Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à RMC le 2 juillet 2021, sur la tenue vestimentaire des collégiennes et lycéennes, le voile islamique, le féminisme et les violences contre les femmes.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes ministre déléguée en charge de la citoyenneté. Donc, désormais, les collégiennes et les lycéennes ne pourront plus s'habiller comme elles veulent ?

MARLENE SCHIAPPA
Ah bon !

APOLLINE DE MALHERBE
Tenue décente exigée ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est-à-dire ?

APOLLINE DE MALHERBE
Je vous lis tout simplement les propos d'Emmanuel MACRON dans le journal " Elle " aujourd'hui. " A l'école je suis plutôt tenue décente exigée, aussi bien pour les filles que pour les garçons, je ne suis pas un défenseur de l'uniforme, mais tout ce qui renvoie à une identité, une volonté de choquer ou d'exister, n'a pas sa place à l'école ", et il répond à une question sur les crop-tops, ce fameux tee-shirt très court.

MARLENE SCHIAPPA
Moi, si vous voulez, je déplore un peu le fait qu'on est en train d'organiser un forum mondial, qui est le plus grand forum pour l'égalité femmes-hommes depuis 26 ans, depuis la conférence de Beijing où Hillary CLINTON avait prononcé sa fameuse phrase " les droits des femmes sont des droits humains et les droits humains sont des droits des femmes. " Il y avait avant-hier au Carrousel du Louvre, à l'invitation d'Emmanuel MACRON, Hillary CLINTON, il y avait Phumzile MLAMBO-NGUKA qui est la patronne de UN Women, Charles MICHEL, on a eu un échange en visio avec Kamala HARRIS, avec Ursula VON DER LEYEN, Angela MERKEL…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais, c'est quoi le problème là, Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vous explique en fait dans cette interview, pourquoi le président de la République donne une interview à " Elle ", pour expliquer justement action pour l'égalité femmes-hommes…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, il y a des propos d'Emmanuel MACRON sur lesquels j'ai le droit de m'arrêter, mais d'autres où vous dites, c'est quoi, c'est dérisoire, ça ne vous plaît pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Vous avez tous les droits, c'est votre émission et la presse est libre, vous avez absolument tous les droits. Moi j'ai le droit aussi de vous répondre et de vous dire que, si vous voulez, je veux bien parler des crop-tops avec plaisir, en tant que mère d'une adolescente je vois très bien ce qu'est un crop-top, contrairement à Jean-Luc MELENCHON, mais moi ce que j'aimerais c'est qu'on puisse peut-être parfois aussi s'arrêter un petit peu sur le fond et en l'occurrence sur cet événement majeur organisé en France et à Paris.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais, ne vous inquiétez pas, il y aura de tout, mais il y a quand même cette question, qui en effet fait beaucoup réagir, vous l'avez entendu, Jean-Luc MELENCHON a réagi hier en disant carrément que c'était l'ayatollah Khomeiny qui voulait se mêler de la manière dont nos enfants s'habillent. Fondamentalement je vous repose cette question toute simple, est-ce que les collégiennes, les lycéennes, peuvent continuer à mettre des crop-tops à l'école ou est-ce que vous estimez que quand elles rentrent dans l'école, elles ne doivent pas être en crop-top ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais, c'est une réponse du président de la République à une question dans un magazine qui s'appelle « Elle », ce n'est une loi, donc le président de la République on lui pose une question, on lui dit " voilà, vous, quelle est votre ligne par rapport à ça ? ", et le président de la République, qui est le président de la République, répond que pour lui à l'école les garçons, comme les filles, doivent avoir une tenue décente, il ne mentionne pas d'ailleurs le crop-top, il répond simplement à la question.

APOLLINE DE MALHERBE
La question c'est il répond à une question sur le crop-top, donc, Marlène SCHIAPPA, c'est quand même très clairement sur le crop-top !

MARLENE SCHIAPPA
Il donne son avis, effectivement oui, le président répond à la question.

APOLLINE DE MALHERBE
Et quel est votre avis ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi j'ai déjà donné mon avis, moi, en tant que mère de collégienne, quand ma fille a participé à l'événement qui fait que tous les collégiennes et les lycéennes, et même certains garçons d'ailleurs, sont venus habillés avec des tenues excentriques, ou autres, pour… justement le droit des femmes à disposer de leur corps, moi j'ai soutenu ma fille et j'ai soutenu ce mouvement, maintenant le président de la République appelle à une tenue décente en cours et il précise, pour les filles et pour les garçons, et moi je crois que c'est ça qui est fondamental, parce que pourquoi ces jeunes ont décidé de lancer ce mouvement, c'est parce qu'il y avait une discrimination vis-à-vis des filles. Vous avez encore des établissements dans lesquels il y a un règlement qui dit que les filles ne doivent pas venir en short, par exemple, mais les garçons ont le droit de faire, que les filles ne doivent pas être en décolleté, mais il n'y a rien de précisé pour les garçons, comme si tous les garçons été affolés par le décolleté d'une jeune fille, mais qu'aucune fille ne réagissait jamais à une tenue sexy pour un jeune garçon, et donc comme le président répond que pour les filles, comme pour les garçons, pour lui il doit y avoir une égalité, sa réponse me convient très bien.

APOLLINE DE MALHERBE
Elle vous convient très bien, mais si j'ai bien compris vous restez, vous, sur cette ligne qui est que si les filles veulent rentrer en crop-top dans un lycée ou dans un collège rien ne les empêche et vous n'êtes pas du tout défavorable.

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais, moi je ne veux pas rentrer ici dans un clash avec le président de la République sur pour ou contre le crop-top, pardon d'insister là-dessus, j'ai compris que c'était un sujet important puisque depuis ce matin on en parle partout, mais moi j'aimerais défendre ce qu'on a fait ensemble, avec le président de la République, pendant maintenant 4 ans, avec quatre lois pour les droits des femmes, avec l'égalité femmes-hommes grande cause du quinquennat, ce n'était jamais arrivé avant, avec le Grenelle des violences conjugales, et maintenant avec cette diplomatie féministe portée par la France.

APOLLINE DE MALHERBE
Avec une question quand même, c'est que cette semaine, en effet, on parle à la fois du crop-top aujourd'hui et du voile hier, alors, est-ce sans transition, ou est-ce qu'au contraire il y a un lien, c'est-à-dire sur la question aussi du lien entre l'homme et la femme, la question de la soumission de la femme au regard de l'homme, vous, ce que vous prônez, et c'est bien ce que j'entends, en creux dans votre réponse, c'est que justement la jeune fille doit pouvoir s'habiller exactement comme elle veut et ce n'est pas à la jeune fille de se couvrir pour ménager le regard des hommes, et, cette semaine, débat sur le voile. Donc, sur la question du port du voile pour des jeunes femmes, ou pour des femmes, dans des bureaux de vote, vous avez, vous, au contraire, défendu le port du voile dans ces moments-là, en tout cas vous avez défendu cette femme dont tout était parti, qui était assesseure avec le voile. Comment est-ce que vous justifiez cette défense ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que la liberté c'est toujours la liberté des autres, c'est-à-dire, est-ce que moi je porte un voile ? Non. Est-ce que moi je porte un crop-top, est-ce que j'irai travailler au ministère de l'Intérieur avec un crop-top ? Non, il ne vaut mieux pas, ni pour moi, ni pour les autres, pour un certain nombre de raisons, mais ce que je veux dire par là c'est que je ne défends pas le voile. Moi, vous connaissez mes positions, je suis très attachée à la laïcité, à la lutte contre toutes les formes de séparatisme, contre toutes les formes de communautarisme, et donc moi j'ai une analyse très critique vis-à-vis du voile, néanmoins, est-ce que je pense qu'il faut interdire le voile ? Non, et ça, ça a toujours été ma position, et les gens qui pensent… j'ai vu les commentaires ici et là disant " elle a changé d'avis ", ça a toujours été ma position, loin des caricatures. Je pense qu'il ne faut pas caricaturer les positions des uns et des autres, dans un sens comme dans l'autre. Et moi je rendais hommage à cette assesseure, puisque, un député, Eric CIOTTI, a pris la parole dans l'hémicycle en faisant un lien avec le terrorisme et en disant " la prochaine fois qu'il y aura des assesseures voilées, eh bien vous ne vous plaindrez pas quand on ira assassiner, qu'il y aura un attentat terroriste ", enfin moi, depuis un an au ministère…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'était pas exactement comme ça, mais enfin il a dit…

MARLENE SCHIAPPA
Ah si, si, c'est exactement ce qu'il a dit.

APOLLINE DE MALHERBE
A propos de ces femmes voilées, il a dit…

MARLENE SCHIAPPA
Ah si, si, il a dit " rendez-vous au prochain attentat ", etc.

APOLLINE DE MALHERBE
" Nous nous donnons rendez-vous à la prochaine attaque terroriste. "

MARLENE SCHIAPPA
Donc il a fait très clairement un parallèle entre le fait qu'une dame dépouille des bulletins de vote avec un voile et les attentats terroristes. Moi je combats farouchement l'islamisme, je combats l'islam politique, je combats le terreau du terrorisme avec cette loi, que nous portons avec Gérald DARMANIN, sur la volonté, d'ailleurs du président de la République, mais néanmoins je ne crois pas profondément que le fait qu'une dame porte un voile quand elle dépouille les bulletins de vote ce soit un signe de terrorisme et que ce soit à mettre en parallèle avec le terrorisme.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que le voile est un signe, et c'était au fond le débat qui vous a animés à l'Assemblée, est-ce que le voile est un signe religieux ou est un signe politique ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça dépend du sens que lui donne la personne qui le porte. Il y a des femmes qui portent le voile par tradition, il y a des femmes qui portent le voile parce qu'elles sont religieuses, quand on parle du niqab ou de voile intégral, il y a des femmes qui le portent parce que c'est un signe, pour elles, de radicalisation justement, et puis il y a des gens qui lui donnent un sens politique. Moi, si vous voulez, on sort d'une élection où l'immense majorité des Français ne se sont pas déplacés, ne sont pas allés voter, on voit à quel point l'exercice de la citoyenneté est loin la vie quotidienne des Françaises et des Français qui nous ont dit leur désintérêt pour cette élection, et là vous avez une dame qui s'est levée tôt et qui est allée bénévolement pratiquer le dépouillement, moi j'ai été gênée pour cette dame qu'en fait elle devienne un sujet de polémique, d'invectives, et qu'elle se fasse malmener comme ça dans…

APOLLINE DE MALHERBE
Dans cette interview Emmanuel MACRON il s'oppose également à une forme de victimisation, où les problèmes seraient liés avant tout à la question du genre, à la question de la race, à la question de l'origine, il dit " les difficultés sociales ne sont pas uniquement structurées par le genre ou par la couleur de peau ", et il précise également " on s'était affranchi de cette approche et voilà qu'on la re-essentialise, les gens par la race, en se faisant on les assigne totalement à résidence », est-ce qu'il faut en faire un combat, tenter de lutter contre une forme de victimisation ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je pense que ce que dit le président, là, fait sens, dans le sens où ce serait… ce qu'il explique c'est un combat pour un féminisme universel, et le féminisme universel il entend lutter contre toutes les formes de relativisme culturel ou de particularités.

APOLLINE DE MALHERBE
Il dit « mon féminisme est un humanisme. »

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, et donc c'est un féministe qui protège les femmes, qui inclut les hommes, qui n'est pas dans une guerre quelle qu'elle soit, et puis qui protège toutes les femmes, c'est-à-dire que c'est aussi lutter contre les certificats de virginité, lutter aussi contre - on parlait du voile - contre le fait que certaines femmes soient voilées de force et en dehors de leur consentement, c'est lutter contre les mariages forcés, c'est lutter contre la polygamie, c'est tout ce que nous faisons dans la loi qui a été votée hier, en deuxième lecture à l'Assemblée nationale, pour conforter les principes républicains, c'est-à-dire dire qu'il n'y a pas un féminisme à deux vitesses, il n'y aurait pas d'un côté un féministe pour les femmes qui seraient des privilégiées, et puis de l'autre côté d'autres femmes pour lesquelles on dirait « mais elles, si elles sont excisées ou mariées de force ce n'est pas grave parce que c'est leurs coutumes », c'est vraiment assurer un socle de droit commun pour toutes les femmes.

APOLLINE DE MALHERBE
Marlène SCHIAPPA, vous êtes ministre déléguée en charge de la Citoyenneté, vous êtes particulièrement impliquée aussi sur les questions de violence des hommes contre les femmes, et des féminicides. Le rapport d'inspection, suite au féminicide d'Hayange est toujours attendu, Hayange c'est cette jeune femme qui avait été poignardée à mort par son compagnon, on en est où ?

MARLENE SCHIAPPA
On attend de le recevoir, les inspections sont mobilisées, on a déjà reçu, avec Eric DUPOND-MORETTI et Gérald DARMANIN, le rapport sur le féminicide de Mérignac, qui a mis à jour un certain nombre de dysfonctionnements, nous avons demandé un complément d'ailleurs du rapport, et là nous attendons le rapport d'Hayange, qui probablement va mettre à jour également des dysfonctionnements, et c'est ça qui va nous permettre d'agir. Moi ce matin je lance, avec ONU-Femmes monde justement, je lance un réseau mondial de forces de l'ordre contre les violences conjugales. Nous avons mobilisé une vingtaine de pays pour partager nos bonnes pratiques, dire ce que nous nous faisons en France, la saisie des armes, la grille d'évaluation du danger, la formation des policiers, et regarder aussi ce qui est fait dans d'autres pays et qui peut nous inspirer pour que les forces de l'ordre protègent encore mieux les femmes face aux violences conjugales.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça doit devient une question internationale désormais, la lutte pour l'égalité hommes-femmes ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr. Le président a fait de l'égalité femmes-hommes la grande cause de son quinquennat, et nous avions appelé, à l'ONU, dès 2018, à ce que ça devienne une grande cause mondiale, et je pense qu'aucun pays n'a atteint l'égalité entre les femmes et les hommes, et aucun pays ne pourra l'atteinte seul, c'est un travail qui se fait vraiment main dans la main, partenarial, et c'est pourquoi je me réjouissais qu'il y ait autant de chefs d'Etat qui se soient impliqués à l'invitation du président de la République.

APOLLINE DE MALHERBE
Marlène SCHIAPPA, ministre déléguée en charge de la Citoyenneté, merci d'être venue répondre à mes questions ce matin.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous. Avec plaisir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juillet 2021