Texte intégral
AMELIE PERRIER
C'est une bonne nouvelle qu'il faut savourer dans une période où le spectre de la pandémie redevient inquiétant : les chiffres de la consommation. L'INSEE les a publiés il y a moins d'une heure et qui est mieux placé que vous pour un premier commentaire ? Bonjour Bruno LE MAIRE.
BRUNO LE MAIRE
Bonjour Amélie PERRIER.
AMELIE PERRIER
Ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance. Alors ces chiffres, les Français consomment de nouveau, plus 0,9% au deuxième trimestre, et la croissance également repart, plus 0,9%. C'est plus qu'attendu ?
BRUNO LE MAIRE
C'est plus qu'attendu puisque l'INSEE avait anticipé plus 0,7, donc c'est une performance exceptionnelle de l'économie française et je veux saluer cette performance exceptionnelle de l'économie française. C'est un motif de fierté pour les Français. Elle a été accomplie alors même que sur ces trois mois du deuxième trimestre, il y avait un mois de confinement, le mois d'avril, donc c'est dire à quel point la performance mérite d'être saluée.
AMELIE PERRIER
C'est la consommation qui repart vraiment beaucoup au mois de mai ?
BRUNO LE MAIRE
Mais c'est tout qui repart. C'est la consommation, c'est l'investissement, c'est le moral des entrepreneurs donc ça va nous permettre d'atteindre les 6% de croissance que nous nous sommes fixés pour 2021 et ça doit nous permettre de retrouver le niveau d'activité d'avant-crise au début 2022. Mais je crois surtout que ça valide les choix économiques qui ont été faits par le Gouvernement et par le président de la République depuis le premier jour de la crise. Protéger les entreprises, protéger les salariés, éviter les vagues de licenciements, éviter les dizaines de milliers de faillites pendant la crise économique, c'est ce qui nous permet aujourd'hui de rebondir fort. Et anticiper le plan de relance comme nous l'avons fait en commençant à décaisser le plan de relance très tôt, à la fin de l'année 2020, avant même que la pandémie soit derrière nous, c'est ce qui nous permet d'avoir ces résultats exceptionnels aujourd'hui. Donc je tiens évidemment à remercier les Français et à dire que nous sommes maintenant sur la bonne voie pour sortir plus forts de cette crise économique.
AMELIE PERRIER
Donc vous revoyez les prévisions de croissance à la hausse. L'INSEE table sur 6%. Jusqu'à présent le Gouvernement était à 5%, assez prudent. Là vous dites : maintenant ce sera 6% cette année en 2021 ?
BRUNO LE MAIRE
Ça confirme que nous pouvons atteindre les 6% en 2021. Nous avons, pour rentrer un tout petit peu dans la technique, 4,8% d'acquis de croissance pour l'année 2021 - c'est plus que ce que nous avions anticipé - grâce à ce rebond très fort du deuxième trimestre.
AMELIE PERRIER
Les Américains ont publié leurs chiffres hier. Ils ont rattrapé le temps perdu pendant la pandémie. La France, elle, a encore quelques points de retard par rapport à avant la pandémie.
BRUNO LE MAIRE
Elle a encore quelques points de retard mais, je le dis, on va plus vite que prévu. Nous allons plus vite que prévu et ça va nous permettre d'engager maintenant très rapidement le troisième temps de notre stratégie économique, celle que nous avons définie avec le président de la République depuis maintenant plusieurs mois. Le premier temps, je le redis, c'était la protection totale des salariés et des entreprises. Ç'a été un succès, ça nous permet de garder nos capacités de production et de rebondir fort aujourd'hui. Le deuxième temps, nous l'avons engagé à la rentrée 2020, ç'a été la relance. Et je rappelle que nous avons déjà engagé quarante milliards d'euros sur les cent milliards de la relance et je pense que d'ici la fin de l'année, nous aurons engagé 70% du plan de relance. C'est dire que ça décaisse vite et que ça permet de profiter aux Français. Les Français en profitent tous les jours, que ce soit sur MaPrimeRénov, sur le changement de leur véhicule. C'est quelque chose qui bénéficie directement aux Français et qui permet de réindustrialiser notre pays. Et le troisième temps, c'est celui de l'investissement, celui qui doit préparer la France pour 2030 et qui doit permettre de mettre fin à trente années de délocalisation industrielle, de fermeture d'usines pour retrouver notre indépendance industrielle.
AMELIE PERRIER
On va reparler de l'investissement mais je voudrais quand même revenir sur ces chiffres de la consommation. Ils sont un peu contre-intuitifs puisqu'on a dit à la fin des soldes, là cette semaine, que les commerçants étaient déçus, qu'ils n'avaient pas fait les chiffres d'affaires qu'ils espéraient, qu'il y avait même eu des baisses.
BRUNO LE MAIRE
Nous verrons. Je n'ai pas encore les chiffres définitifs des soldes. Ce que je constate, c'est que la consommation est repartie très fort. Alors il peut y avoir effectivement des différences d'un secteur à un autre, des difficultés particulières dans un secteur. Nous regarderons ça attentivement et nous avons d'ailleurs prévu de maintenir des dispositifs d'aides jusqu'à la fin du mois d'août pour les secteurs qui ont été les plus touchés par cette crise sanitaire - c'est-à-dire les secteurs de l'hôtellerie, des cafés, de la restauration - parce que nous sommes à la fois très volontaristes mais en même temps nous gardons cette prudence qui fait que nous soutenons les secteurs qui en ont le plus besoin.
AMELIE PERRIER
Autre frein à l'activité disent certains professionnels, le pass sanitaire qui est en vigueur depuis un peu plus d'une semaine dans les lieux de culture et de loisirs. Par exemple, les cinémas se plaignent de la baisse de fréquentation. Vous avez reçu les professionnels avec Roselyne BACHELOT cette semaine, vous n'avez rien annoncé en plus pour les aider, les cinémas par exemple ou les parcs d'attractions.
BRUNO LE MAIRE
Le CNC, Centre national du cinéma, a déjà annoncé des aides supplémentaires. Je rappelle que nous avons apporté beaucoup de moyens supplémentaires au ministère de la Culture. Ça doit permettre aussi de soutenir le cinéma dans les semaines qui viennent. Oui, le cinéma souffre beaucoup actuellement. Il y a beaucoup de sorties, il y a moins d'entrées que ce qui était prévu.
AMELIE PERRIER
Encore plus avec le pass sanitaire quand même.
BRUNO LE MAIRE
Le pass sanitaire a eu un impact, je le reconnais très volontiers, sur le secteur spécifique du cinéma. Je les ai reçus avec Roselyne BACHELOT. Nous avons reçu beaucoup d'acteurs de la culture : les cinémas, les théâtres, les salles de spectacle, les salles de concert. Nous sommes là puisque nous maintenons les aides pendant l'été et nous nous reverrons le lundi 30 août, très précisément, pour faire le point sur la situation de ces secteurs et voir quelles seraient les mesures complémentaires nécessaires. Nous avons toujours eu le même principe.
AMELIE PERRIER
Mais certains disent que c'est trop tard, le 30 août, que c'est un petit peu trop tard.
BRUNO LE MAIRE
Mais il y a, une fois encore, des mesures qui ont été annoncées par le CNC hier. Le 30 août nous paraît la bonne date parce que ça nous permet de savoir exactement quelle a été la perte de chiffre d'affaires. Moi j'espère bien que les choses vont remonter. Mais en tout cas ce dont je suis certain, c'est que le pass sanitaire est une protection. Enfin on voit bien que là où il n'y a pas suffisamment de vaccinations, là où le pass sanitaire n'est pas encore en vigueur, on voit bien l'impact que ça a sur la situation sanitaire et les obligations qui en découlent. Le pass sanitaire est une protection. Ce qui est aujourd'hui la seule chose qui aujourd'hui freine légèrement la reprise économique, c'est les goulets d'étranglement sur les matières premières parce que beaucoup d'artisans du bâtiment, des travaux publics, ont du mal à trouver des matières premières. Du bois, de l'acier, du bois de charpente. Et l'autre goulet d'étranglement, c'est le recrutement. On ne trouve plus suffisamment de main-d'oeuvre dans certains secteurs. Je pense notamment aux restaurants, je pense aux hôtels qui ont beaucoup de mal à trouver de la main-d'oeuvre aujourd'hui. Donc c'est vraiment le signe que la reprise est forte et qu'elle se fait sur une base solide.
AMELIE PERRIER
Justement dans les restaurants et les cafés, le pass sanitaire s'appliquera dans quelques jours. Là aussi pas d'aide supplémentaire pour l'instant ? Vous attendez de voir ?
BRUNO LE MAIRE
Mais il y a un filet de sécurité, je le redis. Qu'il n'y ait pas d'inquiétude. Nous avons maintenu le fonds de solidarité. Le fonds de solidarité pour le mois de juillet sera ouvert le 16 août, je le dis à tous ceux qui nous écoutent. Dès le 16 août, vous pouvez vous inscrire pour bénéficier du fonds de solidarité. Je rappelle que nous avons élargi l'ouverture de ce fonds de solidarité parce qu'avant, pour avoir accès au fonds de solidarité, il fallait perdre la moitié de son chiffre d'affaires. Aujourd'hui dès que vous perdez 10 % de votre chiffre d'affaires - je le dis à tous les restaurateurs, les hôteliers, les patrons de café, de restaurants, de salles de sport qui nous écoutent - dès que vous perdez 10% de votre chiffre d'affaires, vous pouvez bénéficier du fonds de solidarité. Donc nous avons gardé ce filet de sécurité et moi, ma conviction très profonde, c'est que le pass sanitaire c'est simple et c'est protecteur de l'activité des restaurateurs.
AMELIE PERRIER
Vous l'évoquiez, ce problème de recrutement dans la restauration notamment qui va peut-être être encore plus compliqué avec le pass sanitaire, puisqu'on sait que la main-d'oeuvre est jeune dans la restauration, dans les cafés. Les serveurs, c'est une main-d'oeuvre jeune donc pas forcément vaccinés. Comment ça va se passer ?
BRUNO LE MAIRE
J'ai vraiment confiance dans le sens des responsabilités des Français. C'est aussi simple que ça. Je vois aujourd'hui que plus de la moitié des Français sont vaccinés. Que vous avez l'adhésion aux vaccins qui va croissant, et je pense qu'il ne faut jamais cesser de convaincre chacun de nos compatriotes que le vaccin est une protection. Que le pass sanitaire est une protection et que ce que nous voulons éviter par-dessus tout, d'abord c'est d'avoir à nouveau des hôpitaux engorgés, à nouveau des salles de réanimation qui sont saturées. Je voudrais avoir un mot pour les personnels soignants : eux aussi ont droit à des vacances, eux aussi sont au coeur du mois de juillet et ils aimeraient bien pouvoir se reposer après une année qui est épuisante. Donc que chacun fasse preuve de sens des responsabilités, d'abord pour lui-même, pour sa santé puisqu'on voit bien que ceux qui aujourd'hui sont dans les salles de réanimation sont, dans leur immense majorité, des personnes relativement jeunes et des personnes qui ne sont pas vaccinées. Et faites-le aussi pour les autres : faites-le pour vos proches, faites-le pour votre famille, faites-le pour ces personnels soignants qui ont, eux aussi, besoin de repos après une année difficile et dont je comprends parfois soit la colère, soit la fatigue, soit l'exaspération de se dire : « mais ça va à nouveau revenir comme avant » parce que certains n'ont pas su faire preuve de sens des responsabilités et d'attention collective.
AMELIE PERRIER
On parle désormais de quatrième vague. La Réunion et la Martinique reconfinent. Vous déclenchez de nouvelles aides pour ces départements d'Outre-mer ?
BRUNO LE MAIRE
Les départements d'Outre-mer qui font l'objet de mesures de confinement ou de couvre-feu auront évidemment des aides renforcées. Il y a des aides dégressives pour les autres territoires français, mais dès lors qu'on prend des mesures plus strictes du point de vue sanitaire, il y aura une meilleure protection économique. Je veux vraiment rassurer tous nos compatriotes des départements des territoires d'Outre-mer. Je sais que quand on est restaurateur, qu'on tient un bar à la Martinique, en Guadeloupe ou ailleurs ou à La Réunion et qu'il y a des fermetures, il y a un confinement ou il y a un couvre-feu, c'est très pénalisant. Les aides seront donc renforcées par rapport à ce qui est le cas dans d'autres territoires qui ne font pas l'objet des mêmes mesures.
AMELIE PERRIER
Le ?quoi qu'il en coûte? c'est jusqu'à quand ? Jusqu'à quand on peut creuser la dette ?
BRUNO LE MAIRE
Vous voyez que ce n'est plus du "quoi qu'il en coûte", c'est de l'aide ciblée et c'est bien pour ça que je donne rendez-vous le 30 août. C'est que je veux d'abord savoir exactement quelle est la perte de chiffre d'affaires des secteurs qui sont concernés. C'est l'argent des Français que nous engageons. C'est l'argent du contribuable qui a été gagné par le travail des Français, donc je veux m'assurer que chaque euro va bien à des secteurs qui ont effectivement perdu du chiffre d'affaires. Le chiffre d'affaires, c'est le point de référence qui nous permet de dire : " effectivement, vous avez perdu de l'activité à cause de la crise sanitaire, on vous compense cette activité. " Et ça demande d'avoir un bilan très clair, d'avoir des chiffres précis, de pouvoir les confronter les uns avec les autres. C'est le 30 août que nous ferons cela.
AMELIE PERRIER
Vous dites : " c'est l'argent des Français " ; il y a de l'argent européen aussi qu'on attend, le plan de relance européen. 750 milliards d'euros. C'est un plan qui a été conclu il y a un an déjà, à l'été 2020. La France a touché combien ou va toucher combien ? Quand est-ce qu'on touche cet argent ?
BRUNO LE MAIRE
Alors j'ai signé l'accord financier avec la Commission européenne pour pouvoir bénéficier de ces fonds. C'est quarante milliards d'euros qui sont en jeu donc c'est une somme très importante, et à partir du moment où cet accord financier a été signé, nous aurons les cinq premiers milliards que nous devons toucher dans les prochaines semaines, je l'espère d'ici la fin du mois d'août/début du mois de septembre.
AMELIE PERRIER
Vous l'évoquiez, la troisième phase c'est le plan d'investissement. Vous rendez aujourd'hui vos propositions à Emmanuel MACRON, c'est ça, pour ce plan d'investissement. En quoi ça consiste ? Quelle est la philosophie de ce plan ?
BRUNO LE MAIRE
La philosophie de ce plan, c'est redonner à la France sa pleine indépendance industrielle et recréer des chaînes de valeur. Qu'est-ce que ça veut dire ? Depuis trente ans, vous avez des délocalisations industrielles massives et la France vit sur ses acquis, pour faire simple. Vous avez quelques grandes filières industrielles qui font notre fierté. Je pense au luxe, je pense à l'agroalimentaire, je pense à l'aéronautique, je pense au secteur du médicament. Et puis vous avez des filières qui ont disparu, qui se sont délocalisées et nous n'avons pas su créer de nouvelles chaînes de valeur industrielle. Alors l'objectif, c'est de créer ces nouvelles chaînes de valeur industrielle qui vont représenter des emplois, des usines dans les territoires, de la relocalisation industrielle. Prenez les batteries électriques : il y a quelques mois, on ne faisait pas une batterie électrique en France. Nous allons ouvrir une usine à Douvrin, dans le Nord. Le président de la République a inauguré une usine à Douai pour RENAULT. Nous allons fabriquer nos batteries électriques en France. Prenez les semi-conducteurs. Tout le monde a compris à la faveur de cette crise que les semi-conducteurs, ils étaient absolument partout. Ils sont dans ces micros, ils sont dans vos iPhone, ils sont dans nos voitures, ils sont dans les avions. On en a impérativement besoin. Ils sont produits soit par les Américains, soit par Taïwan, soit par une partie de l'Asie. Nous voulons augmenter nos capacités de production de semi-conducteurs. Nous avons un champion industriel, STMICRO, à Crolles qui est une entreprise remarquable franco-italienne. Nous allons investir dans les semi-conducteurs. Même chose pour l'hydrogène. C'est évidemment, l'hydrogène, une perspective formidable pour la décarbonation de notre industrie, pour le transport collectif. Nous allons à nouveau investir là-dessus. Donc je ferai des propositions au président de la République avec, je le redis, cet objectif de garantir la pleine indépendance industrielle française, garantir des relocalisations industrielles et des nouvelles chaînes de valeur.
AMELIE PERRIER
Et c'est combien d'investissement ? C'est en dizaines de milliards ?
BRUNO LE MAIRE
C'est le président de la République qui rendra ses arbitrages là-dessus parce que c'est des montants qui sont très importants. Donc je vais présenter des options et c'est le président de la République qui tranchera.
AMELIE PERRIER
Et c'est un plan politique aussi ? Vous aimez à dire, je crois, " une usine qui terme, c'est une permanence FN ou RN qui ouvre. "
BRUNO LE MAIRE
Mais l'économie est et doit être politique. L'économie, ce n'est pas uniquement de l'argent qui circule, c'est aussi des objectifs politiques. Et là, l'objectif politique est très simple : relocaliser des chaînes de valeur industrielle en France. La France est une grande nation industrielle, une grande nation agricole, une grande nation de service également. Il n'est pas question qu'il y ait un des pans de notre économie qui disparaisse. Ce qui fait la force de l'économie française et qui nous permet, une fois encore, d'avoir ces résultats exceptionnels en termes de croissance, c'est, pour faire simple, qu'on n'a pas mis tous nos oeufs dans le même panier. Que nous avons une diversité de production et la production industrielle a fait l'objet d'une capitulation depuis des années. Eh bien nous, nous sommes partis à la reconquête de notre industrie mais pas sur des industries qui sont dépassées : sur une industrie nouvelle, sur de nouvelles chaînes de valeur qui vont nous permettre de recréer de la valeur et des emplois dans les territoires français.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 août 2021