Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à France Info le 24 août 2021, sur l'évacuation d'Afghans après la prise du pouvoir par les talibans, le passe sanitaire, le trafic de drogue, la violence dans le football et le salafisme.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Gérald DARMANIN, le ministre de l'Intérieur, invité de France Info ce matin, pour tout vous dire, il est en ce moment dans les couloirs de la maison de la radio ici tout près de ce studio où nous allons l'accueillir dans quelques instants, si on veut bien évidement dans l'oreillette me dire où est Gérald DARMANIN. J'aurai le plaisir de l'interroger avec à mes côtés, Jean-François ACHILLI. Jean-François, on va parler tout à l'heure de ce qui s'est passé ces derniers jours à Marseille, ces règlements de compte en série, trois morts le week-end dernier encore dans deux fusillades distinctes à Marseille et la procureur de la République hier qui a eu des mots assez étonnants, reconnaissant, disant elle-même qu'elle n'avait pas les moyens aujourd'hui de faire respecter la loi à Marseille.

(…)

MARC FAUVELLE
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
On va parler de Marseille avec vous, de la situation là-bas dans quelques instants. D'abord l'Afghanistan, les services de renseignement ont placé ces derniers jours sous surveillance un Afghan arrivé ces derniers jours en France. Il a reconnu qu'il était jusqu'à très récemment membre des talibans, y a-t-il eu une faille et où se trouve cet homme aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
Alors il n'y a pas eu de faille, nous avons, vous le savez bien plus de 1000 Afghans, une centaine de Français en quelques heures qui ont été pris de Kaboul, amenés à Abu Dhabi et d'Abu Dhabi à Paris et à Abu Dhabi tous ceux qui dans la confusion n'ont pas pu être criblé comme on dit par les services de sécurité l'ont été à Abu Dhabi sur la base militaire française ? Parmi ces 1000 Afghans, il y en a eu effectivement un qui était manifestement, je dis manifestement en lien avec les talibans, mais qui a beaucoup aidé l'armée française, les Français, vos collègues journalistes, plus d'une centaine aussi d'Afghans qui avaient des visas, qui ne pouvaient pas sortir de l'ambassade de France.

MARC FAUVELLE
Donc c'est peut-être un repenti ?

GERALD DARMANIN
Ecoutez, il nous a aidé à sortir des Français, des journalistes, une centaine d'Afghans qui ont pu revenir sur le sol national parce qu'ils ont aidé les Français. Nous le savions, nous avons parce que nous soupçonnons effectivement cette personne d'avoir ou d'avoir eu des liens avec sa famille, ses amis, peut-être avec le Gouvernement afghan taliban, nous avons décidé de le mettre sous MICAS, c'est une mesure de prévention administrative dès qu'il est arrivé sur le sol national, c'est-à-dire qu'il est aujourd'hui lui et ses contacts surveillés par la DGSI, géolocalisé. Il y a un certain nombre d'obligations qu'il doit tenir parce qu'il est surveillé humainement par les services…

MARC FAUVELLE
Géolocalisé, c'est-à-dire qu'il a un bracelet électronique ?

GERALD DARMANIN
Les services secrets français, écoutez il y en a un de ces 5 qui a quitté si j'ose dire l'endroit qu'on lui avait demandé de rester, il a été mis en garde à vue hier, donc les services sont tout à fait aujourd'hui attentifs au sort de ces personnes.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Cela signifie que ces 5 personnes doivent désormais faire l'objet d'une surveillance resserrée, renforcée avec ce personnage qui a été en fuite cette nuit ?

GERALD DARMANIN
Exactement. Il n'a pas été en fuite, pendant quelques minutes il est sorti de la zone que la DGSI lui avait demandé de garder, donc il n'y a pas de problème particulier ils sont particulièrement surveillés.

MARC FAUVELLE
Il y a un risque aujourd'hui Gérald DARMANIN d'infiltration de la part de certains Afghans qui seraient proches des talibans et qui viendraient qui se glisseraient parmi les réfugiés pour venir en France ?

GERALD DARMANIN
Il faut toujours faire extrêmement attention surtout quand la difficulté ? Vous savez bien ce qui s'est passé pendant quelques heures il a fallu dans la confusion amener des gens et c'est pour ça que nous avons souhaité que la plupart, la totalité des Afghans qui ont quitté Kaboul passe par la base militaire française d'Abou Dhabi pour faire ces criblages. Donc nous connaissons toutes les personnes qui sont arrivées sur notre sol ramenées par l'armée française et donc aujourd'hui sur les plus de 1000 Afghans il y a une personne qui est surveillée par la DGSI, nous le savons, nous ne maîtrisons. Et je veux d'ailleurs dire que dans la confusion des esprits parfois de la vie politique française ceux qui ont été au Gouvernement et qui disent des énormités puisque nous avons fait que notre travail de protection de nos concitoyens, nous savions qui venait sur notre sol. Nous avons pris les mesures que quelques ont combattu d'ailleurs au Parlement voilà quelques jours, je crois que ce n'est pas rendre service au très grand travail qu'a fait la police française ces dernières heures.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Mais vous ne craignez pas que cela donne raison à Marine LE PEN qui, la présidente du RN, qui affirme régulièrement qu'il y a des terroristes qui s'infiltrent à l'intérieur des flux de migrants ?

GERALD DARMANIN
Là il ne s'agit pas de flux de migrants, il s'agit d'avoir rapatrié sur le sol national 600 d'abord puis 1000 Afghans qui ont aidé la France, des traducteurs, des juristes, des journalistes, c'est eux que nous avons ramené, il ne s'agit pas de flux de migrants, il s'agit que la France protège ceux qui ont aidé les Français à pouvoir vivre dans ce pays, à pouvoir faire le travail de la diplomatie française, de protéger. Vos collègues journalistes par exemple ils ont été parfois pendant plusieurs jours bloqués à l'ambassade de France, vous le savez bien, ils ont été protégés par des policiers français et par des Afghans. On devrait laisser ces Afghans là sur l'aéroport de Kaboul se faire égorger par les talibans ?

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous dites Gérald DARMANIN à tous les Afghans qui aujourd'hui patients parfois depuis plusieurs jours autour de cet aéroport de Kaboul et qui veulent venir en France, venez, vous y serez les bienvenus et vous serez protégés ?

GERALD DARMANIN
Ecoutez-moi mon travail en tant que ministre de l'Intérieur, c'est de faire ce qu'a décidé de président de la République, c'est-à-dire avec l'armée française, avec la diplomatie française de pouvoir ramener sur le sol national des Français, les Français fonctionnaires mais des Français journalistes, des Français des ONG et qu'ils puissent le faire, il y a lillois qui va revenir dans quelques heures retrouver sa famille alors qu'ils ont fait leur travail même dans des conditions difficiles. Après il y a des Afghans dont nous avons donné des visas, c'est au ministère de l'Intérieur que nous avons donnée dans les toutes dernières minutes de la présence du Gouvernement afghan, si j'ose dire légitime des visas.

MARC FAUVELLE
Mais ça reste du cas par cas.

GERALD DARMANIN
Il y a ensuite le travail du ministre de l'Intérieur, oui ça reste du cas par cas. Et ensuite le travail du ministère de l'Intérieur c'est de regarder toutes ces personnes, de voir si elles ont eu un lien avec une entreprise que l'on pourrait qualifier de terroristes que sont les talibans. On en a trouvé une, cette personne et ceux qui sont au contact que nous soupçonnons d'être en contact avec cette personne aujourd'hui sont surveillées par la DGSI. Cela est maîtrisé par la police française et regardez hier pendant quelques minutes une de ces personnes qui était sous MICAS, sous cette mesure administrative que j'ai décidé, est sortie de son champ, eh bien voilà nous avons pu l'interpeller, le mettre en garde à vue et de surveiller physiquement.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
La gauche s'est indignée des propos d'Emmanuel MACRON lors de son allocution, il y a 8 jours, nous devons anticiper et nous protéger contre les flux migratoires irréguliers, c'est important avait déclaré le chef de l'Etat, est-ce à dire que tout le monde n'est pas le bienvenu ?

GERALD DARMANIN
Ce qui est évident, c'est que nous avons d'abord rapatrié des gens qui ont aidé la France. Ensuite nous savons tous qu'il peut y avoir et c'est peut-être aussi ce que fera le Gouvernement taliban une sorte de pression à nos frontières et quand je dis nos frontières, c'est nos frontières européennes. Vous savez, il y a 5 millions d'Afghans qui sont aujourd'hui en Iran. Il a peut-être demain des millions d'Afghans qui peuvent être en Turquie, pour plein de raisons géopolitiques ces choses-là peuvent toucher l'Europe et singulièrement la France puisque déjà les Afghans avant l'arrivée des talibans étaient la première nationalité de demandes d'asile en France. donc nous savons bien qu'il peut y avoir une pression migratoire extrêmement forte et il s'agit en effet pour la France de pouvoir distinguer ceux qui ont le mérite d'avoir l'asile dans notre pays parce qu'ils sont condamnés à mort par les talibans, parce qu'ils sont pourchassés en raison de l'orientation sexuelle, en raison de leur activité politique, de leur culture, des femmes que nous devons protéger et de tous ceux qui viendraient sur le sol européen, mais comme tout autre nationalité sans avoir le droit au droit d'asile. Et notre travail en tant que pays c'est d'accepter ceux qui ont le droit d'asile et de ne pas accepter ceux qui ne le méritent pas.

MARC FAUVELLE
On va parler d'un autre dossier que vous avez à gérer en ce moment Gérald DARMANIN dans quelques instants, c'est le passe sanitaire, on va voir comment il s'applique ces dernières semaines, est-ce qu'il y a eu beaucoup de contraventions dressées notamment par les forces de l'ordre ? D'abord un coup d'oeil au fil info à 8h40.

///

MARC FAUVELLE
Toujours avec le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN, cela fait deux semaines que le passe sanitaire a été mis en place dans les transports et dans les restaurants, combien de PV les gendarmes et les policiers ont-ils dressé en France ?

GERALD DARMANIN
Alors ce qu'il faut savoir c'est que les policiers, les gendarmes, ils contrôlent ceux qui contrôlent, c'est bien ce que dit la loi, ce n'est pas les policiers et gendarmes qui contrôlent directement les gens qui sont dans le restaurant mais ils contrôlent le restaurateur qui regarde les passe sanitaires. Donc nous avons eu un petit millier de verbalisations depuis le début. Je compte les discothèques avec, c'est-à-dire avant l'entrée définitive du passe sanitaire généralisé parce que nous avons d'abord choisi de pouvoir travailler dans la pédagogie. Donc pendant 15 jours, nous avons fait beaucoup de pédagogies, nous continuons à le faire et puis pour les plus récalcitrants, ceux qui manifestement font profession de ne pas respecter la loi de la République, qui mettent en danger nos concitoyens, nous verbalisons.

MARC FAUVELLE
Et là ça va changer, ce sera désormais tolérance zéro.

GERALD DARMANIN
Moi je suis pour les policiers et pour les gendarmes vis-à-vis des restaurateurs qui ont connu une période extrêmement difficile, vis-à-vis des bars, vis-à-vis de tout un tas de structures commerciales dont on voit bien que ce n'est pas forcément le métier par principe de regarder des passe sanitaires, je suis pour la pédagogie. Donc je suis pour que les policiers, les gendarmes puissent le faire de manière intelligente, se concentrer dans les lieux les plus touristiques là où il y a le plus de contamination du Covid, par exemple dans mon département du Nord en ce moment il y a beaucoup de contamination. Avec le variant Delta et d'adapter la politique des contrôles.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous demandez quoi, du discernement, de la souplesse ?

GERALD DARMANIN
Moi je suis pour la pédagogie, discernement et puis quand des gens manifestement ne souhaitent absolument pas contrôler le passe sanitaire et restent ouverts malgré toutes les aides économiques qu'on a plus donné effectivement je suis pour la verbalisation.

MARC FAUVELLE
Comment les policiers font-ils respecter le passe sanitaire pour ceux qui ne sont pas vaccinés puisqu'ils n'ont pas le droit de rentrer dans les boîtes de nuit ou dans les restaurants ?

GERALD DARMANIN
Mais le passe sanitaire, ce n'est pas simplement le vaccin, c'est aussi votre test PCR.

MARC FAUVELLE
Donc ils se font tester tous les 2 jours.

GERALD DARMANIN
Sinon il n'y a pas de passe sanitaire.

MARC FAUVELLE
Tous les policiers qui aujourd'hui qui vont au contact d'un commerçant pour vérifier, enfin d'un commerçant, d'un restaurateur, font un test tous les 2 jours ou tous les 3 jours, c'est comme ça que ça se passe ?

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui les policiers sont à plus de 70000, pardon 70% de vaccination.

MARC FAUVELLE
Ca en laisse 30%.

GERALD DARMANIN
Ça veut dire d'abord que nous avons des policiers qui sont entre 10 et 15 % de plus vaccinés que les autres et puis ils continuent à le faire. Deuxièmement ils font souvent des tests sanitaires pour aller travailler et puis troisièmement tous les policiers ne sont pas en contact avec le public. J'ai entendu à parler avec les gendarmes, bon vous savez que le statut militaire permettait à la…

MARC FAUVELLE
Obligation vaccinale pour les gendarmes à la mi-septembre.

GERALD DARMANIN
Parce que c'est un statut militaire, mais pour les gendarmes qui sont en contact avec le public. Voilà donc tous les policiers qui sont en contact avec le public, aujourd'hui il y a une très grande couverture vaccinale de ces policiers et j'ai dit que tout début septembre, je referai point avec les syndicats pour savoir si nous proposerons la vaccination obligatoire. Jusqu'à présent je constate…

MARC FAUVELLE
Votre opinion sur ce point sur la vaccination obligatoire des policiers ?

GERALD DARMANIN
Moi je suis pour la vaccination de toute la population.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Non mais obligatoire ou pas pour les policiers ?

GERALD DARMANIN
Le Président de la République a évoqué de le faire par étapes. J'ai décidé de la vaccination obligatoire des pompiers tout au début de cette crise. Les gendarmes le font par le statut militaire, il nous faut une loi pour l'obliger pour les policiers, j'ai dit aux syndicats de police que si nous n'obtenions par un chiffre plus important, 90% par exemple de taux vaccinal, oui je passerai par la vaccination obligatoire. Mais je joue pour l'instant le jeu de la discussion sociale et je constate qu'elle fonctionne, on est à plus 70% de policiers vaccinés, 10 à 15 points de plus que la population française.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et l'objectif donc les 90%, c'est pour quand, c'est pour la rentrée, c'est pour l'automne ?

GERALD DARMANIN
Voilà, je pense que le mois de septembre est un bon mois de rendez-vous surtout que nous sommes en train d'organiser pour les policiers qui rentrent de vacances, les policiers qui rentrent de congé maladie, pour les policiers qui sont en en difficulté d'une part parfois géographique d'avoir accès au vaccin et à la deuxième dose de vaccin, mais j'ai grande confiance dans des serviteurs de la République que sont les policiers.

MARC FAUVELLE
La situation à Marseille Gérald DARMANIN, vous avez sans doute entendu hier les propos de la procureur de la République après cette nouvelle série de fusillades, deux le week-end dernier encore à Marseille, elles ont fait 3 morts la semaine dernière, c'est un adolescent de 14 ans qui avait été tué, hier la procureure de la République a dit je n'ai pas les moyens aujourd'hui de faire mon travail, de faire respecter la loi, est ce qu'elle dit vrai ?

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas moi qui gère le procureur de la République, c'est Monsieur le Garde des Sceaux et je crois qu'il est en déplacement à Marseille d'ailleurs aujourd'hui ou demain et il aura l'occasion sans doute de pouvoir répondre à cette question. En ce qui concerne le ministère de l'Intérieur, le ministère de l'Intérieur a mis beaucoup de moyens…

MARC FAUVELLE
Mais vous savez que des moyens à l'intérieur des policiers supplémentaires comme c'est le cas, si la justice ne suit pas derrière.

GERALD DARMANIN
En l'occurrence je ne connais pas la situation du parquet de Marseille, je ne me fais pas de management à la place des autres collègues du Gouvernement, ce qui est certain c'est que nous faisons un travail très important à Marseille et on le fait en lien avec la justice, 300 policiers de plus, 2 unités de CRS, des opérations antidrogue avec des saisies extrêmement importantes. C'est vrai qu'il y a des règlements de comptes qui se sont accélérés depuis le mois de juin, mais il faut aussi expliquer en perspective ce que sont ces règlements de comptes. C'est d'une part ces règlements de compte liés directement au travail de la police de la justice qui a mis en prison des gros caïds. Et vous savez bien que notamment la guerre de la drogue autour du cannabis, c'est une guerre de territoire et que certains essaient de remplacer le territoire des autres. À Marseille parfois des points de deal, c'est 100000 euros d'argent liquide par jour, donc évidemment le gâteau est très généreux et ce crime organisé qui est très violent à Marseille comme ailleurs essaie de reprendre ses parts. Et puis deuxièmement c'est deux fois moins de règlements de compte aujourd'hui qu'il y a 10 ans. Alors il est vrai que chaque règlement de comptes est un drame notamment quand un gamin de 14 ans meurt évidemment au pied d'un immeuble où il y a un point de deal, c'est une évidence absolue. Il faut sans doute davantage encore de moyens mais je peux assurer qu'au ministère de l'Intérieur, moi je vais à Marseille tous les 2 mois, les moyens sont là et je crois que tout le monde le reconnaît pour pouvoir lutter contre cette merde qu'est la drogue.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Gérald DARMANIN quand Benoît PAYAN, le maire de Marseille, c'était au micro de Marc FAUVELLE hier réclame la création d'un parquet spécial pour lutter contre le trafic de drogue, est-ce à dire que vous aurez beau ajouter 300 policiers supplémentaires, si la justice ne suit pas, ça ne sert à rien.

GERALD DARMANIN
d'abord la justice je crois suit, les condamnations sont extrêmement fortes au parquet de Marseille et dans le ressort de Marseille, encore une fois je laisserai le Garde des Sceaux évoquer s'il faut ou pas un parquet spécialisé, il y a des avantages et des inconvénients parce qu'en plus la drogue, elle est en lien avec d'autres sujets d'affaires, vous le savez bien, la drogue ce n'est pas que la criminalité organisée comme on l'entend dans la grande criminalité, c'est aussi des cambriolages, c'est aussi des agressions physiques, c'est aussi du vol de véhicule, c'est aussi de l'argent qui part à l'étranger, c'est aussi du trafic de tabac, c'est aussi du trafic d'êtres humains, donc je laisserai le Garde des Sceaux évoquer ce que je connais le moins, c'est-à-dire la façon dont le parquet doit fonctionner. En revanche je dis au maire de Marseille que son idée est intéressante, moi je lui dis aussi de mettre de caméras de vidéo-protection dans sa ville, Marseille est une des villes où il y a moins de caméras de vidéo-protection.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Des caméras.

GERALD DARMANIN
Mais dans les quartiers Nord de Marseille où je vais tous les 2 mois, en tant que ministre de l'Intérieur, depuis que je suis ministre de l'Intérieur, il y a quasiment pas, pas de caméra dans les quartiers Nord de Marseille. Il y a en plus à Tourcoing qu'à Marseille quasiment des caméras dans ces quartiers nord là, alors qu'il y a 300000 habitants qui y vivent. Donc l'idée du parquet spécialisé est une bonne idée peut -être pour Monsieur le Maire de Marseille, je dis à Monsieur le Maire de Marseille dont c'est la compétence qu'il doit mettre des caméras de protection dans sa ville. Et je le dis que nous sommes prêts à financer une très grande partie de ces caméras qui pourtant sont de sa compétence.

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce que vous dites Gérald DARMANIN aux consommateurs et notamment aux fumeurs de cannabis qui sont environ 5 millions de fumeurs réguliers aujourd'hui en France.

GERALD DARMANIN
Ca on n'en sait rien puisque par définition c'est illégal…

MARC FAUVELLE
Je dis environ parce qu'il n'y a pas d'étude…

GERALD DARMANIN
… j'espère qu'on ne tient pas de comptage particulier.

MARC FAUVELLE
On dit souvent, ce sont les chiffres à peu près établis qui font consensus, un million de fumeurs quotidiens, 5 millions de fumeurs réguliers. Vous leur dites quoi, vous êtes complice de ce qui se passe ?

GERALD DARMANIN
Oui. Je leur dis que la consommation…

MARC FAUVELLE
Fumer un joint c'est être complice de ce qui se passe à Marseille ?

GERALD DARMANIN
Évidemment. Pas qu'à Marseille partout d'ailleurs, vous savez ce que c'est un trafic de drogue ? d'abord c'est de la drogue qui vient très souvent de l'étranger dans des conditions où des enfants sont parfois exploités, où il y a de la traite d'êtres humains et puis ensuite c'est évidemment l'exploitation de personnes dans des barres HLM par exemple, c'est la terreur que l'on impose à une brave famille qui n'a peut-être pas les moyens de payer son loyer ou en tout cas sa protection et qui se fait, parce que, ce qu'on appelle une nourrisse, c'est là où on met la drogue en attendant pour pas que les policiers arrivent et les attrapent tout de suite en grande quantité, on met cette famille en couple réglé. Et puis quand ils ne payent pas ou quand il ne veut pas cacher la drogue ou quand ils parlent à la police, on tabasse le fils ou on violente le mari. C'est aussi des règlements de comptes avec des gamins de 14 ans qui meurent. C'est effectivement de l'argent sale qui va ensuite parfois financer, nous le savons par les services de renseignement, le terrorisme par exemple.

MARC FAUVELLE
La meilleure façon de régler tout ça, ce ne serait pas comme le propose l'un des adjoints du maire de Marseille, de légaliser ?

GERALD DARMANIN
Mais vous voyez…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est Sébastien BARLES l'adjoint écologiste de Marseille.

GERALD DARMANIN
Vous voyez d'abord la grande cohérence à Marseille, le maire qui veut un parquet spécialisé, un de ses adjoints qui veut légaliser. Vous ne voyez pas l'insulte que ça peut être et la défaite morale que ça peut être qu'il y ait la légalisation de la drogue. D'abord est-ce que vous pensez que quand des caïds, des voyous vivent avec 100000 euros d'argent liquide par jour, ils vont monter une petite échoppe déclarée aux Urssaf et aux impôts, payer des cotisations comme ça pour vendre le cannabis au coin de la rue sur le Vieux Port de Marseille ? Ce n'est pas comme ça que ça se passe. D'abord là où il y a du cannabis, il y a aussi de la cocaïne, on le sait tous. Vous n'allez pas légaliser la cocaïne. Ensuite on sait tous que le cannabis, c'est 500 morts sur la route par an, c'est des enfants qui sont totalement déscolarisés. C'est des gens qui rentrent dans la dépression. C'est un niveau de THC qui n'a rien à voir avec le joint de papa ou de maman il y a 30 ou il y a 40 ans, c'est un poison et nous devons lutter très fortement contre ce poison qui touche beaucoup de familles françaises. et moi je veux dire à la dame qui élève sans doute ses 3 enfants toute seule dans une barre HLM de Tourcoing et de Roubaix ou de Marseille qu'on ne va pas la laisser tomber et que elle qui tous les matins dit à ses enfants, tu dois bien travaillé école et tu ne dois pas tomber dans la drogue, je ne vais pas la décourager par des discours moraux parce que c'est très difficile de faire de la politique et de lutter contre la drogue. Mais ce n'est pas parce que c'est difficile qu'il ne faut pas le faire.

MARC FAUVELLE
Le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN est l'invité de France-Info.

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JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Gérald DARMANIN, quelles sanctions après ces violences survenues lors du match Nice – OM dimanche en Ligue 1 ? Les patrons de club seront entendus par la Commission de discipline de la Ligue. Comment en finir avec cette violence dans les stades ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, jusqu'à présent on ne peut pas dire…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est le préfet qui autorise la reprise du match.

GERALD DARMANIN
Oui, mais enfin le préfet…D'abord, j'ai été arbitre de football dans ma tendre jeunesse, j'étais arbitre de fédération, et c'est toujours l'arbitre qui décide si on reprend ou on ne reprend pas un match.

MARC FAUVELLE
Sauf dans le cas, où apparemment c'est ce qui s'est passé, le préfet dit : attention, si on renvoie tous les supporters ou les pseudos à la maison, il y a risque que ce soit pire. Et l'arbitre, lui, voulait interrompre.

GERALD DARMANIN
C'est très difficile d'être arbitre de football, et ce qui est certain c'est qu'il y a beaucoup d'éléments, et dans un match de Ligue 1, notamment lorsque nous avons des tensions extrêmement violentes et franchement inacceptables, chacun l'a dit, et je ne vais pas faire de café du commerce devant ce match, moi qui aime le football comme beaucoup de Français, l'arbitre il prend sa décision en fonction des difficultés qu'il a autour de lui. Bon, ce qui est certain c'est que, après une année Covid où il n'y avait pas de personnes dans les stades, la violence dans les stades avait plutôt diminué, et ce que nous avons vu est absolument inacceptable, et c'est pour ça que j'espère que la Ligue de football prendra des décisions extrêmement fortes, et que nous prendrons un certain nombre de décisions qui concerneront sans doute le club de Nice, ce qu'a déjà pris le préfet d'ailleurs, et je le remercie. Et puis nous verrons si cette violence a tendance à revenir dans ces stades, alors que nous avons fait énormément d'interdictions de stades, énormément de caméras de vidéo-protection, énormément d'actions d'éloignement de supporters violents, eh bien si nous devons continuer à mettre plus de policiers et de gendarmes pour permettre aux préfets justement de tenir la paix publique, eh bien nous ferons.

MARC FAUVELLE
Le journal Mediapart, Gérald DARMANIN, a révélé il y a quelques jours que le nouveau commandant de gendarmerie de Nouvelle-Calédonie avait été condamné en 2018, en première instance puis en appel, avec une peine allégée pour des violences conjugales. Suite à la révélation de cette information par Mediapart, le colonel a dit qu'il se mettait en retrait, il a demandé à être relevé de ses fonctions. Est-ce que vous vous étiez au courant de cette condamnation en première instance et en appel, au moment de sa nomination ?

GERALD DARMANIN
La domination est faite par le directeur général de la gendarmerie. Mais, ma vérité, c'est qu'effectivement le directeur général de la gendarmerie, puisque j'ai fait une sortie médiatique en demandant à tous les policiers gendarmes qui avaient été condamnés à de la prison ferme ou de la prison avec sursis pour violences conjugales, de ne pas prendre de postes de responsabilité et de quitter la police nationale ou la gendarmerie. Donc j'ai l'information que le Colonel STEIGER était concerné. Je n'y ai pas lu dans le dossier ce qu'a sorti le journal, je mets des guillemets, Mediapart. D'abord, parce qu'il n'a pas été condamné à la prison ferme ni avec sursis, ce colonel…

MARC FAUVELLE
En première instance, si, mais pas en appel, je crois…

GERALD DARMANIN
Non mais, la justice…

MARC FAUVELLE
Non, c'est faux ce qu'a écrit Mediapart ?

GERALD DARMANIN
La justice n'a pas condamné de façon, en prison avec ferme ou avec sursis, le colonel STEIGER, de façon définitive, je reprends les mots, moi je ne suis pas pour les chasses aux sorcières et je déteste des chasses à l'homme ou à la femme. Et deuxièmement, son épouse, son ex-épouse, a également été condamnée, ce que n'a pas je crois souligné le journal Mediapart. J'ai cependant demandé au directeur général de la gendarmerie, d'avoir cette discussion avec le colonel STEIGER, pour savoir s'il se sentait rester en poste et considérant moi-même qu'il ne devait sans doute pas rester en poste vu la cabale dont il faisait l'objet, et vu l'exigence que je demande aux chefs qui dirigent. Et il a souhaité de lui-même démissionner, je salue son geste, je mets des guillemets dans la salutation de son geste, un nouveau général va être annoncé en Nouvelle Calédonie dans quelques semaines et je veux redire et je l'ai redit au directeur général de la gendarmerie, comme au directeur général de la police nationale, que nous ne pouvons pas mettre, dans des postes de responsabilité, ni derrière des postes de plaintes des commissariats, ou des gendarmeries, des gens qui ont été condamnés de façon définitive, à de la prison avec sursis, pour violences conjugales.

MARC FAUVELLE
Mais ça veut dire quoi, précisément les mots, parce qu'ils sont importants, dans ce qu'a dit Mediapart, Gérald DARMANIN…

GERALD DARMANIN
Il n'a pas été condamné…

MARC FAUVELLE
… 6 mois de prison avec sursis, en première instance, ça c'est un jugement de février 2020, jugement qui a été modifié en en appel, 6 000 € d'amende, il n'y a plus de prison avec sursis. Je précise, c'est ce qu'a écrit Mediapart.

GERALD DARMANIN
Non mais, ce que je veux vous dire, et je le redis, c'est que la chasse à l'homme ou la chasse à la femme médiatique, ne fait pas un tribunal, et c'est le tribunal qui a jugé monsieur STEIGER et son épouse, son ex-épouse, voilà. Donc moi je ne suis pas procureur aux petits pieds, cette personne, de façon définitive, n'a pas été condamnée avec de la prison avec sursis. J'ai cependant considéré que vu ce que disaient les élus, ce que disait le directeur général de la gendarmerie et vu ce que disait lui-même cet officier, qu'il valait mieux qu'il quitte ses fonctions. Mais je ne veux pas hurler avec les loups, je pense que ce n'est pas ce que doit faire à mon avis un ministre de la République.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Une question Gérald DARMANIN assure Xavier BERTRAND. Il l'a dit au JDD, qu'il veut interdire le salafisme en France et dissoudre toutes les organisations islamiques qui propagent des idéologies contraires à nos valeurs. Vous le suivez là-dessus ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, en fait, Xavier BERTRAND comme Valérie PECRESSE, disent des choses que l'on fait déjà, et d'ailleurs je suis très étonné, parce que la loi séparatisme que nous avons portée, qui nous permet justement de pouvoir mettre fin à des mosquées radicales, séparatistes, nous les fermons d'ailleurs et nous en fermons souvent, je me suis fait souvent attaquer par les salafistes de ce point de vue, n'a pas été totalement soutenu par les LR, qui soutiennent monsieur BERTRAND et madame PECRESSE. D'ailleurs le groupe LR au Sénat, a même portée devant le Conseil Constitutionnel la censure du texte qui nous permettait de faire ce que demandent monsieur BERTRAND et madame PECRESSE.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc vous dites « nous le faisons déjà », c'est ça, ce que vous dites à Xavier BERTRAND, qui est votre ami Xavier BERTRAND.

GERALD DARMANIN
Mais, j'ai des amis, mais ça n'empêche que politiquement je considère que c'est un pu le coq de Chantecler, on a l'impression de dire ce que l'on fait déjà. Et puis deuxièmement, je vais vous dire qui la cohérence politique, monsieur ACHILLI, la cohérence politique, comment on peut quand on est candidat à la présidentielle demander de la fermeté à un Gouvernement, des mesures à un Gouvernement et avoir des groupes parlementaires qui votent contre et qui portent au Conseil constitutionnel la censure du texte qui nous permet de faire ce qu'ils nous demandent.

MARC FAUVELLE
Vous lui avez dit avec Xavier BERTRAND ?

GERALD DARMANIN
non je ne lui ai pas dit, mais je sais très bien qu'il l'a vu, j'imagine qu'il a vu, il doit sans doute être en grande difficulté avec Les Républicains puisque je comprends qu'il n'y a pas de primaire souhaitée par lui, mais Madame PECRESSE comme Monsieur BERTRAND ferait mieux de ne pas convaincre le Gouvernement, mais de convaincre les Verts, de convaincre monsieur RETAILLEAU qui a mené une guerre assez fort au sénat contre la loi séparatisme, de convaincre un certain nombre de parlementaires LR qui ont été au Conseil constitutionnel pour nous empêcher de dissoudre des mosquées salafistes. Donc un peu de cohérence…

MARC FAUVELLE
Vous lui direz.

GERALD DARMANIN
Je lui dirai avec plaisir. Mais un peu de cohérence ne nuit pas sans doute à l'activité politique.

MARC FAUVELLE
Si un jour Gérald DARMANIN, si un jour vous devez choisir entre votre ami Xavier BERTRAND et le président, Emmanuel MACRON, vous choisirez quel camp, quel homme ?

GERALD DARMANIN
Mais j'ai dit, d'abord j'espère qu'Emmanuel MACRON, j'ai de l'affection et je peux considérer comme de relations amicales que je peux avoir avec lui, j'ai dit je ferai campagne pour Emmanuel MACRON et que je voterai pour Emmanuel MACRON à l'élection présidentielle. Et je redis une nouvelle fois qu'il n'y a pas énormément de choses qui sépare Xavier Bertrand me semble-t-il d'Emmanuel MACRON

MARC FAUVELLE
Lui il dit que si.

GERALD DARMANIN
C'est le moins qu'on puisse dire et moi je souhaitais que Xavier BERTRAND soutiennent Emmanuel MACRON, le chômage baisse, il a été un grand président, le meilleur des présidents je crois des pays européens dans le cas du Covid. Il donne les moyens à la sécurité des Français, il permet à la France d'avoir une place, retrouver une place dans le monde, franchement je ne vois pas ce qui nous sépare quand on est à droite d'Emmanuel MACRON. Moi j'appelle chacune et chacun à soutenir le président de la République dans un grand geste gaullien, vous voyez.

MARC FAUVELLE
Merci et bonne journée à vous Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 août 2021

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