Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les droits des femmes et des filles en Afghanistan, à New York le 21 septembre 2021.

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Circonstance : Réunion ministérielle sur le futur des femmes afghanes et leur accès à l'éducation

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Texte intégral

Chers amis,


J'ai une pensée aujourd'hui pour le Dr. Habiba Sarabi, engagée aux côtés des filles afghanes réfugiées dans la région de Peshawar, au Pakistan, durant la période du premier régime Taleb. Ministre de la condition féminine après sa chute, et première femme afghane nommée gouverneure d'une province. Habiba Sarabi, à qui j'ai eu l'honneur, il y a quelques mois, de remettre le Prix Simone Veil pour le droit des femmes et à qui je pense particulièrement en ces jours difficiles.

Une régression historique menace les femmes et filles d'Afghanistan : la perte, pure et simple, des droits grâce auxquels, depuis vingt ans, elles peuvent espérer construire leur propre destin, notamment par le droit à l'éducation, essentiel à l'égalité et à l'autonomie.

Les droits conquis par les femmes afghanes au cours de ces deux dernières décennies sont des droits humains fondamentaux. Pour cette raison, ils sont inaliénables et doivent impérativement être respectés. C'est l'une des exigences très nettes que nous avons posées aux Taliban.

Désormais notre responsabilité est double.

Premièrement, nous devons être intraitables sur le sens même de ces droits et la nature des obligations qui en découlent, en dénonçant les équivoques de la propagande Taleb.

Les droits des femmes et des filles, les Taliban n'ont pas à prétendre les définir à leur guise. Les droits des femmes et des filles, ce sont les droits tels qui sont spécifiés dans le droit international et dans beaucoup de conventions qui ont été signées aussi par l'Etat afghan. Et nous ne saurions transiger sur ce sujet car, en même temps que de la vie de millions d'Afghanes, il y va de la force de nos principes et de nos institutions, dans un moment très préoccupant de la vie internationale où ces principes et ces institutions sont violemment contestés.

Et deuxièmement, notre responsabilité c'est également de tout faire pour accompagner et soutenir les femmes et les filles d'Afghanistan dans la crise humanitaire que traverse aujourd'hui leur pays.

Accompagner celles qui restent en leur fournissant l'aide humanitaire d'urgence et, à cet égard, la France a annoncé une contribution de 100 millions d'euros pour lutter contre la crise humanitaire afghane.

Nous devons aussi accompagner celles qui partent. Celles qui ont trouvé refuge dans un pays voisin de l'Afghanistan. Celles qui demandent l'asile, par exemple, en France ou en Europe. Celles qui demandent d'être accueillies dans nos universités. Ce serait notre honneur de le faire.

Depuis des décennies, la question des droits des femmes et des filles est au coeur des liens que la France a tissés avec la société afghane. En témoignent ces très beaux symboles que sont le lycée pour filles Malalaï ou l'hôpital mère-enfant de Kaboul. Et nous sommes déterminés à poursuivre ce combat essentiel, avec vous tous.


Je vous remercie de votre attention.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 septembre 2021
 

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