Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur l'action du gouvernement en faveur de la lutte contre la délinquance et la criminalité à Marseille, à Marseille le 1er septembre.

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Circonstance : Visite du commissariat de la division nord de Marseille

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Texte intégral

Monsieur le préfet, madame la préfète, monsieur le DGPN, madame la directrice, mesdames, messieurs, je salue la présence des ministres, le ministre de l'Intérieur, le Garde des Sceaux, la ministre de la Ville ici à mes côtés ainsi qu'évidemment la présence du maire, de nombreux parlementaires, en particulier du député, de plusieurs adjoints aux maires et des maires d'arrondissements.

Je voulais d'abord vous dire un mot pour vous remercier. On parle beaucoup, ces derniers temps, de Marseille et de certaines affaires, d'une part, et de terribles crimes d'autre part, mais il y a le quotidien, ce que vous vivez tout au long de l'année, ce que vous faites et les situations aussi que vous allez bouger, bousculer par l'efficacité de votre action. Et donc les résultats sont là et ce que je me dois de faire, ce que je veux avant tout faire en étant parmi vous ce soir, c'est vous remercier pour l'efficacité, l'engagement et l'opiniâtreté.

Les mots qui sont revenus dans la bouche de nombre de représentants de votre hiérarchie, ça a été pilonné, ça vaut pour tout et il faut continuer. Je sais les risques que parfois vous prenez, je sais l'engagement qui est le vôtre. Je sais l'engagement, d'ailleurs, de tous les collègues à travers le territoire, et donc merci de cela. Ces remerciements s'accompagnent évidemment d'engagements. Une fois qu'on a fait ce constat, je crois que ce qu'on devait à nos forces de l'ordre ici, c'est des engagements consistants. C'est ce que le ministre de l'Intérieur a décidé il y a plusieurs mois pour ce qui vous concerne, après un examen de la situation et des besoins. Des annonces ont déjà été faites et les matériels aussi ont commencé à arriver, les effectifs, avec une très bonne coopération aussi avec la mairie. Je veux vous en remercier, monsieur le maire, parce que je pense que c'est essentiel pour l'efficacité de tous. À peu près 100 policiers sont arrivés d'ores et déjà sur les 300 annoncés, et compte tenu de l'évolution de la situation et de l'efficacité qu'on observe, nous avons décidé d'accélérer les arrivées et ce seront 200 arrivées pour l'année prochaine, ce qui va permettre d'accélérer les choses, d'affecter plus en sortie, et derrière aussi, et je remercie le ministre et le DGPN à ses côtés parce que je sais que ce sont des exigences, de réussir à fidéliser un peu plus celles et ceux qui sont sur ce théâtre d'opérations parfois difficile. Il y a eu les primes pour les nuiteux, il y aura d'autres mesures qui seront prises en termes de gestion des ressources humaines pour véritablement socler, comme on dit je crois joliment, si je vous ai bien écouté, les choses, en tout cas pour permettre que chacun s'y retrouve et rendre plus attractives aussi la place marseillaise. A travers ces moyens, on va aussi permettre d'avoir plus d'OPJ parce que cela répond aux besoins pour réussir à mener les opérations plus complexes et en tout cas permettre d'avoir justement un suivi judiciaire, j'y reviendrai, plus efficace.

À côté de ça, il y a ensuite les emprises et donc on a décidé avec le ministre de lancer le projet de l'hôtel de police et de faire un investissement de 150 millions d'euros pour Marseille. Le lieu est identifié. Je pense que c'est attendu, c'est une bonne chose de le faire. Donc c'est un investissement là aussi exceptionnel de la nation, mais qui va permettre de regrouper des services, qui va permettre aussi d'avoir cette emprise de l'hôtel de police. Ces 150 millions d'euros ont été budgétés et permettront d'accompagner ce déploiement. Et puis à côté de ça, il y a le regroupement de deux commissariats, 13-14, avec 8 millions d'investissement, qui est aussi je crois attendu de tous et qui va permettre de gagner en efficacité dans les quartiers concernés.

Et puis enfin, il y a les matériels. Vous avez commencé à les toucher — les voitures, les caméras. Je sais comment ça se passe quand le président arrive quelque part, ça a généralement un effet accélérateur sur certains éléments. C'est l'un des intérêts d'un déplacement du président de la République. Il n'en demeure pas moins que même sans déplacement ça avait commencé à se déployer parce que le ministre est vigilant sur la réalisation des engagements. Donc il y a déjà un tiers environ du parc qui avait commencé à être renouvelé. Là aussi, on continue et donc, sur l'année prochaine, ce seront environ 220 véhicules qui seront renouvelés. Cela veut dire un deuxième tiers du parc automobile, sous le contrôle de Madame la directrice et Madame la préfète. Et on va ainsi continuer pour aller au bout. Ça va être les caméras et c'est très important pour nous tous parce que c'est un outil de travail pour vous. Ça permet de sécuriser les enquêtes et le suivi. Et moi, je considère que c'est un outil qui inhibe et qui enlève une partie de la violence et qui vous protège parce que quand il n'y a qu'un bout de la scène qui est filmée par d'autres, c'est là où le problème arrive. Et donc, je pense que c'est un instrument de travail absolument essentiel. Au total, c'est 8,5 millions d'investissement sur les matériels.

A côté de ça, on a commencé, on va continuer de déployer aussi la réponse côté justice. Je remercie le Garde des Sceaux d'être à nos côtés ici. Il y a eu d'ores et déjà des déploiements avec 63 personnels non-magistrats qui se sont déployés sur le ressort avec 11 magistrats. Il y a un rapport d'inspection qui va arriver qui va permettre justement de vraiment subvenir aux besoins. Et je le disais au président, à la procureure générale, au procureur de la République à l'instant, nous répondrons à due proportion aux besoins évoqués parce qu'on ne va pas créer plus d'activités en donnant plus de moyens à la police et en quelque sorte créer un effet de thrombose sur notre système judiciaire. Je veux être très clair ici, c'est d'ailleurs la logique qui est retenue par le Premier ministre depuis plus d'un an et c'est celle qui est portée par le ministre de l'Intérieur et le Garde des Sceaux. On avancera sur cette logique pour qu'il y ait toujours un effet utile.

Voilà les engagements que je voulais prendre très clairement en termes de sécurité sur Marseille. J'ai proposé aussi à Monsieur le maire que, dans les quartiers nord, on puisse déployer la vidéo et les caméras. Alors il y en a 300 caméras. Je crois qu'il y a un consensus chez les professionnels que vous avez un besoin. C'est un sujet sensible, c'est aussi un sujet coûteux dans des territoires où il y a beaucoup de criminalité. Et je veux ici proposer que l'Etat puisse financer le déploiement de ces 500 caméras, la fibre et des mécanismes en termes de fonctionnement qui soient utiles pour la mairie. Et je souhaite que le ministre puisse finaliser ça avec Monsieur le maire parce que je crois que c'est indispensable pour réussir la stratégie qui est la vôtre. Vous me l'avez dit, et je pense que c'est important de le rappeler, il n'y a aucun endroit dans Marseille, et en particulier dans les quartiers nord, où la police ne rentre pas. Ça n'existe pas. Il y a des endroits où des situations inacceptables pour les habitants existent dès que vous avez le dos tourné, dès que vous repartez. Mais l'idée que la police aurait peur et que la République ne rentre pas dans certaines cités, elle est fausse. On va continuer à vous donner les moyens d'agir, de pilonner, et de rendre certaines situations irréversibles.

Nous savons le cancer qui ronge la ville comme d'autres villes, ça n'est pas propre uniquement à Marseille mais ça se concentre dans certains quartiers, c'est la drogue. Vous savez qu'on a lancé une stratégie nationale. Elle commence à se déployer. Je remercie les acteurs de celle-ci, l'exposé qui vient d'être fait, il conduit à faire coopérer, évidemment, police, gendarmerie et tous les services techniques du ministère de l'Intérieur. Nos magistrats avec, là aussi, une spécialisation accrue et remarquable, mais également tous les services de l'Etat compétents, en particulier ceux du ministère de l'Economie et des Finances. Merci de l'exemplarité des synergies que j'ai pu voir ici en lien étroit avec les collectivités territoriales. Et je remercie une fois encore monsieur le maire et ses adjoints pour leur coopération. On a des résultats, ils sont croissants et je veux vous féliciter de ces résultats, c'est le fruit de votre travail. Mais on va continuer et aller au bout en vous donnant les moyens, en créant l'irréversibilité de certaines fermetures de points de deal et en démantelant les réseaux les plus installés au national et à l'international. Cette action, nous continuerons de la mener dans les prochains mois de manière déterminée. On la mènera aussi en responsabilisant tout le monde localement. Parce que l'idée que dans certains quartiers ce serait branché de prendre de la drogue pour que dans d'autres, on ait des jeunes qui se fassent tuer parce qu'ils la vendent ou surveillent, c'est terminé. Il faut que tout le monde comprenne dans notre pays que les consommateurs aujourd'hui de drogue sont des complices de fait. Et cette action déterminée, on la mènera, c'est une priorité du ministre de l'Intérieur. La ministre de la ville y est aussi engagée avec l'ensemble des associations et le Garde des Sceaux. On ne lâchera rien.

Puis, je vais vous dire un dernier mot, peut-être plus personnel, si vous me le permettez. Je sais que souvent vous prenez des risques, je sais que parfois vous êtes attaqués et que ça peut vous sembler à juste titre parfaitement injuste. Et je sais que même parfois, vous avez le sentiment, qu'au fond, on vous demande l'impossible et qu'il faut chaque jour reprendre une mission qui semble absolument sans fin. Ne lâchez rien! Et je considère que notre rôle avec le Gouvernement, c'est de vous aider chaque matin à retrouver le sens du métier que vous avez choisi et de votre vocation. C'est un engagement d'être policier. Ce n'est pas simplement un métier, je le sais. C'est un engagement et il y a un sens au coeur de cet engagement. Je veux d'abord vous dire que si vous n'étiez pas au coeur de cette action, si vous n'étiez pas engagés profondément, la situation serait profondément invivable. Et donc c'est par ce travail de chaque jour et chaque nuit que nous tenons, y compris dans les quartiers les plus difficiles. Mais surtout, la réponse, elle, n'est pas que dans vos mains. Et on n'arrivera pas à sortir les quartiers les plus difficiles uniquement avec une réponse policière. Et donc, je veux que vous, vous retrouviez pleinement le sens de votre engagement en regardant l'efficacité de votre action, mais nous aussi en déployant la réponse profonde qui passera par l'école, le travail avec les familles, le logement, les formations, l'emploi, parfois la destruction de certaines cités, le relogement, c'est-à-dire, c'est un travail minutieux qui touche toutes les politiques publiques. Je ne veux pas qu'on puisse dire que c'est parce que les policiers ne font pas leur travail et qu'on ne règle pas un point. Il faut traiter les symptômes.

On doit aussi s'attaquer à la racine de ces situations. On doit aider certains quartiers et certains jeunes. On doit leur permettre de s'en sortir. On doit être très dur avec d'autres, mais en tout cas, vous ne pouvez pas être les seuls responsables jugés comme tels de ces situations. Mais vous êtes le début de la réponse parce que si on ne traîne pas les symptômes, le reste ne suit pas. Les habitants des quartiers demandent le droit de vivre tranquilles et la sécurité. Et ils ne nous écouteront pas sur tout le reste si on ne réussit pas la bataille de la sécurité parce que c'est la première des libertés. C'est ça le sens de votre engagement. Ne l'oubliez jamais. C'est ce que la nation attend de vous : le droit à ce que nos concitoyens puissent vivre tranquilles. C'est ce que chaque jour vous assurez. Même le temps d'un instant, même un peu plus, ne perdez jamais de vue parce que c'est essentiel et c'est ce qui tient aussi la nation. On tiendra et on gagnera. Donc, merci pour cela.


Vive la République et vive la France !

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