Interview de M. Olivier Dussopt, ministre des comptes publics, à France Info le 15 septembre 2021, sur le budget 2021, la réforme de l'assurance chômage et le pouvoir d'achat.

Texte intégral

JEAN-PAUL CHAPEL
Bonjour à tous ! " L'éco ", avec Olivier DUSSOPT, qui est ministre délégué chargé des Comptes publics, ça veut dire qu'il s'occupe du Budget de la France. Le budget qui sera présenté très précisément dans une semaine. Bonjour Olivier DUSSOPT.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

JEAN-PAUL CHAPEL
Merci d'être avec nous. Un budget marqué, de l'avis général, par les échéances présidentielles. Ça semble être un budget de campagne électorale, puisque les milliards pleuvent, comme si c'était effectivement le quoi qu'il en coûte qui continue. C'est open-bar ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça n'est pas open-bar, et c'est un budget à la fois de normalisation. Nous avons dit avec Bruno LE MAIRE que les aides exceptionnelles versées pendant la crise, qui représentent plusieurs dizaines de milliards d'euros et qui ont permis à l'économie française de traverser la crise et aujourd'hui, d'avoir une situation qui est bonne, avec une des meilleures croissances en Europe. Ces aides exceptionnelles s'arrêtent avec le retour à l'activité normale. Par ailleurs, c'est un budget qui tient les engagements, des engagements qui n'ont pas été pris seulement l'année dernière, des engagements pris depuis le début du quinquennat, la progression du budget consacré à la Défense, la progression du budget consacré à la Sécurité et à l'Intérieur, mais aussi à l'Education ou la condition écologique.

JEAN-PAUL CHAPEL
Oui, 11 milliards, 11 milliards de dépenses en plus l'an prochain. 11 milliards de dépenses en plus.

OLIVIER DUSSOPT
11 milliards, ce qui est légèrement supérieur à ce qui se fait habituellement…

JEAN-PAUL CHAPEL
Légèrement, c'est vrai…

OLIVIER DUSSOPT
Puisque nous étions sur des marges à 8 milliards d'euros.

JEAN-PAUL CHAPEL
Mais là on n'a pas compté encore le Plan jeunes, le nouveau salaire, la nouvelle Garantie jeunes, de 1,3 milliard, on n'a pas compté le plan d'investissement, 30 milliards sur plusieurs années.

OLIVIER DUSSOPT
Sur plusieurs années, avec différents canaux budgétaires…

JEAN-PAUL CHAPEL
Il va y avoir des milliards en plus.

OLIVIER DUSSOPT
Il y a un budget que nous présenterons la semaine prochaine au Conseil des ministres, puis devant la Commission des finances. Ce budget, je le dis, je le souligne, c'est un budget qui marque à la fois un retour à la normale, et qui permet au gouvernement…

JEAN-PAUL CHAPEL
Eh bien pas vraiment.

OLIVIER DUSSOPT
Si, il marque un retour à la normale et il permet de tenir les engagements. Si vous voulez un chiffre…

JEAN-PAUL CHAPEL
Près de 5% de déficit, c'est la normale ?

OLIVIER DUSSOPT
C'était 9 l'année dernière. Et donc…

JEAN-PAUL CHAPEL
Mais, 4,8, ce n'est pas le retour à la normale.

OLIVIER DUSSOPT
Ce n'est pas le retour à la normale, mais si vous suggérez de passer de 9 à 3%, vous allez étouffer la croissance, étouffer la création d'emplois et étouffer la sortie de la crise. En 2010, la France a connu une crise structurelle comme l'ensemble des pays européens et des pays occidentaux, crise financière. A la sortie de la crise, cela a été l'austérité, ça a été le choc fiscal, d'abord sur des ménages dès 2010, sur les entreprises en 2012, 2013, et ça s'est traduit par une stagnation de la croissance et un chômage endémique. Nous faisons un choix différent, ce choix différent c'est d'avoir beaucoup consacré d'argent public pour affronter la crise…

JEAN-PAUL CHAPEL
Et c'est difficile d'enlever la perfusion, manifestement.

OLIVIER DUSSOPT
Ce n'est pas ce que je vais dire, et je vais aller au bout du raisonnement. 70 milliards d'euros de dépenses exceptionnelles en 2020, 70 milliards d'euros à nouveau en 2021, et un arrêt des aides d'urgence, le fonds de solidarité, l'activité partielle à 100%, à partir de ce mois-ci, comme le président de la République l'a annoncé. Nous continuons parallèlement à mettre en oeuvre le Plan de relance, qui est utile pour relancer l'économie, mais nous revenons dans un budget qui se normalise, nous le faisons progressivement. Pourquoi progressivement ? Pour ne pas étouffer la croissance. Si vous souhaitez…

JEAN-PAUL CHAPEL
Et pour gagner l'élection.

OLIVIER DUSSOPT
Si vous pensez qu'accompagner la reprise économique avec un coup de bambou fiscal fonctionne, il suffit de regarder 10 ans en arrière, pour voir que ça n'a pas été le cas. Le président de la République a pris des engagements, je l'ai dit, sur les sujets régaliens, sur les sujets de transition écologique, sur les sujets éducatifs et d'émancipation. Tous ces engagements sont tenus, et nous allons même plus loin, avec un seul exemple, le budget de la Justice, qui pour la deuxième année va augmenter de 8%. 8%, c'est une augmentation historique l'année dernière, à nouveau historique cette année, mais tout le monde s'accorde à dire que la justice de proximité, l'amélioration du service public de la justice, c'est un besoin et une priorité.

JEAN-PAUL CHAPEL
On peut redouter que ce soit les plus précaires qui souffrent du rétablissement, parce qu'au 1er octobre prochain, l'Assurance chômage sera réformée, et ceux qui cumulent petits boulots et allocation chômage, qui alternent plutôt, eh bien ils vont voir leur allocation diminuer fortement.

OLIVIER DUSSOPT
Ça n'est pas vrai, c'est une modification…

JEAN-PAUL CHAPEL
Ah ben il y a un nouveau système, un nouveau calcul.

OLIVIER DUSSOPT
C'est une modification des règles d'indemnisation qui va être mise en place progressivement…

JEAN-PAUL CHAPEL
Au 1er octobre.

OLIVIER DUSSOPT
Et qui va être mise en place progressivement à partir du 1er octobre, en plusieurs étapes…

JEAN-PAUL CHAPEL
Pour le salaire journalier de référence.

OLIVIER DUSSOPT
Salaire journalier de référence, et ensuite sur les périodes de droit. Mais il faut souligner que ça se passe dans un double contexte, un contexte qui s'est caractérisé pendant toute la crise par une attention particulière. Je rappelle que nous avons prolongé les droits de tous les demandeurs d'emploi qui étaient en fin de droits, que nous avons mis en place des périodes blanches, c'est-à-dire une année et au-delà, bien plus d'une année, pour les intermittents. Et cela se met en place dans un contexte où l'économie française crée des emplois comme jamais. Nous avons des chiffres qui sont extrêmement bons, le chômage est revenu à son niveau d'avant la crise, au niveau de fin 2019. L'économie, le secteur privé a créé 140 000 emplois au 1er trimestre, 250 000 au second trimestre, et les principales difficultés que les entreprises nous font savoir aujourd'hui pour accompagner leur reprise et répondre à leurs commandes, c'est la question du recrutement. Donc tout s'anime pour cela, et je précise aussi…

JEAN-PAUL CHAPEL
Et c'est à la fois le chômage, qui est quand même élevé, et puis la pénurie de main d'oeuvre, c'est-à-dire qu'on a la double peine.

OLIVIER DUSSOPT
Il y a les deux, et c'est aussi pour ça qu'il faut accompagner un maximum de demandeurs d'emploi, vers l'emploi. C'est la raison pour laquelle, parallèlement à tout cela, avec Elisabeth BORNE, le gouvernement travaille pour investir à nouveau dans les compétences, favoriser les reconversions et les transitions professionnelles.

JEAN-PAUL CHAPEL
Parce que vous pensez qu'il y a des chômeurs qui se satisfont de leur situation ?

OLIVIER DUSSOPT
Non, ah non jamais, jamais. Et pour avoir connu dans ma famille ce que c'est que le chômage, jamais je ne ferais ce procès-là. Ce que je sais par contre…

JEAN-PAUL CHAPEL
Donc la baisse du chômage n'est pas un argument de pour diminuer les prestations.

OLIVIER DUSSOPT
Laissez-moi aller au bout. Laissez-moi aller au bout.

JEAN-PAUL CHAPEL
Je vous laisse aller au bout.

OLIVIER DUSSOPT
Ce que je sais par contre, c'est qu'il y a des demandeurs d'emploi qui ont besoin d'être formés, qui ont besoin d'être accompagnés, parce que la qualification qu'ils ont, ou malheureusement parfois celle qu'ils n'ont pas pu avoir, les empêche d'accéder à des emplois. Les précaires, comme vous l'avez dit, font l'objet d'une grande attention. Je rappelle que c'est ce gouvernement, qui pendant la crise a versé des aides spécifiques aux ménages les plus précaires, en juillet 2020, en novembre 2020. C'est aussi ce gouvernement qui a revu à la hausse de 100 € les minimas sociaux ou encore augmenté la prime d'activité depuis 2019, de 100 € par mois au niveau du smic.

JEAN-PAUL CHAPEL
Oui, la prime d'activité, par définition elle concerne ceux qui sont en activité.

OLIVIER DUSSOPT
En activité ou qui ont un début d'activité, justement.

JEAN-PAUL CHAPEL
Le pouvoir d'achat, il a été préservé, vous le disiez, grâce aux allocations diverses et variées, et le chômage partiel, mais les inégalités n'ont pas diminué, on a vu les plus grandes fortunes effectivement voir leurs actifs progresser de 30%, et la pauvreté n'a pas vraiment diminué.

OLIVIER DUSSOPT
Les inégalités ne se sont pas accentuées, mais elles sont importantes, et donc tous les rapports le disent. Par contre, vous avez raison de souligner que pendant cette période de crise, les dispositifs qui ont été mis en oeuvre, l'activité partielle avec un niveau de prise en charge très élevé, les aides spécifiques, ont permis aux ménages français de voir leur pouvoir d'achat maintenu. En 2020 nous avons perdu 8 % de richesses, la production de richesses françaises a baissé de 8 % par rapport à 2019, et le pouvoir d'achat a augmenté de 0,4 %…

JEAN-PAUL CHAPEL
Oui, autant dire stable.

OLIVIER DUSSOPT
Oui, mais normalement, quand il y a une récession, le pouvoir d'achat s'écroule, il faut le savoir.

JEAN-PAUL CHAPEL
Le temps imparti est écoulé. Merci d'avoir été avec nous.

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.

JEAN-PAUL CHAPEL
Très très bonne journée à vous tous !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 septembre 2021