Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, à France 5 le 30 août 2021, sur le bilan de la saison touristique estivale dans le contexte de l'épidémie de Covid-19.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

Prononcé le

Texte intégral

Q - Vous êtes secrétaire d'Etat chargée du tourisme, des Français de l'étranger et de la Francophonie. Nous allons faire le bilan de cet été pas comme les autres dans un instant, mais d'abord, vous étiez à Bercy ce matin pour une réunion importante avec Bruno le Maire, les acteurs du tourisme, entre autres. Le quoi qu'il en coûte, c'est terminé. Et aussi pour les restaurateurs, l'hôtellerie ?

R - C'était une réunion importante parce que ces acteurs ont pour beaucoup fait une belle saison, mais nous avons vu des disparités selon les territoires, selon les secteurs. Et c'est pourquoi désormais, on passe à une logique d'accompagnement sur-mesure. Au mois de septembre, on va continuer avec le fonds de solidarité. On l'adapte. Il faut une activité minimale équivalente à 15% du chiffre d'affaires. Et puis au mois d'octobre, c'est ce que l'on appelle le dispositif "coûts fixes". Pardon, d'être un peu technique, mais c'est en fait pour indemniser les entreprises - et toutes les entreprises d'ailleurs, sans idée de seuil pour rentrer dans le dispositif - et faire en sorte que l'on puisse les indemniser en fonction des coûts fixes qu'elles rencontrent.

Donc on ne les laisse pas sans rien. On continue à les accompagner différemment, sur-mesure. Et pour revenir sur le quoi qu'il en coûte, vous donner quelques chiffres. Je ne vais pas vous assommer de chiffres, mais depuis le début de la crise, on est à 240 milliards d'euros, mis en place pour aider les secteurs économiques. Et pour le secteur du tourisme au sens large, cela représente 36 milliards d'euros. Cela veut dire 15%. 15%, alors que le tourisme, cela représente 10% de l'économie nationale. Cela montre que le tourisme a été très largement accompagné.

Q - Et en même temps, ils ont besoin d'aide. On a vu que les restaurateurs ont perdu, pour la plupart, plus de la moitié au moins 20% de leur chiffre d'affaires cet été et ils ne pourront pas se débrouiller seuls. On a des disparités. Vous parlez de sur-mesure. On le sait très bien, concrètement, entre un établissement qui n'a pas de terrasse et un autre qui est loin d'une zone touristique, encore un autre qui est en zone commerciale ou certains lieux où les clients sont particulièrement réfractaires au passe sanitaire, c'est compliqué. Comment accompagner au mieux ?

R - C'est pour cela que plutôt que d'avoir une logique comme nous l'avions jusqu'à maintenant forfaitaire, tout le monde à la même enseigne, on passe - finalement, à un travail de dentellière pour s'assurer d'accompagner au mieux chaque établissement. Parce qu'il se trouve que la côte Atlantique, par exemple, cet été, elle a bien fonctionné et qu'il y a des établissements, des restaurants qui, sur ce littoral atlantique, parfois, ont connu des croissances plus 20, plus 30, plus 40% parfois dans leurs recettes...

Q - Mais ce n'est pas la majorité.

R - Ce sont les relevés des cartes bancaires des Français qui l'attestent. En revanche, regardez à Paris au mois d'août, il n'y avait pas les touristes américains ou pas autant qu'avant. Il n'y avait pas les clientèles asiatiques, russe, etc. Et donc là, on fait face parfois à du moins 20, 30 ou 40%. C'est pour cela qu'on a besoin de passer maintenant à ce travail ciselé de dentelle pour accompagner du mieux possible chacun.

Q - On va revenir en effet sur le bilan de la saison touristique. Autre grande actualité, tout de même, à partir d'aujourd'hui, la nouvelle étape pour le passe sanitaire. Il devient obligatoire dorénavant pour le personnel en contact avec le public.

(...)

Q - Vous entendez le désarroi de ce restaurateur avec effectivement des peines qui peuvent être importantes pour ceux qui n'ont pas de passe.

R - Je ne sais pas si Monsieur est représentatif de l'ensemble de la profession. Parce que moi, ce que je vois, en ayant été à la rencontre des professionnels tout au long de l'été, ce que j'ai rencontré, ce sont des gens qui étaient satisfaits de se dire qu'ils allaient pouvoir continuer à travailler. Parce que, souvenez-vous, il y a quelques mois, c'était le rideau baissé, c'était fermé purement et simplement. Et ce sont des gens qui ne demandent qu'à travailler. Ils aiment travailler, ils ont le sens de l'accueil, c'est leur métier...

Q - Et on entend des problématiques de recrutement. Est-ce qu'avec ce pass sanitaire, ce n'est pas un frein supplémentaire pour eux ?

R- Et donc beaucoup, la plupart des employés, en fait du secteur HCR notamment, se sont fait vacciner. En réalité, 90% y ont été. Donc il y a certes des problèmes aujourd'hui qui se posent, mais qui sont des problèmes qui existaient avant la crise, qui sont des problèmes de recrutement. Ça, c'est vrai...

Q - Une grande complexité à recruter...

R - Ce sont des métiers en tension, et j'ai entendu ce matin lors de notre réunion avec les professionnels, les syndicats, l'UMIH, le GNI, qui disaient : eh bien oui, il faut que l'on travaille sur l'attractivité de nos métiers parce que ce sont des métiers qui effectivement, parfois, ont des horaires atypiques, demandent une organisation. Et d'ailleurs, ils l'ont dit : l'attractivité, mais aussi la rémunération, tout ça. Cela tombe bien. Le Président de la République m'a confié avec Alain Griset, le soin de faire un plan de reconquête du tourisme. Le premier axe, c'est l'emploi et la formation. Parce qu'on a beaucoup de jeunes qui effectivement se forment dans les métiers de l'hôtellerie et de la restauration et parfois, au bout de quelques années, ils quittent le secteur. On a besoin de faire des passerelles pour les garder dans le secteur du tourisme. On va s'atteler à tout cela.

Q - Vous parliez du bilan de cet été, avec un chiffre marquant : 85 % des Français sont partis en vacances en France. Exactement, c'est nettement plus que les années précédentes. Dix points de plus. Est-ce que cela a été une surprise pour vous ?

R - Cela fait deux ans que je me déploie partout en appelant les Français à faire un été bleu, blanc, rouge. Donc je suis très heureux qu'ils aient fait ce choix...

Q - Pour une fois, ils écoutent la parole des hommes politiques...

R - Peut-être en partie parce qu'aujourd'hui, la parole publique pèse plus dans le contexte de crise sanitaire que l'on connaît qu'auparavant. Et puis, il y a aussi, je crois, le souhait de faire un tourisme en circuit court. On part moins loin. Le bonheur est dans le "près", si je puis dire. Et c'est vrai que les Français, cette année encore, ont redécouvert ce qui fait le charme de nos territoires, de nos terroirs, le patrimoine, les chemins de randonnée. Enorme succès également des véloroutes. Eh bien moi, je m'en réjouis parce qu'encore une fois, c'est le moteur...

Q - On va regarder un palmarès des régions qui s'en sortent le mieux, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Occitanie et puis également Nouvelle Aquitaine. Alors, le point commun, finalement, c'est la campagne, la montagne et la mer. C'est le triptyque des vacances sous Covid.

R - Tout à fait. Littoral et montagne ont très bien fonctionné. L'arrière-pays aussi. Regardez des destinations comme l'Aveyron, la Lozère, le Jura : il n'y avait plus un gîte disponible. Il y a une envie de nature et c'est vrai qu'après les mois que l'on a passés, parfois confinés ou parfois restreints avec des couvre-feu, Il y a eu une envie de grand air, une envie de s'oxygéner et de s'aérer.

Q - Vous l'avez dit tout à l'heure, du côté des grandes villes, en revanche, on a eu des baisses draconiennes de visiteurs, notamment à cause des touristes étrangers qui n'étaient pas là. En revanche, l'année prochaine, rêvons un peu, pas de Covid. Comment est-ce que vous faites pour garder les Français en France ?

R - Il y a deux choses : d'une part, je pense que des habitudes ont été prises pour repartir moins loin. Maintenant, les Français repartiront assurément. D'ailleurs, certains l'ont fait dès cet été vers la Grèce par exemple, mais inversement. Nous, nous allons aussi à nouveau, nous l'espérons, accueillir des touristes étrangers. D'ailleurs, dès cet été, beaucoup d'Européens, de Belgique et des Pays-Bas, de Suisse, d'Allemagne sont venus en France et je peux vous dire même que nous avons battu des records. Il y a eu 20% de plus de Belges qu'avant la crise. Cela veut dire que la France reste une destination sure, une destination que l'on a envie de découvrir.

Q - On va voir s'ils reviennent l'année prochaine. Un dernier mot. Je le disais, votre autre casquette, eh bien être en charge des Français de l'étranger avec un sujet brûlant, l'Afghanistan. Est-ce que tous les Français ont été rapatriés ?

R - Il y a encore quelques dizaines de Français qui sont sur place parce que certains d'ailleurs se sont manifestés jusqu'à ces derniers jours. Et donc on continue le travail pour faire en sorte, encore une fois, qu'ils puissent tous revenir à la maison. D'ailleurs, les autorités de facto sur place ont dit que les étrangers pourraient quitter le pays et donc nous allons nous assurer de tout cela, naturellement.

On en a ramené 150 déjà, en plus des 2 800 Afghans qui ont été évacués depuis le 15 août et qui s'ajoutent eux-mêmes aux 1 500 Afghans que nous avons évacués précédemment. On avait beaucoup anticipé, mais naturellement, on sera attentif à chacune des situations.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 septembre 2021