Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à France Info le 20 septembre 2021, sur la primaire des Verts, la rupture du contrat de fabrication de sous marins avec l'Australie et la réforme de la fonction publique.

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Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. D'abord, d'un mot, parce que j'imagine que vous n'allez pas participer à la primaire des Verts, mais deux candidats vont s'affronter, Yannick JADOT d'une part, Sandrine ROUSSEAU d'autre part, est-ce que vous êtes surprise par la performance de Sandrine ROUSSEAU ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi ce que je vois c'est qu'aujourd'hui nous avons deux candidats qui ont une vision radicalement opposée, d'abord de la société, mais aussi de ce qu'est le premier défi, dont ils disent vouloir parler, qui est le changement climatique. D'un côté vous avez une femme qui, au fond, a un vrai renouveau, dans la tête, sociétal, puisqu'elle nous dit qu'elle veut tout changer, dans la décroissance…

ALIX BOUILHAGUET
Elle est écolo-féministe.

AMELIE DE MONTCHALIN
Dans la radicalité, avec d'ailleurs des questions qui se posent sur sa relation aux valeurs républicaines, aux communautarismes, aux enjeux femmes- hommes, et puis de l'autre vous avez Yannick JADOT qui, en substance, dit que nous, au gouvernement, on va dans la bonne direction, on n'y va juste pas assez vite, et je ne vois pas bien comment la France ça fait une synthèse. Nous, avec le président République, depuis 4 ans, on a une clarté, c'est qu'on a fait des choses, d'ailleurs que beaucoup de Verts, qui étaient dans les gouvernements précédents, n'avaient jamais réglées, je pense à Notre-Dame-des-Landes, à EuropaCity, on a été ensuite tracer des perspectives sur la loi anti-gaspillage, sur la Convention pour le climat, et puis aussi on ne laisse personne au bord du chemin, je pense à la Prime Rénov' ou au chèque énergie.

ALIX BOUILHAGUET
Juste, encore une fois d'un mot, sur le personnage Sandrine ROUSSEAU, sur ce qu'elle apporte, c'est-à-dire ce débat sur la fin du patriarcat, sur le féministe, sur les discriminations, sur les humiliations, est-ce que vous pensez que ça peut aussi parler à une certaine catégorie de population, à des jeunes notamment, c'est un débat de société ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, ce que je vois c'est que c'est d'abord radical et c'est une vraie alternative de société, est-ce que les Français auront envie de cette alternative, c'est quand même une question, et ensuite, est-ce qu'il peut y avoir une synthèse, parce que des deux candidats il n'en restera qu'un, et ils se sont engagés l'un et l'autre, qui que ce soit le vainqueur, à porter un projet de synthèse, je pense que ça va être très très difficile. L'écologie pour nous, c'est des choix concrets, et c'est la clarté, et c'est la clarté dans un monde qui est celui qu'on connaît aujourd'hui.

ALIX BOUILHAGUET
L'Australie a annulé un contrat d'achat de sous-marins français en faveur de navires américains, énorme indignation dans le camp français, on a entendu encore Jean-Yves LE DRIAN hier, est-ce qu'on n'a pas été quand même un peu candides ? Certains disent que finalement ce contrat il n'était pas suffisamment vissé.

AMELIE DE MONTCHALIN
Attendez, déjà, quand on est dans une alliance on se fait confiance. Quand, 15 jours avant le 15 septembre, le 30 août, des déclarations officielles, des consultations, des déclarations, voyez, France-Australie, dont encore mention des sous-marins, se pose effectivement, comme l'a dit Jean-Yves LE DRIAN ce week-end, une forme de duplicité, donc les décisions qui ont été prises de rappeler les ambassadeurs, c'est l'occasion d'avoir des explications, des clarifications, se demander au fond comment fonctionnent ces alliances, quel rôle on y joue, est-ce qu'on est là juste pour faire supplétif, et du coup nous poser aussi la question européenne. Au fond ce qui se joue là, la stratégie…la zone Indo-Pacifique, c'est notre relation à a Chine, vous savez que 90 % de nos eaux territoriales françaises sont dans le Pacifique, on y est une grande puissance, les Européens voudraient qu'on y soit collectivement une grande puissance…

ALIX BOUILHAGUET
Donc est-ce qu'il n'y a pas besoin d'une création…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et donc on a besoin d'abord de reprendre du recul, de recréer une forme de confiance et de dialogue réel avec nos alliés, et de se poser du coup des questions stratégiques. Evidemment il y aura des échanges, le président aura Joe BIDEN dans les prochains jours au téléphone, mais on est dans un moment de clarification, ce n'est pas qu'une question de contrat d'armement commercial, industriel.

ALIX BOUILHAGUET
Oui, mais le contrat d'arguments, on dit aussi qu'il avait quasiment doublé, le prix, qu'il y avait aussi des délais qui n'étaient pas conformes à ceux qui étaient souhaités au départ.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais dans ce cas-là on se parle, et on ne l'annonce pas dans la presse en ayant prévenu ses alliés 1 heure avant, ce qui montre bien qu'il y a des questions stratégiques derrière et que les explications que nous avons jusqu'à maintenant ne sont pas convaincantes et donc on prend le temps d'avoir des explications désormais, qui nous montrent ce que nos alliés, un, veulent faire, et ce qu'ils veulent continuer à faire avec nous, et ce qu'on veut, nous aussi, continuer à faire avec eux.

ALIX BOUILHAGUET
Vous êtes à la tête de la réforme de la fonction publique, en tout la France elle compte 5,6 millions d'agents publics, alors c'est vrai qu'il y avait une vraie ambition en début de quinquennat qui était de réduire ce nombre de fonctionnaires, 120.000 postes avaient été mis sur la table, dans les faits en fait il y a eu plutôt une augmentation, moi j'ai les chiffres de 2019, +87.000 fonctionnaires. Est-ce qu'à quelques mois de la présidentielle c'est un renoncement, finalement, qui n'est pas lourd de symboles pour un président réformateur qui voulait justement faire aussi de la réforme de l'Etat une marque de fabrique ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il n'y a aucun renoncement, mais la politique c'est de prendre ses responsabilités, la France de 2021 n'est pas la France de 2017. On a une boussole, c'est de réallouer nos moyens, c'est-à-dire de mettre les bonnes personnes au bon endroit, c'est-à-dire par exemple mettre beaucoup plus de monde sur le terrain, mettre plus de policiers, plus de greffiers, mais le faire en ayant une stabilité des effectifs de l'Etat. Ce que j'entends quand même, quand j'écoute la droite ou à la gauche, c'est que la fonction publique c'est un très bon signal de la qualité des programmes qui sont en train d'être établis, à gauche vous avez du clientélisme qui considère que la fonction publique on peut lui parler comme à une clientèle, et d'ailleurs Madame HIDALGO a lancé un débat, moi je vois son bilan en tant que gestionnaire à la ville de Paris, je vois le débat qu'elle lance, y compris d'ailleurs maintenant en politique interne à la gauche, et Monsieur MELENCHON, et Monsieur MONTEBOURG, considèrent que ce n'est pas crédible, et sur les postes, vous avez à droite le logiciel qui revient de, eh bien on a qu'à couper X pourcent, de manière…

ALIX BOUILHAGUET
Valérie PECRESSE elle propose très concrètement de réduire de 10 % le nombre de fonctionnaires, tout en précisant qu'il ne s'agit pas des agents de terrain.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais j'allais dire encore heureux. Madame PECRESSE, en réalité…

ALIX BOUILHAGUET
Est-ce que ce n'est pas un chiffre raisonnable ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Madame PECRESSE, elle a été ministre du Budget de la fameuse RGPP, qui a conduit à laminer, à affaiblir, dans des proportions gigantesques, l'Etat territorial, c'est-à-dire l'Etat proche des Français, l'Etat dans les préfectures, l'Etat dans les sous-préfectures, aujourd'hui c'est la même logique, c'est un chiffre, on ne sait pas d'où il sort, on ne sait pas ce que ça signifie, on ne sait pas si c'est dans tous les ministères…

ALIX BOUILHAGUET
Ça veut dire qu'il ne faut pas toucher au nombre de fonctionnaires ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Pas du tout. Moi, aujourd'hui, ce qu'on fait déjà c'est de dire, nous avons des priorités, nos priorités c'est d'avoir un Etat plus proche, plus simple, qui surtout cherche l'efficacité, et dans ces priorités, quand on a une priorité de sécurité, oui, on met des moyens pour avoir des policiers…

ALIX BOUILHAGUET
Mais où est-ce qu'on réduit les moyens ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On les réduit en faisant des choix entre ministères, entre priorités, et donc ça veut dire qu'à la fin…

ALIX BOUILHAGUET
En termes de chiffres ça veut dire combien ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Stabilité, stabilité, ça veut dire qu'au total on a le même nombre de fonctionnaires de l'Etat, mais qu'au sein de l'Etat, eh bien on réalloue nos priorités, je pense que les Français comprennent très bien, c'est aller chercher l'efficacité, c'est être clair avec les Français sur le fait que, aujourd'hui, après la crise sanitaire, tout le monde comprend très bien qu'on a aussi besoin de maintenir, d'investir dans notre système de santé, mais le choix de Madame PECRESSE c'est une vision aveugle et comptable. Et vous savez, quand vous dites comme ça, on ne sait pas pourquoi c'est 10, pourquoi ce n'est pas 15, on ne comprend pas ce que ça signifie, nous on n'est pas du tout dans le conservatisme, mais à un moment donné il faut un dialogue de vérité, les méthodes aveugles on a vu ce qu'elles produisaient, elles ont affaibli l'Etat et elles sont surtout des mesures que les Français ne comprennent pas qu'est-ce qu'on cherche. Vous savez, la fonction publique c'est un très bon marqueur, soit vous êtes dans ces idées un peu paresseuses, qui se répètent, ça fait 10 ans qu'il y en a qui ont les mêmes, soit de notre côté, on a mis sur les sujets sur la table, on avance, et notamment sur les questions salariales.

ALIX BOUILHAGUET
En 30 secondes, je suis désolée, Anne HIDALGO qui effectivement veut doubler le salaire des fonctionnaires, au-delà de sa proposition – salaire des profs, je précise – au-delà de la sa proposition, il n'y a pas un problème quand même sur la rémunération des fonctionnaires ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a évidemment un sujet, c'est d'ailleurs pour ça que depuis 4 ans on a revalorisé les jeunes enseignants, le Beauvau de la sécurité pour les policiers, les jeunes chercheurs, les soignants, j'ai pris une mesure au mois de juillet, très forte, pour que toutes les catégories, le 1,2 million d'agents publics les moins payés, plus proches du SMIC, aient des perspectives de carrière et des revalorisations, j'ouvre demain un moment assez inédit de dialogue social, parce que moi je crois au dialogue social et pas aux postures idéologiques, nous ouvrons un dialogue social pour que justement nous mettions à plat tout ce qui dans notre système de rémunération pose questions, je n'ai aucun tabou sur les perspectives salariales, mais soyons crédibles, soyons sérieux, travaillons, ne lançons pas des propositions à l'emporte-pièce, je crois que ce n'est pas respecter les agents publics, mais c'est des sujets qui sont suffisamment importants pour qu'on les traite avec sérieux.

ALIX BOUILHAGUET
Amélie de MONTCHALIN merci, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 septembre 2021