Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à France Info le 23 septembre 2021, sur le budget 2022, la politique économique, l'éventuel rachat par EDF des activités nucléaires de General Electric et les relations franco-américaines.

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Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Vous avez présenté hier le tout dernier budget du quinquennat, est-ce que c'est le budget d'un président en campagne ?

BRUNO LE MAIRE
Non, c'est le budget d'un président qui a la responsabilité de la sortie de crise. Et je veux dire aux Français qui suivent peut-être ces débats budgétaires, qu'ils regardent ce qui se passe depuis 2 ans. Nous sommes confrontés, et beaucoup l'oublient, notamment dans les oppositions, à la crise économique la plus grave depuis 1929. Nous avons protégé des Français en 2020. En 2021 on a continué la protection et puis on a commencé à relancer, avec beaucoup d'efficacité, 6% de croissance prévue pour 2021. En 2022, c'est un budget de sortie de crise, où nous relançons l'activité, où nous commençons à investir pour préparer les 10 prochaines années, mais nous maintenons aussi un certain nombre de dispositifs qui doivent assurer une transition en douceur vers le retour, vers des jours meilleurs.

MARC FAUVELLE
La droite vous dit : c'est le budget des cadeaux fiscaux qui se multiplient ces derniers jours. " Emmanuel MACRON crame la caisse ", a même dit, dans un langage qu'on ne lui connaissait pas, en tout cas en ce qui me concerne, Valérie PECRESSE.

BRUNO LE MAIRE
Peut-être que madame PECRESSE…

MARC FAUVELLE
" Crame la caisse ", vous cramez la caisse ?

BRUNO LE MAIRE
Peut-être que Valérie PECRESSE a des remords, parce que quand elle était ministre du Budget, qu'elle était confrontée à une crise 2 fois moins grave que celle que nous avons eue, - 8% en 2020, - 4% pendant la crise de 2010. Elle a fait des choix très différents, elle a augmenté les impôts en 2012, augmenté l'impôt sur le revenu, augmenté la TVA, creusé la dette. Tout ça pour quel résultat ? Zéro de croissance, une dette qui se creuse, et 10% de chômage. Nous, nous n'avons pas augmenté les impôts, nous avons poursuivi la baisse des impôts pour les Français, taxe d'habitation, impôt sur les sociétés pour les entreprises, nous avons refusé catégoriquement d'augmenter les impôts des Français, nous avons réduit les déficits puisque nous allons passer de 8,4 à 4,8, nous visons la dette de 116 à 114, et surtout, surtout, nous avons 6% de croissance, des perspectives qui sont positives, nous sommes revenus au niveau de chômage d'avant la crise. Donc nous avons réussi dans la gestion de la crise, là où elle avait échoué.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, pourtant quand on regarde les annonces de dépenses qui ont été faites récemment par le président de la République ou par le gouvernement lui-même, on a quand même une succession de chiffres qui sont plutôt nombreux, on a 1,5 milliard d'euros par exemple pour Marseille, 300 millions pour les travailleurs indépendants précarisés, 600 millions par an pour un système d'assurance récolte pour les agriculteurs, et encore plusieurs chiffres. Ça, vous dites aujourd'hui : ce ne sont pas des cadeaux en vue de la présidentielle ?

BRUNO LE MAIRE
Je dis surtout deux choses. D'abord c'est des dépenses qui avaient été annoncée. Enfin j'ai dit dès le mois de juillet avec Olivier DUSSOPT, le ministre des Comptes publics, qu'il y aurait un peu près 11 milliards d'euros de dépenses de l'Etat supplémentaires. Ça c'est l'enveloppe. Et tous les chiffres que vous venez de donner, ne sont que la déclinaison de cette enveloppe. Ce n'est pas des nouvelles dépenses qui s'ajoutent au signal que j'avais envoyé en juillet. Nous allons avoir effectivement plus de dépenses de l'Etat, près de 11 milliards d'euros, eh bien ça recouvre effectivement le Beauvau de la sécurité, ça recouvre les lois de programmation militaire, ça recouvre les aides aux agriculteurs. La deuxième chose que je veux dire, c'est plutôt une question que je poserais aux oppositions : vous voulez supprimer quel engagement financier que nous avons pris avec le président de la République ? C'est quel budget dans lequel vous voulez tailler ? C'est le budget des armées ? A un moment où il faut lutter contre le terrorisme ? C'est les 1,5 milliard d'euros pour les policiers à un moment donné où il faut renforcer la lutte contre la délinquance ? C'est le soutien aux agriculteurs ? C'est à l'assurance récolte qui était réclamée depuis des années par les agriculteurs ? C'est le Chèque énergie qui est indispensable pour les Français qui sont confrontés à une augmentation du prix du gaz ?

SALHIA BRAKHLIA
C'est le moment où c'est proposé, c'est le calendrier leur problème.

BRUNO LE MAIRE
Non non.

SALHIA BRAKHLIA
C'est 7 mois avant la présidentielle.

BRUNO LE MAIRE
Non, ce qui leur pose problème, c'est qu'ils sont dans une contradiction totale. Les mêmes qui vous disent : il faut rétablir les comptes publics, les mêmes, exactement les mêmes, et ils ne sont vraiment pas avares de contradictions vous disent d'un autre côté qu'il faut nationaliser les autoroutes pour 40 milliards d'euros, augmenter de 10% les salaires, à la charge de l'Etat, alors que l'Etat prend déjà beaucoup de sa part pour augmenter les plus bas salaires, pour 25 milliards d'euros, ou proposent le doublement du salaire des enseignants pour 50 milliards d'euros. Dans le fond, il faut choisir, soit vous êtes du côté du rétablissement des comptes publics, progressif et sérieux, c'est ce que nous faisons, c'est ce que nous avons fait entre 2017 et 2019, et c'est ce que nous allons commencer à faire à partir de 2022, progressivement, et sans brutalité. Soit vous êtes du côté de la dépense massive, mais vous ne pouvez pas être une chose et son contraire, l'opposition aujourd'hui, de droite comme de gauche, c'est une chose et son contraire.

MARC FAUVELLE
Alors, il n'y a pas que l'opposition, Bruno LE MAIRE, l'autre reproche qui vous est fait lors de la présentation de ce budget, c'est celui de l'avoir construit avec des trous, avec des zones d'ombre où ne figurent pas certaines dépenses importantes qui vont venir dans les jours qui viennent. Pierre MOSCOVICI par exemple, à la tête du Haut Conseil des finances publiques, dit que ce budget est insincère. C'est une accusation grave. Insincère, la dernière fois que la Cour des comptes avait dit ça, c'était au sujet du dernier budget du quinquennat de François HOLLANDE, celui dont vous aviez hérité quand vous êtes arrivé au gouvernement. Est-ce que votre budget est insincère ?

BRUNO LE MAIRE
Non, d'ailleurs Pierre MOSCOVICI reconnaît aussi que tous les chiffres que nous donnons, notamment sur la croissance, sont des chiffres qui sont réalistes.

MARC FAUVELLE
Mais il dit par exemple : le plan d'investissement qui va être annoncé dans quelques jours, et c'est des milliards et des milliards d'euros, il n'y est pas.

BRUNO LE MAIRE
Vous avez raison Marc FAUVELLE, mais on n'a jamais caché qu'il ne serait pas dans le premier examen en commission. Qu'est-ce que ça veut dire l'insincérité ? L'insincérité ça veut dire quand on cache quelque chose, quand on dissimule quelque chose. Nous n'avons jamais dissimulé qu'il y aurait 11 milliards d'euros de dépenses de l'Etat supplémentaires, et ça nous permettrait malgré tout de réduire les déficits grâce à de meilleures recettes fiscales, et grâce au retour de la croissance.

SALHIA BRAKHLIA
Mais pour le plan d'investissements ?

BRUNO LE MAIRE
Nous n'avons jamais dissimulé qu'il y aurait deux politiques qui seraient présentées un peu plus tard, en première lecture à l'Assemblée nationale, par amendement, c'est l'engagement que j'ai pris hier devant les parlementaires. Le plan d'investissement, parce que ça demande des consultations approfondies pour savoir où on met l'argent, et que quand on investit plusieurs milliards d'euros sur l'hydrogène, l'intelligence artificielle ou les semi-conducteurs, il vaut mieux consulter ceux qui savent, les scientifiques, les chercheurs, les industriels, c'est nécessaire et ça prend du temps. Et la deuxième politique qui resterait en dehors, au moins encore pendant quelques jours, c'est celle du soutien à l'emploi des jeunes, pour une raison très simple, c'est que…

SALHIA BRAKHLIA
C'est le revenu d'engagement.

BRUNO LE MAIRE
… il faut le dire avec beaucoup d'humilité, nous sommes confrontés à une situation qui n'est pas celle que nous avions prévue, nous pensions qu'il y avait un risque d'augmentation du chômage, grâce à notre relance le chômage diminue, et le problème auquel nous sommes confrontés, totalement différent de ce que nous avions anticipé, une pénurie de main-d'oeuvre partout, dans beaucoup de TPE ,chez beaucoup d'indépendants, dans beaucoup de PME, que vous soyez dans l'hôtellerie, dans la restauration, dans les bars, dans la sécurité, dans le nettoyage, vous n'arrivez pas à trouver les salariés dont vous avez besoin. Ça change la donne sur le soutien que nous voulons apporter à l'entrée des jeunes sur le marché de l'emploi. Et ces deux choses, on peut les expliquer très sereinement…

SALHIA BRAKHLIA
Donc, ça veut dire que le revenu d'engagement, il est quand même prévu, ou alors il pourrait être encore plus retardé pour un prochain quinquennat ?

BRUNO LE MAIRE
Ça veut dire : il faut des mesures pour accompagner les jeunes qui sont les plus éloignés de l'emploi, qui n'ont pas de formation, pas de qualification, qui ont un peu perdu pied dans la société. Il faut les accompagner. Et je suis parfaitement d'accord avec Elisabeth BORNE sur la nécessité de renforcer notre accompagnement. Mais il faut s'assurer que c'est un véritable accompagnement, et pas simplement un chèque que l'on donne, parce que ça, ça n'est pas efficace, et il faut tenir compte…

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire que ce n'est toujours pas fait, la mesure sur le revenu d'engagement qu'on nous annonce depuis des semaines et des semaines et qui maintenant je crois aux dernières nouvelles doit être présenté à la fin du mois, on est le 23, il reste quelques jours seulement, Bruno LE MAIRE, le revenu d'engagement ce n'est toujours pas, il n'est toujours pas définitif, on ne sait pas ce qu'il y a dans les mesures.

BRUNO LE MAIRE
Ce qui est définitif, c'est une politique d'accompagnement des jeunes qui sont les plus éloignés de l'emploi.

SALHIA BRAKHLIA
Non, mais je veux dire, il n'est pas chiffré ?

BRUNO LE MAIRE
Comment est-ce qu'on calibre le volume de cette politique ? Vous voyez bien que ce n'est pas la même chose si vous avez 11% de chômage et un chômage qui a explosé, et une situation où le chômage baisse, c'est le cas, et où la vraie difficulté c'est les difficultés de recrutement.

MARC FAUVELLE
Toujours avec le ministre de l'Economie Bruno LE MAIRE. Près de 6 Français sur 10 disent, quand on les interroge dans des sondages, que leur pouvoir d'achat a baissé depuis qu'Emmanuel MACRON est à l'Elysée, est-ce qu'ils se trompent ?

BRUNO LE MAIRE
Statistiquement ce n'est pas ce que nous dit l'INSEE, qui dit que, en moyenne, le pouvoir d'achat des Français a augmenté de 1,5 sur la durée du quinquennat.

MARC FAUVELLE
Les moyennes c'est toujours dangereux.

BRUNO LE MAIRE
C'est toujours dangereux, et je me réfugie rarement derrière les statistiques. C'est bon de rappeler un chiffre, derrière il y a des réalités, je sais parfaitement que pour des millions de Français, face à l'augmentation du prix du gaz, l'augmentation du prix de l'essence, la charge que représentent les loyers, le prix du logement, tout ça pèse terriblement. Nous, notre réponse, elle est simple, elle tient en un seul mot, l'emploi, c'est l'emploi qui fait le pouvoir d'achat, c'est la juste rémunération du travail qui fait le pouvoir d'achat des Français, c'est ce qui nous a amenés…

MARC FAUVELLE
Donc, si on est chômage, il n'y a pas d'aide supplémentaire ?

BRUNO LE MAIRE
Ce que je veux dire simplement c'est que ceux pour lesquels c'est le plus difficile, c'est justement ceux qui sont au chômage, ceux qui sont le plus éloignés de l'emploi, quand vous regardez le taux de pauvreté il est encore élevé en France, mais il est quasiment le triple pour ceux qui n'ont pas d'emploi. Donc nous, nous avons, comme sur les finances publiques, comme sur la gestion de la crise, une ligne de force, et nous nous y tenons. Nous sommes, avec le président de la République, cohérents depuis le premier jour. Nous avons protégé l'emploi des Français pendant la crise, c'est une façon de protéger le pouvoir d'achat, quand vous investissez 35 milliards d'euros sur l'activité partielle, vous protégez l'emploi, vous protégez les salaires, parce que ça veut dire qu'un salarié, qui est au SMIC, qui au lieu de se retrouver au chômage se retrouve en activité partielle, ou se retrouve en chômage partiel, a 100% de son revenu qui est pris en charge par l'Etat, ça c'est protéger, pendant la crise, le pouvoir d'achat des Français.

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous protégez ceux qui travaillent et pas ceux qui sont en chômage.

BRUNO LE MAIRE
Mais nous protégeons absolument tout le monde, nous avons… quand vous faites un chèque énergie de 100 € pour tous ceux qui ont des difficultés à payer leur facture de gaz, vous ne regardez pas si vous êtes dans l'emploi ou pas dans l'emploi, mais c'est bon, dans une politique, d'avoir une ligne de force, notre ligne de force c'est le travail, et le travail qui doit payer. Donc, le travail, nous l'avons protégé pendant la crise, et le travail, surtout depuis le début du quinquennat, nous avons fait en sorte que ceux qui ont les salaires les plus faibles aient un meilleur revenu à la fin du mois, avec la prime d'activité, avec la défiscalisation des heures supplémentaires, avec la suppression d'un certain nombre de charges sociales, avec l'intéressement, avec la participation…

MARC FAUVELLE
Alors pourquoi les Français, en majorité, Bruno LE MAIRE, ne le voient pas ?

BRUNO LE MAIRE
Au total 170 € de plus par mois, quand on est au niveau du SMIC. Donc, oui, nous avons protégé le pouvoir d'achat des Français.

MARC FAUVELLE
Pourquoi les Français ne le voient pas dans leur majorité, ils se trompent ?

BRUNO LE MAIRE
Non, les Français ne se trompent pas, s'ils ont cette impression-là, c'est…

MARC FAUVELLE
On avait eu ce débat il y a quelques années, vous vous souvenez très bien, sur la sécurité et le sentiment d'insécurité, là il y a le pouvoir d'achat et le sentiment de perdre du pouvoir d'achat.

BRUNO LE MAIRE
Mais, le sentiment qu'ont les Français est toujours un sentiment qui est juste, donc je ne vais pas contester le sentiment que peuvent avoir les Français, je dis simplement que face à ce sentiment il faut qu'il y ait une politique qui soit cohérente et claire. Notre politique, je le redis, tient en un mot, le travail et la juste rémunération du travail. Je considère que l'Etat a fait ce qui était nécessaire pour protéger le travail pendant la crise, regardez le niveau de chômage après la crise la plus dure que la France ait eu à vivre, il est inférieur à ce qu'il était avant la crise, nous avons augmenté le pouvoir d'achat de ceux qui avaient les salaires les plus modestes, avec toutes les mesures que je viens d'indiquer. Maintenant, on voit bien que dans certaines branches, je pense à la restauration, je pense à l'hôtellerie, il y a besoin que les négociations de branches aboutissent, et je sais d'ailleurs que les restaurateurs y sont prêts, je sais que les propriétaires d'hôtel y sont prêts, pour que les métiers soient plus attractifs et que les rémunérations soient meilleures, c'est aussi de la responsabilité…

MARC FAUVELLE
Il faut qu'il y ait des hausses de salaires négociées dans toutes ces branches, Bruno LE MAIRE, qui soient supérieures à l'inflation, qui est en train de partir assez fortement ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, il faut qu'il y ait des négociations de branches, qui conduisent à des augmentations significatives…

MARC FAUVELLE
Supérieures à l'inflation constatée, qui est aujourd'hui à presque 2 % ?

BRUNO LE MAIRE
C'est préférable si vous ne voulez pas que justement les Français aient le sentiment qu'ils perdent de l'argent chaque mois.

MARC FAUVELLE
Ça n'a pas été le cas récemment, vous savez qu'il y a une branche, qui est la branche du nettoyage, qui a négocié, qui est en dessous de l'inflation.

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est bien pour cela que je dis qu'il est important que, au-delà des efforts qui sont faits par l'Etat, pour protéger l'emploi, et mieux rémunérer le travail, tous ensemble, en associant les branches, en associant les entrepreneurs, nous fassions en sorte que le travail paye encore mieux, par des négociations, branche par branche, notamment dans les branches, dans les activités, où il y a des difficultés d'attractivité et des difficultés pour recruter.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, vous disiez tout à l'heure, vous faisiez référence à la suppression de la taxe d'habitation, qui a donc été supprimée pour 80%, donc qui ne la paient plus aujourd'hui, mais est-ce que cette taxe d'habitation les maires, en fait, elle est supprimée pour eux, mais ils se rattrapent sur la taxe foncière et finalement les Français payent quand même ?

BRUNO LE MAIRE
Non, les Français voient très clairement que nous avons supprimé la taxe d'habitation quasiment intégralement, ce sera le cas en 2023, les entrepreneurs industriels voient que nous avons baissé enfin les impôts de production pour rendre l'industrie plus attractive en France, ça ne retire rien à l'autonomie des collectivités locales, mais il n'y a pas de tour de passe-passe de notre part, il y a une volonté très simple…

SALHIA BRAKHLIA
On le voit pourtant, par exemple à Sceaux le maire avait augmenté la taxe d'habitation en 2018, avant qu'elle ne soit supprimée, et puis maintenant la taxe foncière a augmenté.

BRUNO LE MAIRE
Mais ça c'est à chaque maire et à chaque commune de prendre ses responsabilités. Une nation, elle fonctionne bien quand chacun prend ses responsabilités, nous nous avons une politique qui est très claire, le travail et la juste rémunération du travail, la baisse des impôts, parce que nous restons l'Etat dans lequel le niveau d'impôts et de taxes est un des plus élevés de tous les pays développés, donc nous poursuivons constamment cette baisse des impôts, nous avons aujourd'hui le taux d'imposition qui est revenu à ce qu'il était il y a 11 ans, donc vous voyez qu'on a commencé à rattraper le retard que nous avions pris et remis à peu près d'équerre le niveau d'imposition en France, après que chacun prenne ses responsabilités.

SALHIA BRAKHLIA
Il n'est toujours pas question de faire appel aux plus riches pour contribuer à l'effort national, la dette publique aujourd'hui elle a augmenté de 500 milliards d'euros depuis mai 2017 ?

BRUNO LE MAIRE
Et vous pensez que c'est en taxant les plus riches qu'on va résoudre le problème de la dette en France ? Je n'y crois pas…

MARC FAUVELLE
Boris JOHNSON le fait aujourd'hui.

BRUNO LE MAIRE
Mais je n'y crois pas une seconde, et l'Angleterre part d'un niveau de prélèvements obligatoires bien inférieur au nôtre, moi je parle de la situation française, je m'occupe des Français, et je vois une nation française qui commence à se redresser, qui a de bons résultats économiques, qui a des performances économiques qui sont parmi les meilleures de la zone euro, grâce à notre politique, grâce à la façon de nous avons protégé l'économie et relancé l'économie, et puis je vois ensuite le travail qui nous reste. Nous avons réussi à faire revenir le niveau d'impôts à peu près dans la moyenne haute de l'Union européenne, eh bien moi je préférerais que ce soit dans la moyenne tout court de l'Union européenne. Il faut continuer à améliorer la compétitivité des entreprises, faire en sorte que notre commerce extérieur se redresse, donc il reste beaucoup de choses devant nous, et évidemment réduire la dette publique, mais si nous pouvons envisager sereinement les politiques qu'il nous reste à faire, c'est parce que, en 2020-2021, nous avons su protéger et relancer l'économie française.

MARC FAUVELLE
Question pratique au sujet de l'inflation, Bruno LE MAIRE, on est quasiment donc à 2% d'inflation, 1,9 dans les derniers chiffres de l'INSEE qui datent du mois d'août, est-ce que ça veut dire que les Français qui ont de l'épargne, sur un Livret A notamment, la verront mieux rémunérée, le taux de l'épargne aujourd'hui du Livret A il est à 0,5, il est au plus bas de son histoire, est-ce qu'il va mécaniquement augmenter dans les mois qui viennent ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord un mot sur l'inflation pour vous dire que, il est cohérent et logique, lorsque l'activité redémarre fort, que l'inflation augmente, donc nous sommes vigilants sur ce sujet…

MARC FAUVELLE
Ça ne vous inquiète pas plus que ça ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas un sujet d'inquiétude, pour nous c'est lié à une reprise plus forte que prévu, des pénuries de main-d'oeuvre, des pénuries de matières premières, eh bien ça se voit dans les prix et dans le niveau de l'inflation. Ensuite, le Livret A, la rémunération est à 0,5%, pour le moment il n'est pas question de modifier le taux de rémunération du Livret A.

MARC FAUVELLE
Ah bon ?

BRUNO LE MAIRE
Non, il n'est pas…

MARC FAUVELLE
Même si l'inflation…

SALHIA BRAKHLIA
Il y a une révision possible en novembre.

BRUNO LE MAIRE
Nous sommes au mois de septembre…

MARC FAUVELLE
Il y a une révision qui arrive dans un mois.

BRUNO LE MAIRE
Nous ferons le point en novembre, pour l'instant je suis concentré sur la préparation du budget 2022, donc une chose après l'autre, invitez-moi en novembre, je vous donnerai…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que les Français qui ont de l'argent sur leur Livret A en perdent aujourd'hui.

BRUNO LE MAIRE
Mais attendez de voir le mois de novembre.

MARC FAUVELLE
Bon, on vous réinvitera au mois de novembre.

BRUNO LE MAIRE
…Je vous dis que l'inflation est conjoncturelle, nous verrons où nous en sommes en termes d'inflation au mois de novembre, j'avais annoncé, je crois que ce même plateau, que l'inflation étant forte, il y aurait une revalorisation automatique du SMIC, c'est ce qui s'est passé, attendez un mois avant de voir ce qui se passera sur le Livret A.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre de l'Economie Bruno LE MAIRE. EDF et l'américain GENERAL ELECTRIC ont annoncé mener des discussions en vue d'un éventuel rachat par EDF des activités nucléaires de GENERAL ELECTRIC. Quel regard, vous, vous avez sur ce rapprochement, est-ce que vous l'encourager ?

BRUNO LE MAIRE
Un regard positif, parce que c'est ce qui permettrait, ce qu'on appelle une intégration verticale, c'est-à-dire la possibilité pour EDF de maîtriser la technologie des turbines Arabelle, des turbines pour des réacteurs nucléaires, qui permettrait d'avoir une filière nucléaire renforcée. Après, on est dans des discussions qui sont très préliminaires, donc nous verrons comment les discussions évoluent entre GE et EDF, et tout ce qui permet de renforcer une filière nucléaire, qui depuis des années a été affaiblie, soit par la contestation du nucléaire, soit pas les difficultés là aussi de recrutements, auxquelles nous avons à chaque fois apporté des réponses, nous avons créé une université des métiers du nucléaire, nous avons engagé dans le plan de relance le financement de recherches sur le nouveau nucléaire, donc tout ça doit nous permettre de restaurer la capacité, la puissance de la filière nucléaire en France, le rachat des turbines Arabelle, dans des discussions qui sont encore très préliminaires, s'inscrit exactement dans ces stratégies.

SALHIA BRAKHLIA
Le patron d'EDF n'a pas l'air très emballé à l'idée de ce rachat, il dit que le groupe est endetté à 40 milliards d'euros. Est-ce que c'est le bon moment pour EDF ?

BRUNO LE MAIRE
C'est de toute façon le bon moment aujourd'hui pour investir, on a des taux d'intérêt qui sont bas, ça vaut pour EDF, comme ça vaut pour l'Etat. Le nucléaire, c'est une activité stratégique pour la France, c'est ce qui va nous permettre de réussir de décarbonation. Ce n'est pas uniquement d'avoir de l'électricité disponible, à un coût raisonnable, c'est surtout ce qui est indispensable pour avoir de l'électricité décarbonée. On va en avoir besoin dans les voitures, dans les véhicules électriques, on va en avoir besoin pour faire fonctionner les usines d'électrolyse, pour produire de l'hydrogène vert. On va avoir besoin d'électricité partout. Si nous n'avons pas de l'électricité décarbonée, issue du nucléaire, on fait comment ? On multiplie les éoliennes absolument partout ? On fait venir d'électricité décarbonée de l'étranger ? Ou nous garantissons notre indépendance avec une filière nucléaire solide ? Moi je crois qu'avoir une filière nucléaire indépendante, solide, y compris avec les turbines Arabelle intégrées dans EDF, c'est la meilleure garantie d'indépendance et de rapidité de la décarbonation de notre économie.

MARC FAUVELLE
Alors, puisqu'on parle de souveraineté, ça y est Emmanuel MACRON et Joe BIDEN se sont parlés au téléphone, à l'initiative nous dit l'Elysée, de la Maison Blanche, c'est donc le président américain qui a pris son téléphone et qui a retrouvé le numéro du président français, une semaine après l'affaire des contrats annulés, les contrats de vente de sous-marins annulés avec l'Australie. Est-ce que tout est pardonné avec les Américains ou est-ce que vous vous dites que ça va quand même laisser quelques petites égratignures sur le sur le capot de la voiture dans les mois qui viennent ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que ça laisse toujours des traces lorsqu'il y a une décision aussi brutale qui est prise. Je rappelle que cette décision d'annuler un contrat militaire aussi important, pour un montant de 8 milliards d'euros, concernant des sous-marins militaires, c'est d'abord inacceptable économiquement, parce qu'il y a un droit des contrats, c'est contestable politiquement, parce que nous sommes entre alliés, et ça pose un certain nombre de difficultés stratégiques dans cette zone indo-pacifique, où je pense qu'il est bon que les alliés travaillent de concert plutôt que de manière opposée ou contradictoire. Donc il y a eu un échange entre le président de la République et le président américain, un certain nombre de thèmes qui ont été posés sur la table, qui vont être discutés, ça explique le retour de notre ambassadeur à Washington. La question du Sahel, la question de la Défense européenne, qui est une question absolument essentielle. Je crois que la première leçon qu'il faut tirer de cet épisode, c'est que l'Union européenne doit construire son indépendance stratégique. L'épisode afghan, l'épisode des sous-marins, montrent que nous ne pouvons plus compter sur les Etats-Unis d'Amérique pour garantir notre protection stratégique.

MARC FAUVELLE
Quel que soit le président ? Quel que soit le président américain ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, il faut beaucoup de naïveté pour penser que parce qu'on passe d'un président républicain à un président démocrate, ça change les lignes de force la politique étrangère américaine.

MARC FAUVELLE
On est retombé de notre nuage sur Joe BIDEN.

BRUNO LE MAIRE
Mais, vous m'avez déjà entendu…

MARC FAUVELLE
… collectif.

BRUNO LE MAIRE
Personnellement, je n'ai jamais été sur un petit nuage quand on m'expliquait : il faut dépenser toujours plus. Regardez monsieur BIDEN, nous, nous avons tenu notre ligne de dépense raisonnable, on n'a pas bougé notre plan de relance à 100 milliards, à un moment donné on disait : 100 milliards c'est vraiment peanuts, ce n'est pas assez, regardez ce que fait monsieur BIDEN. C'est les mêmes qui aujourd'hui…

MARC FAUVELLE
Je crois même qu'on l'a dit ici.

BRUNO LE MAIRE
… en disant 100 milliards, c'est beaucoup trop, vous dépensez trop. Les contradictions et la schizophrénie n'étouffent pas les oppositions. Et je reviens…

SALHIA BRAKHLIA
Non mais le président lui-même était enthousiaste après l'élection de Joe BIDEN, et aujourd'hui, eh bien, il est tombé de sa chaise, c'est ça ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois pas qu'il ait été enthousiaste, en tout cas pour ce qui me concerne je ne me suis jamais fait d'illusions sur les évolutions stratégiques des Etats-Unis. Les Etats-Unis n'ont plus qu'une seule préoccupation stratégique : la Chine, et contenir la montée en puissance de la Chine. Ils estiment que leurs alliés, que ce soit Donald TRUMP ou BIDEN, doivent être dociles, nous, nous estimons que nous devons être indépendants. Ils ne souhaitent pas l'affirmation d'une Europe indépendante, puissante, avec ses propres capacités militaires, dans l'OTAN, mais de manière autonome, nous, nous le voulons. Et je soutiens totalement le président de la République dans sa volonté d'affirmer une Union européenne plus indépendante et plus forte. Il faut que nos partenaires européens ouvrent les yeux, enfin que les écailles leur tombent des yeux. Penser comme la chef d'Etat du Danemark, que les Etats-Unis vont continuer à nous protéger, nous défendre, quoi qu'il arrive, mais c'est une erreur. Si demain il y a un problème massif d'immigration illégale, s'il y a un problème de terrorisme venu du continent africain, de manière massive, qui nous protégera ? Nous seuls. Nous ne pouvons plus compter que sur nous.

MARC FAUVELLE
Dernier mot Bruno LE MAIRE. Jean-Luc MELENCHON face à Eric ZEMMOUR ce soir à la télé. Vous regardez ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne pense pas que je vais regarder, je pense qu'on aura un pugilat et je crois que face aux défis auxquels nous sommes confrontés, le climat, la dette, la relance de l'économie, l'indépendance technologique dont on a parlé avec le nucléaire, la politique a besoin de sérénité, pas d'affrontements qui tournent immédiatement au pugilat. Un débat arguments contre arguments, problèmes contre problèmes, solution contre solution, je suis effaré de voir à quel point le débat politique, on l'a montré avec des incohérences, des oppositions, sur la dépense publique, sur le budget et sur les investissements, le débat public perd en sérénité et tout simplement en service des Français. Moi je suis toujours ouvert à la critique, toujours ouvert au débat, mais du moment que c'est serein et qu'on part des problèmes réels des Français, plutôt que de fantasmes ou d'affrontements qui n'ont pas prise sur la réalité.

MARC FAUVELLE
Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, était ce matin l'invité de France Info. Merci, et bonne journée à vous.

BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 septembre 2021