Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec France Bleu le 30 août 2021, sur le bilan du tourisme estival et les aides au secteur de l'hôtellerie et de la restauration.

Texte intégral

Q - 85% des Français qui ont eu la chance de partir ont passé leurs vacances d'été en France. Passe sanitaire, variant Delta, la météo pourrie : il fallait vraiment avoir envie de rester en France. Cela a donc été une bonne saison touristique ?

R - J'ai envie de donner la parole à Stone et Charden : même s'il pleut, l'été sera chaud. Et donc effectivement, l'été a été chaud en matière de tourisme. Les Français ont plébiscité la France, ils ont redécouvert tous nos terroirs. Ils ont été à Cluses, sur les traces de Willy Rovelli, là où il a grandi. La montagne a été un produit qui a bien fonctionné. Il faut dire que maintenant qu'il y a des batteries sur les vélos, c'est plus facile...

Le littoral a bien fonctionné, la mer, un grand classique ; la montagne, pas mal. En revanche, c'est vrai que pour vos auditeurs qui sont sur Paris, sur l'Ile-de-France, parfois ce sont des professionnels du secteur du tourisme, c'est resté compliqué. Donc un bon bilan global, avec des nuances, selon les territoires, selon les secteurs. Mais encore une fois, tout cela n'était pas gagné, parce qu'il y avait ce variant Delta, c'était une épée de Damoclès sur l'été. Mais le passe sanitaire a tout de même largement contribué à sauver l'été. C'est ce qui a permis de garder les activités ouvertes. Imaginez un été sans restaurant, sans parc d'attraction... ce n'est plus le même été. Merci à toutes celles et tous ceux qui sont allés se faire vacciner cet été, vous avez été 12 millions supplémentaires.

Voilà ce premier bilan. On va continuer à aider ceux qui souffrent un peu plus. Par exemple les agences de voyages. Leur boulot c'est d'envoyer les Français à l'étranger. Et forcément, aller aux Etats-Unis en ce moment, ce n'est pas possible. Et inversement, faire venir nos amis asiatiques, c'est difficile. Ces gens-là demeurent encore dans de grandes difficultés. C'est pour ça qu'hier avec Bruno Le Maire, on a reçu les différents secteurs concernés pour travailler sur le soutien économique.

Au mois de septembre, on continue avec le fonds de solidarité, outil bien connu des professionnels. Et puis à partir du mois d'octobre, on va même aller faire du sur-mesure. C'est-à-dire qu'on met en place un dispositif où on va aller compenser leurs pertes d'exploitation.

Q - Le fameux "quoi qu'il en coûte" n'est pas fermé, là tout de suite du jour au lendemain.

R - On passe à une logique de sur-mesure. Avant, c'était très forfaitaire, avec le fonds de solidarité. À partir du mois d'octobre, on va aller aider toutes les entreprises qui en ont besoin. Parce qu'il y en a pour lesquelles c'est bien reparti. Je vous donne un exemple. En juillet 2021, un certain nombre de parcs, de zoos, d'attractions touristiques ont connu une très forte croissance de leur fréquentation. C'est le cas du zoo de Beauval. C'est vrai qu'il y a eu les deux naissances de petits pandas. Mais il y a un formidable boulot qui est fait par la famille Delord - je leur rends hommage -.

Ces gens-là ont peut-être moins besoin d'être accompagnés dès lors qu'ils sont en croissance par rapport à 2019 qui a même été une année record. En revanche, pour ceux pour qui c'est encore compliqué, on sera là.

Q - Comment devront-ils faire pour avoir ces aides ?

R - Ce sont des dossiers qui sont examinés par Bercy. Dès qu'ils ont une perte de chiffres d'affaires importante, ils se retournent vers nous. Toutes les fédérations des professionnels ont fait le boulot, ils sont en train de relayer tout cela. Ce qui compte, c'est qu'on a mis depuis le début de la crise 240 milliards d'euros sur la table, 36 milliards pour le tourisme, c'est significatif. Et donc on ne va pas, d'un coup d'un seul, laisser tomber des gens qui sont encore dans la difficulté. Ceux qui vont bien, très bien, ça repart. Ceux pour lesquels c'est encore compliqué, notamment à Paris, on continuera à être là.

Q - Pourquoi Paris va si mal ? Effectivement, les étrangers ne sont pas là...

R - Ce sont beaucoup les clientèles internationales. Les Américains, les Asiatiques, les Russes... beaucoup d'entre eux n'ont pas pu revenir. Les Américains sont revenus, un peu. D'ailleurs, je tire mon chapeau aux équipes du Quai d'Orsay, parce qu'il faut aussi convertir leur certificat de vaccination en QR code. Sinon, il faut se faire tester tous les trois jours... Donc on a mis en place une cellule. Ces clientèles internationales, on les chouchoute dès lors qu'elles peuvent revenir. C'était le cas de nos amis américains. Mais il y a beaucoup de salons, de congrès, qui n'ont pas pu avoir lieu.

Cela redémarre. Si on voit le verre à moitié plein, il y a autant d'événements dans le dernier trimestre qu'au dernier trimestre 2019. Les foires et les salons reprennent. Si on voit le verre pas complètement plein, c'est qu'il y a moins d'exposants, moins de participants. Mais le fait déjà que l'on puisse retrouver ces salons est tout de même une bonne nouvelle.

Q - Hier vous avez rencontré Bruno Le Maire, qui il y a quelques jours était très optimiste au niveau économique. Dans le tourisme, y a-t-il beaucoup de places à pourvoir ?

R - C'est un secteur avec des métiers en tension. On avait du mal à recruter avant la crise et cela s'est encore accru. Je parlais avec la Présidente des Thalassos, qui me disait : cet été, nous avons fonctionné avec des étudiants, parce que nous avons des saisonniers qui ont fait le choix de continuer à être indemnisés - et ils ont profité des vacances pour eux -. Ils n'étaient pas forcément tous au rendez-vous dans les entreprises. Et là, elle se retrouve en grande difficulté pour pouvoir trouver des emplois de femme de chambre... d'accueil, etc... C'est un sujet qui est ressorti hier des discussions : la difficulté à recruter. Les métiers du tourisme peuvent parfois être contraignants en termes d'horaires mais ce sont des métiers où l'on peut grimper. Où l'on commence serveur, chef de rang... et puis quinze ans plus tard, on peut aussi ouvrir son propre restaurant. Ce sont des métiers qui sont porteurs d'opportunités. Les professionnels sont conscients qu'il faut leur redonner de l'attractivité, on va travailler avec eux là-dessus.

Q - En augmentant un peu les salaires ?

R - Il y a cette dimension-là, mais il faut aussi faciliter la vie au quotidien. Quand vous avez des horaires un peu atypiques, il y a le sujet des gardes d'enfant, de crèche... Ce sont sur ces sujets-là qu'il faut travailler.

Q - Et on sait combien de postes il y aurait à pourvoir ?

R - L'hôtellerie/restauration signalait avant l'été qu'il y avait 100.000 de leurs employés qui étaient partis vers d'autres secteurs. Car cela a été longtemps fermé, certains se sont réorientés. Donc c'est vous dire qu'il y a vraiment des opportunités.

Le Président de la République a souhaité qu'on lance un grand plan de reconquête du tourisme. Donc cela sera un des grands axes : comment fidéliser et comment faire en sorte qu'il y ait des jeunes qui se lancent dans ces beaux métiers.

Q - Une dernière petite question puisque vous êtes aussi le ministre chargé des Français de l'étranger. En Afghanistan, comment cela se passe-t-il ? Ils ont tous pu rentrer ?

R - Nous, depuis plusieurs mois, on a anticipé. Avant même la prise de pouvoir par les Taliban, on avait déjà évacué 1.500 personnes, des Afghans qui ont travaillé avec nous. Puis on en a évacué 2.800 depuis le 15 août. 150 Français à peu près, le reste des Afghans. On continue à suivre la situation de près, parce qu'il y a eu plusieurs milliers de signalements d'Afghans, artistes, journalistes, etc... ne se sentent pas en sécurité. Aujourd'hui, les évacuations sont stoppées de partout. Mais il y a quand même eu une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui a été adoptée cette nuit qui demande que l'aéroport soit sécurisé et que les personnes étrangères puissent continuer à quitter. Et que les Afghans qui ont un titre pour quitter puissent le faire.

On va continuer à être attentif à la situation de ces femmes et de ces hommes qui partagent nos valeurs.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 septembre 2021