Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à RTL le 8 juillet 2021, notamment sur la pollution générée par les mégots de cigarettes et le projet de loi Climat et Résilience.

Texte intégral

BENJAMIN SPORTOUCH
Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

BENJAMIN SPORTOUCH
Merci d'être avec nous ce matin sur RTL. Alors, avant d'en venir à la loi climat, vous engagez aujourd'hui, Barbara POMPILI, une croisade contre les mégots de cigarette, vous voulez faire payer les fabricants de cigarettes pour financer leur ramassage et leur recyclage, combien ça va leur coûter, et à partir de quand vont-ils payer ?

BARBARA POMPILI
Ça veut leur coûter 80 millions d'euros, et ça va arriver dès que la filière est mise en place. Il faut bien se rendre compte qu'en France, on jette dans la nature 23 milliards de mégots tous les ans, c'est énorme, ça pollue l'eau, on sait maintenant qu'un mégot pollue à peu près 500 litres d'eau par an, par mégot, et donc on a fait le calcul comme ça, juste un coin de table pour voir, et ça nous fait l'équivalent de trois millions de piscines olympiques qui sont polluées à cause des mégots. La pollution, c'est quoi, c'est du plomb, c'est de l'arsenic, c'est du cyanure, c'est de l'uranium, bref, des cochonneries. Et aujourd'hui, qui paie pour ramasser ça ? Ce sont nos collectivités, ce sont nos impôts. Et donc, ce qu'on va mettre en place, là, tout simplement, c'est une filière pollueur/payeur, ça veut dire quoi, ça veut dire que les fabricants – vous l'avez dit – vont devoir mettre en place un organisme qui va collecter de l'argent auprès d'eux pour le redistribuer, pour financer justement le ramassage, pour financer des distributions de cendriers ou des opérations de communication.

BENJAMIN SPORTOUCH
Sauf qu'au final, ça va se répercuter sur le prix du tabac.

BARBARA POMPILI
Non, ça ne va pas se répercuter sur le prix du tabac…

BENJAMIN SPORTOUCH
Vous êtes sûre de ça ? Vous leur dites aux cigarettiers de ne pas le faire ?

BARBARA POMPILI
On est sur 80 millions d'euros, on est sur des sommes qui sont des sommes que les cigarettiers peuvent très, très bien absorber, et puis, tout simplement, je trouve quand même normal que ce soit les producteurs qui paient les déchets qu'ils produisent plutôt que nos impôts, parce que ce sont toujours nos impôts qui paient, eh bien, tout simplement les gens qui doivent s'occuper de ramasser les mégots, les agents municipaux, etc.

BENJAMIN SPORTOUCH
Ils vous ont dit oui ? Ils vous ont dit oui ces cigarettiers ? Vous leur avez...

BARBARA POMPILI
Ah oui, c'est en cours, et en fait, pourquoi j'en parle aujourd'hui, parce que l'organisme qui va s'occuper de ça est présenté aujourd'hui, ce matin, devant les associations, devant les entreprises et devant les élus. Donc c'est en cours et ça va être mis en place, comme c'est mis en place d'ailleurs sur les emballages, par exemple, on a une filière, on a une filière qui est en train de se mettre en place sur les jouets. Bref, ce n'est pas les seuls les mégots…

BENJAMIN SPORTOUCH
Est-ce qu'il faut aller plus loin, dans une commune du Bas-Rhin, à Obernai, on a fait un reportage sur RTL, la semaine dernière, c'est désormais 1 000 euros pour un jet de mégot par terre, vous êtes favorable à ce genre de sanction, Barbara POMPILI ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, France entière, on est plutôt sur 135 euros, donc ce qui est…

BENJAMIN SPORTOUCH
Est-ce qu'il faut augmenter ?

BARBARA POMPILI
Moi, 1 000 euros, ça me paraît beaucoup, mais en même temps, quand on voit la pollution que ça génère, franchement, je trouve qu'il faut que tout le monde aussi fasse un peu appel à son esprit de responsabilité, on arrête de jeter les mégots par terre. Et puis, je vous rappelle qu'en plus, on est en période estivale, je redonne l'information, un mégot, ça peut générer des incendies très graves. Donc ne jetez pas vos mégots dans la nature…

BENJAMIN SPORTOUCH
Mais 135 euros, ça ne vous paraît pas forcément dissuasif ?

BARBARA POMPILI
Ça a été augmenté, avant, on était aux alentours de 60 euros, on est passé à 135 euros grâce à la loi qui est passée l'année dernière sur l'économie circulaire, c'est déjà une bonne base, mais encore une fois, l'important aussi, c'est que les professionnels, ceux qui mettent les cigarettes sur le marché, soient responsabilisés et paient.

BENJAMIN SPORTOUCH
C'est dit. On verra si le prix du tabac n'est pas impacté. Venons-en au dur, Barbara POMPILI, canicule extrême aux États-Unis dôme de chaleur au Canada et plus près de nous, des températures très élevées qui s'annoncent sur l'Espagne, et peut-être à terme chez nous, nous dit Météo-France, et nous, eh bien, en France, on se chamaille pour réviser la Constitution avec un référendum qui est définitivement abandonné ; est-ce qu'on n'est pas un peu à côté de la plaque ?

BARBARA POMPILI
Mais non, on fait les deux, en fait, le référendum, moi, je trouve que c'est assez grave, et on verra la responsabilité devant l'histoire qu'auront les sénateurs Les Républicains d'avoir fait ça, c'est-à-dire d'avoir empêché qu'on mette dans notre texte protecteur, dans notre texte fondamental, la protection du climat et de la biodiversité, ils n'ont pas voulu le faire, dont acte, je pense que ce sera fait plus tard. Mais ce ne sera pas grâce à eux…

BENJAMIN SPORTOUCH
C'est-à-dire, ils vont devoir rendre des comptes, ce sont des climato-sceptiques les sénateurs de droite, c'est ça ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, oui, clairement, clairement, en tout cas, des climato-inactifs pour le moins, des climato-irresponsables, ça, c'est sûr. Donc, ce que je peux vous dire, c'est que ça, quelque part, c'est une occasion manquée, mais ça n'empêche pas que nous, on continue de travailler au quotidien sur le terrain pour faire avancer les choses sur l'écologie…

BENJAMIN SPORTOUCH
Enfin, sauf que, Barbara POMPILI, très franchement, si ce référendum avait été si important, pourquoi Emmanuel MACRON n'est pas monté au créneau, on ne l'a pas beaucoup entendu pour défendre ce référendum auquel il tenait tant, enfin, moi, je ne l'ai pas vu sur les plateaux, à RTL, on aurait été ravi qu'il vienne défendre ce référendum. Donc quelque part, c'est un peu un jeu de dupes…

BARBARA POMPILI
Attendez, il l'a défendu, il a repris ce que voulait la Convention citoyenne pour le climat…

BENJAMIN SPORTOUCH
Très mollement…

BARBARA POMPILI
Il l'a porté, il l'a emmené devant les parlementaires, les parlementaires s'en sont saisis, je rappelle que l'Assemblée nationale a voté pour les termes qu'il avait prévus, que l'Assemblée nationale, que les députés de la majorité ont fait cet effort d'essayer d'aller vers les sénateurs en changeant un petit peu la manière dont c'était rédigé pour essayer de trouver un compromis, les sénateurs n'ont rien voulu entendre. Bref…

BENJAMIN SPORTOUCH
Donc c'est la faute des sénateurs. Bon, ça fait un peu chamaillerie tout ça, est-ce que vous pensez-vous vraiment que les jeunes qui nous écoutent, qui ne sont pas allés voter, qui sont concernés par le climat, ils vont vraiment être sensibles à ces arguments-là ?

BARBARA POMPILI
Ça ne fait pas chamaillerie, mais je suis d'accord avec vous que c'est un peu écœurant de voir que, à cause de ce genre d'attitude, on donne une image du monde politique qui est une image déplorable. A côté de ça, à côté de ça, on continue à avancer, parce qu'on n'a pas de temps à perdre non plus dans la lutte contre le changement climatique, sur la perte de la biodiversité. Moi, je suis en train de faire…

BENJAMIN SPORTOUCH
Et vous avez votre loi climat, et il y a votre loi climat, donc qui a été complètement modifiée et remaniée largement par le Sénat, donc ça va revenir…

BARBARA POMPILI
Oui, en moins bien, comme prévu…

BENJAMIN SPORTOUCH
En moins bien, donc vous allez tout remettre, et c'est au mois de septembre qu'elle passera à l'Assemblée nationale, ça, c'est sûr, ou vous n'êtes même pas sûre qu'elle va être votée déjà à la fin du quinquennat ?

BARBARA POMPILI
Mais bien sûr que si, là, on a une étape aujourd'hui qui s'appelle la commission mixte paritaire…

BENJAMIN SPORTOUCH
La commission mixte paritaire, bon, pour se mettre d'accord, en gros…

BARBARA POMPILI
On va voir si tout le monde arrive à se mettre d'accord sur une version. S'ils se mettent d'accord, c'est fini, s'ils ne se mettent pas d'accord, on termine au mois de septembre, mais sur une loi qui va vraiment changer la vie quotidienne des Français…

BENJAMIN SPORTOUCH
Mais vous êtes sûre, Barbara POMPILI, franchement, il y a une mesure, c'est la baisse de la taxe sur les billets de train, la TVA sur les billets de train, passer de 10 à 5%, mais ça aurait incité les gens à prendre le train si le prix des billets diminuait, eh bien, non, ça ne sera pas dans la loi…

BARBARA POMPILI
Non, mais ça…

BENJAMIN SPORTOUCH
Alors que les sénateurs le souhaitaient par exemple, voyez, on se dit : eh bien, voilà quelque chose…

BARBARA POMPILI
Non, mais voilà, typiquement, voilà, c'est le genre de mesures qui sont symboliquement jolies, moi, ce que je veux, c'est que le prix du billet de train baisse vraiment pour les consommateurs, pour ceux qui achètent leur billet.

BENJAMIN SPORTOUCH
Eh bien, pourquoi ce n'est pas le cas ? Pourquoi c'est aussi cher toujours ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, souvenez-vous de ce qui s'est passé pour les restaurateurs, quand on a baissé à 5,5 le taux de TVA dans la restauration, ça n'a pas eu d'incidence sur les prix des plats ou quasiment pas, donc…

BENJAMIN SPORTOUCH
Ah, mais enfin, écoutez, pardon, Barbara POMPILI, la SNCF, c'est quand même national, c'est-à-dire que c'est une société nationale, si on décide de baisser la TVA, les prix baisseront, et c'est la responsabilité du gouvernement.

BARBARA POMPILI
Alors, je peux vous dire que nous, ce qu'on a voulu faire, c'est que plutôt qu'avoir quelque chose d'incertain, dont on n'était pas sûr des retombées, eh bien, on a travaillé avec la SNCF, notamment en les aidant aussi dans leur reconstruction avec le plan de relance, pour qu'ils baissent leurs prix, et c'est ce qu'ils ont fait depuis le 1er juin. Allez voir et demandez aux clients de la SNCF, il y a eu une baisse des prix, et là, je peux vous dire que c'est des baisses des prix qui sont visibles pour les consommateurs, parce que c'est ça qui m'intéresse, moi, les mesures…

BENJAMIN SPORTOUCH
Enfin, je ne suis pas sûr que ça soit si visible que ça, enfin, vous êtes peut-être…

BARBARA POMPILI
Vous savez, ça fait vingt ans que je fais de l'écologie, les mesures dont on parle beaucoup et qui n'ont pas d'influence sur la vie réelle des gens, ce n'est pas ça qui m'intéresse, moi, ce que je veux, c'est que les gens profitent de la transition écologique, qui est une chance pour nous si c'est bien fait.

BENJAMIN SPORTOUCH
Alors, la vie réelle des gens, c'est bien bientôt l'interdiction, c'est ce que vous souhaitez en tout cas, des véhicules diesel dans des zones à faible émission, ça devrait être élargi aux agglomérations de plus de 150 000 habitants si votre loi est votée, Xavier BERTRAND dit que s'il est élu président, eh bien, il abrogera tout simplement cette décision, parce qu'il dit que ça va créer des citoyens de seconde zone, et que ça pourrait créer une nouvelle révolte du type des gilets jaunes ; vous n'entendez pas cet argument quand même, 12 millions de véhicules diesel, alors qu'on a incité les gens, il n'y a pas si longtemps que ça, à changer leur véhicule...

BARBARA POMPILI
Non, mais pardon, mais Xavier BERTRAND dit n'importe quoi, j'en ai marre qu'on fasse de la récupération politicienne, là, ce dont je vous parle, c'est 40 000 morts par an, 40 000 morts par an à cause de la pollution de l'air, donc moi, je veux bien qu'on considère que ça ne vaut pas le coup d'essayer de résoudre le problème, c'est la troisième cause de mortalité évitable, donc pour faire face à ça, la solution, parce qu'on parle de quoi, là, on parle des pots d'échappement sur les poussettes, on parle de gens qui ne respirent plus bien à cause de la circulation, eh bien, on va réduire la circulation polluante dans ces secteurs. Mais ce que ne dit pas Xavier BERTRAND, parce qu'il n'a pas lu la loi, parce qu'à un moment, il faut aussi se renseigner, c'est que, ce qu'on met en place, on le met en place rapidement pour les quelques endroits où on a des dépassements de pollution de l'air très réguliers, qui font qu'on a des contentieux européens, mais pour le reste, ça va être mis en place très progressivement, en fait, ce qui correspond à peu près au taux de remplacement habituel des voitures, et pour cela…

BENJAMIN SPORTOUCH
Mais enfin, sauf, Barbara POMPILI, le Haut Conseil pour le climat vous dit…

BARBARA POMPILI
Pour cela, on aide les gens qui vont pouvoir avoir, pour acheter une voiture d'occasion, par exemple, ils vont pouvoir avoir jusqu'à 6 000 euros d'aide pour acheter une voiture d'occasion, une petite voiture qui est électrique ou thermique, qui vont pouvoir les aider à avoir de la mobilité, on met le paquet sur les transports en commun, on met le paquet sur l'accompagnement, ce que je ne veux pas qu'on laisse croire, c'est qu'on laisserait quelqu'un sur le côté, personne ne sera laissé sur le côté…

BENJAMIN SPORTOUCH
Alors, c'est dit. Alors, est-ce que vous souhaitez, il va y avoir un remaniement nous dit-on, vous allez rester à votre poste, vous le souhaitez, pour continuer à mener cette loi climat, Barbara POMPILI ?

BARBARA POMPILI
Oui, alors, les histoires de remaniement, on en parle très souvent, ça fait partie…

BENJAMIN SPORTOUCH
Est-ce que vous, vous souhaitez rester à votre poste ?

BARBARA POMPILI
Moi, ce que je veux, c'est continuer ma loi et faire en sorte surtout qu'elle s'applique pour que les gens puissent vivre mieux grâce à la transition écologique.

BENJAMIN SPORTOUCH
Pour ou contre la vaccination obligatoire pour tout le monde ? Pour ou contre…

BARBARA POMPILI
Moi, je pense que c'est important, c'est important que tout le monde soit vacciné, et on va voir, on a des consultations en ce moment pour voir si…

BENJAMIN SPORTOUCH
D'accord, et pour ou contre la réforme des retraites, Barbara POMPILI ?

BARBARA POMPILI
Ah, je suis pour une grande réforme des retraites, oui.

BENJAMIN SPORTOUCH
D'ici 2022, d'ici la présidentielle ?

BARBARA POMPILI
La réforme qu'on avait prévue et qu'on avait annoncée en 2017.

BENJAMIN SPORTOUCH
D'ici 2022, d'ici à la présidentielle ?

BARBARA POMPILI
Ouh, là, je ne sais pas si on aura le temps de faire ça d'ici 2022, ça, on verra, ça fait partie des débats
BENJAMIN SPORTOUCH

Merci beaucoup Barbara POMPILI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2021