Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à BFM TV le 8 juillet 2021, sur l'épidémie de Covid-19, la réforme des retraites, les inégalités et la fiscalité.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité, Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie et des finances. Bruno LE MAIRE, bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. L'épidémie de Covid regagne du terrain, crise sanitaire, Conseil de défense sanitaire lundi présidé par Emmanuel MACRON, le président de la République s'exprimera lundi soir. Vous confirmez ?

BRUNO LE MAIRE
C'est l'Elysée qui vous le confirmera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est ce que vous savez, j'imagine, j'imagine. Bien, est-ce que celles et ceux qui font le choix de ne pas se faire vacciner doivent avoir les mêmes libertés que les autres, j'avais envie de vous poser cette question. Je ne me fais pas vacciner, est-ce qu'à la rentrée, si la crise s'aggrave, je devrais avoir les mêmes libertés que ceux qui ont fait l'effort, l'effort, oui, qui sont allés se faire vacciner ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, je pensais vous dire : une matinale n'est pas un examen de philosophie, mais c'est une très bonne question, et je pense que la limite à ma liberté, c'est la liberté des autres, et je veux ici lancer un appel à la mobilisation générale pour lutter contre le risque de nouvelle vague, et pour nous vacciner tous, quand je regarde la situation du pays, elle est très simple, vous avez une excellente situation économique et une situation sanitaire qui est préoccupante, je ne voudrais pas que la situation sanitaire préoccupante fragilise une reprise économique qui est plus forte, beaucoup plus vigoureuse que ce que nous avions prévu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle croissance à la fin de l'année ?

BRUNO LE MAIRE
Nous continuons à tabler sur 5% parce que, par prudence, j'ai toujours indiqué qu'il y avait un seul obstacle sur un chiffre de croissance... les 6% qu'on nous promet, qui était le risque de pandémie, et au-delà des chiffres, Jean-Jacques BOURDIN, je ne veux pas vous parler de 5, de 6% de croissance, moi, je veux vous parler de ces restaurateurs qui ont fermé pendant 12 mois et qui viennent de reprendre, et je voudrais que tous ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, qui ne veulent pas prendre leurs responsabilités, se disent : mais, est-ce que je n'ai pas un copain qui vient de rouvrir son bar ou son restaurant, et qui compte faire sa saison dans de bonnes conditions, est-ce que je n'ai pas un ami ou une amie qui a repris son activité dans un magasin de vêtements et qui n'a pas envie qu'il y ait un nouveau couvre-feu, est-ce que je n'ai pas un certain nombre d'indépendants qui est enfin retrouvent un bon niveau d'activité, et qui pourraient être menacés parce que moi je n'aurais pas pris la responsabilité de me faire vacciner ; nous sommes des individus Jean-Jacques BOURDIN, on aspire tous à retrouver une vie normale, à se libérer de cette pandémie, et nous sommes aussi des citoyens, avec une responsabilité collective, qui est celle de garantir la sécurité sanitaire de tous et la force de notre reprise économique, je relance mon appel à la mobilisation collective pour nous vacciner et pour lutter contre la pandémie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, vous parlez des restaurants, des bars, on pourrait parler des théâtres, des cinémas, des musées, faut-il étendre le pass sanitaire et le rendre obligatoire, une vaccination obligatoire pour rentrer dans un tel établissement ?

BRUNO LE MAIRE
En tout cas, moi, je ne suis pas favorable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à cela ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas favorable à une vaccination obligatoire, je parle de conviction, de mobilisation générale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas favorable à une vaccination obligatoire générale, des plus de 12 ans ?

BRUNO LE MAIRE
Sauf pour les soignants, ceux qui sont en contact avec les personnes les plus fragiles, je ne suis pas favorable à une vaccination générale obligatoire, parce que je pense, vous avez parlé de liberté au début, que nous sommes une grande démocratie, qu'on peut passer par la persuasion, par la raison, par la responsabilité, c'est ce que nous faisons avec le président de la République et le Premier ministre depuis le début, il peut y avoir des professions qui ont des responsabilités, des devoirs particuliers, c'est les soignants, là, il me semble que la vaccination obligatoire est justifiée, mais pour le reste, j'en appelle une fois encore à la conviction et au sens des responsabilités de chacun, quant au pass sanitaire, oui, c'est un instrument qui est efficace, est-ce qu'il faut le rendre plus systématique, le rendre plus contraignant, c'est au ministre de la Santé, avec le Premier ministre, avec le président de la République, de prendre les bonnes décisions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais vous, vous seriez favorable à un pass sanitaire plus contraignant, franchement ?

BRUNO LE MAIRE
Ça ne peut être que des décisions, je vous le dis très franchement, que des décisions collectives, vous savez, je ne vais pas en parler un matin sur une matinale, je dis juste : situation sanitaire préoccupante, situation économique excellente, ne menaçons pas l'un par l'autre. Enfin, ce serait un gigantesque gâchis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc des mesures seront annoncées, des mesures fortes seront annoncées lundi ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous avons eu un conseil de défense hier, nous aurons un nouveau conseil de défense en début de semaine, et le président de la République, et lui seul, prendra les décisions nécessaires, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Décisions nécessaires fortes sont nécessaires, si je puis dire... ?

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr que des décisions fortes sont nécessaires, parce qu'on ne va pas menacer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et seront annoncées ?

BRUNO LE MAIRE
On ne va pas menacer l'avenir de notre nation pour les mois qui viennent parce qu'il y aurait des comportements individuels qui ne seraient pas responsables…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et seront annoncées lundi ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas à moi de dire ce qui va sortir d'un conseil de défense…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne vous demande pas quelles décisions seront prises…

BRUNO LE MAIRE
Je vous dis juste, qu'est-ce que plaide le ministre de l'Economie et des finances, il plaide la responsabilité collective et il plaide la protection des efforts de tous ceux qui se sont remis au travail, qui ont retrouvé leur niveau d'activité, il plaide pour les restaurateurs, il plaide pour les personnes qui ont des bars, pour les propriétaires d'hôtels, pour tous ceux qui vivent du tourisme, il plaide pour l'évènementiel, il plaide pour les gens de la culture qui ont rouvert leurs théâtres, leurs cinémas, il plaide pour tous ceux qui se disent enfin, après 14 mois d'épreuves, je retrouve la possibilité de vivre dignement de mon travail, et qui ont envie qu'on les protège, qu'on protège leur engagement et leur travail, eh bien, je trouve que cette demande de leur part est légitime, et que la responsabilité de l'Etat est de garantir que nous fassions droit à cette demande légitime de ceux qui travaillent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les tests PCR qui sont remboursés par la Sécurité sociale, le coût : 250 millions d'euros par mois. 250 millions d'euros par mois.

BRUNO LE MAIRE
Sans doute un peu plus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu plus même ?

BRUNO LE MAIRE
Un peu plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ?

BRUNO LE MAIRE
Environ 100 millions par semaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
100 millions par semaine, ça fait 400 millions d'euros par mois !

BRUNO LE MAIRE
Ça fait environ 5 milliards d'euros par an, je vous le confirme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
5 milliards d'euros par an. Est-ce qu'on peut continuer, Bruno LE MAIRE, est-ce qu'on a les moyens de continuer à rembourser indéfiniment ces tests PCR ?

BRUNO LE MAIRE
Mais plus nous aurons de vaccination, moins nous serons obligés d'avoir recours à ces tests. On a besoin en période de pandémie de tester…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais certains ont recours à des tests, pardon Bruno LE MAIRE, pour éviter la vaccination.

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est une des autres raisons qui m'appelle aussi à la responsabilité, je le fais comme ministre de l'Economie, je le fais aussi comme ministre des Finances, c'est-à-dire celui qui, chaque année, maintenant, doit débourser 5 milliards d'euros pour le remboursement des tests PCR, ou d'ailleurs de toutes les autres formes de tests. A partir du moment où vous vous vaccinez, eh bien, vous réduisez ce que j'appelle les tests de convenance, c'est-à-dire ceux qui avant d'aller à une fête, à une manifestation, prennent leur test, se le font rembourser. Donc je crois que ça plaide aussi pour que chacun aille se faire vacciner le plus vite possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ça plaide aussi pour qu'on ne rembourse plus ces tests ?

BRUNO LE MAIRE
Pour le moment, ce n'est pas du tout sur la table, tout simplement, parce que, lorsque l'épidémie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas sur la table pour le moment, mais est-ce que la question se posera ?

BRUNO LE MAIRE
La question ne se pose pas maintenant parce qu'à partir du moment où vous avez ce variant Delta qui se développe, il est nécessaire de tester, je dis simplement que plus de vaccinations veut dire moins de tests de convenance, et donc une économie pour les finances publiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous dites aussi ce matin, pas de vacances en Espagne et au Portugal ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne dis pas ça pas, parce que je ne suis ni ministre de la Santé, ni ministre des Affaires étrangères, j'essaie d'être un tout petit peu philosophe, puisque vous me l'avez demandé, mais je ne vais pas endosser des costumes qui ne sont pas les miens, c'est des responsabilités qui sont lourdes de se prononcer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, les discothèques…

BRUNO LE MAIRE
Donc je ne veux pas me prononcer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les discothèques rouvriront bien le 9 juillet, samedi, après-demain ?

BRUNO LE MAIRE
C'est ce qui est prévu, réouverture vendredi soir, je crois, après, nous verrons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ce n'est pas remis en question…

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas remis en question à l'heure où je vous parle, nous verrons ensuite quels sont les dispositifs, qui, là aussi, sont nécessaires, d'ailleurs, toutes ne rouvriront pas, il y a environ la moitié ou un peu plus qui vont rouvrir, parce que les dispositifs que nous avons prévus sont contraignants, donc efficaces.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fin du quoi qu'il en coûte, quoi qu'il arrive ?

BRUNO LE MAIRE
Non pas quoi qu'il arrive, enfin, nous avons été, là aussi, depuis le début de cette crise, depuis 14 mois, extrêmement clairs avec le monde économique, ce que nous avons mis sur la table aujourd'hui, c'est le retrait progressif des mesures d'aide, juin, juillet, août dégressivité notamment du fonds de solidarité, et rendez-vous fin août. Nous verrons fin août où nous en sommes, s'il y a une nouvelle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le quoi qu'il en coûte pourrait être poursuivi ?

BRUNO LE MAIRE
Le quoi qu'il en coûte aujourd'hui, il est prévu de l'arrêter, de diminuer les aides, si vous avez une nouvelle vague qui doit amener de nouveaux soutiens, nous répondrons présents Jean-Jacques BOURDIN, nous répondrons présents. Le quoi qu'il en coûte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les aides pourront être prolongées ?

BRUNO LE MAIRE
Le quoi qu'il en coûte, c'est le bouclier contre les conséquences sociales et économiques de la crise. Ce bouclier aujourd'hui, on peut le retirer parce que la pandémie se retirait, s'il y a une nouvelle vague pandémique, et donc, que nous sommes amenés, et nous n'en sommes pas là du tout, à de nouvelles mesures qui pourraient entraver l'activité économique, il est légitime que, à nouveau, on ressorte le bouclier de protection ; j'aimerais bien là aussi ne pas avoir à le faire, j'aimerais bien qu'on puisse se passer de ces dispositifs, parce qu'ils sont coûteux, ils sont pénalisants pour tous ceux qui travaillent, pour tous les indépendants, tous les commerçants, les restaurateurs, le monde du tourisme, de l'événementiel, de la culture, donc évitons d'avoir à ressortir ce bouclier qui est coûteux pour tous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous espérez que la réforme des retraites soit reprise avant la fin du quinquennat ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas là pour avoir des espoirs, je suis là pourquoi, d'abord, pour garantir la protection de l'économie, nous l'avons fait pendant 14 mois, nous avons bien protégé, et c'était la bonne stratégie, parce que ma deuxième responsabilité, c'est que l'économie redémarre, et qu'on relance, ça fait plus de 8 mois que nous avons engagé France Relance, le plan de relance français, eh bien, les résultats, ils sont là. Regardez les derniers chiffres de la BANQUE DE FRANCE, je dois vous dire que ça a été mon petit moment de bonheur de la journée hier de voir que, effectivement, la BANQUE DE FRANCE confirmait que nous allions retrouver plus rapidement que prévu notre niveau d'activité d'avant crise, donc nous avons fait le job sur la relance économique. Maintenant, il y a une troisième question qui se pose : quel niveau de vie pour les Français en sortie de crise, pour vous, pour moi, mais surtout, pour nos enfants, pour nos petits-enfants. Et ce niveau de vie, il va dépendre du volume global de travail de la France. Et ce volume global de travail de la France dépend de ce que nous décidons pour les retraites, on peut le décider maintenant, on peut le décider plus tard, ce sera, là aussi, au président de la République de l'apprécier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous souhaitez qu'on le décide avant la fin du quinquennat, franchement ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je souhaite, je vous le dis, là aussi avec beaucoup de franchise, je souhaite qu'on puisse avoir des orientations, que les Français puissent prendre conscience de ce que sont les défis qui sont derrière, on ne fait pas une réforme des retraites…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais des orientations, c'est une chose, mais là, il ne s'agit pas d'orientations, Bruno LE MAIRE…

BRUNO LE MAIRE
Mais les orientations, c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est : une réforme a été engagée, elle a été stoppée à cause de la pandémie, est-ce qu'elle sera reprise, moi, je suis toujours très clair... ?

BRUNO LE MAIRE
Jean-Jacques BOURDIN, je veux êtes toujours très franc avec vous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, soyez franc avec moi…

BRUNO LE MAIRE
Est-ce qu'on remet le débat dans la boîte, et puis, on referme la boîte, et puis, on met un cadenas, et puis, on ferme à double tour, en disant : ce sujet n'existe pas, ou, est-ce que, ce qu'on se dit : ce débat est très important, parce qu'il engage le niveau de vie que nous pouvons garantir à nos enfants, et je dirais même le pacte générationnel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on relance le débat ?

BRUNO LE MAIRE
Le pacte générationnel entre les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on relance le débat ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je suis favorable à ce que ce débat sur les retraites ne soit pas fermé, que cette question du pacte générationnel ne soit pas fermée, je souhaite qu'on ouvre cette question du niveau de vie que nous garantissons à nos enfants et à nos petits-enfants, je souhaite que nous ouvrions le débat sur l'activité des plus de 55 ans, qui est un vrai débat et qui dépend aussi de cette question de la réforme des retraites, et que nous le faisions sereinement, sans brutalité, on n'est pas là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Progressivement…

BRUNO LE MAIRE
On n'est pas là pour faire mal à qui que ce soit, mais notre responsabilité d'hommes et de femmes politiques, c'est de préparer l'avenir des Français. Ce n'est pas de faire de la politique de l'autruche, je mets ma tête sous le sable à 10 mètres de profondeur, et je fais comme si les problèmes n'existaient pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et retarder progressivement l'âge de départ à la retraite…

BRUNO LE MAIRE
Ouvrir, ouvrir un débat serein…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le débat là-dessus, sur l'âge de départ à la retraite, ouvrir le débat...

BRUNO LE MAIRE
En disant : voilà ce qui se passe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout le débat ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ouvrir le débat sereinement, sans brutalité et laisser au président de la République à qui cela appartient, seul, la liberté de décider.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et dites-moi à propos du président de la République, vous étiez à la réunion avec les syndicats et le patronat, c'est le président de la République qui décidera effectivement, mais, les syndicats ont tous dit n'avoir pas compris quelle était la position d'Emmanuel MACRON, vous, vous avez compris, vous, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense comprendre la position du président de la République, parce que je travaille avec lui. Et donc nous avons des échanges réguliers…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, quelle est sa position. Alors, Bruno LE MAIRE, quelle est sa position ?

BRUNO LE MAIRE
Il la donnera le jour où il voudra la donner, dans la forme où il voudra la donner, et je pense surtout qu'il la donnera aux Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, vous, vous avez compris.

BRUNO LE MAIRE
J'ai parfaitement, je crois, compris la position du président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lundi soir, probablement. Vous l'avez compris…

BRUNO LE MAIRE
Mais il est président de la République, il est le seul à avoir été élu par tous les Français, et il expliquera aux Français quelle est sa position et quels sont ses choix. Je reviens juste une seconde sur la rencontre qu'on a eue avec les organisations syndicales, parce que c'est typiquement ce qu'il faut faire, on était peu nombreux, nous avons bien discuté, nous avons beaucoup écouté, et moi, c'est ce que je veux pour mon pays, c'est ce que je veux pour la France, qu'on sorte de la violence verbale systématique, et qu'on soit capable d'échanger, de discuter et de nous écouter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
1 Français sur 8 a besoin d'aide alimentaire pour vivre, et pendant ce temps-là, pendant la crise, le nombre de milliardaires en France a fortement augmenté, 95 milliardaires avant la crise sanitaire, 109 après, les inégalités se creusent Bruno LE MAIRE, dans ce pays. Alors que faire, qu'allez-vous faire ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je dis que les inégalités ne se creusent pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là, dans tous les cas…

BRUNO LE MAIRE
Non, Jean-Jacques BOURDIN, les inégalités, pardon, on peut prendre ces chiffres qui sont spectaculaires. Et là aussi, pour la sérénité du débat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ils sont réels, ils sont réels, pas spectaculaires, Bruno LE MAIRE

BRUNO LE MAIRE
La France arrive parmi tous les pays développés, à mieux maîtriser les inégalités que les autres pays développés, parce qu'elle a un système de redistribution qui est très élevé, et quand vous prenez les impôts, qu'est-ce que l'on constate, nous avons le niveau d'impôt le plus élevé de tous les pays développés, le plus élevé, quand vous prenez la position marginale, c'est-à-dire celle qui touche les plus hauts revenus, elle est 10 points plus élevée que la moyenne des pays développés, et c'est un des taux les plus élevés, vous avez 10 % des Français qui payent 70 % de l'imposition sur le revenu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez quelques Français beaucoup plus riches que les 10 % des Français…

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, mais ils sont aussi, et nous avons créé en 2011 avec Nicolas SARKOZY une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, c'est-à-dire, une fois que vous avez payé vos impôts, vous avez payé cette tranche marginale qui est la plus élevée parmi les pays de l'OCDE, une des plus élevées, vous avez en plus une contribution exceptionnelle qui me paraît parfaitement justifiée, je rappelle qu'elle devait être transitoire, mais que finalement, elle est devenue définitive, en matière d'imposition en France, on aime bien le provisoire qui dure, qu'est ce que je veux dire par-là, c'est que ces Français sur 8 qui ne mangent pas à leur faim, bien sûr qu'il faut leur apporter une réponse, bien sûr qu'il faut lutter contre les inégalités, mais penser que c'est en taxant les plus riches encore davantage, encore plus que ce que nous faisons, que nous apporterons une solution, je ne pense pas que ce soit la bonne solution. Il me semble que la bonne solution, c'est de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas d'impôt exceptionnel, de taxe exceptionnelle sur les très, très hauts revenus…

BRUNO LE MAIRE
Mais il n'y en aura pas, Jean-Jacques BOURDIN, pour deux raisons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y en aura pas, pas de fiscalité, pas de nouvelle fiscalité, rien ?

BRUNO LE MAIRE
Il n'y en aura pas pour deux raisons, la première, c'est qu'il existe déjà une taxe exceptionnelle sur les hauts revenus, elle devait être provisoire, elle est devenue durable. Et il y a une deuxième raison, c'est que si on va augmenter les impôts, c'est au niveau international qu'il faut chercher des solutions, et c'est ce pourquoi je me bats depuis 4 ans, avec 3 projets, qui vont devenir des réalités, c'est 4 ans de combats qui aboutissent, de combats que nous avons menés avec le président de la République, le premier : taxer les géants du digital, nous l'avons fait au niveau national, nous allons arriver à le faire au niveau de l'OCDE, je l'espère, au G20..

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour chaque pays ?

BRUNO LE MAIRE
Pour chaque pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Taxer les bénéfices des géants du numérique ?

BRUNO LE MAIRE
Avoir enfin les activités des géants du numérique qui utilisent les consommateurs français, et tant mieux, taxés à leur juste niveau. Deuxième solution sur laquelle nous pouvons aboutir en fin de semaine, à Venise, au G20 italien...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous partez ce soir à Venise…

BRUNO LE MAIRE
Oui, je pars ce soir, c'est taxer les plus grandes compagnies qui aujourd'hui font de l'optimisation fiscale, ils se disent : tiens, je vais faire des affaires en France, mais je vais délocaliser mes profits en Irlande ou ailleurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des pays qui ne veulent pas…

BRUNO LE MAIRE
Parce que je paierai moins d'impôt sur le revenu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, l'Irlande, la Hongrie, l'Estonie n'en veulent pas dans l'Union européenne !

BRUNO LE MAIRE
Je suis convaincu que la raison l'emportera, et si ce n'est pas la raison, c'est la pression des Etats-Unis, de la Chine, de tous les autres pays européens, j'ai peu de doute qu'au bout du compte, ces Etats se rallieront au consensus international. Et enfin, la troisième forme de taxation qui là aussi nous permet d'avoir des vraies recettes qui sont légitimes plutôt que, une fois encore, accabler les Français d'impôts supplémentaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On n'accable pas quelqu'un qui gagne ou qui a une fortune de 20 milliards ou 40 milliards d'euros…

BRUNO LE MAIRE
Non, mais on a accablé les classes moyennes d'impôts, y compris des gens qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ah, les classes moyennes, oui…

BRUNO LE MAIRE
Y compris des gens qui gagnaient peu, Jean-Jacques BOURDIN, parce que c'est toujours de la même façon dont ça commence, on commence à surtaxer les personnes les plus riches qui peuvent le payer, et on se dit : ça ne rapporte pas beaucoup, donc on va vers les classes moyennes supérieures, puis, les classes moyennes, puis, des gens qui ont des niveaux de revenus qui sont assez modestes, je refuse cette facilité de l'augmentation systématique des impôts, et je préfère des solutions beaucoup plus difficiles à construire, taxation des géants du digital, taxation minimale pour les grandes compagnies, et puis, taxation de la pollution, un des grands combats que nous allons mener avec le président de la République, dans quelques semaines, quelques mois, lorsque la France aura la présidence de l'Union européenne, c'est la mise en place d'une taxe carbone aux frontières, pour que quand on a importé de l'acier, du ciment, qui a été réalisé avec beaucoup de CO2, il soit taxé à l'entrée de nos frontières…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ça pourrait rapporter ?

BRUNO LE MAIRE
Les solutions d'impositions internationales sont plus justes et plus efficaces que l'augmentation des impôts des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça pourrait rapporter combien cette taxe ?

BRUNO LE MAIRE
Ça peut rapporter plusieurs milliards d'euros, on n'a pas les chiffres exacts, parce qu'on n'a pas encore le périmètre exact…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, alors, moi, j'ai une autre idée de taxe dont on a beaucoup parlé…

BRUNO LE MAIRE
Allez-y, mais ça, les Français ont toujours des idées de taxes absolument, l'imagination fiscale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, non, je vous rejoins, c'est une taxe européenne…

BRUNO LE MAIRE
L'imagination fiscale en France n'a pas de limites…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La taxe numérique européenne, et la taxe numérique européenne ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, c'est ce qu'on appelle dans un très bon français, la digital levy, c'est l'idée que toutes les activités de vente en ligne puissent faire l'objet d'une taxation, je sais que ça suscite une très forte irritation aux Etats-Unis, mais ça fait partie des ressources propres qui vont pouvoir renforcer les ressources de l'Union européenne pour financer la transition écologique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est quand ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il faut regarder cette solution.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous allons le faire lors de la prochaine réunion des ministres des Finances, je suis en fin de semaine à Venise, comme ça, vous saurez tout mon agenda, lundi, à Bruxelles, et lundi, nous allons accueillir la secrétaire américaine au Trésor, la ministre des Finances américaine, Janet YELLEN, et nous allons discuter de ce sujet avec elle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, pour lui faire comprendre qu'il faut absolument que l'Europe va taxer le numérique…

BRUNO LE MAIRE
Mais pourquoi, pourquoi, Jean-Jacques BOURDIN ? Ce n'est pas taxer pour taxer, vous avez bien compris que je suis opposé à toute augmentation d'impôts en France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais vous êtes opposé, mais parfois, c'est…

BRUNO LE MAIRE
C'est simplement que nous avons devant nous une transition écologique dont les coûts sont vertigineux, quand il faut décarboner des industries, accélérer la transition technologique en matière d'industrie automobile, mettre en place un avion qui va fonctionner à l'hydrogène ou qui va émettre moins de CO2, les coûts sont vertigineux, il faut bien des recettes en face, mais comme je ne veux pas augmenter les impôts des Français, il faut mettre en place des recettes internationales et taxer notamment la pollution.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question politique, tiens, votre ancien parti, vous voyez ce qui se passe aux LR, est-ce qu'une primaire, c'est un piège pour désigner un candidat ?

BRUNO LE MAIRE
Nous avons eu jusqu'à présent, Jean-Jacques BOURDIN, entre la philosophie et les sujets que nous avons traités, une discussion passionnante, je m'en voudrais beaucoup qu'à la fin de notre interview, la discussion retombe comme un soufflé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, pourquoi ? Parce qu'une primaire, ça retombe comme un soufflé…

BRUNO LE MAIRE
Moi, ce qui me passionne, c'est les sujets qu'on vient de traiter, plus que la politique politicienne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Bruno LE MAIRE…

BRUNO LE MAIRE
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2021