Extraits d'un entretien de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, avec RFI le 2 août 2021, sur les prix des vaccins contre le coronavirus et la situation d'une sportive biélorusse.

Texte intégral

Q - Bonjour Clément Beaune.

R - Bonjour.

(...)

Q - Clément Beaune, l'Union européenne va payer plus cher ses doses de vaccins. Selon le Financial times, cela va coûter 4 euros de plus pour une dose Pfizer, 2,50 euros pour le Moderna. Quand on parle de millions de doses, eh bien, cela fait beaucoup. Est-ce que l'Union européenne et les Européens, indirectement, ne sont pas en train de se faire avoir par les firmes pharmaceutiques ?

R - D'abord, un certain nombre de ces informations sont à prendre encore avec prudence, parce que...

Q - Parce que c'est confidentiel. On ne sait toujours pas combien l'UE a payé.

R - Deux choses, d'abord parce qu'il y a encore des points de négociations en cours, et deuxièmement, les contrats, moi, je me suis toujours battu pour que, quand ils sont finalisés, ils soient connus et regardés par les parlementaires européens en particulier. C'est normal, c'est démocratique ; et donc, pas de fantasme, il faudra rendre tout cela public et en débattre.

Ce que je peux vous dire, c'est que les produits vaccinaux, les doses de vaccins, que l'Union européenne est en train de négocier avec Pfizer et avec d'autres laboratoires, ce ne sont pas les mêmes que la première génération de vaccins. On les adapte, c'est demandé dans les contrats qui sont en cours de négociations par rapport, aux variants. On demande aussi que l'essentiel de la production, près de 300 composants des vaccins, soit produit sur le territoire européen.

Q - Excusez-moi, juste, la dose de Pfizer qui va coûter 4 euros de plus, ce ne sera pas la même que celle que vous avez achetée 15 euros, il y a quelques mois ?

R - Il y aura plus d'exigences...

Q - Ce ne sera pas le même produit, donc c'est pour cela qu'il est plus cher ?

R - Ce sera un produit validé scientifiquement sur le même processus, mais adapté aux variants ; c'est une des exigences que pose l'Union européenne dans ses négociations qui sont encore en cours, qui sera produit sur le sol européen, avec des calendriers de livraisons plus précis et avec des pénalités financières à la clé si un calendrier de livraison n'est pas respecté.

Vous savez, moi, je l'ai expliqué souvent sur les ondes, au cours des dernières semaines, j'ai expliqué que l'Union européenne était vigilante sur les prix. On me disait : vous êtes stupides, vous payez moins cher qu'Israël ou que le Royaume-Uni, qui, eux, ont mis le paquet sur la table pour avoir des vaccins plus vite. Maintenant, on nous dirait : l'Union européenne a plus d'exigences, elle paie plus cher, et ce serait déraisonnable. Donc, il faut regarder tout cela de manière rationnelle, ne pas se faire avoir, évidemment, mais avoir des contrats plus exigeants ; et avoir des contrats plus exigeants, avec des produits adaptés aux variants, probablement oui, pas seulement pour l'Union européenne, pour tous les acheteurs, ce sera un peu plus cher.

Q - Mais on est d'accord que ce sont les labos qui fixent les prix ? C'est eux qui ont décidé.

R - C'est une négociation qui se fait...

Q - Vous avez un levier, vraiment ?

R - Mais l'Union européenne est la zone du monde qui achète le plus de doses de vaccins. Je le rappelle, pour les premiers achats de vaccins, à produits équivalents, nous avons payé une fois et demie à deux fois moins cher que le Royaume-Uni, par exemple. Pourquoi ? Parce que nous avons négocié, sans doute mieux, mais surtout parce que nous avons acheté plus, en volume. Quand vous achetez plus, c'est comme tout produit, même si le vaccin est évidemment un produit particulier, c'est comme tout produit, vous payez souvent moins cher.

Donc, je le dis, d'ailleurs : si on achetait au niveau national seulement, France ou Allemagne, nous paierions, toutes choses égales par ailleurs, plus cher notre dose de vaccin. Donc, là aussi, c'est un des arguments, je crois, pour passer par la voie européenne. Il ne s'agit pas de faire des économies sur l'achat de vaccins, mais il s'agit de payer les choses au juste prix.

Q - Je ne sais pas si vous avez le temps de suivre les Jeux olympiques à Tokyo, mais il y a une sprinteuse biélorusse, Krystsina Tsimanouskaya, elle a failli être ramenée de force dans son pays, en Biélorussie, là, ces dernières heures : elle a critiqué sa délégation, c'est ce qui aurait justifié, pour le pouvoir biélorusse, le fait de la rapatrier. On est en 2022, on était au Japon, ça se passe encore ? Ça vous inquiète un peu ?

R - Eh bien, cela montre que notre voisin, puisque ce n'est pas très loin de Paris, notre voisin biélorusse est une dictature à l'ancienne, dans tout ce qu'il y a de pire dans une dictature : le contrôle, la censure, la violence. Tous ceux qui d'ailleurs crient dans la rue que nous sommes en dictature, devraient regarder ce que c'est une vraie dictature. C'est la Biélorussie, aujourd'hui. Et donc, je me félicite que le Comité international olympique, si je comprends bien les derniers développements, a mis en sécurité, avec les autorités, la police japonaise, cette sprinteuse.

Et un certain nombre de pays européens, nous le regardons avec nos partenaires, ont proposé, si on peut le lui offrir, dans les prochaines semaines ou les prochains jours, l'asile politique. Je crois que ce serait l'honneur de l'Europe de le faire.

(...).


source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 août 2021