Interview de M. Alain Griset, ministre chargé des petites et moyennes entreprises, à BSmart le 2 septembre 2021 sur la politique économique du gouvernement et le contexte sanitaire.

Intervenant(s) :

  • Alain Griset - Ministre chargé des petites et moyennes entreprises

Prononcé le

Temps de lecture 29 minutes

Texte intégral

ARNAUD ARDOIN
Le “Cercle RH” sous forme de grand entretien aujourd'hui avec Alain GRISET, le ministre en charge des PME. Merci Alain GRISET d'avoir répondu à notre invitation. Alors, c'est une rentrée flamboyante, puisque c'est vrai que les chiffres sont excellents, le chômage est passé en dessous de 8%, 6% de croissance, de très bons résultats. Et puis, d'autres sujets qui vous attendent, parce qu'il y a des secteurs en souffrance, le tourisme, la culture, il y a un débat ouvert sur le pass sanitaire, sur l'obligation de présenter ce pass depuis lundi. On fera le point avec vous. D'abord, quelques mots quand même sur la stratégie économique choisie par le gouvernement, j'ai écho les applaudissements de Bruno LE MAIRE, lorsqu'il s'est présenté à la REF, à l'hippodrome de Longchamp, des chefs d'entreprises qui l'ont applaudi. C'est une image assez forte. Est-ce que vous dites : on a choisi la bonne stratégie, c'est-à-dire, une aide massive, une nationalisation des salaires, pour sauver le pays ?

ALAIN GRISET
Je pense qu'il faut toujours rester prudent et modeste, mais néanmoins, sans aucun doute, la stratégie qui a été mise en oeuvre par le président de la République, que nous avons mise avec Bruno LE MAIRE en musique, était la bonne, c'était quoi le choix, c'est de dire : naturellement, le sanitaire est essentiel, mais il faut en parallèle trouver des solutions pour soutenir les entreprises, et aboutir au fait qu'on maintienne les entreprises en vie pendant la période difficile…

ARNAUD ARDOIN
Et elles ont tenu le coup…

ALAIN GRISET
Pour que, au moment de la reprise, nous puissions être en situation de voir nos entreprises très fortes, on a fait un travail, je veux dire, de quasi-dentelle, secteur par secteur, pour regarder de quelle manière il fallait trouver les bons outils, bon, je le rappelle, il y avait le fonds de solidarité, activité partielle…

ARNAUD ARDOIN
On va y revenir…

ALAIN GRISET
Prêt garanti par l'Etat, cotisations sociales. On a pris 40 décrets pour le fonds de solidarité, c'est-à-dire qu'on l'a beaucoup adapté, et c'est vrai, à l'heure où on se parle, globalement, l'objectif qui était le nôtre, de maintenir les entreprises, est atteint, puisqu'il y a même 30% d'entreprises en moins…

ARNAUD ARDOIN
Moins de défaillances quand on les compare à l'année précédente…

ALAIN GRISET
Moins de défaillances dans une année à peu près classique.

ARNAUD ARDOIN
Absolument. Le fonds de solidarité, vous nous le confirmez, donc, est prolongé jusqu'au 30 septembre, on est bien d'accord…

ALAIN GRISET
Oui…

ARNAUD ARDOIN
Un mois gagné, parce qu'il y a eu des négociations, il y a eu des débats, concrètement, le secteur du tourisme et de la culture, rentrons dans les secteurs où vous dites qu'il faudra continuer à les soutenir. Je pense au secteur du cinéma, je pense au tourisme à Paris et dans certaines grandes villes, on maintient les aides, comment ça se passe, là, très concrètement ?

ALAIN GRISET
Eh bien, après le fonds de solidarité, donc après le 30 septembre, on rentre dans le dispositif frais fixes, c'est-à-dire que là, on est sur du sur mesure par entreprise…

ARNAUD ARDOIN
Comme pour les entreprises de plus de, je crois, dix millions de chiffre d'affaires….

ALAIN GRISET
Voilà, plus d'un million de chiffre d'affaires…

ARNAUD ARDOIN
D'un million de chiffre d'affaires, là, ça s'adapte…

ALAIN GRISET
Il y avait déjà frais fixes, pour ceux de plus d'un million, et il y avait cinq secteurs qui étaient déjà en dessous d'un million en frais fixes.

ARNAUD ARDOIN
Et là, vous le proposez…

ALAIN GRISET
Alors, on le généralise, et on dit : voilà, on regarde les frais, on regarde le chiffre d'affaires, et pour ceux qui ont moins de 50 salariés, on prend 90% de la différence, plus de 50 salariés, 70%. Donc ça, c'est un dispositif que l'on met en place en octobre, novembre, avec une clause…

ARNAUD ARDOIN
A la revoyure, c'est ça ?

ALAIN GRISET
Pour regarder ensuite à la revoyure de la façon dont ça va se passer.

ARNAUD ARDOIN
En fonction des secteurs.

ALAIN GRISET
Et puis, derrière, il y a, je crois, un élément extrêmement important, c'est que, il y a certains secteurs qui peuvent s'interroger sur leur modèle, regarder s'il faut accompagner une transformation.

ARNAUD ARDOIN
Vous pensez à quels secteurs en particulier ?

ALAIN GRISET
A de l'événementiel, peut-être le cinéma, je ne sais pas, en partie, le tourisme, demain, je suis, avec Jean-Baptiste LEMOYNE, dans l'Allier, pour que, on regarde de quelle manière proposer au Premier ministre et au président la façon dont le tourisme doit pouvoir éventuellement évoluer pour une reconquête du tourisme, sur l'évènementiel, bon, on voit bien qu'il y a une vraie compétition dans les pays européens, pour les grands salons et autres, donc, voir de quelle manière avec tout ce qui est le numérique, on doit pouvoir évoluer ou pas, le cinéma, il faut voir avec les acteurs, mais aujourd'hui, on voit bien que…

ARNAUD ARDOIN
C'est le cas de le dire…

ALAIN GRISET
Eh bien, oui, vous avez raison, mais il y a aussi des populations qui se disent : après tout, est-ce qu'on reste dans notre salon, on regarde le film sur les plateformes ou est-ce qu'on va au cinéma ? Bon…

ARNAUD ARDOIN
Oui, vous soulevez un vrai sujet d'ailleurs, qui est un sujet qui dépasse le ministre des PME, c'est de se dire : est-ce que le cinéma se regardera au salon sur des plateformes américaines pour la plupart, ou est-ce qu'on continuera à produire du cinéma en salle, produit en partie par des productions françaises, c'est un vrai sujet. Et il n'est pas réglé d'ailleurs ce sujet…

ALAIN GRISET
Mais non, mais par ce que cette crise sanitaire, en réalité, a accéléré les transformations, a modifié les comportements. On parle quelquefois du télétravail, on voit bien que sur le tourisme d'affaires, moi qui suis lillois, les TGV Lille-Paris, c'était 22 par jour…

ARNAUD ARDOIN
C'est réduit…

ALAIN GRISET
Doubles TGV, double niveau, on bien qu'aujourd'hui, il y a un certain nombre de responsables qui au lieu d'aller à Paris pour faire une réunion de 2h, eh bien, la réunion de 2h, on la fait en visio, et donc ça modifie en profondeur les pratiques…

ARNAUD ARDOIN
Economie pour l'entreprise, gain de fatigue aussi pour le cadre qui n'a pas à se déplacer. Tournons-nous vers le volet santé, parce qu'il y a un vrai sujet qui vous est posé, il est sur la table depuis lundi pour les salariés ayant contact avec du public évidemment, il y a obligation de présenter le pass sanitaire, alors, la SDI, que vous connaissez très bien, le syndicat des indépendants avec lesquels vous discutez entre autres, dit, là, au moment où je vous parle : on est dans un angle mort juridique, puisque l'employeur ne sera pas en mesure de pouvoir licencier, et je reprends le communiqué de la SDI : aucune faute ne saurait être retenue pour absence du salarié, pour non-présentation de son pass sanitaire, est-ce qu'on est dans un angle mort, comment on s'en sort, peut-être allez-vous m'expliquer qu'il n'y a aucun conflit dans les entreprises et que tout se passe bien ?

ALAIN GRISET
Non, tout d'abord je pense qu'aujourd'hui, le débat qui consiste à dire : est-ce que le pass sanitaire est un bon outil pour, je veux dire, permettre aux entreprises de fonctionner, je pense que le débat est clos, puisque, on se rend bien compte que, avec les taux d'incidence que nous avons depuis quelques mois…

ARNAUD ARDOIN
Le Delta…

ALAIN GRISET
Au-dessus de 200, on est arrivé à 600, 800, bon, pour 100.000 habitants, sans le vaccin, on serait en confinement, je le précise pour ceux qui contestent éventuellement le pass sanitaire, moi, j'ai dit aux restaurateurs…

ARNAUD ARDOIN
C'était ça l'alternative : vous fermez les rideaux.

ALAIN GRISET
Eh bien oui, eh bien, oui, s'il n'y avait pas le vaccin, s'il n'y avait pas le pass, dans la même situation, il y a un an, on fermait les activités économiques…

ARNAUD ARDOIN
L'activité, là, les restos sont ouverts.

ALAIN GRISET
Là, le choix qui a été fait, le président l'a quand même fait depuis le mois de janvier, on n'a pas eu de confinement depuis le mois de novembre, quand on compare avec beaucoup de pays…

ARNAUD ARDOIN
Qui ont reconfiné…

ALAIN GRISET
Qui ont reconfiné, qui ont refermé, pays européens, l'Allemagne, la Belgique…

ARNAUD ARDOIN
Les Britanniques…

ALAIN GRISET
Les Britanniques, les Luxembourg et autres, bon. Nous, on n'a pas confiné, on a eu des périodes où il y a eu couvre-feu, mais il n'y a pas eu de confinement, et là, on a une activité économique qui est à hauteur de 99%, grâce au pass sanitaire…

ARNAUD ARDOIN
Il reste encore un peu de chômage partiel encore, mais c'est à la marge…

ALAIN GRISET
Ça a beaucoup diminué. Donc première chose, je pense qu'on peut toujours émettre des avis pour ou contre, mais en tout cas, concrètement parlant, le pass sanitaire démontre son efficacité. Ensuite…

ARNAUD ARDOIN
Et l'angle mort juridique parce que c'est soulevé par des professionnels ?

ALAIN GRISET
Oui, ensuite, le pass sanitaire s'applique aux salariés là où le pass sanitaire est exigé pour les clients, là, la procédure est aujourd'hui, je veux dire, assez connue, le salarié qui ne pourrait pas justifier d'un pass sanitaire, je le rappelle, le pass sanitaire, c'est ou le vaccin ou les tests, bien, le salarié qui ne peut pas justifier, il y a la procédure classique d'entretien avec l'employeur qui va essayer de le convaincre, en tout cas…

ARNAUD ARDOIN
Il a déjà commencé, j'imagine…

ALAIN GRISET
Il a déjà travaillé avec, si jamais il y a persistance du salarié qui ne peut pas justifier d'un pass sanitaire, à ce moment-là…

ARNAUD ARDOIN
Qu'est-ce qui se passe ?

ALAIN GRISET
Il y a une mise à pied, il y a une mise à pied, il peut avoir jusqu'à deux mois, dans un premier temps, on peut prendre des congés…

ARNAUD ARDOIN
Et ensuite, on suspend le salaire dans la mise à pied…

ALAIN GRISET
Tous les outils sont là, suspension de salaire pendant deux mois, et vraiment au bout de ce processus, ça veut dire au bout de 3 mois, 4 mois, il peut avoir une procédure de licenciement.

ARNAUD ARDOIN
Juridiquement, c'est possible ?

ALAIN GRISET
Eh bien, écoutez, naturellement.

ARNAUD ARDOIN
Parce que, ce qu'indique, là le syndicat…

ALAIN GRISET
Non, le SDI dit je les ai vus…

ARNAUD ARDOIN
Oui, vous les avez rencontrés…

ALAIN GRISET
Il dit : mais il est possible que les Prud'hommes contestent la légitimité du licenciement, bon, comme tout d'ailleurs licenciement, bon. Mais dans l'absolu, un salarié qui ne respecte pas les règles pour venir au travail pourrait à terme être licencié.

ARNAUD ARDOIN
Alors je voudrais vous faire entendre, parce que, évidemment, il faut préciser que vous êtes un ministre qui avez beaucoup, beaucoup, beaucoup travaillé à la fois sur le terrain, et pour recevoir tous les secteurs, tous les professionnels, c'est un travail titanesque que vous avez mené, parce que c'est l'expression du travail en dentelle, écoutez Romain VIDAL, vous le connaissez parce qu'il est au GNI, donc Groupement National des Indépendants restaurateurs hôteliers, et il est revenu sur un point sur notre plateau et j'aimerais vous le faire commenter, les fameux 5% annoncés par Bruno LE MAIRE en disant : mais à peine la relance est-elle arrivée qu'on a eu plus 5% dans la restauration, lui, il conteste ce chiffre, il dit qu'il y a un recul dans certaines régions de 20%, et j'aimerais avoir votre sentiment et votre analyse. Ecoutez-le.

ROMAIN VIDAL, SECRETAIRE GENERAL GNI IDF, DIRECTEUR BRASSERIE LE SULLY
Les 5% annoncés par Bruno Le MAIRE, c'est la consommation de carte bleue, l'utilisation des cartes bleues dans la restauration, entre 2019 et 2021, donc c'est forcément une augmentation, parce qu'avec la crise du Covid, vous utilisez la carte bleue sans contact, vous utilisez votre titre restaurant, qui est beaucoup plus utilisé et beaucoup plus fléché vers la restauration…

ARNAUD ARDOIN
38 euros.

ROMAIN VIDAL
Déplafonné à 38 euros grâce à l'utilisation les dimanches et jours fériés, donc nous utilisons tous notre carte bleue beaucoup plus souvent, donc c'est normal qu'on soit à plus 5% d'utilisation de la carte bleue. Et plus 5%, je dirais même que c'est une mauvaise nouvelle, puisque justement, avec la crise du Covid et l'utilisation du titre restaurant dématérialisé, l'utilisation des cartes bleues sans contact, on devrait être à beaucoup plus en deux ans, ça montre bien qu'il y a eu le passage de la crise, nous, les statistiques qu'on a obtenues auprès de nos adhérents et auprès des non-adhérents, c'est gros grosso modo, en France, il y a une baisse de 20% du chiffre d'affaires de la restauration.

ARNAUD ARDOIN
C'est un point intéressant, je précise que Romain VIDAL est par ailleurs à la tête d'une brasserie à Paris, parce que c'est un point très important et qui est une brasserie qui accueille majoritairement des touristes, et évidemment, quelques habitués ; c'est intéressant ce qu'il dit. Nous, dans notre profession, on est à moins 20%, et je reviens sur ma première question, ça dépend des régions, parce que dans le littoral, en montagne et dans les zones un peu touristiques françaises, ça a cartonné, mais il parle de moins 20, est-ce que vous validez ce chiffre, est-ce que la situation n'est pas aussi rose qu'on le dit ?

ALAIN GRISET
Tout d'abord monsieur VIDAL ne contredit pas ce que dit Bruno LE MAIRE Bruno, LE MAIRE a dit les choses très clairement, il a dit : je me base sur les éléments chiffrés que j'ai de dépenses cartes bleues, bien, et donc on a toutes les semaines les volumes de carte bleue par secteur d'activité et par territoire, bien, et que, globalement, au niveau national, il y a plutôt une augmentation, ça, c'est un chiffre.

ARNAUD ARDOIN
Globalement.

ALAIN GRISET
Globalement, il y a un chiffre, mais néanmoins, nous l'avons dit lors de la réunion que nous avons eue lundi avec les représentants professionnels, nous savons bien, on vit aussi nous, on voit bien ce qui se passe, nous savons bien qu'il y a des différences très importantes, c'est d'ailleurs pour ça qu'on fait maintenant les frais fixes, parce que, on n'est plus dans un fonds de solidarité qui s'applique massivement à tout le monde, un peu les yeux fermés, on est sur des aides qui vont être données à ceux qui pourront justifier de la perte de chiffre d'affaires.

ARNAUD ARDOIN
Vous vous engagez à accélérer les procédures, parce qu'il y a une inquiétude des chefs d'entreprise qui disent : cette méthodologie, on la valide, mais c'est souvent très long, il faut justifier, il faut passer par son comptable, il faudra aller vite. Ça, c'est un sujet quand même.

ALAIN GRISET
Mais naturellement, il y a une différence, c'est vrai, évidente entre fonds de solidarité, et je rappelle qu'au fonds de solidarité, par exemple…

ARNAUD ARDOIN
Oui, ce n'est pas la même méthodologie…

ALAIN GRISET
Celui du mois de novembre, ouvert le 4 décembre, nous avions payé 650.000 entreprises le 27 décembre. C'était de l'automaticité, on n'est pas en situation de pouvoir faire pareil avec frais fixes, parce que, là, il faut des justificatifs…

ARNAUD ARDOIN
Il faut justifier, bien sûr…

ALAIN GRISET
Il faut des documents. Ce que nous avons dit avec Bruno LE MAIRE, c'est que nous avons demandé à la direction des finances publiques, à DGFIP, de trouver pour les plus petites entreprises un processus qui soit simplifié…

ARNAUD ARDOIN
Souple, oui, facile…

ALAIN GRISET
Voilà, simplifié, un peu moins de documents, il faudra toujours une certification du commissaire aux comptes, mais plutôt que de compter en mois pour payer, en comptera en semaines, bon, alors que pour le fonds de solidarité, on comptait en jours, donc c'est vrai…

ARNAUD ARDOIN
Et c'était très pratique…

ALAIN GRISET
Ça se compte plutôt en semaines, mais vous comprendrez bien qu'on est aussi sur de l'argent public, et que le gouvernement ne peut pas faire n'importe quoi, qu'il y a des contrôles qui sont légitimes, la Cour des comptes, et que nous devons être certains que ceux qui demandent ces moyens financiers justifient la réalité des besoins.

ARNAUD ARDOIN
Une situation contrastée, juste un focus sur Paris, parce que je sais que vous regardez attentivement Paris, je pense à des hôteliers indépendants, je pense à des restaurateurs qui, pour beaucoup, vivent du tourisme, et qui aujourd'hui ne voient pas de touristes, est-ce qu'il faut des aides spécifiques pour Paris ou des villes où les commerçants vivent principalement du tourisme ?

ALAIN GRISET
Bon, d'abord, nous savons bien…

ARNAUD ARDOIN
Comment faire ?

ALAIN GRISET
Nous savons bien qu'à Paris, il y a cette spécificité touristique d'un tourisme en plus très important pour les hôtels, pour les restaurants, les Chinois, les Américains, les Anglais, aujourd'hui qui n'est pas là, bon, et par contre, on sait très bien aussi que sur le littoral, en montagne, ça avait progressé…

ARNAUD ARDOIN
Ça a très bien marché…

ALAIN GRISET
Oui, il y a des augmentations de 30, 40% quelquefois, bien, donc le dispositif frais fixes, il est tout à fait adapté à ça, puisque le « frais fixes » fait du sur mesure entreprise par entreprise. Et à l'intérieur d'un même secteur aujourd'hui, c'est ça que…

ARNAUD ARDOIN
A partir d'octobre, on est bien d'accord, il y a encore un mois de fonds de solidarité…

ALAIN GRISET
Voilà, une des difficultés que nous avons aujourd'hui, enfin, le terme « difficultés » n'est peut-être pas le bon terme, mais en tout cas, c'est qu'il faut faire des dispositifs à l'intérieur de secteurs, dans des territoires qui ne sont pas gérés de façon identique, et donc on voit bien que la restauration, de façon globale, ne peut pas être gérée pareil sur le littoral, pareil en montagne, pareil qu'à Paris, et dans Paris même, j'irai plus loin, dans Paris même…

ARNAUD ARDOIN
Il y aussi des contrastes…

ALAIN GRISET
Il y a des contrastes extrêmement importants, je ne vais pas raconter ma vie, mais, la semaine dernière, je peux encore me permettre de me promener à pied un peu librement…

ARNAUD ARDOIN
Quelle joie !

ALAIN GRISET
Ce qui est bien.

ARNAUD ARDOIN
Oui, c'est bien.

ALAIN GRISET
Je suis allé faire un tour à Saint-Germain, un soir.

ARNAUD ARDOIN
Les terrasses étaient pleines.

ALAIN GRISET
Oui, mais il y avait quelques restaurants dans lesquels il n'y avait pas beaucoup de monde, pourtant sur un périmètre très restreint…

ARNAUD ARDOIN
Ils ne sont pas dans les guides touristiques…

ALAIN GRISET
Très restreint le périmètre, mais il y avait deux, trois restaurant dans lesquels, il n'y avait pas grand monde, et puis, il y avait quelques restaurants où il y avait 50 mètres de queue dans la rue, de file d'attente…

ARNAUD ARDOIN
Les effets de mode, évidemment des…

ALAIN GRISET
Bien, donc, voilà, mais ça, permettez-moi de le dire, ça a toujours existé, je ne suis pas tout à fait un perdreau de l'année dans l'économie…

ARNAUD ARDOIN
Non, mais j'insistais sur le…

ALAIN GRISET
Mais moi, j'ai bien connu dans une même rue à Lille deux coiffeurs, un qui tournait très bien, et un vide…

ARNAUD ARDOIN
Oui, ça, c'est vrai, c'est vrai, un plein, un vide. Non, mais j'insistais sur le fait que pour certaines grandes villes, les hôteliers soutenus par des groupes qui sont dans des groupes hôteliers, peuvent traverser une crise, les indépendants, les hôteliers indépendants, on le sait, ils ont une baisse de 70 % de leurs activités, et c'est très difficile.

ALAIN GRISET
Sans aucun doute.

ARNAUD ARDOIN
Focus quand même, on évoque une dette globale de 400 milliards d'euros, les aides ont été de 240 milliards d'euros, c'est le chiffre qui a été arrêté, qui est le montant cumulé des mesures de soutien destinées aux entreprises, tout confondu, avec ce que vous évoquiez, et puis, il y a un débat qui va arriver très, très vite, parce qu'on est entré en campagne présidentielle, c'est le débat des DPGE. Ici, sur ce plateau, des chefs d'entreprise, qui, sans hésiter d'ailleurs, nous disent : moi, mars 2022, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, parce que je suis en train de refaire ma trésorerie, j'ai sauvé mes salariés. Mais si on me demande dès mars 2022 de payer, je ne pourrais pas. Qu'est-ce qu'on fait avec ces PGE, qu'est-ce qu'on en fait, est-ce qu'on les transforme, est-ce qu'on oblige les chefs d'entreprise à régler l'addition ; comment on fait ?

ALAIN GRISET
Je suis très l'aise sur le sujet parce que j'ai déjà pris position depuis plusieurs mois sur le sujet. D'abord, les 240 milliards c'est 80 milliards d'aides directes, pas de remboursement, subventions, fonds de solidarité, cotisations sociales, activité partielle, 35 milliards, 35,10 milliards et 160 milliards de prêts.

ARNAUD ARDOIN
C'est ça.

ALAIN GRISET
Dont 140 milliards de PGE. Première chose…

ARNAUD ARDOIN
Garanti par l'Etat, il faut le dire, c'est un prêt…

ALAIN GRISET
A 90 %.

ARNAUD ARDOIN
Voilà, garanti par l'Etat à 90%.

ALAIN GRISET
90 %, l'Etat garantit auprès des banques ces prêts garantis par l'Etat. D'abord, on s'est adapté pour les PGE…

ARNAUD ARDOIN
C'est vrai.

ALAIN GRISET
Puisque dans un premier temps ça a été une année de différé, on est maintenant à deux années de différé, ce qui fait que les premiers prêts devraient pouvoir être remboursés à partir d'avril 2022, ceux qui ont commencé à faire des prêts en avril 2020, ceux qui ont commencé en juin…

ARNAUD ARDOIN
Sont repoussés, mais enfin ceux qui sont déjà au pied du mur dès avril ou mars…

ALAIN GRISET
Ça peut être une difficulté, d'autant plus que le fait d'avoir deux ans de différé, c'est un prêt qui rentre dans les cases des règlements européens, qui était limité à six ans, donc ça veut dire que six ans, deux ans de différé, il reste quatre ans pour rembourser, souvent 25% du chiffre d'affaires, j'ai dit à plusieurs reprises que je considérais que ce n'était suffisant en délai. Donc, il y a deux éléments, premier élément, est-ce qu'au regard du fait qu'il y a eu ce nouveau variant et qu'on a de nouveau une difficulté sanitaire, on peut, ou pas, décaler la date de début du remboursement…

ARNAUD ARDOIN
Donc plus avril 2022.

ALAIN GRISET
Est-ce que c'est possible ou pas.

ARNAUD ARDOIN
En tout cas c'est sur la table ce sujet.

ALAIN GRISET
Ça peut être sur la table, et, deuxième chose, est-ce que c'est possible, en tout cas moi je le souhaite, qu'on puisse dire quatre ans ça ne va pas suffire, on met six ans, on met huit ans, permettant à chacun de voir…

ARNAUD ARDOIN
D'étaler la dette.

ALAIN GRISET
Oui, et puis surtout d'être dans un environnement de sérénité. Vous savez, la politique qui a été menée, c'était une politique de soutien à l'économie, on a mis en oeuvre…

ARNAUD ARDOIN
J'ai dit nationalisations tout à l'heure, vous ne m'avez pas contredit, temporaires.

ALAIN GRISET
On a soutenu l'économie, et on a aussi soutenu les salariés…

ARNAUD ARDOIN
Bien sûr, les emplois.

ALAIN GRISET
Les emplois, les salariés, eh bien ce n'est pas pour abandonner tout le monde, comme ça, d'un seul coup, alors qu'on aura payé pendant un an, un an et demi, et on va leur dire…

ARNAUD ARDOIN
Et prendre à la gorge les chefs d'entreprise.

ALAIN GRISET
On va tirer l'échelle et maintenant c'est terminé. Donc, on a montré, je pense, ce n'est pas du blabla, on a montré concrètement la capacité qu'on avait, dans ce gouvernement, de s'adapter au fur et à mesure des situations, il n'y a pas de raison qu'on change et on trouvera les moyens de pouvoir ne pas laisser tomber ceux qui sont en difficulté.

ARNAUD ARDOIN
Dernier point, je ne voudrais pas qu'on l'oublie, il y a un sommet social à Matignon, le Premier ministre consulte les syndicats, alors les syndicats sont assez vent debout contre le pass sanitaire, expliquant que… en tout cas je pense à Force Ouvrière, à la CGT bien sûr, d'autres syndicats restent plus modérés, mais quand même, et puis il y a un débat sur les augmentations de salaires, vous avez vu, c'est monté à l'occasion d'un échange entre Bruno LE MAIRE et le patron du MEDEF sur l'idée que les salaires pourraient augmenter. Alors, c'est vrai que Geoffroy ROUX de BEZIEUX a très vite rétropédalé en disant " attendez, attendez, je n'ai pas dit que les salaires devaient augmenter partout, j'ai dit qu'ils devaient augmenter que dans certains secteurs où il y avait une tension et qu'on ne trouvait pas… " Donc, est-ce que vous soutenez cette initiative, vous êtes à la tête… ministre des PME, on voit une pénurie de salariés, les chefs d'entreprise disent " je ne trouve pas de salariés ", est-ce que c'est une solution que, dans ces secteurs sous tension on augmente les salaires ?

ALAIN GRISET
D'abord, vous voyez comment les choses évoluent très vite. Moi j'ai vu le virage à partir du 15 juin, avant le 15 juin la plupart des entretiens qu'on avait c'était comment on trouve des solutions pour nous aider…

ARNAUD ARDOIN
C'est vrai, ça a muté dans le discours et dans le… là on cherche des salariés.

ALAIN GRISET
De façon considérable, à partir du 15 juin il y avait deux sujets, il y a toujours deux sujets, les matériaux…

ARNAUD ARDOIN
Pénurie de matières premières.

ALAIN GRISET
L'augmentation, la pénurie, et deuxième chose, on ne trouve pas le personnel par rapport à nos besoins, et pas seulement dans cafés-hôtels-restaurants !

ARNAUD ARDOIN
Non, non, tout à fait.

ALAIN GRISET
Un peu partout.

ARNAUD ARDOIN
Un peu partout, c'est exact.

ALAIN GRISET
Néanmoins on ne peut pas dire qu'il n'y ait pas de chômeurs, il y en a encore beaucoup, beaucoup trop, même si on n'a pas vu augmenter le nombre de chômeurs…

ARNAUD ARDOIN
C'est quoi, c'est 400.000, 500.000 postes à pourvoir là ?

ALAIN GRISET
Voilà, c'est ce qui se dit, mais en tout cas ce n'est pas anecdotique.

ARNAUD ARDOIN
D'où la réforme de l'Assurance chômage vous allez me dire.

ALAIN GRISET
D'où la réforme de l'Assurance chômage, au 1er octobre, qui est indispensable, et ensuite, mécaniquement je dirais, il y a certaines entreprises, pour obtenir des salariés, qui seront amenées à avoir des propositions financières différentes.

ARNAUD ARDOIN
J'entends le ministre qui dit " les entreprises individuellement peuvent faire l'effort ", mais est-ce qu'il faut un discours, je dirais politique, porté par le gouvernement, pour dire " faites un effort ", « nous souhaiterons que » ?

ALAIN GRISET
A partir du moment où c'est possible pour l'entreprise, parce que moi je suis en charge des petites et moyennes entreprises, je sais très bien qu'une entreprise dans laquelle il y a un ou deux salariés n'a pas toujours la marge possible pour augmenter fortement les salaires, donc je suis assez prudent par rapport à ça, mais quand c'est possible, et d'ailleurs ça se fait très souvent… vous savez, il y a un exemple qu'on peut prendre en considération, ce qui appelé la prime Macron, vous savez, les 2000 euros fin d'année, la plupart de ceux…

ARNAUD ARDOIN
Défiscalisée, faut-il le préciser.

ALAIN GRISET
Oui, défiscalisée, mais la plupart de ceux qui ont fait la prime Macron, c'est les petites entreprises, ça veut dire que quand c'est possible…

ARNAUD ARDOIN
Elle a bien marché cette prime d'ailleurs !

ALAIN GRISET
Oui, mais l'employeur le fait. Pourquoi ? Parce que d'abord il a une relation avec son salarié qui est telle que, voilà, s'il peut permettre à son salarié de mieux vivre il le fait, maintenant, quand ce n'est pas possible ce n'est pas possible, mais tant mieux. Si l'activité économique fonctionne, ça permet de donner du pouvoir d'achat supplémentaire aux salariés…

ARNAUD ARDOIN
Et puis on nous dit que la relance est là, donc la relance est là, l'économie va bien, dit-on, il faut…

ALAIN GRISET
Il faut aussi que les entreprises aient des marges.

ARNAUD ARDOIN
Qu'elles aient des marges pour pouvoir les distribuer et faire partager le fruit de la croissance. Un dernier mot qui est très important, parce que, je le redis, cette campagne présidentielle, cette période, souvent, met sous cloche les sujets importants et sensibles, certains considèrent que, avec près de 400 milliards de dette à rembourser, les taux sont très bas, on le sait, d'une manière ou d'une autre, un jour, les impôts vous remontez, est-ce que sur ce plateau, vous nous dites : il n'y aura pas d'augmentation d'impôts, comme a pu le dire Elisabeth BORNE, et d'autres ministres ; est-ce que vous nous le dites, vous nous le confirmez ? C'est un sujet éminemment sensible, parce que les chefs d'entreprises vous disent peut-être que l'IS, qui baisse, n'augmentera pas, mais on aura des taxes indirectes pour essayer de récupérer cette dette ; qu'est-ce que vous leur dites ?

ALAIN GRISET
Permettez-moi de dire que ce n'est pas 400 milliards la dette française.

ARNAUD ARDOIN
Non…

ALAIN GRISET
C'est 3.000 milliards, c'est 400 milliards en plus…

ARNAUD ARDOIN
En plus, la dette globale est de 3.000 milliards…

ALAIN GRISET
Voilà.

ARNAUD ARDOIN
Elle est cumulée depuis 30 ans…

ALAIN GRISET
J'entends bien, mais elle existe.

ARNAUD ARDOIN
Elle existe, elle est là.

ALAIN GRISET
Et elle s'est effectivement augmentée au regard de la crise sanitaire, vous savez, nous avons pris un engagement, le président de la République l'a dit, d'abord, il y a une baisse des impôts, impôts de production, dans le plan de relance, 10 milliards, impôts, je veux dire, sur les sociétés qui baissent, la taxe d'habitation…

ARNAUD ARDOIN
C'était prévu ça depuis long terme…

ALAIN GRISET
Oui, mais ça se met en oeuvre, la taxe d'habitation pour les particuliers, et donc la stratégie est la même, l'idée, c'est de ne pas baisser les impôts… (sic), c'est de ne pas augmenter les impôts, pardon, de les baisser, et l'idée, c'est de dire que la croissance va nous permettre de rembourser cette dette, la chance que nous avons en France, c'est que cette dette, elle est sur le très long terme.

ARNAUD ARDOIN
On la fait rouler, comme on dit…

ALAIN GRISET
Sur le très long terme, on la rembourse sur le long terme. Et la croissance nous permet de rembourser.

ARNAUD ARDOIN
Notre croissance nous le permet, là, on a un chiffre de plus 6, qui est un excellent chiffre, mais il faut évidemment le mâtiner par rapport aux chiffres que l'on avait pendant la crise Covid, suffisant pour justement réussir grâce à ces chiffres de croissance… ?

ALAIN GRISET
Ah, si on faisait plus 6 pendant 10 ans, pendant 15 ans…

ARNAUD ARDOIN
Eh bien, 10 ans, là, bien sûr…

ALAIN GRISET
Ça roule.

ARNAUD ARDOIN
Mais enfin…

ALAIN GRISET
D'où l'idée, non, mais d'où l'idée quand même, on n'a pas toujours eu une croissance suffisante, d'où l'idée…

ARNAUD ARDOIN
1,5, 2…

ALAIN GRISET
Grâce au plan d'investissement d'être dans une situation où on va générer plus de croissance.

ARNAUD ARDOIN
Qui arrive, qui est arrivée.

ALAIN GRISET
Oui, mais on va générer plus de croissance, donc on est là sur un modèle vertueux de dire qu'en réalité, on a investi, on a investi en faisant l'accompagnement qu'on a fait, et dans l'avenir, c'est un investissement, parce que, de toute façon, vous savez, l'autre hypothèse, c'est de dire : l'Etat n'aurait pas accompagné les salariés, n'aurait pas accompagné les entreprises, aujourd'hui, on le paierait très cher…

ARNAUD ARDOIN
Choc social, bien sûr…

ALAIN GRISET
On le paierait très cher, et ça nous coûterait sûrement plus cher que la dette qu'on a générée.

ARNAUD ARDOIN
C'était le calcul originel.

ALAIN GRISET
Tout à fait. Et donc maintenant, ce qu'il faut, c'est qu'on puisse générer de la croissance avec des modèles qui vont s'adapter, qui vont se transformer, et surtout, avec une économie dans laquelle les entreprises sont présentes, parce que c'est ça aujourd'hui, on va commencer à récolter les fruits de ce qu'on a semé pendant un an et demi, les entreprises sont là, il faut générer de la croissance, il faut transformer certains modèles, parce que, effectivement, il y a les évolutions. Et grâce à cette transformation, grâce à l'investissement, on va générer une croissance qui va nous permettre de rembourser cette dette.

ARNAUD ARDOIN
Merci Alain GRISET d'être venu sur le plateau de Smart Job.

ALAIN GRISET
Merci à vous.

ARNAUD ARDOIN
D'être venu nous faire un point de rentrée, on suivra de près évidemment vos travaux, et puis, toutes les négociations que vous menez dans un travail de dentelle dans les secteurs qu'on évoquait, la culture, le tourisme, et puis, vous êtes dans l'Allier demain avec Jean-Baptiste LEMOYNE, pour parler tourisme, eh bien, c'est un très beau département qui a peut-être besoin d'exister sur le plan touristique. Merci d'être venu sur notre plateau.

ALAIN GRISET
Avec plaisir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2021