Interview de Mme Roxana Maracineanu, ministre des sports, à RTL le 30 juillet 2021, sur la performance de l'équipe de France de football aux JO de Tokyo et le bilan des médailles obtenues.

Texte intégral

STEPHANE CARPENTIER
Bienvenue à vous tous, 7h45, en ce vendredi, en direct et en studio, en ce 30 juillet l'invitée de RTL Matin est donc la ministre chargée des Sports, au coeur de l'actualité, bonjour à vous Roxana MARACINEANU.

ROXANA MARACINEANU
Bonjour.

STEPHANE CARPENTIER
Est-ce que d'abord la ministre, la vice-championne olympique, est du genre à se lever très tôt, à regarder tout ça la nuit pour suivre les Jeux japonais ?

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr, on s'est levé, d'autant plus aujourd'hui, ce matin avec Teddy, qu'on suivait…

STEPHANE CARPENTIER
Ça a été douloureux ?

ROXANA MARACINEANU
Ça a été douloureux, c'est sûr que je ne viens pas vous voir dans la meilleure des matinées, puisqu'à côté de Teddy il y a eu aussi d'autres athlètes, qui pensaient pouvoir monter sur le podium, qui n'y sont pas arrivés, mais il y a encore une belle médaille de bronze à chercher pour Teddy et puis, voilà, je pense qu'il faut saluer sa longévité et puis sa ténacité jusqu'au bout, on a tous découvert aussi, dans un reportage de France-Télévision, ses difficultés, les difficultés qu'il a rencontrées cette année, que ce soit avec sa blessure, que ce soit aussi dans sa vie familiale avec l'arrivée de sa petite fille, aussi tout le questionnement qui était le sien avec le report des Jeux, voilà. C'est tout simplement difficile, compliqué, c'est 16 ans de vie, quatre Jeux olympiques à la suite ce n'est pas rien, et donc là, voilà, sa montagne à ravir pour la journée, c'est aller décrocher cette médaille de bronze.

STEPHANE CARPENTIER
Lui vise l'or, Teddy RINER, il ne vise que l'or olympique, comment se remobiliser là, comme ça, en quelques minutes ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien ça va être son défi, son défi c'était d'aller chercher sa troisième médaille d'or, là, voilà, ça va être une médaille de bronze, et puis dans 3 ans, il y a Paris, on verra ce qu'il décidera suite à cette compétition ici, c'est vrai que son année n'a pas été facile, moi je l'ai trouvé physiquement bien, mais c'est vrai qu'on peut, sans doute à cause de sa blessure, regretter le manque de compétitions qu'il n'a pas eues, là ces derniers temps, il n'a pas pu s'aligner, il n'a pas pu rencontrer ses adversaires, et on sait que c'est déstabilisant pour des sportifs qui ont besoin de se mesurer aux autres.

STEPHANE CARPENTIER
On va voir ce qu'il nous donne en termes de médaille de bronze et on lui souhaite bien évidemment, mais 3 ans pour un tel champion c'est long quand même, jusqu'à Paris, il a 32 ans, 3 ans pour se maintenir à haut niveau, c'est compliqué. Vous le voyez être à Paris, franchement ?

ROXANA MARACINEANU
On l'a déjà vu là, les 5 ans, il a arrêté 1 an, il a dû revenir, c'était compliqué, il a pris le risque aussi de changer de méthode d'entraînement, d'entraîneur, de préparateur physique, à quelques mois des Jeux, donc c'est vrai que c'était un pari risqué, c'est un pari, peut-être, qui pourra payer, à la longue, si toutefois il prend la décision de continuer, mais cette décision évidemment lui appartient et puis, on verra déjà, là, comment il s'en sort à la fin de cette compétition parce que ça peut aussi basculer mentalement si jamais il réussit des bons combats jusqu'à la fin de la compétition.

STEPHANE CARPENTIER
Onze médailles pour l'instant, Madame la ministre, pour le camp français en sept jours de compétition, c'est quoi, c'est un bon bilan, c'est encourageant ?

ROXANA MARACINEANU
J'allais dire que j'ai apprécié beaucoup l'état d'esprit, l'état d'esprit des jeunes, des outsiders, des challengers qu'on a vus quand même figurer à de bonnes places, décrocher des médailles qu'on n'attendait pas, notamment chez les filles, puisque sur les 11 il y a 8 médailles pour les filles, c'est assez remarquable, et puis des bonnes places, entre la 4e et la 10e place, avec un état d'esprit très combatif, de la part de beaucoup de jeunes, donc voilà, moi c'est ce que je suivais, c'est ce que je leur avais dit aussi, c'était qu'il fallait saisir toutes les opportunités qui allaient se présenter à nous parce que, forcément, les favoris allaient être déstabilisés par le report des Jeux, par cette incertitude, par le manque de compétitions, et nous aussi on en avait, certains favoris, il y en a qui ont bien réussi à confirmer, et puis d'autres un peu moins. Maintenant, voilà, il faut que ces médailles d'argent, puisqu'on le voit, on en a beaucoup, là, des médailles d'argent, arrivent à se transformer en or pour Paris, et puis que les places de finalistes arrivent à monter sur le podium, peut-être qu'avec le fait que les Jeux soient chez nous, voilà, on va monter en puissance ces trois prochaines années pour ça.

STEPHANE CARPENTIER
Ça fait 11 médailles pour l'instant, est-ce que vous avez eu un coup de coeur ces derniers jours en particulier ? La France est devenue complètement amoureuse de Clarisse, la reine des tatamis, on s'attache à elle évidemment, est-ce qu'elle vous a marquée par sa performance, et sa personnalité aussi ?

ROXANA MARACINEANU
Oui, surtout pas sa capacité à se concentrer avant l'événement, et puis à annoncer, en fait, ce qu'elle va faire, j'étais avec ses parents, ils me disaient, à quelques heures encore de ses combats, elle leur a dit « je reviendrai avec cette médaille d'or », et moi, pour avoir été sportive, je sais que ça c'est une étape supplémentaire à passer pour des champions. On peut avoir l'ambition, on peut se concentrer, et puis s'entraîner pour y arriver, mais le dire avant de le faire c'est vraiment la marque des très grands, il y avait une fille qui faisait ça chez nous en natation, c'était Laure MANAUDOU, et puis là il y a Clarisse AGBEGNENOU, mais, voilà, toute cette dynamique de l'équipe de France de judo féminine, où je suis sûre que ça va emmener aussi les garçons pour les années à venir, et puis, je vous dis, des jeunes, que ce soit les deux petits jeunes en natation qui ont fini entre la 4e et la 10e place, on espère que tout ça, ça va emmener ces disciplines pour Paris.

STEPHANE CARPENTIER
De voir la Une de « l'Equipe » ce matin avec ces femmes puissantes, tous ces sourires féminins, en aviron, en judo, en escrime, ça vous fait plaisir ça !

ROXANA MARACINEANU
Ça me fait très plaisir parce que c'est vrai qu'il est rare de voir des femmes à la Une de notre quotidien sportif, et puis on a, c'est vrai, toujours l'impression qu'il faut confirmer, confirmer, reconfirmer, reconfirmer, pour avoir le droit d'être en Une, alors que, voilà, c'est un journal d'information et c'est bien qu'il relate l'information aussi bien pour les garçons que pour les femmes.

STEPHANE CARPENTIER
Roxana MARACINEANU, je voudrais vous entendre sur le foot français, éliminé d'entrée, quel échec, quel échec sur l'ensemble du foot tricolore d'ailleurs, sur ces joueurs qui ont été appelés, pas libérés par les clubs, une fédération qui a, semble-t-il, pas de pouvoir là-dessus, comment on peut gérer ça, on ne peut pas donner cette image, si ?

ROXANA MARACINEANU
D'abord je voulais saluer l'engagement de GIGNAC et de THAUVIN, parce qu'ils ont été remarquables, dans leurs déclarations, dans leur comportement, dans leur manière de faire et de se remobiliser alors que ça démarrait mal, parce que tout seul dans une équipe, ou à deux dans une équipe de 11 on ne peut pas s'en sortir si les autres ne sont pas là, c'est sûr, les autres, les jeunes qui étaient là, bravo à eux aussi, pour leur engagement, mais c'est vrai qu'on attend plus et mieux, évidemment, du football français, on ne peut pas se permettre, aux Jeux olympiques de 2024, qui auront lieu en France, de ne pas avoir notre équipe de France, performante, qu'on voit performer dans les compétitions de l'UEFA, de la FIFA. Donc, avec Noël LE GRAET aujourd'hui, on va faire des choses pour que les clubs se mobilisent…

STEPHANE CARPENTIER
Quoi ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien il faut que ça rentre dans le programme de la FIFA en fait, c'est tout simplement ça, pour que ces dates puissent être dans le calendrier de la FIFA, c'est eux qui organisent la compétition de football pour le compte du CIO, donc c'est à eux de sanctuariser ces dates par rapport aux clubs, et on va engager ce chantier avec Noël LE GRAET.

STEPHANE CARPENTIER
Madame la ministre, parlons du sport pour nous, les amateurs et les pratiquants, ce sport en général, qui a été très touché par la pandémie, qui a fait beaucoup de mal à ce monde-là aussi, les clubs, les salles de sport qui sont dans le rouge financièrement, en baisse vertigineuse en termes d'adhérents et de licenciés, qu'est-ce que vous pouvez faire de plus aujourd'hui, vous les avez aidés depuis le départ, que faire de mieux ?

ROXANA MARACINEANU
Six milliards d'euros, nous avons débloqués pour le sport, aussi bien professionnel qu'amateur, au total, c'est énorme, c'est du jamais vu en Europe et dans le monde je pense, pour le sport. A la rentrée nous aurons une mesure qui s'appelle « le Pass'Sport », qui permettra à un enfant sur deux de bénéficier d'une réduction pour s'inscrire en club, donc chacun recevra chez lui un courrier qu'il faudra faire valoir auprès de son association préférée, celle qu'on a choisie après avoir regardé toutes ces épreuves aux Jeux olympiques.

STEPHANE CARPENTIER
De quel montant ?

ROXANA MARACINEANU
50 euros pour l'Etat, c'est un montant entre 100 millions et 250 millions d'euros, en fonction de comment l'enveloppe sera consommée, le président de la République a annoncé qu'on ira jusqu'à épuiser cette aide, et puis, avec des collectivités, des partenaires, des fédérations, qui vont mettre au-delà de ces 50 euros pour qu'on puisse aussi avoir un minimum de reste à charge pour les familles, les plus fragiles. C'est une allocation de rentrée sportive, comme l'allocation de rentrée scolaire, qu'on a envie de renouveler chaque année, et donc on espère que, voilà, beaucoup de clubs vont se mobiliser pour aller chercher ces publics, qui ne font pas suffisamment de sport et qui ont peut-être… voilà, qui sont partis des clubs, attirés par autre chose, et puis aussi déçus de ne pas pouvoir pratiquer avec leur association de coeur, donc on a envie que ça reparte. Une grande campagne de communication, aussi, pour relancer le sport pour tous au mois d'août, nationale, et puis je suis assez confiante parce que je pense que tout le monde a envie de retrouver ses copains, dans l'association, dans le club du coin, et puis sa deuxième famille de coeur, puisque c'est ça une association sportive, c'est une deuxième famille lorsqu'on sort de chez soi.

STEPHANE CARPENTIER
On a perdu beaucoup beaucoup d'adhérents et de licenciés ?

ROXANA MARACINEANU
On est à -10, -15 %, sur les territoires, et puis au niveau fédéral, avec des clubs qui ne sont pas licenciés, et ils n'ont pas pris d'adhésions vu que les compétitions étaient arrêtées, on est plutôt à -30, le double, mais, voilà, moi je pense que, avec la vaccination…

STEPHANE CARPENTIER
Ça va repartir.

ROXANA MARACINEANU
Et j'encourage tout le monde à se faire vacciner, puisque le passeport sera obligatoire pour se réinscrire, à partir de 12 ans, à partir du 30 septembre, donc il faut vraiment aller se faire vacciner, les enfants aussi, pour qu'on puisse reprendre normalement et que les associations, le sport, ne referment pas si jamais la situation se dégradait.

STEPHANE CARPENTIER
Les championnats professionnels vont reprendre, c'est déjà fait pour la Ligue 2, ça va être le cas pour le foot, pour la Ligue 1 très très vite, dans 8 jours, le rugby, à venir, et tous les autres, est-ce qu'il faut avoir un pass sanitaire pour aller dans les tribunes, comment vous allez gérer tout ça ?

ROXANA MARACINEANU
Oui, vous savez que le sport c'était déjà le cas, puisqu'au-delà de 1000 personnes on devait présenter un pass sanitaire, c'est aujourd'hui le cas à partir de 50 personnes, et puis dès que la loi sera en vigueur, à partir du 9 août, ce sera le cas dès la première personne qui passe la porte d'un stade, ou d'une piscine pour aller pratiquer, ou qui entre dans un club sportif, à partir de l'âge de 12 ans.

STEPHANE CARPENTIER
Il y a des jauges aujourd'hui, il y a des jauges dans les enceintes sportives ?

ROXANA MARACINEANU
Il n'y a pas de jauge…

STEPHANE CARPENTIER
Il n'y a pas de jauge !

ROXANA MARACINEANU
Non, il n'y a pas jauge, sauf si la variant Delta circule beaucoup dans un endroit et que le préfet prend la décision de diminuer la jauge normale, mais pour le moment, si tout le monde se vaccine, si tout le monde a ce pass sanitaire, on espère que tout ça va évoluer positivement.

STEPHANE CARPENTIER
Bon, ramenez-nous des médailles de Tokyo, je crois que vous partez ce week-end jusqu'au terme de la compétition, les Jeux olympiques…

ROXANA MARACINEANU
Dimanche, je vais rejoindre les sportifs et les entraîneurs.

STEPHANE CARPENTIER
Merci Madame la ministre…

ROXANA MARACINEANU
Merci.

STEPHANE CARPENTIER
Roxana MARACINEANU, d'avoir été en direct ce matin sur RTL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 août 2021