Interview de M. Jean Castex, Premier ministre, à RTL le 26 août 2021, sur le protocole sanitaire pour la rentrée scolaire, les vaccinations, la situation économique, la politique de réformes et l'accueil de réfugiés afghans en France.

Texte intégral

YVES CALVI
Jean CASTEX, bonjour.

JEAN CASTEX
Bonjour.

YVES CALVI
Bienvenu, Monsieur le Premier ministre.

JEAN CASTEX
Merci.

YVES CALVI
Vous allez donc répondre pendant près d'une trentaine de minutes aux questions d'Alba VENTURA et de François LENGLET.

ALBA VENTURA
Bonjour Monsieur le Premier ministre Jean CASTEX.

JEAN CASTEX
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Merci d'avoir choisi RTL pour votre rentrée. L'actualité n'a pas ralenti à la faveur de l'été, bien au contraire. Alors, il y a les bonnes nouvelles sur le front économique, et nous allons en parler dans un instant, avec François LENGLET. Et puis de moins bonnes nouvelles, je pense à ces violences incontrôlables comme on l'a vu à Marseille, il y a le dossier afghan. Et puis il y a la situation sanitaire très dégradée en Outre-mer, inquiétante en Métropole, surtout à une semaine de la rentrée des classes. Alors, justement, Monsieur le Premier ministre, selon les dernières modélisations de l'Institut Pasteur, la moitié des nouvelles infections auront lieu chez les enfants. Arnaud FONTANET, l'épidémiologiste, dit : "L'école est la situation la plus complexe qui nous attend". Donc, malgré toutes ces alertes, vous avez décidé de faire une rentrée normale, est-ce que vous n'avez pas pris un risque élevé ?

JEAN CASTEX
Ah, je ne le crois pas. Et je ne suis jamais dans l'esprit de prendre des risques et encore moins pour les enfants. La politique qui est la nôtre depuis le début de la gestion de cette crise sanitaire, c'est la priorité à la protection de nos concitoyens. Et s'agissant des enfants et donc des écoles dont vous parlez, nous avons jusqu'à ce jour toujours réussi à maintenir le plus possible les écoles ouvertes, ça ne veut pas dire dans n'importe quelles conditions, sans s'entourer de garanties, et c'est ce que nous allons faire. Jusqu'à présent, cette politique a été couronnée de succès. La France, vous le savez, est l'un des pays du monde qui a le plus maintenu ses écoles ouvertes.

ALBA VENTURA
Pardon, il y a un détail, c'est le variant Delta, cette année.

JEAN CASTEX
Oui. Oui, vous avez raison, il y a le variant Delta, mais que nous disent d'abord les scientifiques ? On fait une politique sanitaire. Que dit la Société française de pédiatrie, qui a été dans la crise sanitaire pour nous une boussole extrêmement constante ? Il y a le Conseil scientifique, vous citez le professeur FONTANET, et puis il y a tous les spécialistes. La société française de pédiatrie nous dit qu'il n'y a pas de raisons, y compris compte tenu du variant Delta, de considérer qu'il faudrait fermer les écoles. D'autant que, s'agissant des enfants plus âgés, la tranche 12/17 ans, nous avons en cette rentrée scolaire par rapport aux précédentes, une arme nouvelle qui est la vaccination. Et parmi – vous parliez de bonnes nouvelles madame VENTURA – de l'été, il y a le fait que nous avons ouvert au début de l'été la vaccination aux 12/17 ans. Près de 60% d'entre eux ont déjà reçu une première dose de vaccination. Donc, quels sont nos objectifs pour la rentrée ? Pardon de détailler, donc on est prêts, avec 4 niveaux dans un protocole, à mettre en place selon la situation épidémiologique, donc à ce jour, ce que l'on appelle le niveau 2. Le niveau 2 c'est quoi ? Les classes sont ouvertes, en présentiel. Au niveau élémentaire, il n'y a pas de vaccination, on continue ce qui a produit de bons effets jusqu'à la sortie de juin, à tester.

ALBA VENTURA
Donc, pas de vaccination pour les moins de 12 ans.

JEAN CASTEX
Alors ça, il faut l'expliquer peut-être à nos concitoyens. Ce n'est pas le chef du gouvernement, ni français, ni ailleurs, qui dit : on va vacciner telle ou telle catégorie de population. Ce sont les autorités scientifiques qui évaluent le bilan, coût, avantage, d'une vaccination. Il y a des études en cours au niveau mondial. Et, à ce stade, elles ne sont pas achevées, et donc la communauté scientifique ne recommande pas de vacciner les enfants de moins de 12 ans. Donc on va continuer à les surveiller par des tests, des tests salivaires. On a un nouvel outil qui s'appelle l'autotest, que nous allons déployer. On a fixé, c'est un niveau d'entrée, 600 000 tests hebdomadaires dans les écoles élémentaires. Le port du masque, j'en profite pour le dire, il sera maintenu dans les classes et dans les cours de récréation. Nous voulons généraliser ce qu'on appelle les capteurs de CO2, et pour les plus grands, eh bien le mois de septembre, la priorité sera de vacciner ceux qui ne l'ont pas été cet été, et qui, je l'indiquais, ont été quand même particulièrement nombreux et c'est heureux.

ALBA VENTURA
Ça c'est pour l'école. J'ai une question Monsieur le Premier Ministre, parce qu'on a vu le cas d'une maman enceinte non vaccinée, qui avait transmis le virus à son bébé qui n'a pas survécu, ça nous a tous beaucoup bouleversés. Les femmes enceintes doivent se protéger particulièrement ?

JEAN CASTEX
Ah, c'est… Merci, si je puis dire, de me poser la question. Oui, oui oui oui, bien sûr, elles doivent se faire vacciner. Le vaccin, je vais le dire différemment, contrairement à ce que certains ont pu laisser croire, enfin, en général les antivax, le vaccin est recommandé pour les femmes enceintes, ou en tout cas n'est pas décommandé pour les femmes enceintes. Il peut y avoir des cas extrêmement particuliers ou sur prescription médicale, ça n'est pas de cas, mais oui, bien sûr.

ALBA VENTURA
Vous, vous appelez ce matin les femmes enceintes à se faire vacciner.

JEAN CASTEX
J'appelle tout le monde à se faire vacciner, et en particulier…

ALBA VENTURA
Tout le monde, bien sûr.

JEAN CASTEX
Vous savez, je suis allé cet été visiter beaucoup d'établissements hospitaliers, et j'ai vu une situation extrêmement compliquée, je crois que c'est à l'hôpital de Carcassonne, où il y avait une situation de l'accouchement d'une femme enceinte avec un bébé atteint, oui bien sûr, et il y avait là-dessus un consensus des soignants, il faut que les femmes enceintes se protègent en se faisant vacciner. Elles se protègent elles-mêmes et elles protègent leur enfant.

ALBA VENTURA
Puisque vous parlez de l'hôpital, certains soignants ont été sanctionnés, parce qu'ils n'étaient pas vaccinés, alors qu'elle est obligatoire. Vous allez accélérer les contrôles ?

JEAN CASTEX
Alors, on est d'accord, les sanctions, le début d'échéance c'est le 15 septembre, pour les soignants.

ALBA VENTURA
Certains ont été mis en vacances d'office.

JEAN CASTEX
Alors, attendez. Bon, d'abord, première chose, nous avons décidé, le législateur a décidé de la vaccination obligatoire pour les soignants. Et c'est une bonne chose, je vous le dis ici. Je me souviens, on m'avait dit, c'était dans les Landes, où on avait des résidents des EHPAD, qui comme vous le savez sont sans doute les populations les plus fragiles, quel que soit le variant et cette épidémie, au sein de laquelle on a compté le plus de morts, qui avaient été recontaminés par des personnes dont la mission même, madame VENTURA, c'est de les soigner, de les sauver. Personne ne peut comprendre ça. Quand on fait ce métier, d'abord me semble-t-il on doit croire à la science, on doit croire en la médecine, et ensuite on est là pour protéger ses concitoyens. Donc oui à la vaccination obligatoire. Madame VENTURA, juste, ça marche quand même. L'échéance, l'échéance de l'entrée en vigueur de l'obligation le 15 septembre, disais-je, n'ai pas encore arrivée. On a dépassé les 83% de patients (sic) vaccinés, voyez comme quoi les annonces et cette tactique, pardonnez-moi, qu'on a eu de dire : on fixe une obligation, son entrée en vigueur quelques semaines plus tard pour laisser aux gens le temps de se préparer, ça a eu des effets très positifs.

ALBA VENTURA
Ça, c'est pour les soignants.

JEAN CASTEX
Mais je le dis à votre antenne, nous ne reculerons pas, voilà, je le dis, nous ne reculerons pas. On me dit ; oui, encore, voilà…

ALBA VENTURA
Ça veut dire quoi "nous ne reculerons pas" ?

JEAN CASTEX
Eh bien qu'à partir du 15, les sanctions prévues par le législateur seront mises en œuvre.

ALBA VENTURA
Vous avez promis à 50 millions de personnes complètement vaccinées fin août, ça c'est un objectif qui sera atteint ?

JEAN CASTEX
Alors, aujourd'hui on est à 48, 47 978 millions. Bon. C'est vrai que la vaccination au mois d'août, elle était partie en flèche au mois de juillet après l'intervention, vous vous en souvenez toutes et tous du président de la République le 12 juillet. La progression s'est un peu ralentie. Là, on va remettre le paquet, on a des prises de rendez-vous à nouveau qui sont très dynamiques. Je pense qu'on sera autour des 50 millions, on va tout faire pour atteindre cet objectif, peut-être ce sera 2 ou 3 jours après, mais l'essentiel, la dynamique est là. La bonne nouvelle de l'été, je le dis quand même, pendant cet été là, bon, il y a eu des mouvements, il y a quand même 12 millions, 12 millions de nos concitoyens qui se sont fait vacciner. 12 millions.

ALBA VENTURA
La Haute autorité de santé a invalidé le rappel pour le vaccin, c'est ce qu'on dit communément la troisième dose. A partir de quand on doit faire, quand on a plus de 65 ans, cette troisième dose ? A partir de quand ?

JEAN CASTEX
Bon, alors là aussi on rappelle à votre antenne, à toutes vos auditrices, vos auditeurs : la vaccination ça nous sauve. D'accord ? On a 8 fois moins de chances d'être contaminé, 11 fois moins de chances d'aller à l'hôpital si on est vacciné. Bon. Qu'est ce qui se passe ? Pourquoi on parle de troisième dose ? On préfère parler de rappel, parce que vous savez que pour une catégorie de nos concitoyens, une dose suffit, puisqu'ils ont eu la maladie. Il y a déjà 100 000 de nos concitoyens par ailleurs qui ont eu trois doses. Ce rappel, pourquoi faut-il le faire ? La situation israélienne, je réponds, parce qu'on va dire : voyez, regardez en Israël, ils se recontaminent alors qu'il y a eu parfois deux doses.

ALBA VENTURA
Mais quand, surtout Monsieur le Premier ministre ?

JEAN CASTEX
Mais parce que la protection vaccinale chez certaines personnes, les plus fragiles, les plus âgées, baisse. Donc il faut une troisième. Nous venons d'avoir, je réponds à votre question, rassurez-vous, l'avis de la Haute autorité de santé, qui nous dit : oui, c'est nécessaire, par étapes, pour les plus de 65 ans, et pour tous les publics les plus vulnérables. C'est tout à fait cohérent avec j'allais dire le bon sens. Donc nous allons commencer. Priorité, voyez, je vous renvoie un peu à ce qui s'est passé en janvier, les plus vulnérables, je viens de les évoquer, ce sont les résidents des EHPAD, donc à partir du 12, 13 septembre, redémarrage de la campagne systématique, après recueil du consentement pour les troisièmes doses dans les EHPAD, et pour tous les plus de 65 ans ou présentant des comorbidités, ils pourront dès le début du mois de septembre, madame VENTURA, reprendre rendez-vous, reprendre rendez-vous pour avoir leur troisième dose. Simplement la HAS rappelle, je le dis aux personnes concernées, qu'il faut qu'il y ait un délai d'environ 6 mois entre la deuxième et la troisième dose. Six mois.

FRANÇOIS LENGLET
Monsieur CASTEX, le Pass sanitaire en entreprise, est-ce que vous y pensez ? Certains patrons français le demandent, et on voit qu'à l'étranger, aux États-Unis par exemple, au Royaume-Uni, en Australie, c'est devenu assez commun.

JEAN CASTEX
Alors, d'abord, tirons les enseignements du Pass sanitaire, là où on l'a introduit. D'accord ? Avant de savoir si on le déploie. Je veux dire, n'oubliez pas quand même que la priorité des priorités du Gouvernement, c'est que le plus de monde possible soit vacciné. Bon. Et donc je salue…

FRANÇOIS LENGLET
C'est un instrument.

JEAN CASTEX
Oui, c'est un instrument, mais je salue un autre instrument, par lequel dans le monde de l'entreprise, des vaccinations sont organisées, et d'ailleurs je remercie une nouvelle fois les partenaires sociaux, leur sens des responsabilités, qui avaient pris des initiatives sur ce registre. Bon. Donc, pour répondre à votre question, au moment où je m'exprime, le Pass sanitaire dans l'entreprise n'est pas d'actualité. Ce qui est d'actualité c'est de veiller…

FRANÇOIS LENGLET
Ça pourrait changer.

JEAN CASTEX
Vous savez, attendez, la gestion d'une crise sanitaire c'est de la détermination et de l'humilité, monsieur LENGLET, et de l'humilité, c'est-à-dire que je suis chef du gouvernement depuis plus d'un an, avant j'étais chargé du déconfinement, donc je crois avoir appris de cette crise, et ce que j'ai appris c'est qu'il faut que nous nous adaptions, en l'expliquant, aux situations. Bon. Donc le Pass sanitaire, je reviens à votre question, est un bon outil, on nous avait dit : "ça va être terrible", bon, ça se passe de manière, évidemment il y a des difficultés ça ou là, mais ça se passe de manière relativement convenable, vous l'avez très bien dit c'est un outil parmi d'autres. La finalité c'est la vaccination.

ALBA VENTURA
Comme on parle de l'entreprise on va enchaîner sur le chapitre économique si vous voulez bien, avec toujours François LENGLET.

FRANÇOIS LENGLET
De bons indicateurs, la croissance économique devrait atteindre 6% cette année, le chômage baisse, on en a encore eu la preuve statistique hier. Hier, Bruno LE MAIRE, votre ministre de l'Economie, a acté la fin du "quoi qu'il en coûte", et pas "quoi qu'il en compte", parce que c'est bien différent, mais avec la reprise une nouvelle question se pose, celle de l'augmentation des salaires. Faut-il augmenter les salaires, en particulier dans les secteurs où la pénurie de ressources se fait sentir ? Elisabeth BORNE, qui est ministre du Travail, hier, au micro de BFM Business, a dit "c'est une partie de la réponse pour les secteurs où il manque de main-d'œuvre."

JEAN CASTEX
Oui. Alors, un, pardonnez-moi de le dire, vous m'aviez invité il y a un an, on présentait le plan de relance, les résultats que nous avons sur le front de l'économie et de l'emploi, donc je vous avais expliqué qu'il constituait la priorité des priorités de l'action gouvernementale, derrière bien entendu la lutte contre la crise sanitaire, les dispositions que nous avons prises, à ce titre, ont produit leurs effets. Les chiffres que vous donnez, pardonnez-moi de le dire, et vous le savez bien du reste, ne doivent rien au hasard, on est à 6% de croissance quand l'Union européenne est à 4,8 et l'Allemagne à 3,8, on est quasiment une locomotive.

FRANÇOIS LENGLET
L'Allemagne avait beaucoup moins chuté que nous, ça explique aussi que leur performance d'aujourd'hui soit moins bonne.

JEAN CASTEX
Oui, mais sur le front du chômage, par exemple, on est là revenu au niveau d'avant crise sanitaire, vous le savez, alors que tous les experts nous prédisaient ce chiffre dans un an.

FRANÇOIS LENGLET
C'est vrai.

JEAN CASTEX
C'est une… on est tous, évidemment, à l'origine de cette situation, les Françaises et les Français par efforts, mais comme je dois le dire, la politique du Gouvernement, vous parlez du "quoi qu'il en coûte", j'y viens, oui, c'était, Monsieur LENGLET, vous qui êtes un spécialiste de l'économie, je pense, une décision économique, en sauvegardant l'économie française, comme nous l'avons fait, en mettant le paquet, comme l'a dit le président de la République, on a évité qu'elle s'effondre.

FRANÇOIS LENGLET
Alors les salaires.

JEAN CASTEX
On a évité qu'elle s'effondre. Alors, maintenant quelle est la situation ? On a une situation, sur le terrain de l'emploi, qui s'améliore, de façon significative, mais on a encore des tensions, des tensions, dans certains secteurs. Ce n'est pas le Gouvernement, Monsieur LENGLET, qui décide de la hausse des salaires, ça vous le savez…

FRANÇOIS LENGLET
Non, il peut quand même le recommander, c'est ce qu'a fait votre ministre hier.

JEAN CASTEX
Oui, nous recommandons toujours… vous savez, moi je suis, je l'avais dit encore une fois à votre antenne, je suis toujours un grand partisan du dialogue social, il y a des branches professionnelles, donc en l'occurrence celles, de la restauration, des cafés, etc., doivent s'emparer…

ALBA VENTURA
Mais il pourrait y avoir des dispositifs fiscaux, par exemple ?

JEAN CASTEX
Il y en a déjà.

ALBA VENTURA
Mais d'autres.

JEAN CASTEX
Il y en a déjà…

ALBA VENTURA
Pour inciter, pour augmenter le pouvoir d'achat des salariés.

JEAN CASTEX
Il y en a déjà, vous savez que pour ce qu'on appelle les travailleurs de la deuxième ligne, on a réactivé la prime Macron, évidemment le patronat, à ce moment-là, nous a dit, et je le comprends parfaitement, ça dépend de la conjoncture économique, justement, ça tombe bien, celle-ci s'améliore, donc voilà. Donc il faut effectivement… le pouvoir d'achat, c'est bien connu, et les salaires sont une préoccupation tout à fait légitime… Je voudrais juste rappeler, là aussi grâce aux mesures qu'on a prises, que le pouvoir d'achat ne s'est pas effondré en 2020, il a même progressé en France, + 0,4%, il n'y a pas beaucoup de pays d'Europe, que nos concitoyens le sachent…

ALBA VENTURA
Mais là il y a les prix du carburant qui augmentent et puis l'alimentation, les matières premières.

JEAN CASTEX
Et on attend, et on attend entre 1,5 et 1,8 de progression en 2021.

FRANÇOIS LENGLET
Heureusement, remarquez, avec tout ce qu'on a dépensé !

JEAN CASTEX
Certes…

FRANÇOIS LENGLET
Il fallait que ça se voie.

JEAN CASTEX
Certes, mais du coup, attendez, on ne peut pas dire ce que vous dites, et après le regretter en disant "ah, mon Dieu, les finances publiques", etc., là il faut être cohérent, et moi ma cohérence, excusez-moi, c'est de soutenir l'activité pour créer des emplois et favoriser le pouvoir d'achat.

FRANÇOIS LENGLET
On n'a toujours pas compris ce que vous voulez faire sur les retraites. Vous allez bien sûr évoquer le sujet avec les partenaires sociaux la semaine prochaine, mais quel est votre objectif, est-ce que c'est celui d'enclencher cette réforme avant mai 2022, pour résumer, d'ici le printemps prochain est-ce que c'est la réforme des retraites ou la retraite de la réforme ?

JEAN CASTEX
Belle formule Monsieur CALVI (sic), mais… bon, alors le président de la République a été, lors de son intervention du 12 juillet, qu'évidemment nous avions préparée ensemble, très clair, il a dit un, mais je l'avais déjà dit, donc pardon de me répéter, la réforme, j'ai presque envie de dire la sauvegarde des retraites, est indispensable, elle est absolument indispensable.

FRANÇOIS LENGLET
Ça on a bien compris, après c'est l'horizon qui…

JEAN CASTEX
Oui, oui, mais le choix du moment, évidemment, est très important, parce que si vous choisissez un mauvais moment vous n'atteignez pas votre objectif. Et qu'a dit le président de la République sur le moment, puisque c'est votre question ? Il a dit il faut que la crise sanitaire soit sous contrôle et que les conditions de la reprise économique soient consolidées.

FRANÇOIS LENGLET
On n'est pas loin de cet état-là.

JEAN CASTEX
Alors, sur le deuxième point, on n'en n'est pas loin, encore que, il faut mettre le paquet, on prépare, je le rappelle, un plan d'investissement à l'échéance de 2030, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, et sur le front sanitaire la situation, pardonnez-moi de le dire, n'est pas encore tout à fait stabilisée, on n'a pas parlé du tout, Madame VENTURA, de l'Outre-mer, qui est extrêmement préoccupant, et qui va quand même encore une fois, la semaine prochaine, me conduire à présenter devant le Conseil des ministres, une loi prorogeant, autorisant la prolongation de l'état d'urgence dans ces territoires ultramarins, donc, voilà. La situation sanitaire présente des éléments de stabilisation, y compris Outre-mer, mais surtout en métropole, mais enfin on est encore quand même, je vous le rappelle, dans une moyenne de 20.000 cas par jour, et sur le Pass sanitaire qu'évoquait Monsieur LENGLET tout à l'heure, l'un des objectifs aussi ça veut dire que dans certaines régions, où compte tenu des taux d'incidence, des taux d'hospitalisations, on aurait pu prendre des mesures de fermeture, grâce au Pass sanitaire, qui a eu un impact certes, mais on a pu poursuivre l'activité, ça c'est très important.

ALBA VENTURA
Monsieur le Premier ministre je vous emmène à présent sur un dossier à cheval sur l'international et la France, c'est le dossier afghan. D'abord, qu'allez-vous faire des cinq Afghans proches des talibans qui ont profité du chaos pour monter à bord d'un avion français, qui sont ici, l'un d'eux a été placé en garde à vue, puis condamné à 10 mois, est-ce qu'on peut les expulser ces personnes proches des talibans ?

JEAN CASTEX
Alors, attendez. On expulse des personnes lorsqu'elles ont commis des actes répréhensibles. Nous avons monté un dispositif extrêmement précis, extrêmement sérieux, que nous suivons de façon permanente, donc il y a des personnes qui partent de Kaboul… parce que vous me parlez de cinq personnes, qu'on surveille comme toutes les autres, de façon scrupuleuse, mais on est dans une catastrophe humanitaire, je le rappelle quand même, parce que je ne veux pas quand même que ces cinq personnes qui, encore une fois, sont parfaitement sous contrôle, je veux bien…

ALBA VENTURA
Non, mais ce n'est pas comme s'il n'y avait pas une menace terroriste par ailleurs qui plane sans arrêt sur nous.

JEAN CASTEX
Bien sûr Madame, mais croyez bien que cette menace terroriste j'y suis particulièrement attentif, et tout à fait concerné, donc je parle en connaissance de cause, bien sûr que nous surveillons, mais nous devons faire face, en Afghanistan, à une catastrophe humanitaire. Donc, nous avons mis en place un dispositif, où nous surveillons toutes les personnes, nous savons qui nous prenons, nous les faisons entrer, nous veillons à la fois à leur insertion et au fait, et à leur comportement comme vous dites, il y a eu un cas d'ailleurs, la meilleure preuve c'est que l'un d'entre eux, vous l'avez dit, est sorti de son hôtel, il a été immédiatement récupéré, voilà. Si nous ne surveillons pas, Madame…

ALBA VENTURA
Donc pour l'instant elles restent en France ces personnes ?

JEAN CASTEX
Si nous ne surveillons pas, Madame, eh bien vous ne sauriez pas, vous ne me poseriez pas cette question…

ALBA VENTURA
Non, non, mais les services de renseignement font très bien leur travail, effectivement.

JEAN CASTEX
Eh bien voilà !

ALBA VENTURA
Mais expulser en urgence absolue, comme le dit Xavier BERTRAND, ce n'est pas possible de le faire, ça prend du temps.

JEAN CASTEX
Expulser en urgence absolue, Madame… cette personne, encore une fois, fait l'objet d'une procédure judiciaire, nous verrons bien ce que dit cette procédure judiciaire, expulser vers l'État afghan, faut-il encore qu'il y ait un État, un gouvernement, une structure, donc attendez, soyons sérieux, on gère ce problème, n'essayons pas d'affoler les gens, on voit très bien les objectifs ou les arrière-pensées, nous nous donnons les moyens de contrôler la situation.

ALBA VENTURA
Combien allons-nous accueillir de réfugiés afghans en France ?

JEAN CASTEX
Alors, il y a la gestion de l'urgence, d'accord… donc, là, nous avons rapatrié qui ? Les Français, les Afghans qui ont apporté, à un titre ou un autre, leur concours à l'armée, etc., et des familles, des artistes, des journalistes…

ALBA VENTURA
Donc combien ?

JEAN CASTEX
Là, autour de 2 500.

ALBA VENTURA
Et on va aller jusqu'à ?

JEAN CASTEX
Ah on va aller jusqu'à… en nombre, peut-être un peu plus, on va aller jusqu'à demain soir, puisqu'à partir de demain soir on ne peut plus procéder aux évacuations à partir de l'aéroport de Kaboul. Et puis il y aura un deuxième temps, il y aura un deuxième temps, qu'on va gérer entre Européens et avec la communauté internationale, notamment le HCR, qui seront les réfugiés qui partiront d'Afghanistan dans l'avenir.

ALBA VENTURA
Question rapide, réponse rapide. Habituellement vous organisez à chaque rentrée un débat sur l'immigration à l'Assemblée, est-ce que c'est prévu cette année justement ?

JEAN CASTEX
Pas à ce stade.

ALBA VENTURA
Plutôt pas.

JEAN CASTEX
Pas à ce stade, mais s'il est nécessaire… vous savez, j'ai fait beaucoup de débats sur le fondement de l'article 50-1 de la Constitution, et j'y suis tout à fait disposé si la nécessité s'en faisait sentir, mais il faut qu'il y ait une raison pour le faire.

ALBA VENTURA
Il y a une raison. Merci.

JEAN CASTEX
Il y a une raison, Madame, pardon, il y a une raison, il y a une politique qui est conduite, un débat à l'Assemblée nationale il faut qu'il y ait des conditions particulières, si elles sont réunies, encore une fois je ne me refuse à aucun débat, notamment avec la représentation nationale.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre.

JEAN CASTEX
Merci.

FRANÇOIS LENGLET
Merci à vous.

YVES CALVI
Merci Monsieur le Premier ministre. Un dernier point que je voudrais éclaircir définitivement après la réponse que vous avez fait à mon camarade François LENGLET, la réforme des retraites est toujours nécessaire mais elle n'est pas d'actualité pour cause de pandémie et de reprise économique non stable, même avec 6% de croissance ? Je voudrais une réponse tout à fait claire sur ce point.

JEAN CASTEX
En tout cas, au moment où je vous parle, au moment où je vous parle, la priorité reste la lutte contre la pandémie et la reprise économique.

YVES CALVI
Merci infiniment Jean CASTEX d'avoir pris la parole ce matin sur RTL pendant 25 minutes au micro d'Alba VENTURA et de François LENGLET.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 août 2021