Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à LCI le 23 septembre 2021, sur la levée du port du masque en primaire dès lundi 4 octobre, dans 47 départements et le dispositif contre le harcèlement scolaire subi par les élèves des 6es.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.
A
ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être ce matin sur le plateau de LCI, au lendemain d'une annonce très importante. Les enfants attendent ça depuis sans doute assez longtemps. À partir du 4 octobre, c'est un lundi, libération pour les élèves de primaire qui pourront enlever le masque dans une quarantaine de départements. La liste sera arrêtée quand précisément ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On va publier une première liste ces prochains jours, en début de semaine prochaine, sachant que ce sera une première liste mais elle devra être confirmée très peu de temps avant le 4 octobre puisque le critère c'est d'avoir un taux d'incidence en-dessous de 50. Donc c'est, vous avez dit, une quarantaine de départements, aujourd'hui c'est le cas. Peut-être que ce sera un peu plus dans quelques jours puisque la tendance est bonne, mais nous voulons qu'au 4 octobre, il s'agisse des départements où le taux d'incidence est inférieur à 50 depuis cinq jours, donc des départements où on a la confirmation que le virus circule très peu.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors si on prenait aujourd'hui, évidemment on voit bien la carte, il y a carrément des régions comme l'Aquitaine ou la Nouvelle-Aquitaine ou l'Ile-de-France, ça peut évoluer. Ça peut évoluer dans un sens, ça peut évoluer dans l'autre sens. À partir de quel moment vous pourriez réimposer le masque puisque vous devez l'envisager ? Ça se passera comment ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Depuis le début de la crise et notamment depuis septembre 2020, on a toujours eu la même méthode : c'est-à-dire faire évoluer le curseur en fonction de la situation sanitaire. L'année dernière, vous l'avez vu, on a fait évoluer le curseur toujours dans le sens d'un peu plus de rigueur parce qu'il fallait s'adapter à une situation sanitaire qui n'était pas facile. Là, c'est un peu l'inverse. Les choses s'améliorent notamment grâce à la couverture vaccinale, et donc ça nous permet de mettre le curseur vers plus de légèreté et de faire de la différenciation territoriale. On avait dit que ce serait éventuellement le cas ; on est en mesure de le faire là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc je reprends ma question. Arnaud FONTANET par exemple disait hier dans les colonnes du Parisien que l'épidémie allait reprendre très vraisemblablement, et en général l'Institut Pasteur s'est peu trompé. Donc vous enlevez le masque le 4 octobre - tant mieux - vous pourrez le remettre ou pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez sur les déclarations d'épidémiologistes, je vous invite à regarder ce qui était dit il y a quatre semaines par les uns et les autres. Si je réglais ma boussole sur chaque déclaration, on aurait les écoles fermées depuis mars 2020. Donc je crois qu'il faut être très pragmatique, regarder la situation. Bien sûr, on s'appuie sur le Conseil scientifique, la Haute autorité de santé, la Société française de pédiatrie et aujourd'hui, vous savez, on est dans la situation que j'avais dite comme probable fin août, c'est-à-dire une courbe qui a augmenté pendant les quinze premiers jours puis qui baisse. C'est ce qu'on a connu après chaque retour de vacances, et donc pour l'instant on est en situation de faire ce que l'on a dit : c'est-à-dire d'alléger parce que la situation s'améliore.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Et éventuellement, si ça se re-dégrade…

JEAN-MICHEL BLANQUER
On re-durcira.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous re-durcirez.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Il faut toujours être prudent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors les réserves, elles viennent par exemple d'un syndicat d'enseignants SGEN CFDT qui dit : il y a très peu de régions en France où le taux d'incidence chez les moins de 10 ans est inférieur à 50 pour 100 000 donc à notre sens, c'est trop tôt, ce n'est pas le bon timing.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, il y a toujours mille voix qui s'expriment. On ne peut pas satisfaire tout le monde. Je sais qu'il y a aussi beaucoup qui seront heureux d'avoir le masque qui disparaît pour les enfants et à commencer par les enfants eux-mêmes. C'était très attendu puisque c'est une contrainte très forte. Et j'ai toujours dit d'ailleurs que ce serait le premier allégement, s'il devait y en avoir un on commencerait par-là, c'est-à-dire le masque à l'école primaire, parce que c'est une mesure qu'on a dû prendre l'année dernière parce que c'était indispensable, mais c'est une mesure évidemment qui est très contraignante pour des enfants petits.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors pourquoi pas le collège ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce serait l'étape suivante.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est trop tôt pour le dire. Vous savez, encore une fois, on fait tout en fonction de la situation sanitaire. Il va de soi que si ça continuait à s'améliorer en octobre-novembre, ce serait quelque chose que l'on pourrait envisager bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est quelque chose qui est dans votre viseur avant la fin de l'année, pouvoir aussi revenir sur l'obligation de masque.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui est dans mon viseur, c'est qu'un jour il y aura la fin de toutes ces contraintes. C'est quand même ce qui est évidemment souhaitable.

ELIZABETH MARTICHOUX
Perspective qui s'est un peu éloignée au fil du temps, mais en tout cas le collègue c'est quelque chose qui est sur votre bureau.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça pourrait arriver le moment venu, bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
En octobre-novembre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour l'instant, c'est trop tôt.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est encore trop tôt ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais parce qu'on n'a d'abord pas toute la France dont le taux d'incidence est inférieur à 0,5, et puis parce qu'il faut rester évidemment très prudent. Il faut graduellement alléger pour être certain que l'on n'a pas un rebond épidémique. Et si la tendance se poursuit, d'autres allégements suivront.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas pas tout de suite.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas tout de suite.

ELIZABETH MARTICHOUX
Tout le monde ne comprend pas pourquoi vous ne le faites pas tout de suite mais vous dites : on verra, il faut le faire par étape.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, c'est de la différenciation. C'est une question de bon sens, c'est très pragmatique. C'est vraiment un très grand pragmatisme. On allège là où le taux d'incidence est faible donc on allège là où le virus circule peu.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pourriez l'alléger de la même façon en primaire et en collège puisque c'est le taux d'incidence qui compte.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais la contrainte pour les enfants petits, depuis le début nous savons qu'elle est plus forte que pour des enfants plus âgés. C'est la raison pour laquelle on commence par le primaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et les instituteurs comme on disait avant, les profs dans le primaire, eux gardent le masque.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas un vilain mot, je continue à l'utiliser parfois.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils gardent le masque, eux.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors sur la question des professeurs à l'école primaire, c'est encore en discussion. Nous regardons. J'aimerais bien que les professeurs d'école maternelle puissent enlever le masque en particulier, parce que là on voit bien que c'est un inconvénient vis-à-vis des enfants. Plus les enfants sont petits, plus est un inconvénient d'avoir un professeur masqué. Donc si possible, ce sera aussi le masque enlevé pour les professeurs de l'école primaire, et a fortiori pour ceux de l'école maternelle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le 4 octobre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je l'espère mais ce n'est pas encore une décision prise. Nous y travaillons.

ELIZABETH MARTICHOUX
« Nous y travaillons », c'est quoi les critères, les conditions ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On dialogue avec les autorités sanitaires pour voir si on peut se permettre d'aller jusque-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, c'est intéressant. Ce serait assez nouveau aussi que les adultes soient concernés dans les écoles.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Ça faisait partie de mes priorités d'allègement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et c'est probable, vous nous le dites ce matin. C'est probable.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est fort possible mais ce n'est pas certain.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Ils sont vaccinés à combien les enseignants d'ailleurs ? Vous avez un taux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors on a dépassé le 90 %. Ce qui est très important, c'est la volonté de première injection, vous savez. Elle s'est toujours située à ce niveau-là. Maintenant nous voulons aller plus loin et c'est pourquoi les campagnes vaccinales continuent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les 90 %, c'était déjà le cas fin août sur la base déclarative.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ça, exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
On n'a pas progressé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si, si, on avance.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez pas d'éléments ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, parce que sur les adultes nous procédons par enquête. Donc je sais que nous sommes autour de ça au travers de nos enquêtes mais pas au travers de données sanitaires récentes. En revanche, s'agissant de l'offre vaccinale, ce qui est certain c'est que nous réussissons à la proposer dans 100 % des collèges et des lycées. Et donc ça c'est évidemment très important, parce que ça veut dire qu'il y a encore des adultes qui se font vacciner dans ce cadre-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore deux questions rapides sur cette question sanitaire. Combien de classes sont fermées là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous sommes maintenant à 3 000 classes fermées environ à l'école primaire, je le rappelle. C'est donc un chiffre plutôt bon puisque c'est un chiffre qui est en baisse par rapport à la semaine dernière où on était autour de 3 400.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il commence à baisser parce qu'évidemment depuis la rentrée, il a été multiplié par je ne sais pas combien.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il commence à baisser. Il est parti de 0 par définition, il a été ensuite…

ELIZABETH MARTICHOUX
Là vous nous dites qu'il baisse. Demain vous aurez un chiffre hebdomadaire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ce que je commençais à vous dire tout à l'heure quand je vous ai parlé de cette courbe qui suit le retour des vacances. Vous avez pendant quinze jours une augmentation, on est monté jusqu'à environ 3 500 et maintenant on est en train de baisser, on est en train de passer en dessous de 3 000. Bien sûr nous surveillons ça de très près.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous gardez la doctrine : un cas, fermeture. Parce que le comité scientifique disait : il vaut mieux renvoyer ceux qui sont touchés à la maison plutôt que de fermer toute la classe.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors ça, c'est ce que nous faisons pour l'enseignement secondaire comme vous le savez.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais pour la primaire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour l'école primaire, nous fermons les classes par une prudence qui était demandée à certains moments par les autorités scientifiques.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je retiens donc : 4 octobre peut-être les enseignants, les instituteurs – pour reprendre cette terminologie - pourraient être concernés, ils pourraient aussi tomber le masque. C'est intéressant, on va suivre ça. Jean-Michel BLANQUER, d'après les remontées que vous avez le harcèlement des enfants nés en 2010, est-ce qu'il continue dans les collèges ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors il en reste quelques scories, même si on a mis une sorte de oh là, la semaine dernière avec l'intervention que j'ai pu faire et ce que j'ai demandé aux principaux de collège de réaliser, c'est-à-dire une attention très particulière à la lutte contre le harcèlement vis-à-vis des élèves de 6ème. Il y a encore, je voyais des élèves de 6ème qui me racontaient ce qu'ils vivaient, c'est-à-dire cette espèce de moquerie contre eux qui est vraiment quelque chose d'insupportable. Donc on a vraiment décidé de renverser la donne, d'abord en lançant cette opération Bienvenue aux 2010, c'est-à-dire une intégration renforcée je dirais des élèves de 6ème avec des élèves plus âgés qui leur souhaitent la bienvenue.

ELIZABETH MARTICHOUX
Des espèces de tuteurs un peu, des grands frères.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qu'on devrait faire très naturellement dans chaque établissement à partir du moment où arrivent les 6èmes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aimeriez institutionnaliser ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr. Je pense que, si vous voulez, dans les évolutions futures que nous avons à faire il y a beaucoup à faire autour de la classe de 6ème justement et de l'arrivée au collège qui est toujours un moment très particulier pour les enfants, et qui doit être un peu comme une entrée dans l'adolescence, une entrée où on commence à se sentir grand. Et ce moment-là peut être très raté ou très réussi selon la façon dont les choses sont menées. L'enfant doit comprendre qu'il rentre dans un milieu bienveillant et dans un milieu où on l'appelle aussi à s'engager pour autrui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Et donc l'idée c'est de confier à des plus âgés vraiment systématiquement le soin de s'occuper d'un 6ème.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ce qu'on appelle aussi les ambassadeurs anti-harcèlement. Vous savez, on a multiplié les occasions d'engagement des élèves. Par exemple il y a les éco-délégués maintenant dans les collèges et les lycées, c'est-à-dire des jeunes qui se dédient aux enjeux d'environnement par exemple pour créer un potager, à faire des opérations antipollution etc, et puis s'occuper de la restauration, de voir comment la restauration scolaire est conforme…

ELIZABETH MARTICHOUX
La cantine.

JEAN-MICHEL BLANQUER
La cantine. Par exemple en lien avec des agriculteurs locaux, des choses comme ça. Ça, c'est typique de l'engagement positif que nous pouvons souhaiter pour nos élèves de collège. De la même façon contre le harcèlement, nous avons depuis cette rentrée ce qu'on appelle l'opération phare qui consiste en particulier à avoir des élèves qui sont des ambassadeurs anti-harcèlement. C'est-à-dire qu'ils regardent s'il n'y a pas d'autres élèves qui sont embêtés et qui interviennent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et le cran supplémentaire ? C'était votre expression : « nous allons franchir un cran nouveau dans la sensibilisation », ce serait quoi justement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors c'est deux choses fondamentalement. C'est d'abord ce programme phare dont je vous parle. On peut aller sur le site Internet du Ministère pour voir, pour ceux qui veulent rentrer dans le détail de ce que ça signifie. Ça veut dire des adultes et des élèves formés contre le harcèlement. Et d'autre part sur le cyberharcèlement, qui est une plaie pour toutes les sociétés du monde, c'est-à-dire le harcèlement par les réseaux sociaux, je convoque lundi prochain à 16 heures, en présence du président du CSA Roch-Olivier MAISTRE, les responsables français des plateformes pour leur demander de prendre de nouveaux engagements, c'est-à-dire une capacité à retirer les messages haineux, à envoyer des messages positifs aux enfants, à faire respecter davantage l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 13 ans etc.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les patrons de Facebook, de Twitter.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez qu'on a interdit le téléphone portable au collège depuis trois ans, ç'a été une mesure importante qui a contribué mais qui n'est pas… Bien entendu c'est un point parmi d'autres. Nous avons à compléter cela aujourd'hui par des mesures et une responsabilisation des plateformes. Elles jouent un rôle…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pensez qu'elles vont le faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je le leur demande.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est Twitter ? Pardon, parce que les gamins sont sur TikTok, Twitter beaucoup, sur Facebook évidemment.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Instagram, Snapchat.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ils seront tous là, vos interlocuteurs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Lundi à 16 heures.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ils viendront tous ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous allez leur demander des engagements pour tenter de réguler dès qu'il y a par exemple un début de harcèlement ? C'est possible ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Par exemple vendredi dernier, quand j'ai réagi face au harcèlement anti-2010, TikTok a supprimé les messages qui avaient le hashtag #anti2010 et a promu le hashtag #bienvenueaux2010.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il faut qu'ils s'auto-saisissent. Qu'ils aient des indicateurs qui leur permettent de s'auto-saisir.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Qu'on repère mieux les signaux faibles. Par exemple entre #anti2010 aurait dû être repéré avant. Quand je suis intervenu, c'était déjà parce que le signal pardon n'était plus un signal faible. C'est un signal qui commençait fort et ce n'est pas normal que soit le ministre lui-même qui soit obligé d'intervenir là-dessus. Ça aurait dû être fait en amont par les responsables. Donc désormais, on va se responsabiliser. C'est l'intérêt de tout le monde. C'est l'intérêt de notre société, c'est l'intérêt général, c'est l'intérêt aussi de ces plateformes et c'est évidemment l'intérêt de nos enfants.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a eu beaucoup de railleries justement à cette occasion sur les vêtements des 2010. Ils étaient moqués là-dessus. L'uniforme, le port de l'uniforme, vous y seriez favorable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai toujours dit que je trouvais que c'était une bonne idée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais de passer le cap ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Passer le cap, ça signifie que des établissements s'engagent dans cela. C'est tout à fait possible dans le cadre juridique actuel. J'ai d'ailleurs promu cela dans le passé dans tel ou tel établissement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais comment on peut aller plus loin ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il est possible d'en faire la promotion et je le ferai probablement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il y a un établissement public en France qui impose l'uniforme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, l'Internat d'excellence de Sourdun.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y en a un donc c'est l'exception à la règle, mais il y a toujours une exception à la règle.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et vous avez l'Internat de la Légion d'honneur aussi par exemple.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Mais la règle c'est qu'il n'y en a pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas que c'est la règle, c'est que c'est l'habitude.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais comment changer l'habitude ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Un règlement intérieur peut tout à fait... Mais c'est le genre de chose que vous pouvez faire quand vous créez un consensus local. Si on commence à voir des batailles autour du sujet de l'uniforme, ça ne marchera pas. Outre-mer, j'aurais pu vous citer ça, Outre-mer l'immense majorité des établissements ont quelque chose qui est comme un uniforme. Sans parler des pays étrangers où c'est très fréquent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais hypothèse, second quinquennat etc, je ne sais pas si vous serez ministre des Sports d'ailleurs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Des sports ?

ELIZABETH MARTICHOUX
De l'Education ! On va parler des sports. Vous le seriez cinq ans à nouveau ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le sujet ne m'appartient pas là, mais de toute façon c'est un métier que j'aime mais je ne veux pas faire peu en disant que je vais rester dix ans.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que vous faites peur à qui ? Aux syndicats ? Aux enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je dis ça pour faire une blague mais je pense que c'est important de montrer que d'abord j'aime ce que je fais. C'est pour ça que je suis encore là. Je pense que les enjeux sont absolument essentiels. Et ce qui compte, ce n'est pas tellement ma personne mais c'est le fait qu'il y ait des sillons longs qui soient gardés tout au long du temps. Et c'est le cas par exemple en ce moment avec le rebond du niveau à l'école primaire, nous y avons beaucoup travaillé pour lire, écrire, avec le dédoublement des classes qui est la pointe avancée. Mais derrière ça, il y a d'autres mesures : par exemple, pas plus de 24 élèves par classe en grande section en CP et en CE1 dans toute la France. C'est une mesure qui est presque complète maintenant et c'est la remontée du niveau où on va mesurer puisqu'en ce moment il y a les évaluations de début de CP et de début de CE1, ce qui était là aussi une innovation très importante de 2018 et qui porte ses pleins effets maintenant.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va voir. On va en parler parce qu'il n'y a votre budget aussi qui a été présenté hier. Un mot au ministre des Sports. Nice-Marseille il y a quelques semaines, violences aussi hier. On va voir une photo pour le match Marseille Angers ou plutôt Angers-Marseille. Il y a des supporters qui sont sortis du parcage visiteurs, qui ont détruit du matériel avant que les stadiers ne rétablissent l'ordre, et puis un bus de supporters bordelais attaqué à Montpellier : ils sont tombés dans un guet-apens. Monsieur le ministre des Sports, c'est un peu la chronique répétée. On a l'impression qu'on s'habitue à des violences en marge des matchs depuis la rentrée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. C'est évidemment totalement inacceptable. Ce sont des sujets qui relèvent même maintenant de l'ordre public. On va évidemment, avec Gérald DARMANIN, probablement prendre des mesures quand il s'agit notamment d'événements qui se passent en dehors des stades. S'agissant de ce qui se passe dans les stades, vous savez l'objectif c'est quand même de responsabiliser la Ligue de football en l'occurrence et la Fédération française de football, à la fois sur les enjeux en amont d'éducation mais surtout sur les sujets de ce qui se passe pour les supporters. Et certains clubs ont réussi dans le passé à en finir avec cet hooliganisme qui est insupportable. Donc nous aurons de nouveau des discussions avec la Ligue et la Fédération sur ce qui est envisagé en la matière. Là ils ont réagi à de précédents événements, il y a eu deux événements qui sont allés trop loin ces derniers temps. Les sanctions ont été prises et nous allons demander quelles sont les mesures nouvelles envisagées pour mettre fin à ça. Mais il y a des gens qui doivent se voir interdits de stade dans le futur à partir du moment où ils ont eu ce type de comportement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, c'est très ferme.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, il faut être ferme. Ce sont des gens qui abîment l'image du sport. Ce sont des gens qui renversent ce que le sport doit être, c'est-à-dire la fraternité entre les citoyens.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un budget en hausse en 2022.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
1,6 milliard je crois.

JEAN-MICHEL BLANQUER
1,6 milliard sur la sphère éducation de plus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour la revalorisation sur 1,6 milliard, vous consacrez combien ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
700 millions. Ces 700 millions d'euros correspondent à des engagements que j'avais pris et qui avaient déjà commencé à être tenus en 2021, c'est-à-dire la revalorisation notamment des débuts de carrière. Un jeune professeur qui commence il y a un an et demi était à 1 700 euros net. Avec les mesures que nous prenons en février prochain, il sera à 1 869 euros net par mois.

ELIZABETH MARTICHOUX
169 euros en plus.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça fait 169 euros de plus par mois…

ELIZABETH MARTICHOUX
D'une année sur l'autre pour un prof qui débute.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
En net. Vous avez été quand même piqué au vif, Jean-Michel BLANQUER, par la proposition d'Anne HIDALGO quand elle a dit : « je veux doubler le salaire des profs en plus. » Vous avez ironisé : « Foire du Trône la démagogie. » Est-ce que ça ne valait pas mieux cet enjeu que cette critique un peu acerbe franchement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
La critique acerbe, vous voulez dire de parler de démagogie ? Je pense que… Non, vous avez là avec ce que vous avez exposé, vous avez vraiment la différence entre ce qui est un engagement concret, réel, faisable qui est d'ailleurs en train de se faire et une promesse démagogique infaisable. C'est vraiment en cela que le débat public doit être meilleur dans le futur si vous voulez.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pourquoi infaisable ? Vous dites à terme, alors vous avez écrit un livre qui est intéressant, c'est une réflexion après l'affaire Paty évidemment. ‘Ecole ouverte', c'est chez Gallimard, Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Après la crise sanitaire aussi.

ELIZABETH MARTICHOUX
La crise sanitaire bien sûr, la gestion de la crise sanitaire avec l'ouverture des classes que vous avez maintenue au maximum en France. « À terme on reçoit un fichier et que tous les professeurs commencent leur carrière à 2 000 euros nets mensuels. » Vous ne pouviez pas le faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ce qu'on fait, quand je vous dis le…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous ne l'azurez pas à la fin du quinquennat d'Emmanuel MACRON…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais on est passé…, il n'y aura jamais eu de telles augmentations des débuts de carrière que sous ce quinquennat, nous partons de loin…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le salaire des profs a plus augmenté sous le quinquennat HOLLANDE en global que sous votre quinquennat…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, non, non, c'est l'inverse, c'est sous ce quinquennat que le salaire des professeurs… c'est très facile à regarder, ce n'est pas de la littérature, c'est des mathématiques, c'est sous ce quinquennat qu'il y aura eu les plus grandes augmentations budgétaires or, l'essentiel de la masse budgétaire de l'Education nationale va dans le salaire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous récupérez les hausses décidées par François HOLLANDE…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah, ça, les chèques en blanc pour le futur, la famille politique de madame HIDALGO est très forte pour ça, c'est-à-dire, eh bien, c'est-à-dire que, c'est vrai ce que vous venez de dire, c'est-à-dire, des décisions qui valaient pour l'avenir, ces décisions, nous les avons assumées avec nos budgets, et nous avons fait des décisions nouvelles à mes yeux meilleures d'ailleurs, parce qu'elles s'adressent, d'abord, là où c'était le plus urgent, c'est-à-dire les plus jeunes, de façon à redresser l'attractivité du métier, puis, avoir un pouvoir d'achat décent pour les plus jeunes, donc nous l'avons fait, nous sommes en train de continuer à le faire. Et donc je suis tout à fait d'accord avec l'objectif d'augmenter la rémunération des professeurs, mais non seulement, je suis d'accord, mais je le fais. En revanche, je ne dis pas des choses infaisables. Doubler le salaire des professeurs, ça reviendrait à créer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais le compte n'y est pas, le compte n'y est pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, bien sûr, c'est pour ça que ce que nous avons à l'esprit, c'est une présentation sur 7 ans, qui avec une augmentation budgétaire d'environ 500 millions d'euros par an, qui se cumule année après année, sur 7 ans, nous permettrait de nous remettre à un niveau très bon pour la rémunération des professeurs, tout ceci va de pair avec des modernisations de l'Education nationale, ce n'est pas seulement la rémunération des professeurs, c'est la personnalisation des carrières, c'est le bien-être, par exemple, on va créer l'équivalent d'un comité d'entreprise pour l'Education nationale, pour que les professeurs soient plus appuyés sur le logement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas que l'argent, c'est ça que vous voulez dire…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et on y met de l'argent. Il n'y a pas que l'argent qui compte, c'est ça qui est important de dire aussi, on a besoin que les professeurs et les personnels se sentent bien, qu'il y ait du bien-être professionnel à l'Education nationale…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aurez été le prof du bien-être, pardon, vous aurez été le ministre bien-être des professeurs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Votre lapsus ne me gêne pas. Bien sûr, c'est mon but. L'objectif, c'est que…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est ce que vous dites, c'est le bilan que vous revendiquez, c'est celui-là…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas le seul, j'espère être aussi le ministre des savoirs fondamentaux des élèves, le ministre de choix d'enseignements de spécialités des lycéens et le ministre du bien-être des personnels, bien sûr, c'est difficile, il y a plus d'un million de salariés et l'Education nationale, mais le défi qu'on a commencé à relever avec le Grenelle de l'Education, c'est la personnalisation des parcours, le fait qu'on se sente bien à travailler pour l'Education nationale.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, le débat public, un mot quand même, Jean-Michel BLANQUER, Christian JACOB a dit hier qu'Eric ZEMMOUR est utile au débat.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que la démocratie a besoin de toutes les voix, donc cette phrase est un peu une phrase passe partout en réalité, mais pourquoi pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Utile au débat, c'est-à-dire qu'il apporte des éléments de débat qui sont intéressants, est-ce que vous partagez l'avis du président de LR ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais Jean-Luc MELENCHON est utile au débat, Eric ZEMMOUR est utile au débat, Christian JACOB est utile au débat, j'espère être utile au débat, vous êtes utile au débat…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah bon, vous vous mettez au même plan…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que dans la démocratie, il faut que tout le monde puisse s'exprimer, de ce point de vue-là, ça dépend ce qu'on met derrière l'expression utile au débat, mais…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle est utile au débat la Une de Paris-Match avec…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je pense que ce n'est pas du tout utile au débat, je pense qu'on doit évidemment faire la distinction entre vie publique et vie privée, c'est même un fondement important de la démocratie, et donc, non, ce n'est pas une bonne chose, non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas une bonne chose, vous condamnez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, bien sûr, mais évidemment, et c'est la même chose, Eric ZEMMOUR, Jean-Luc MELENCHON, Christian JACOB, qui donc voudra, toute personnalité a le droit à une vie privée, et on n'a pas le droit de... c'est d'ailleurs contraire à la loi…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est dégueulasse a dit Manuel VALLS en parlant de ça…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, eh bien, je ne dis pas de gros mots en tant que ministre de l'Education, mais je suis d'accord avec Manuel VALLS, bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vraiment ultime question, pour un sujet grave, le 16 octobre, c'est une date importante, c'est la mort de Samuel PATY…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, c'est l'anniversaire triste…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez organiser un événement à cette occasion ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, il y aura des commémorations, d'ailleurs, il y aura une plaque au ministère de l'Education nationale, nous commémorons cela, il y aura aussi un prix donné par les professeurs d'histoire-géographie, Samuel PATY, donc, oui, bien sûr, nous n'oublions pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Nous en parlerons. Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 septembre 2021