Extraits d'un entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France Info le 16 septembre 2021, concernant la rupture du contrat portant sur la livraison par la France de sous-marins à l'Australie, l'élimination du chef de l'Etat islamique au Grand Sahara, la possibilité d'un accord entre les dirigeants militaires maliens avec la société de sécurité privée russe Wagner et la situation en Afghanistan.

Texte intégral

Q - On va parler de l'Afghanistan avec vous, parler également de la mort du chef de l'Etat islamique au Sahel qui a été tué par des forces françaises, c'est Emmanuel Macron qui l'a annoncé, cette nuit. L'autre information de ce début de journée, c'est la rupture de ce qu'on avait appelé le contrat du siècle, en 2016, la France avait signé avec l'Australie un contrat qui prévoyait la vente de 12 sous-marins, il y en avait pour 35 milliards d'euros. Cette nuit, l'Australie finalement a annoncé qu'elle rompait ce contrat. C'est aussi simple que cela, on peut casser un contrat cinq ans après et dire "c'est terminé" ?

R - D'abord, c'est vraiment en bon français "un coup dans le dos". Nous avions établi avec l'Australie une relation de confiance. Cette confiance est trahie. Et je suis aujourd'hui en colère, avec beaucoup d'amertume, sur cette rupture. D'autant plus que cela ne se fait pas entre alliés. Cela ne se fait pas, en plus, quand il y a eu d'abord deux ans de négociation pour ce contrat. La négociation a commencé en 2014, pour s'achever en 2016.

Q - C'est vous qui l'avez négocié, ce contrat ?

R - C'est moi qui l'ai négocié, avec mes collaborateurs, évidemment. C'était un contrat par lequel les Australiens voulaient acquérir une forme d'autonomie stratégique et qui comprenait beaucoup de transfert de technologie. C'est un contrat qui allait sur une durée de 50 ans, et qui a été établi après une analyse géopolitique de la situation dans laquelle se trouve l'Australie, donc qui prenait en compte les contraintes. Et c'est la raison pour laquelle nous avons gagné, parce que nous étions la meilleure réponse. Il y avait une concurrence à ce moment-là, les Japonais, des Allemands... Bref, nous gagnons et nous avons pu engager, après, en 2019, trois ans après, un partenariat stratégique, un contrat-cadre, qui fait que nous commencions, là, les études, de manière d'ailleurs assez intensive, pour la production du premier sous-marin qui devait arriver vers 2023, avec à la fois des équipes à Cherbourg - il y a en ce moment des Australiens qui travaillent, des ingénieurs australiens qui travaillent à Cherbourg, avec des équipes à Adélaïde. Il y a en ce moment des personnels de Naval Group qui travaillent à Adélaïde.

Et puis voilà, brutalement, pof, c'est fini !

Q - C'est-à-dire qu'on ne nous a pas donné d'explications ? La presse australienne, depuis des mois, dit : la France est en retard, le budget est en train de déraper complètement. Il n'y a pas eu d'explication officielle ?

R - Il y avait eu des interrogations sur les délais. Il y avait eu des interrogations sur les prix parce qu'il y a une série de contrats qui s'additionnent et qui permettent une évolution de la situation et la bonne avancée du contrat, mais jamais d'interrogation de ce type. Moi, j'ai rencontré, avec Florence Parly, il y a quelques jours, en séance visio, ma collègue des affaires étrangères australienne et le collègue de Florence Parly à la défense. Nous avions des points d'ajustement financier, mais ce n'est pas le sujet.

Q - Ils ne vous ont rien dit ?

R - Le sujet, c'est qu'ils changent complètement de portage. Moi, je serais australien, je m'interrogerais quand même sur : mais qu'est-ce que cela veut dire avoir demain des sous-marins nucléaires ? Quand est-ce qu'on les aura ? Quel est le calendrier ? Bref, il y a dans les déclarations qui ont été faites, à la fois par le Président Biden et par le Premier ministre Morrison, un manque de clarté, des incertitudes sur le déroulement.

Donc ça, ce n'est pas de notre responsabilité. C'est aux Australiens de vérifier ce qu'il en est. Nous avions une logique très sure, un calendrier très strict, une évolution très positive avec, au-delà de cela, une conception de la relation entre la France et l'Australie qui était devenue très forte. Et puis, aussi, une conception de l'Indopacifique, de la stratégie indopacifique que nous voulions mener avec l'Australie, avec l'Inde, avec d'autres pays partenaires, pour montrer qu'il y a, dans l'Indopacifique, un modèle alternatif au modèle chinois. Et puis, pof, brutalement, tout d'un coup, non. Alors, ce n'est pas fini...

Q - Qu'est-ce qui va se passer ?

R - Eh bien, il va falloir des clarifications. Nous avons des contrats, il faut que les Australiens nous disent comment ils s'en sortent.

Q - Vous allez demander des indemnités ?

R - Il va falloir donner des explications.

Q - Des explications ou de l'argent ?

R - Eh bien, on va voir. Nous avons un accord intergouvernemental que nous avons signé en grande pompe en 2019, avec des engagements précis, des articles de ce texte... Comment ils s'en sortent ? Il va falloir qu'ils nous disent. Donc, on n'est pas à la fin de l'histoire. Mais aujourd'hui, je pense que...

Q - Qu'est-ce que va demander la France ?

R - Aujourd'hui, je pense que c'est une rupture de confiance majeure. Je suis vraiment très en colère. Et puis, ce qui me préoccupe aussi, dans tout cela, c'est finalement aussi le comportement américain.

Q - Vous en voulez aux Américains ?

R - Parce que cette décision unilatérale, brutale, imprévisible, cela ressemble beaucoup à ce que faisait M.Trump.

Q - A ce point-là ?

R - Ecoutez. On apprend brutalement par une déclaration du Président Biden que voilà, le contrat qui était passé entre les Australiens et la France s'arrête. Et puis les Etats-Unis vont proposer une offre nucléaire, dont on ne connaît pas le contenu, aux Australiens pour faire une politique d'opposition, de conflictualité potentielle avec la Chine.

Q - Si je simplifie, en disant qu'on s'est fait avoir par les Américains, qu'ils ont négocié en douce avec les Australiens pour nous piquer ce qu'était le contrat du siècle. J'ai faux ou c'est un peu cela ?

R - Je pense que vous analysez à peu près bien la situation, mais cela ne se fait pas entre alliés ! Et cela ne se fait pas entre acteurs qui veulent développer une logique indopacifique, cohérente et structurée.

Q - Il va y avoir des conséquences dans la relation franco-américaine ?

R - Nous parlions de tout cela avec les Etats-Unis, il y a peu de temps. Et là, voilà, cette rupture. Donc c'est assez insupportable.

Q - Il va y avoir des conséquences dans notre relation avec l'administration Biden. Emmanuel Macron va l'appeler, par exemple, le président ?

R - On va voir ce qu'il va se passer. Mais en tout cas, là, aujourd'hui, notre position est d'une grande fermeté, d'une incompréhension totale, et d'une demande d'explication et de clarification de la part des uns et des autres.

Q - Monsieur le Ministre, Emmanuel Macron a annoncé cette nuit la mort du chef de l'Etat islamique au Sahel, tué par la force française Barkhane. Qui était cet homme ? Quel était son rôle ?

R - C'était le patron, Abou Walid Al-Sahraoui, c'était le patron de l'Etat islamique au Grand Sahara. Il est à l'origine de massacres, de violences, d'atmosphère de terreur dans toute la région, singulièrement dans ce que l'on appelle la zone des Trois frontières, c'est-à-dire cette région qui est autour du Mali, du Burkina Faso et du Niger, où il y a eu beaucoup de d'actions meurtrières menées par ces groupes. C'est une bonne nouvelle que cette neutralisation, c'est un peu, on pourrait dire, l'ennemi numéro un...

Q - C'est lui qui avait ordonné l'assassinat des humanitaires...

R - Et c'est lui qui avait commandité l'assassinat des six acteurs humanitaires et de leurs accompagnateurs nigériens au mois d'août de l'année dernière, l'année 2020 au Niger, à Kouré. Et c'était des acteurs humanitaires de l'ONG Acted. Et je voulais à cet instant dire combien, en ce moment, je pense à eux. Je me suis rendu au Niger, peu de temps après ces assassinats, j'avais pu rencontrer leurs compagnons et prendre langue avec leurs familles. Je pense qu'aujourd'hui ils doivent avoir beaucoup d'émotion et je les salue, avec, moi aussi, beaucoup d'empathie.

Q - Qu'est-ce que vous pouvez nous dire de cette opération qui a donc abouti à sa mort ? C'est un drone qui l'a frappé ?

R - Je pense que ce n'est pas de ma responsabilité de commenter la manière dont cette opération a été menée par Barkhane. Mme la Ministre des Armées pourra y revenir, je pense, dans la journée. Ce que je constate simplement, c'est que la réorganisation de Barkhane sur l'objectif principal qui est le contre-terrorisme porte ses fruits Parce que la neutralisation de Al-Sahraoui, ce n'est pas la première. Il y a eu en particulier dans ce groupe de l'Etat islamique, qui est une filiale de Daech, il y a eu plusieurs neutralisations antérieures. Donc, ce groupe est décapité dans son organisation, c'est une bonne chose.

Il importe maintenant, en particulier au Niger, que les acteurs étatiques puissent reprendre le terrain qui a été ainsi abandonné, laissé par le groupe Etat islamique, pour que l'Etat retrouve sa fonction, pour que la vie quotidienne reprenne, pour que les services de proximité soient présents. C'est une nécessité que nous aidons aussi. Mais il faut que l'Etat, les Etats touchés par les groupes terroristes au Sahel, reprennent progressivement leur place dans la vie quotidienne des gens et permettent de la stabilité. C'est ça, l'enjeu essentiel de la situation au Mali. Mais il faut saluer cette défaite de l'Etat islamique par la décapitation de son chef.

(...)

Q - Près de 5000 militaires français sont engagés dans l'opération Barkhane au Sahel. La France y est engagée depuis sept ans, et on a appris que la junte malienne était sur le point de signer un contrat avec la société de sécurité privée russe Wagner, afin qu'elle puisse lui fournir un millier de mercenaires pour former le personnel malien, le personnel militaire. L'Allemagne, elle, menace de retirer ses troupes si un tel accord avait lieu. Et la France ?

R - Pour l'instant, ils n'ont rien signé, mais cette tentative existe. On le sait. Il faut d'abord savoir ce que c'est que Wagner. Ce sont des mercenaires, des mercenaires russes. C'est une milice privée qui intervient dans différents pays. On les a connus déjà en Syrie et on les a connus en Ukraine. On les rencontre, maintenant, ils sont très actifs en République centrafricaine. On les a connus aussi en Libye. Et là, ils offrent leurs services à la junte qui a pris le pouvoir au Mali. Ce sont des gens qui s'illustrent par leurs exactions, par des violations du droit humanitaire, par la prédation, parce qu'ils se servent sur l'Etat, ou sur les ressources minières que peuvent avoir tel ou tel Etat. Et ils sont aussi connus par le fait que, contrairement à ce qu'ils annoncent, en fait, ils renforcent l'instabilité des Etats concernés. Donc, si d'aventure le colonel Goïta, président par intérim du Mali, avait l'intention de recruter la société Wagner, évidemment, c'est incompatible avec la présence internationale au Mali. C'est à lui de prendre ses responsabilités. Mais à l'heure actuelle, à ma connaissance, il y a eu des contacts, mais pas de contrat. Donc, j'espère que...

Q - Est-ce que la France a mis la pression aux Maliens ?

R - Oui. On lui a dit, il le sait. Il sait que la présence de Wagner, un contrat avec Wagner, serait incompatible avec la présence internationale et européenne. Les Allemands ont pris une position déjà, c'est clair pour tout le monde.

Q - Il se trouve, Jean-Yves Le Drian, que cette fondation Wagner appartient à un oligarque russe assez proche du pouvoir et de Vladimir Poutine, fondation qui en ce moment, - c'est un article du Monde cette semaine, qui nous l'apprend-, fait le tour de tous les médias français et des associations, pour leur demander d'enquêter sur les cas de violences policières en France. Cette fondation qui appartient donc à ce milliardaire propose même, également, de financer certains médias pour qu'ils enquêtent sur ces violences policières, de financer aussi des associations. Est-ce que pour vous, c'est une forme de tentative de déstabilisation ou, comment dire, d'intrusion dans la campagne électorale pour la présidentielle ?

R - Je ne suis pas sûr que ce soit encore le cas, mais M. Prigojine nous a habitués à des interventions de ce type. Vous savez, on l'appelle le cuisinier de Poutine...

Q - Il a fait la même chose aux Etats-Unis.

R - Et en tout cas, si l'on voit ce qu'ils font, ce que fait la société Wagner en Afrique, on voit bien les méthodes qui sont utilisées, qui ne sont parfaitement condamnables et cela appelle de notre part une grande vigilance et une grande intransigeance.

Q - La situation de l'Afghanistan, à présent, avec, il y a un peu plus d'un mois maintenant, la prise de Kaboul et du pays entier par les talibans.

Q - Cette semaine, vous étiez à Doha, au Qatar, pour parler de l'Afghanistan. Est-ce que la France, aujourd'hui, le dialogue avec les talibans ?

R - Non, nous n'avons pas de dialogue politique avec les talibans. Nous avons eu, au moment des évacuations, quelques contacts pragmatiques pour permettre à nos ressortissants ou à ceux que nous voulions faire sortir d'Afghanistan, de s'acheminer vers l'aéroport de Kaboul, mais nous n'engageons pas de discussion politique avec les talibans. Nous avons posé les principes, mais pas uniquement nous, la communauté internationale, le Conseil de sécurité des Nations unies, les Européens, les principes de base sur lesquels on attendait les talibans, c'est-à-dire : liberté de circulation et liberté de départ d'Afghanistan pour ceux qui le veulent, sans entrave.

Cela veut dire le respect des droits humains et singulièrement le droit des femmes et des filles. Cela veut dire un gouvernement de transition qui soit ouvert. Cela veut dire que la liberté de circulation de toute l'aide internationale, l'aide humanitaire, qui a été mobilisée pour les populations afghanes. Et cela veut dire la rupture claire avec toute forme d'organisation terroriste, et en particulier en Afghanistan, avec Al-Qaïda.

Q - Cela fait cinq critères, si je compte bien, sur ces cinq, est-ce qu'il y en a un qui est au rendez-vous ?

R - Pour l'instant, ils ne sont pas au rendez-vous du tout. Aucun. Le premier que l'on peut imaginer, peut être possible, c'était la composition d'un gouvernement ouvert. Or, le gouvernement qui a été annoncé par les talibans est un gouvernement est extrêmement fermé, où l'on retrouve les enfants de la génération antérieure des talibans, et en plus des éléments très proches d'Al-Qaïda. Donc, ils ne sont pas au rendez-vous, et la clarté doit se faire ou ne pas se faire. Et si elle ne se fait pas, on en tirera les conséquences, évidemment.

Q - Quand vous dites, aujourd'hui, il n'y a pas de dialogue politique entre la France et le régime des talibans, est-ce qu'il faut comprendre qu'il y a d'autres formes de dialogue, par exemple diplomatique, pour assurer d'autres départs ?

R - Non, quand je dis dialogue, c'est dialogue politique. Politique ou diplomatique.

Q - Il n'y a personne, il n'y a pas d'agent des services secrets, il n'y a pas de diplomate, il n'y a personne qui dialogue en ce moment à Kaboul, à Doha, ou ailleurs ?

R - Non. Moi, je suis allé à Doha, précisément, il y a deux jours, avec un objectif précis, c'est de voir avec les autorités qatariennes comment on pouvait envisager d'autres évacuations, à la fois de nos ressortissants qui restent encore en Afghanistan, il y en a très peu, mais aussi, surtout, des Afghanes et des Afghans qui, par leur combat antérieur, méritent le droit d'asile. Ils demandent le droit d'asile et le méritent. Et aujourd'hui, il se trouve que les Qataris essayent d'opérer l'aéroport de Kaboul, essayent d'opérer, parce que ce n'est pas facile. Ils rencontrent de sérieuses difficultés, mais en tout cas, ce sont des interlocuteurs qui peuvent nous mettre en lien et pour permettre des évacuations.

Q - Combien de personnes, justement, reste-t-il à évacuer ?

R - Beaucoup. Il y a beaucoup d'Afghans qui veulent partir. Il y a quelques ressortissants français. Et puis, il y a un certain nombre d'Afghanes et d'Afghans qui se sont signalés auprès de nous. Nous traitons tous leurs dossiers. Nous sommes en relation avec eux, par le centre de crise du Quai d'Orsay, et s'il y a des possibilités, nous procéderons aux évacuations. Nous essayons d'avoir ces possibilités, mais ce n'est pas acquis aujourd'hui.

Q - Il est hors de question, aujourd'hui, dans l'état que vous venez de décrire, Jean-Yves Le Drian, que la France rouvre une ambassade ou renvoie un ambassadeur là-bas ?

R - Nous avons toujours un ambassadeur en Afghanistan. Il est à Paris.

Q - Ah oui, pardon. Cela ne m'avait pas échappé, David Martinon. Il est toujours en poste ?

R - M. Martinon a été un excellent ambassadeur, dans ces moments très difficiles, qui a bien géré la situation très tendue et très violente.

Q - Il travaille encore en tant qu'ambassadeur de France ?

R - La France reconnaît les Etats, et non pas les régimes. Donc, l'Afghanistan est un pays. Nous reconnaissons l'Afghanistan, mais notre ambassadeur n'est pas en Afghanistan.

Q - Jean-Yves Le Drian, vous dites pas de dialogue politique avec les talibans. Seulement, cette semaine, vous avez annoncé que la France avait décidé de débloquer 100 millions d'euros pour des programmes humanitaires en Afghanistan. D'autres pays comme les Etats-Unis contribuent à ces programmes. Comment pouvez-vous être sûr que cet argent ne va pas finir dans les poches des talibans ?

R - Il y a eu une conférence humanitaire mondiale qui a été initiée par le secrétaire général des Nations unies, en début de semaine. La France, à la demande du Président Macron, y a apporté une contribution significative, 100 millions d'euros, pour uniquement des actions humanitaires en Afghanistan et à côté, puisqu'il y a beaucoup de réfugiés afghans qui sont dans des pays voisins, qui passe par les agences des Nations unies. Sinon, cela ne marche pas.

Q - A aucun moment, cela ne transite par les talibans ?

R - En aucun cas. Cela passe par les Nations unies. Alors, les talibans se sont félicités de l'aide...

Q - Dans un message assez surréaliste...

R - Oui, assez surréaliste parce que c'est de la manipulation ou de l'instrumentalisation. En aucun cas, cela ne passera autrement que par les deux agences principales et des Nations unies que sont le Haut-Commissariat aux réfugiés et le Programme Alimentaire Mondial pour secourir les populations afghanes qui aujourd'hui sont dans la détresse, voire la famine. Donc, il faut que ces convois humanitaires et cette aide humanitaire arrivent le plus vite possible. C'est une des conditions que l'on a posées aux talibans. On va voir s'ils la respectent.

Q - Pas de réponse pour l'instant de leur part ?

R - Pas du tout.

(...)

Q - L'ONU estime que près de 500.000 Afghans pourraient quitter le pays dans les prochains mois. Et Marine Le Pen propose d'installer des camps d'accueil dans les pays limitrophes à l'Afghanistan. C'est ce que vous envisagez, vous, avec vos homologues ?

R - Pour l'instant, il n'y a pas eu de mouvements de population significatifs. Ce que dit le Haut-Commissariat aux réfugiés, c'est le risque qu'il y ait 500.000 Afghanes et Afghans qui puissent se retirer d'Afghanistan et à aller en exil dans les pays voisins. Cela s'est déjà passé, dans le passé. Il y a, dans les pays voisins, que ce soit le Pakistan, la Turquie, l'Iran, l'Ouzbékistan, des communautés afghanes qui se sont installées, qui sont des réfugiés et qu'il convient d'aider. La plus grande partie de ces personnes va dans les pays voisins. Et c'est le but de la conférence humanitaire qui a été initiée par les Nations unies.

Q - C'est pour cela qu'on donne de l'argent, pour éviter l'exode massif ?

R - Pour l'instant, je pense, les Afghanes et les Afghans, leur premier intérêt, c'est de vivre chez eux. Et donc, l'aide humanitaire que l'on va apporter permettra au moins d'éviter la famine et d'éviter que les mouvements de population ne se terminent par des drames ; d'où l'importance de cette mobilisation. Il va y avoir, cette semaine, à partir de lundi, à New York, l'Assemblée générale des Nations unies. Et il est certain que cette question-là, la question afghane d'une manière générale et la question de l'aide humanitaire sera au centre des discussions.

Q - Hier, au procès des attentats du 13 novembre, Salah Abdeslam, le seul membre des commandos encore en vie, a tenté d'expliquer, de justifier sa participation aux attentats. Il a expliqué que c'était la conséquence pour lui de l'intervention militaire de la France contre l'Etat islamique en Irak et en Syrie. Je le cite : quand François Hollande a pris cette décision, il savait qu'elle comportait des risques ; il savait qu'en prenant cette décision, des Français allaient trouver la mort. Vous étiez le ministre de la défense, à l'époque de ces frappes. Quand vous avez entendu ces propos, hier, qu'est-ce que vous en avez pensé ?

R - Je rappelle que c'est Daech qui nous a déclaré la guerre. C'est Daech qui nous a considérés comme son ennemi. Et quand on déclare la guerre et qu'on vient la porter sur notre territoire, on riposte. Et ce que cette personne a oublié, c'est qu'avant les attentats du 13 novembre, il y avait eu ceux de janvier contre Charlie Hebdo. Donc, quand on attaque la France, la France riposte.

Q - Avant le procès, tout le monde espérait que Salah Abdeslam s'exprime durant le procès. Aujourd'hui, vous préférez qu'il se taise ?

R - Je n'ai pas à intervenir dans le déroulé d'un procès. Il fait ce qu'il estime devoir faire. En tout cas, notre position est très claire.

Q - Vous aviez été convoqué, je crois, comme témoin, à ce procès ? C'est le cas ?

R - Non, pour l'instant je n'ai pas de convocation.

Q - Si vous êtes convoqué ?

R - Je dirai ce que j'ai fait, ce que j'ai vécu et les raisons pour lesquelles nous sommes intervenus.

Q - Et vous le direz à Salah Abdeslam les yeux dans les yeux ?

R - Cela ne me gênera pas (...).


source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 septembre 2021