce soit dans la course à la présidentielle ? Vous en penseriez quoi ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je vous le redis : si nous sommes capables en France d'avoir un débat politique qui parle du projet, qui parle de la France et qui parle des Français, alors ce sera un débat politique qui peut-être intéressera les Français à la politique. Si c'est pour savoir si on est plus au centre, plus progressiste, plus à droite, plus dur sur cible…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Mais sur madame PECRESSE en particulier ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais aujourd'hui, c'est la même chose. Je n'ai pas compris, j'ai l'impression qu'on est en train de se parler des calendriers, des positionnements. Je suis plus comme ci, je suis plus comme ça. Au fond à nouveau, les hommes politiques qui parlent d'eux-mêmes plutôt que de parler de la France, qui se parlent entre eux plutôt que de parler aux Français, je pense que ça désintéresse les Français à la politique et je peux vous dire que moi j'y ai tourné le dos et que j'en suis bien contente parce qu'un engagement au service de son pays, ça ne peut pas être un engagement au service de son parti. Voilà, je ne vais pas vous parler du futur de la République en Marche, ce n'est pas un sujet.

ORIANE MANCINI
Un mot peut-être sur le futur de La République en Marche, parce qu'au vu des résultats électoraux, quel est le futur de la République en Marche ? Est-ce que Stanislas GUERINI, il peut encore porter ce mouvement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais le futur de la République en Marche, c'est quoi ? C'est d'être un outil au service d'un projet politique et donc il n'y a pas…

ORIANE MANCINI
Est-ce que ce n'est pas d'être un mouvement au service d'Emmanuel MACRON ? Surtout quand on voit le résultat des élections intermédiaires.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est d'être au service d'un projet. C'est pour ça que je me suis engagée. Parce que c'était pour la première fois depuis bien longtemps qu'on a mis le pays, les Français, aujourd'hui la relance - typiquement la relance. Où sont les 100% d'hommes et de femmes politiques de droite ou de gauche, quelles que soient leurs étiquettes, qui disent aujourd'hui " ce qu'on doit faire réussir, c'est la relance. " On met derrière nous nos étiquettes, on met derrière nous nos combats partisans et, oui, on s'engage, et on s'engage avec l'Etat et on s'engage avec nos mandats. Qu'on soit dans l'opposition ou qu'on soit dans la majorité. Le fait majoritaire dans les régions, c'est quoi ? C'est de dire : il y a la majorité qui décide tout toute seule, il y a l'opposition qui est toujours contre, et puis il y a toute la paresse intellectuelle du milieu. Ça, c'est délétère ; ça crée de l'abstention.

ORIANE MANCINI
Et ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, merci Amélie de MONTCHALIN d'avoir été notre invitée ce matin.

AMELIE DE MONTCHALIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juillet 2021