Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à Europe 1 le 22 septembre 2021, sur le budget 2022, la politique industrielle et la production de vaccins contre le coronavirus.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenue sur Europe 1 et bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
Et joyeux Noël ! Non, ce n'est pas Noël ? Mais j'ai cru, écoutez, j'ai vu le budget ce matin, et je me suis dit : c'est le budget du Père Noël. Ce n'est pas le cas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ah, je ne sais pas…

SONIA MABROUK
Ça vous fait sourire en tous les cas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, ça me fait sourire, parce que, en fait, notre objectif, c'est d'investir pour le pays, et investir pour le pays, c'est construire la croissance de demain. Et ça, je crois que nos prédécesseurs ne l'ont pas compris, autant, ils ont eu à coeur de creuser le déficit public et de creuser la dette, parce que c'est ce gouvernement qui, en 2017-2018 et 2019, avait commencé à redresser les finances du pays, autant, ils sont complètement passés à côté du sujet de l'investissement ; je vous donne un exemple, sur la santé, quand Emmanuel MACRON arrive aux affaires, les industries de santé ont été divisées par deux e France. Là, tout le monde s'en est aperçu avec la crise sanitaire, il fallait produire des médicaments, plus d'industries de santé…

SONIA MABROUK
Aujourd'hui, quatre ans après, Agnès PANNIER-RUNACHER, je parle de vous, plus sérieusement, est-ce que faire campagne avec le carnet de chèques de l'Etat, un président ne devrait pas faire ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je vais vous donner un scoop, Sonia MABROUK, on va travailler jusqu'au bout, jusqu'au dernier jour, et les Français comptent sur nous pour le faire. Donc on ne va pas rester les bras croisés lorsqu'il y a des situations sur lesquelles nous devons intervenir. Le chèque énergie par exemple, est-ce qu'on devait rester les bras croisés ? Non, nous faisons notre travail jusqu'au bout, pour faire en sorte que…

SONIA MABROUK
Le chèque énergie, vous avez raison…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Que les Français puissent faire face à leurs dépenses d'énergies…

SONIA MABROUK
Chèque énergie, plan Marseille, les policiers, fonds pour les harkis, et j'en passe, parce que la liste, c'est une liste à La Prévert, la question n'est pas : évidemment, ne pas donner cet argent-là, c'est jusqu'où Emmanuel MACRON assume-t-il d'être, comme le dénonce d'ailleurs ce matin Xavier BERTRAND, le président de la dette ; est-ce que vous l'assumez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais encore une fois, le gros de la dette a été créé par ce même monsieur BERTRAND, a été créé par la mandature…

SONIA MABROUK
Pourquoi vous me parlez toujours de l'héritage de la gauche, ça fait quatre ans que vous êtes au pouvoir…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pardon…

SONIA MABROUK
Plus de quatre ans…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et le quoi qu'il en coûte, qui est l'essentiel de la dette, qui est l'essentiel de l'augmentation de la dette du gouvernement MACRON, mais je l'assume totalement, l'économie se serait effondrée, on aurait eu un million, deux millions de chômeurs de plus, combien croyez-vous que ça aurait coûté à l'économie ? Beaucoup plus cher…

SONIA MABROUK
Alors, quelles économies, Agnès PANNIER-RUNACHER…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc il faut investir, c'est ça le maître mot, intelligemment…

SONIA MABROUK
Oui, mais les dépenses appellent aujourd'hui investissements, c'est ça qui est un peu… qui nous interpelle, mais alors quelles économies, est-ce qu'une réforme des retraites aujourd'hui est sur la table, est-ce que tout est ouvert ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'on a été très clair, la réforme du chômage, nous allons la mettre en oeuvre, la réforme des retraites, ce n'est pas un tabou, et donc nous continuons à travailler sur ces sujets-là, après, nous sommes dans un temps, je dirais, contraint sur cette mandature-là, mais nous n'avons jamais ralenti le rythme des réformes, et ces réformes, elles sont bonnes pour le pays…

SONIA MABROUK
Donc vous laissez la montagne des dettes pour le prochain quinquennat…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et elles sont bonnes pour la France, encore, juste une mention, une dépense comme le dédoublement des classes de CP et CE1, c'est des points de croissance supplémentaires dans 20 ans…

SONIA MABROUK
Mais je ne vous parle pas de la légitimité des dépenses, vous dis quelles économies…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais c'est de la dette en moins, Sonia MABROUK, c'est de la dette en moins !

SONIA MABROUK
Mais pour quand ? Pour quand Madame PANNIER-RUNACHER ? Et la montagne de dettes, là, devant nous, face à nous, le mur ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, cette montagne de dettes, encore une fois, d'abord, le gros de la montagne, ce sont nos prédécesseurs, c'est monsieur Xavier BERTRAND, qui parlent haut et fort, c'est madame HIDALGO qui a soutenu…

SONIA MABROUK
C'est trop facile…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Un gouvernement pendant 5 ans. Mais regardons les chiffres !

SONIA MABROUK
Mais monsieur MACRON était à l'Elysée…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais regardez les chiffres, et c'est ça qui est intéressant.

SONIA MABROUK
Il était à l'Elysée et ministre de l'Economie.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et le quoi qu'il en coûte…

SONIA MABROUK
Et puis, président…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le quoi qu'il en coûte, c'est ce qui a sauvé le pays, c'est ce qui fait qu'aujourd'hui le chômage est au niveau d'avant crise, là où aux Etats-Unis, il a augmenté de 30 %, et c'est ça que les Français attendent, c'est d'avoir un travail, d'avoir un avenir pour leur enfant, et il faut investir et il faut assumer ces bons investissements, la dette… (sic), pardon, la dépense publique, la dépense publique à la petite semaine, le train de vie de l'Etat, je peux vous dire qu'on s'y est attaqué, et on le voit d'ailleurs dans les chiffres budgétaires.

SONIA MABROUK
Alors, Agnès PANNIER-RUNACHER, maîtriser sa bête, c'est aussi une question bien sûr de souveraineté, la souveraineté est sur toutes les lèvres, tout comme la réindustrialisation, vous avez promis un choc de réindustrialisation, le président va annoncer lui-même un plan début octobre, d'abord, quel montant et quels sont les secteurs hautement stratégiques qui ont été retenus ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors sur le plan de l'investissement, on va laisser le président de la République l'annoncer, nous y travaillons, la semaine dernière, avec Bruno LE MAIRE, nous faisions des consultations sur un certain nombre de secteurs, l'hydrogène, le nucléaire, avec Olivier VERAN, la santé.

SONIA MABROUK
Le nucléaire, investissement dans le nucléaire aussi…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc il y a un certain nombre de technologies qui sont considérées et de transformation pour notre économie, mais aujourd'hui, de quoi parle-t-on sur la réindustrialisation…

SONIA MABROUK
Quel montant… Agnès PANNIER-RUNACHER, quel montant, ce plan d'investissement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça, ce sera au président de la République de trancher…

SONIA MABROUK
Autour…, vous avez certainement…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pour vous donner une idée, le plan d'investissement d'avenir, c'est 20 milliards d'euros, et donc c'est le type de montant qui, si on veut être sérieux, et si on veut accélérer la réindustrialisation de la France, et si on veut lutter contre le déclassement contre lequel nos prédécesseurs n'ont rien fait, et je suis très nette, il faut réinvestir…

SONIA MABROUK
Comment pouvez-vous dire ça ? Dites-moi, comment, ce matin, vraiment, on peut croire à un sursaut de la réindustrialisation, alors que ça fait 20 ans que les dirigeants, de droite comme de gauche, n'ont pas fait grand-chose pour protéger cette industrie au nom du libre-échange…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, moi, je vous donne des chiffres…

SONIA MABROUK
Mais vous êtes d'accord avec ce constat ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Entre 2000 et 2016, on a détruit un million d'emplois industriels, pour la première fois en 2017, on en recrée en 2018, en 2019, en 2021, on continue à créer de l'emploi industriel, et aujourd'hui, il y a 70.000 offres d'emplois industriels qui sont sur la table et on cherche à recruter.

SONIA MABROUK
Emmanuel MACRON…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est une inversion de l'histoire…

SONIA MABROUK
C'est une conversion tardive à la réindustrialisation pour le président ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, depuis 2017, il était sur le sujet, depuis 2017, encore une fois, par des mesures d'attractivité qu'il a mises en place, je pense à la fiscalité, je pense aux ordonnances Travail, c'est comme ça que nous sommes revenus sur la première marche du podium pour les investissements étrangers…

SONIA MABROUK
Oui, 2017, mais il était ministre de l'Economie avant 2017, et ses priorités allaient plutôt, et ce n'est pas du tout, je veux dire, un inconvénient de le dire, allaient plutôt aux startups et au numérique, plutôt qu'à la réindustrialisation.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors attention parce que les startups, c'est une partie de la réindustrialisation, on oppose assez caricaturalement start-up et industrie, aujourd'hui, les sites qui sont en train de sortir de terre, ALEDIA, où j'étais par exemple du côté de Grenoble, qui fait des écrans, mais très évolués et bas carbone, c'est une start-up, c'est 500 emplois industriels. Donc notre plan, c'est aussi d'industrialiser les startups…

SONIA MABROUK
Vous avez compris ce que je voulais dire, c'est plutôt la startup nation que la France industrielle telle qu'on l'imagine, c'était plutôt ça.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parce qu'on veut caricaturalement opposer l'ancien et le nouveau…

SONIA MABROUK
Qui caricature ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais en réalité, l'industrie, c'est, je dirais, un secteur qui doit se moderniser constamment, aujourd'hui, l'industrie est technologique, aujourd'hui, elle va vers le bas carbone, c'est un des endroits qui est le moins polluant de toutes les activités et les secteurs d'activité.

SONIA MABROUK
Bien sûr, et on parle de reconquête industrielle, ce matin, Agnès PANNIER-RUNACHER, mais la réalité, c'est qu'on essaie surtout de sauver les meubles, regardez, comme l'aciérie d'ASCOVAL à Saint-Saulve, vous y étiez, en réalité, heureusement, on a trouvé un repreneur de justesse, un groupe allemand, il ne s'agit pas de reconquête, il s'agit là de sauver ce qui nous reste.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, deux points, la recréation d'emplois industriels, ça, c'est clair, vous prenez l'exemple de Saint-Saulve, c'est un très bon exemple d'action politique, c'est Bruno LE MAIRE et moi, contre l'avis de tous les experts, de tous les bien-pensants de Paris, qui ont considéré qu'il était contre-intuitif de former la seule aciérie qui était capable de faire de l'acier bas carbone en France, et au bout de 3 ans, en ayant travaillé d'arrache-pied, nous avons trouvé une solution, et cette solution, elle est pérenne, et c'est cette détermination politique qui fait toute la différence…

SONIA MABROUK
Pérenne, vous êtes sûre, c'est une reprise, j'allais dire, qui est pérenne sur le long terme, vous êtes confiante sur ce point ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, SAARSTAHL, c'est un groupe qui existe depuis Louis XIV, donc je peux vous dire qu'ils ont un petit peu de vision du long terme. Et pour aller plus loin, le plan de relance, c'est une entreprise industrielle sur trois qui est en train de faire des projets, des projets qui créent de l'emploi, des projets qui décarbonent l'économie, des projets qui permettent de relocaliser des productions, c'est ça la réalité de la réindustrialisation…

SONIA MABROUK
Mais vous n'avez pas le monopole de la réindustrialisation, vous l'entendez, ce mot est sur toutes les lèvres, Arnaud MONTEBOURG, Eric ZEMMOUR ; Arnaud Montebourg, par exemple, lui, il porte depuis un certain temps ce sujet, vous lui reconnaissez cette légitimité dans ce domaine ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Arnaud MONTEBOURG, c'est celui qui écrit bien le scénario, mais qui n'a jamais tourné le film, c'est-à-dire qu'il a des très bonnes intuitions, rien à dire, simplement, juste un chiffre, quand il était ministre de l'Economie, on a détruit plus de 70.0000 emplois industriels, plus de 70.000 emplois industriels…

SONIA MABROUK
Rappelez avec qui il était à l'époque, n'était-il pas avec Emmanuel MACRON après ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que c'est Emmanuel MACRON qui lui a succédé, il n'était pas avec Emmanuel MACRON…

SONIA MABROUK
Je sais bien, mais Arnaud MONTEBOURG…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc 70.000 emplois industriels, c'est très exactement aujourd'hui ce qu'on essaie de recruter, alors, je crois que la réindustrialisation, il y a ceux qui en parlent, beaucoup en parlent, et il y a ceux qui la font, et la grosse différence, c'est que ce gouvernement l'a fait, chiffres à l'appui, vous avez regardé l'enquête d'ANCORIS, deux fois plus de sites qui sortent de terre industriels en 2021 par rapport à 2019…

SONIA MABROUK
Je voulais dire, Arnaud MONTEBOURG, Agnès PANNIER-RUNACHER, a un souvenir précis quand même du discours d'Emmanuel MACRON, justement, son successeur à Bercy, et il dit : la réindustrialisation, c'est une reconversion tardive, mais elle est là pour Emmanuel MACRON.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, je m'inscris en faux, c'est peut-être une relecture de l'histoire d'Arnaud MONTEBOURG, mais si vous prenez les actions d'Emmanuel MACRON, dès le début, il avait remis en place des filières industrielles, en simplifiant l'espèce de grand plan de planification, auquel personne ne comprenait, et c'est toujours cet esprit de système de vouloir faire un jardin à la française, et d'être l'Etat qui va expliquer aux entreprises comment on réindustrialise, au lieu de travailler de manière partenariale avec les entreprises, de faire monter les meilleurs projets, de les pousser, c'est très exactement ce que nous faisons, et encore une fois, 550 projets de relocalisation, ça, c'est en un an de travail sur le plan de relance, vous prenez la précédente crise, 2008-2011, péniblement, 3 ans sans projet de relocalisation ; alors, il y a aussi une question d'être bon dans l'exécution et d'être déterminé et d'avoir des résultats, c'est ce que nous faisons dans ce gouvernement sous l'égide du président de la République…

SONIA MABROUK
Agnès PANNIER-RUNACHER, vous êtes le ministre en charge de l'Industrie, mais également en charge des commandes et du suivi des vaccins, sur le vaccin français SANOFI, vous étiez venue ici même sur Europe 1, c'était lors de l'émission « La France bouge » avec Emmanuel DUTEIL et Elisabeth ASSAYAG, vous nous aviez parlé d'un horizon qui était là, octobre, est-ce que ce vaccin SANOFI va être prêt pour octobre, peut-être avant la fin de l'année déjà ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
SANOFI annonce d'être effectivement en position de mettre sur le marché son vaccin d'ici la fin de l'année, aujourd'hui, l'enjeu, et je le disais déjà à l'époque, et je le disais déjà il y a six mois, c'est moins d'avoir des doses pour vacciner les Français, puisque, aujourd'hui, les Français sont vaccinés à plus de 70 %, un schéma vaccinal complet, ce qui est le fait d'avoir travaillé sur des commandes de vaccins et d'avoir…

SONIA MABROUK
Oui, mais certains comptent sur ce vaccin français…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Plusieurs dizaines de millions…

SONIA MABROUK
Qui ne sont pas Antivax…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Plusieurs dizaines de millions de doses, mais ça va beaucoup nous aider potentiellement sur les rappels, et surtout, pour vacciner le reste du monde, qui est un enjeu absolument majeur…

SONIA MABROUK
Bien sûr, mais pour les Français, j'insiste, certains attendent ces vaccins français, SANOFI notamment, parce que c'est un effet psychologique, ils ont davantage confiance, c'est ainsi, dans un vaccin tricolore.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors moi, je les invite quand même à se vacciner le plus tôt possible, ce n'est pas moi qui le dis, c'est le patron de SANOFI France, parce que, ce qui est important dans une stratégie vaccinale, c'est d'avoir le maximum de personnes vaccinées le plus vite, et je le redis : nous sommes aujourd'hui avec des centaines de millions de personnes vaccinées, donc je crois qu'on peut considérer que les vaccins qui sont aujourd'hui délivrés ont été assez largement testés, et ça a l'air de plutôt bien se passer…

SONIA MABROUK
Il y a aussi le candidat vaccin de la Biotech franco-autrichienne…

AGNES PANNIER-RUNACHER
VALNEVA.

SONIA MABROUK
Exactement, VALNEVA, candidat vaccin, quand même à virus inactivé, c'est une technologie traditionnelle, où en est-il celui-ci ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il est à peu près dans le même calendrier, puisque, eux aussi sont en train de finaliser leur troisième phase clinique, et là, pareil, l'enjeu, c'est de mettre sur le marché leur vaccin d'ici la fin de l'année.

SONIA MABROUK
L''enjeu, c'est aussi de produire les capacités industrielles partout dans le monde, est-ce qu'il va falloir de nouvelles usines, de nouvelles productions pour tous ces vaccins ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, aujourd'hui, les chaînes de production sont sorties…

SONIA MABROUK
Suffisent ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elles suffisent largement pour fournir l'ensemble du monde, il y a les chaînes de production européenne, et les Européens ont été de ce point de vue les plus responsables, je vous rappelle qu'ils ont produit pour l'Europe, et nous sommes le premier continent vacciné, mais ils ont également produit pour le reste du monde, parce qu'on ne gagnera la bataille contre le Covid que lorsque l'ensemble de la planète sera vacciné…

SONIA MABROUK
Et donc la levée des brevets, où en est-on, Agnès PANNIER-RUNACHER, parce que là, dans la mesure où PFIZER recommande désormais 3, bientôt 4, 5 doses au lieu des 2 doses initialement prévues, il serait plus logique d'envisager une levée des brevets, sans spolier, on peut le dire, PFIZER, au vu des milliards qui vont être engrangés…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je crois qu'il y a une sorte de fantasme autour de la levée des brevets, je vous donne juste un exemple, MODERNA, dès novembre dernier, a mis à disposition sa recette pour d'éventuels fabricants…

SONIA MABROUK
C'est un fantasme aujourd'hui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Personne, justement, personne ne s'est présenté, parce que la difficulté dans la production d'un vaccin, ce n'est pas, en fait, le contenu du brevet, c'est toute le process industriel, et le process industriel, c'est un coup de main, c'est des équipes qui sont formées, et donc ce n'est pas…

SONIA MABROUK
D'accord, donc aujourd'hui, la France, l'Union européenne ne demandent plus la levée des brevets ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas un point bloquant pour la fabrication des vaccins…

SONIA MABROUK
Mais est-ce que vous demandez encore…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et vous n'avez qu'à regarder, quel est le premier producteur de vaccins au monde ? C'est l'Inde.

SONIA MABROUK
Mais vous ne demandez plus cette levée des brevets ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ah, mais je crois que le gouvernement français a toujours dit et a été constant sur le fait que le point bloquant pour la fabrication de vaccins, dans l'ensemble des pays du monde, ce n'était pas une question de brevets, c'était une question de savoir-faire industriel, et nous avons aidé au développement de nouvelles usines industrielles, en appui par exemple de Thierry BRETON, avec des contacts sur l'Afrique ou en Asie. Et c'est ça la vraie responsabilité politique.

SONIA MABROUK
Un dernier mot, vous faites attention à votre QR Code, qui peut fuiter sur Internet…

AGNES PANNIER-RUNACHER
J'ai compris ça effectivement, oui, tout à fait.

SONIA MABROUK
Bon, vous faites attention à cela ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, c'est…

SONIA MABROUK
Comment on peut faire, c'est aussi une technologie, ce sont des industries, il faut faire attention à cela ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
La cyber sécurité, c'est un enjeu majeur, plus on sera numérisé, plus il y aura des enjeux de sécurité, c'est pour ça que ça fait partie des investissements, vous voyez, on anticipe des investissements, nous avons dans le plan d'investissement d'avenir une feuille de route sur la cyber sécurité, c'est très important pour les entreprises, mais on le voit, malheureusement, à titre individuel, c'est également très important.

SONIA MABROUK
La réindustrialisation au coeur de la campagne. Merci Agnès PANNIER-RUNACHER d'avoir répondu à nos questions ce matin sur Europe 1.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 septembre 2021