Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à BFM TV le 29 septembre 2021, sur la réduction des visas depuis le Maghreb, la lutte contre l'immigration illégale, l'islamisme, l'élection présidentielle, le vote électronique, la violence dans les stades et les toxicomanes dans le nord est de Paris.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gérald DARMANIN, bonjour.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN. Parlons des visas, ces fameux visas, la France a donc décidé de diviser par 2 le nombre de visas accordés aux citoyens algériens et marocains ; un tiers on moins pour les Tunisiens, quel que soit l'objet du voyage, c'est bien cela, quel que soit l'objet du voyage, Gérald DARMANIN ?

GERALD DARMANIN
On va diminuer très fortement le nombre de visas, mais ce n'est pas une politique nouvelle, le président de la République l'a déjà fait il y a deux ans et demi, vis-à-vis de certains Etats du Maghreb ; on donnait quelques centaines de milliers de visas en 2019, il y a eu quelques dizaines de milliers qu'on a beaucoup baissés en 2020, il faut dire qu'il y a eu l'effet Covid, et là, l'idée, c'est de faire un visa sur deux, 50 %…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un visa sur deux…

GERALD DARMANIN
Voilà, ça veut dire, pour la Tunisie, un visa sur trois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A peu près 31.000 visas pour les six prochains mois, c'est cela, ce sont les chiffres avancés et que j'ai lus…

GERALD DARMANIN
On va le faire au cas par cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au cas par cas.

GERALD DARMANIN
Ça dépend aussi de la relation qu'on aura avec ces pays, pourquoi on fait ça, on le fait parce qu'une partie des compatriotes algériens, marocains, tunisiens, qui sont sur le sol français ne sont plus acceptés par ces pays, soit parce que ce sont des personnes qui sont islamistes radicales, soit parce qu'ils sont délinquants, soit, parce qu'ils doivent partir tout simplement du territoire national, et nous, on leur dit : tant que vous ne reprenez pas vos compatriotes, eh bien, on n'accepte pas vos compatriotes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va durer combien de temps cette politique de visas, six mois ?

GERALD DARMANIN
On verra bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jusqu'à la présidentielle ?

GERALD DARMANIN
Non, je vous vois venir, Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui, tout le monde y pense…

GERALD DARMANIN
Non, mais d'abord, l'information est sortie en off, comme on dit, ça fait plusieurs mois que nous faisons cela. Il y a déjà plus d'un an, monsieur le président de la République a présidé une réunion, j'y étais, je peux en témoigner, avec le ministre des Affaires étrangères, avec lequel je travaille main dans la main, pour réduire le nombre de visas, ça fait des mois que nous mettons en place un certain nombre de dispositifs qui permettent en effet de faire repartir de notre sol certains de nos compatriotes d'Algérie, de Tunisie, du Maroc, simplement, à la faveur sans doute de gens qui nous aiment bien, cette information est sortie, dont acte, on n'a rien à cacher, mais on n'a pas attendu les débats politiques pour le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, les pays qui doivent accueillir leurs ressortissants ont besoin de délivrer des laissez-passer qu'ils ne délivrent pas, des laissez-passer consulaires…

GERALD DARMANIN
Qu'ils délivrent peu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'ils délivrent peu. Mais je me souviens de l'objectif d'Emmanuel MACRON, c'était en octobre 19, 100% des obligations de quitter le territoire français en situation irrégulière seront exécutées avant la fin du quinquennat, 100%, je regardais les chiffres, 7.731 obligations de quitter le territoire pour des Algériens sans papiers, 22 expulsions effectives pendant la période de janvier à juillet.

GERALD DARMANIN
Alors, je vais être tatillon, c'est 23, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
23, pardon…

GERALD DARMANIN
Mais vous avez raison…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais excusez-moi, et pour les Marocains, vous allez me dire si je me trompe, 3.301 obligations de quitter le territoire, 80 exécutées, pour les Tunisiens, 3.424 et 131 exécutions. Je comprends que vous preniez des mesures, parce que, ça a fait quoi, 0,2, 0,3% ?

GERALD DARMANIN
Non, mais il est évident que la situation actuelle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au lieu de 100% ?

GERALD DARMANIN
Il est évident que la situation actuelle est inacceptable. Alors après, il faut voir les choses dans le contexte, Monsieur BOURDIN, quand monsieur le président de la République a dit 100% des OQTF, des reconduites aux frontières, doivent être exécutées, il avait raison, c'était avant le Covid, je rappellerai quand même que pendant le Covid, 1°) : on ne pouvait plus sortir de chez soi, 2°) : on ne pouvait plus prendre l'avion, parce qu'il n'y avait plus d'avion. 3°) : il faut faire des tests PCR, y compris au départ, et il suffisait que la personne refuse le test PCR pour qu'on puisse l'expulser, et c'est partout pareil, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis d'Amérique, au Mexique c'est partout pareil ; donc avouez quand même que le 33 tonnes du Covid que tous les pays ont pris en face change un peu un certain nombre de donnes. Cependant, le Covid, je ne dirais pas qu'il se termine, mais, enfin il s'amenuise, les vols reprennent, nous avons désormais des relations plus différentes avec les pays, nous devons reprendre ce que se passait en 2018, notamment, c'est très important, et on voit que là, les Etats, notamment maghrébins, ne veulent pas revenir à ce qui se passait avant la crise du Covid, c'est pour ça qu'on hausse le ton, ou en tout cas, on leur dit : on ne va pas continuer comme ça. Donc les chiffres que vous évoquez sont vrais, mais simplement, vous comprendrez bien qu'ils n'ont rien à voir avec la situation d'avant Covid. Cependant, je voudrais vous dire quelque chose, ce n'est pas parce que les Etats algériens, marocains, tunisiens accepteront leurs ressortissants, je suis sûr qu'ils le feront, parce que c'est des Etats de démocratie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils protestent, là ! Ils ne sont pas contents…

GERALD DARMANIN
Oui, mais c'est une relation que nous avons entre nous, et puis, c'est des pays avec lesquels on a beaucoup d'amitié, avec lesquels on a besoin de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis, on a besoin d'eux pour lutter contre le terrorisme notamment ?

GERALD DARMANIN
Et eux, ils ont besoin de nous, donc, voilà, nous avons une mer ensemble qui est la Méditerranée, on va travailler ensemble, j'ai mes homologues très souvent au téléphone, il n'y a pas de problème sur ce sujet, c'est une crispation qu'il y a entre les pays naturelle, dans la vie des pays, mais ce n'est pas parce qu'on se serait mis d'accord avec eux, Monsieur BOURDIN, que 100% demain des expulsions du territoire se feront, pourquoi, parce que la deuxième difficulté que nous avons, c'est qu'entre temps, entre le moment où le président de la République s'est prononcé et la situation d'aujourd'hui, il n'y a par exemple plus d'expulsions possibles en Afghanistan, et nous avons une partie des gens que nous voulons expulser qui sont Afghans et qu'on ne va pas renvoyer au régime des talibans, comme jadis, sous le gouvernement socialiste, on ne renvoyait pas en Syrie les gens qui étaient syriens. Deuxièmement, Monsieur BOURDIN, notre difficulté principale, c'était l'objet des débats politiques qu'on devrait avoir, c'est qu'on a un système juridique qui fait qu'on peut attendre un an et demi et deux ans avant d'avoir la confirmation d'un tribunal de la décision prise par un gouvernement. Je vous mets un arrêté de reconduite à la frontière, vous avez le droit, même si j'ai le laissez-passer du pays d'où vous venez, vous avez le droit d'aller devant le tribunal administratif, vous avez le droit d'aller en appel, vous avez le droit d'aller au Convention européenne des Droits de l'homme, vous avez le droit de faire attendre le gouvernement français un an, un an et demi, deux ans, et vous avez le droit de jouer avec les frontières européennes, vous pouvez faire la même chose en Allemagne, vous pouvez faire la même chose en Italie, ça ne va pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est trop long ?

GERALD DARMANIN
C'est trop long, c'est un des plus long contentieux, aujourd'hui, dans les tribunaux administratifs, plus de 50 % de l'activité des tribunaux administratifs, c'est le droit des étrangers, ça ne va pas. Donc nous travaillons à cette simplification. Deuxièmement, surtout, c'est un sujet européen, et quand on dit qu'il faut moins d'Europe pour protéger plus ses frontières, c'est une absurdie, comme dirait Michel SARDOU, pardon de citer les grands auteurs sur votre antenne. Qu'est ce qui se passe ? Eh bien, il se passe qu'il faut que nous disions, et on va présider l'Union européenne dans désormais 2 mois, une seule demande d'asile pour toute l'Europe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera la mesure que vous allez essayer d'imposer en Europe ?

GERALD DARMANIN
Nous y travaillons !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y travaillez…

GERALD DARMANIN
Et on verra ce que pense le nouveau gouvernement allemand.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une seule demande d'asile…

GERALD DARMANIN
Quand vous arrivez en Europe, ça doit être l'objectif que nous devons tous atteindre, et l'énergie de tout le monde devrait se tourner vers ça, quand vous arrivez en Europe, quand vous faites une demande en Italie ou en Espagne ou à Malte ou en France, ça vaut pour tout le monde, et nous partageons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, dans tous les pays de l'Union.

GERALD DARMANIN
Et nous partageons les informations, nous devrions avoir la même politique, ou le plus possible, de visa, celle que nous évoquons aujourd'hui, de l'Europe, vis-à-vis des autres Etats, parce que, sinon, ils se jouent de nos différences. Qu'est-ce qui peut se passer, il peut se passer que les Algériens passent par l'Espagne pour avoir des visas de l'Europe. Donc nous devons absolument répondre Europe quand d'autres veulent répondre nationaliste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les expulsions des étrangers jugés dangereux, soupçonnés de terrorisme, par exemple, où en est-on ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, on a très bien progressé, puisque, aujourd'hui, nous avons expulsé plus de 650 personnes qui sont soupçonnées, soupçonnées, soupçonnées de radicalisation, voilà, et nous avons, de façon tout à fait considérable, aussi attaqué les personnes qui sont délinquantes, condamnées pour des actes de viol, de meurtre, de trafic de drogue, de violences conjugales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans le fichier FSPRT, 1.115 personnes, c'est bien cela ?

GERALD DARMANIN
Non, ce n'est pas tout à fait ça, parce que 1.115 étrangers en situation irrégulière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Etrangers en situation irrégulière…

GERALD DARMANIN
Qui se trouvent dans les 22.000 fichiers FSPRT, ce sont des fiches clôturées. C'est là où le service de la DGSI dit : il n'y a pas de problème. Par contre, ce qui existe aujourd'hui, c'est les fiches qui ne sont pas clôturées, des gens qu'on continue à suivre, et il y a aujourd'hui. 500 étrangers dans cette situation en France, dont 196 qui ont déjà été expulsés depuis les trois derniers mois, et puis, les autres sont, soit en prison, soit en hôpital psychiatrique, soit dans les centres de rétention administrative, en attendant d'être expulsés, d'où notre relation avec les Etats et les visas, soit, ils sont devant un tribunal, et ils attendent un recours. Donc toute personne qui est fichée S et qui est étrangère a vocation à quitter le territoire national, une fois qu'elle a épuisé ses recours, une fois qu'elle a terminé d'être en prison, et pas une personne n'échappe à ce système, c'est vraiment très important, parce qu'on a été extrêmement ferme et extrêmement efficace sur ce point. Ensuite, il y a un deuxième paquet, si j'ose dire, les étrangers que nous ne voulons absolument pas sur notre sol, c'est ceux qui ne sont pas fichés S, mais qui ont tué, qui ont violé, qui ont tapé leur femme, qui ont trafiqué de la drogue ou qui ont attaqué un policier. Le président de la République m'a demandé, et là encore, c'était quelque chose qui était secret, caché, et ça a été divulgué, qu'on prenne les 1.100 étrangers les plus délinquants et qu'on les expulse. Il l'a demandé il y a un mois et demi, on en a déjà expulsé 361 sur ces 1.100, la très grande partie de ceux qui attendent encore d'être expulsés sont en prison, on les expulse à la fin de leur peine de prison, chacun comprend et chacun le souhaite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils seront tous expulsés ?

GERALD DARMANIN
Ils seront tous expulsés ils sont tous expulsés. On va arriver, Monsieur BOURDIN, à la difficulté qu'il y a dans ces 1.100, des Algériens, des Tunisiens, des Marocains, et qu'on a plus de mal à les expulser que les autres pays, c'est un fait, c'est ce que je constate, d'où également la position que vous avez évoquée de : on ne donnera pas de visa tant qu'on n'aura pas les laissez-passer consulaires de ces pays, c'est normal, si un Français, il y en a, tue, viole, tape sa femme en Algérie, en Chine, nous le récupérerions à la fin de sa peine de prison, c'est normal, c'est un citoyen français, après, nous le suivrions, eh bien, les autres pays doivent faire pareil. Et c'est ce que nous faisons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marine LE PEN propose d'inscrire dans la Constitution par référendum la maîtrise de l'immigration, vous en pensez quoi, vous avez regardé un peu ce qu'elle propose ?

GERALD DARMANIN
Oui, je m'intéresse aux débats publics et à ce que disent les grands candidats aux élections présidentielles, évidemment, et même les candidats plus modestes, bien sûr, le débat d'idées est toujours intéressant, mais on voit bien que madame LE PEN reste sur ses vieilles lunes, on peut proposer par référendum plein de choses, mais un débat sur l'immigration…, c'est comme si vous faisiez un référendum sur le beau temps ou contre le chômage, bon, d'ailleurs, sur le principe, on peut d'ailleurs être d'accord de maîtriser son immigration, mais c'est beaucoup plus compliqué lorsqu'on est en responsabilité, la grande différence avec madame LE PEN, c'est que nous sommes, nous, un parti de gouvernement, nous acceptons de travailler sous contraintes, et on ne peut pas s'asseoir sur l'Europe, on ne peut pas s'asseoir sur les traités internationaux, on ne peut pas s'asseoir sur la volonté des pays de faire des laissez-passer consulaires, qu'est-ce qu'elle veut, madame LE PEN. Imaginons, Monsieur BOURDIN, que j'expulse sans le dire à l'Algérie, la Tunisie et au Maroc des citoyens de leur pays, je les mets dans un avion, je les fais décoller, je les fais atterrir de force, je les fais descendre de force, et après, on referme vite l'avion, et on s'en va. Ce n'est pas sérieux, c'est bien des relations diplomatiques que nous devons avoir, elles sont difficiles, mais l'exercice du pouvoir, Monsieur BOURDIN, c'est difficile. Les Français sont là pour juger si on a été bon ou pas bon, et ils pourront le faire. Mais c'est difficile. Il y a une différence entre écrire des livres et être polémiste, et puis, d'avoir l'exercice concret du pouvoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A qui vous pensez-vous, là ?

GERALD DARMANIN
A madame LE PEN, elle écrit des livres et elle est polémiste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et à monsieur ZEMMOUR, et à Eric ZEMMOUR. La supériorité du droit français sur le droit international, c'est ce qu'elle propose aussi, pour reprendre… pour, oui… contrôler l'ensemble du droit appliqué aux étrangers, elle propose aussi les allocations familiales réservées aux Français, vous en pensez quoi ?

GERALD DARMANIN
Alors, d'abord, la primauté du droit, vous savez, ça veut dire qu'elle sort de l'Europe, c'est ça que ça veut dire, alors, elle est un peu contradictoire, parce qu'elle a dit qu'elle n'était plus pour le Frexit, maintenant, si vous dites que le droit français est, quoi qu'il arrive, supérieur à tous les droits européens, à tous les traités, ça veut dire que vous sortez de l'Europe, vous n'acceptez plus les traités, c'est une position, ce n'est pas la mienne. Deuxièmement, j'ai entendu la question sur les logements, elle a dit : je veux réserver les logements en priorité aux Français. Il n'y a pas plus absurde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle que soit l'origine, d'ailleurs…

GERALD DARMANIN
Oui, mais il n'y a pas plus absurde objectivement que cette proposition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?

GERALD DARMANIN
Trois grandes raisons, d'abord, ce qu'il faut regarder, c'est : est-ce que vous avez le droit de rester sur le territoire national, à partir du moment où vous accordez, imaginons que le gouvernement de madame LE PEN accorde une autorisation d'être sur le territoire national, vous lui refusez l'accès au logement, c'est-à-dire qu'on n'arrête pas de dire que les étrangers qui sont sur notre sol doivent s'intégrer, doivent travailler, doivent avoir un logement, doivent mettre leurs enfants à l'école, doivent parler la langue de la République, et elle, ce qu'elle fera, c'est qu'elle leur mettra des handicaps dès le début pour ne pas qu'ils accèdent au logement. Deuxièmement, les étrangers, ils payent des impôts comme tout le monde, ils paient la TVA, ils payent l'impôt sur le revenu, et ils n'ont pas le droit à la solidarité sociale. Et troisièmement, Monsieur BOURDIN, qu'est-ce qui se passe aujourd'hui, d'abord, il y a une vingtaine de pourcents d'être étrangers dans le parc HLM, donc ce n'est pas la grande invasion, qu'est-ce qui se passe, Monsieur BOURDIN, il faut quand même bien mesurer ça, quand on dit ça à des personnes qui sont étrangères, que la France, elle est fermée à tous les vents, et qu'elle refusera désormais d'avoir des jeunes médecin, des jeunes architectes, qui vont peut-être vivre dans un moment de pauvreté, parce que, vous savez, les étrangers qui sont sur notre sol, ils sont plus pauvres que les nationaux qui sont sur notre sol, elle va refuser le logement social, elle veut qu'ils dorment dans la rue, c'est ça que veut madame LE PEN, ça n'a aucun sens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi, je me souviens de ce que vous disiez : il y a trop d'aides sociales en France, vous l'avez dit, vous l'avez dit ?

GERALD DARMANIN
Non, je n'ai pas dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, si !

GERALD DARMANIN
Non, je n'ai pas dit ça, j'ai dit qu'il fallait que le travail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez dit, vous avez dit : il faut créer une aide sociale unique…

GERALD DARMANIN
Non, voilà…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous avez dit aussi…

GERALD DARMANIN
Exactement, j'ai dit que le travail devait, quoi qu'il arrive, mieux payer que les aides sociales, vous êtes d'accord avec ça ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous dites toujours…

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas évident…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites toujours la même chose, il faut regrouper donc APL et RSA ?

GERALD DARMANIN
Bien sûr. Alors, ce n'est pas tout à fait les mêmes allocations, mais, moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous aviez dit…

GERALD DARMANIN
Mais c'est un sujet très complexe, mais ce que je veux vous dire, Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais je sais…

GERALD DARMANIN
C'est que je pense, moi, que quand on travaille, on doit gagner plus d'argent que quand on ne travaille pas, aujourd'hui c'est le cas grâce à Emmanuel MACRON, peut-être que la différence mériterait d'être encore agrandie, il faut encore mieux rémunérer le travail, mais si on cumule toutes les aides sociales, il faut pouvoir mieux vivre et beaucoup mieux vivre de son travail, ce que fait le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera l'un des axes de campagne d'Emmanuel MACRON ?

GERALD DARMANIN
Ah, moi, je pense que l'axe… je n'en sais rien pour Emmanuel MACRON, il n'est pas encore candidat et je souhaite qu'il le soit, mais ce qui est certain, c'est que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il le sera…

GERALD DARMANIN
A mon avis, le grand thème de campagne, ce sera l'économique et le social, ce sera le travail, et le gouvernement a des résultats…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et non pas l'immigration ?

GERALD DARMANIN
Je ne crois pas que ce soit le thème principal, ça reste un thème important, comme la sécurité, bien évidemment, mais les Français, ce qu'ils veulent, c'est travailler, on est à 8% de chômage, le chômage le plus bas depuis 10 ans, mais il est encore trop haut ce chômage, il faut qu'on continue à faire que le restaurateur, il puisse embaucher, aujourd'hui, les restaurateurs, ils nous disent quoi : je n'arrive pas à trouver des gens pour travailler, voilà, il faut qu'on réponde à cette question, avant de rentrer dans les vieilles lunes identitaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelques mots sur la lutte contre l'islam radical, la loi confortant le respect des principes républicains a été promulguée le 25 août. Où est-ce que vous en êtes ?

GERALD DARMANIN
Alors cette loi est une grande…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de mosquées contrôlées, combien d'associations islamistes dissoutes ?

GERALD DARMANIN
Alors ce matin, chez vos confrères du Figaro, je fais la revue de détail de tout ce que nous faisons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'ai vu ça.

GERALD DARMANIN
Et nous faisons beaucoup de choses, ce matin, en Conseil des ministres par exemple, je propose de nouvelles dissolutions, notamment l'association Nawa, qui est une maison d'édition islamiste, qui a publié des livres dont je ne devrais pas faire ici la publicité, et nous, grâce au texte de loi que nous avons voté, nous pouvons la dissoudre, on a dissout trois fois plus d'associations islamistes que les deux quinquennats passés, et la loi qui aujourd'hui est promulguée et qui est d'application directe, donc il n'y a pas besoin d'attendre des mois et des mois des décrets d'application, va nous permettre d'attaquer une dizaine de structures, lieux de culte, comme associations, et c'est plus des associations d'ailleurs que des lieux de culte, pour pouvoir les dissoudre et les contrôler. On a fait 250 gels de ces associations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez fermer combien de mosquées, 8, j'ai vu, c'est ça ?

GERALD DARMANIN
Il ya une petite dizaine de mosquées, en effet, dans les semaines qui viennent, aujourd'hui, sur les 89 mosquées que nous soupçonnons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, contrôlées…

GERALD DARMANIN
Que nous soupçonnons de radicalisation, sur 2.300, donc je pense qu'il faut que les Français entendent que la majorité de nos compatriotes musulmans, la très grande majorité, ce sont des gens patriotes et qui ne posent aucun problème à la République, l'islam ne pose pas de problème à la République lorsqu'il est comme le catholicisme ou le judaïsme, mais sur les 89 mosquées que nous suivons, on en a déjà fermé un tiers, on en a déjà fermé un tiers, nous nous concentrons sur les 60 qui restent, bien évidemment, on n'avait pas les armes législatives pour pouvoir les faire fermer ou pouvoir les contrôler, désormais, la loi est promulguée depuis un mois, et c'est ce que nous faisons en ce moment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, les élections présidentielles et législatives, vote sur Internet, non, pas de vote sur Internet, pourra-t-on voter par correspondance ?

GERALD DARMANIN
En tout cas, pas pour l'élection présidentielle et législative, on n'en aura pas le temps d'organisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais que vous êtes contre, mais…

GERALD DARMANIN
Moi, le président de la République, dans son programme, a dit qu'il était favorable vote à distance, voilà, donc je travaille, je travaille sous son autorité à mettre en place ce vote à distance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez mettre en place le vote à distance ?

GERALD DARMANIN
Nous travaillons à le faire, mais il faut garantir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vote à distance, ça veut dire quoi, vote sur Internet, vote par correspondance, enfin, qui a été abrogé en 1975…

GERALD DARMANIN
Vous conviendrez, Monsieur BOURDIN… alors, c'est le vote par correspondance qui a été abrogé en 1975. Le vote à distance n'est pas tout à fait le vote par correspondance. Vous conviendrez, Monsieur BOURDIN, que c'est une question difficile, parce qu'on doit vérifier l'identité de la personne qui vote. Et la loi d'ailleurs et la Constitution nous enferment dans des dispositions que n'ont pas les pays étrangers, par exemple, on doit voter un dimanche, on ne peut pas le faire sur plusieurs jours, contrairement à d'autres pays, je confère l'Allemagne, voilà, il y à quelques heures, que les Français ont pu voir ça, donc il faut regarder tout ce qu'on doit changer, y compris des réformes constitutionnelles, le vote à distance est techniquement possible pour garder la sécurité de savoir que c'est bien Gérald DARMANIN qui vote et que ce n'est pas sa femme qui l'oblige à voter pour quelqu'un, ou ses enfants qui l'obligent à voter pour quelqu'un, ça va avec votre identité numérique, Monsieur BOURDIN, c'est ce que nous travaillons, vous avez vu qu'il y a une nouvelle carte d'identité qui est sortie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous y travaillez ?

GERALD DARMANIN
Exactement avec une identité numérique, et je suis là pour proposer au président de la République et au gouvernement le vote à distance conformément à son programme présidentiel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous proposerez le vote à distance, pas pour la présidentielle, ni les législatives, mais pour les élections suivantes ?

GERALD DARMANIN
J'ai constaté, exactement, si le président de la République et le Parlement le veulent, j'ai constaté que le président FERRAND avait notamment chargé monsieur TRAVERT, qui est un homme de bien, de réfléchir de son côté, du côté du Parlement, eh bien, nos deux réflexions se retrouveront, et on progressera, me semble-t-il, dans la modernisation du vote, mais dont, moi, personnellement, je vous ai déjà dit que j'étais très attaché au fait que c'est un caractère absolument solitaire, le vote, il ne faut pas que votre mari, votre curé, vos enfants, votre communauté voient ce que vous votez et vous obligent à voter quelque chose, la grande démocratie française, c'est être seul dans l'isoloir, c'est très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les violences dans les stades, Gérald DARMANIN, est-ce que vous réfléchissez à une interdiction généralisée de déplacements pour les supporters ?

GERALD DARMANIN
Alors je prends des arrêtés aujourd'hui déjà puisque ça relève du ministre de l'Intérieur même si j'en informe monsieur BLANQUER et madame MARACINEANU. Je prends déjà des arrêtés, je les prends quasiment chaque semaine. Ça ne me fait pas plaisir mais ça évite les débordements inacceptables qu'on a vus. Je ne suis pas forcément favorable à l'interdiction générale, d'abord parce que je ne suis pas sûr que ce soit constitutionnel. Toute interdiction générale est difficilement acceptable pour le droit. Et puis moi je suis un supporter de football comme vous, je le sais, je ne veux pas que quelques-uns emmerdent la grande majorité des supporters. Cependant il faut sans doute que l'on réfléchisse à améliorer les délits et les interdictions administratives.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et comment ?

GERALD DARMANIN
Monsieur BLANQUER et madame la Ministre des Sports y réfléchissent. Ils nous ont conviés avec le garde des Sceaux d'ailleurs à une réunion la semaine prochaine et on aura l'occasion sans doute de le faire. Il y a plein d'armes administratives pour le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec des sanctions plus fortes, je ne sais pas, des comparutions immédiates Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Exactement. Ça relève de la justice effectivement. On peut imaginer d'être plus rapide, voilà. On peut aussi imaginer qu'on soit plus efficace dans les arrêtés administratifs pour chacune des personnes, non pas par le groupe. Et puis on peut aussi avec la Ligue de football réfléchir à des sanctions pour les clubs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La Ligue qui n'a pas de pouvoir de police ni de justice.

GERALD DARMANIN
Non, c'est pour ça qu'on réfléchit avec elle. Monsieur LABRUNE, il fait un travail très important. On l'a déjà reçu au ministère de l'Intérieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

GERALD DARMANIN
Il est le premier désolé de ce qui se passe et pour tous les amoureux de football, on en est désolé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais évidemment.

GERALD DARMANIN
Vous comprendrez que je ne suis pas ministre des Sports et que je laisserai aux soins des ministres des Sports de faire ces propositions qu'on suivra bien évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais terminer avec le crack à Paris. Les toxicomanes finalement ont été déplacés de Paris en Seine-Saint-Denis.

GERALD DARMANIN
No, ce n'est pas vrai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ? Ce n'est pas vrai ?

GERALD DARMANIN
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y. Pourquoi est-ce que ce n'est pas vrai ?

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui il y a des gens, quelques centaines, qui consomment du crack. Il faut savoir que le crack, c'est la drogue la pire qui soit - toutes les drogues sont terribles – puisque c'est un an de vie quand vous la consommez et 100% de dépendance à la première dose. Donc il faut bien comprendre que ce n'est pas une réponse policière qui va résoudre le problème : c'est une réponse sanitaire et une réponse sociale. Ils étaient dans un jardin, madame HIDALGO a fermé ce jardin. Ils se sont déplacés rue Riquet et autour de la rue Riquet. Il y a eu une dizaine d'agressions du fait de ces toxicomanes. Nous demandons à la ville de Paris depuis plusieurs semaines des lieux, qu'elle accepte d'ailleurs, pour les accueillir socialement, sanitairement, avec des psychiatres, bref, des gens malades. Ce n'est pas des gens qui méritent simplement des sanctions, c'est des gens malades. Cela traîne un peu parce que j'imagine que pour la maire de Paris, c'est compliqué de trouver des lieux à Paris. C'est une ville très dense donc je ne jette la pierre à personne. Mais cependant, j'ai entendu les riverains - vous les avez vus, BFM a fait beaucoup de reportages…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

GERALD DARMANIN
Pour dire « c'est inacceptable ». J'ai pris mes responsabilités, nous avons pris ces toxicomanes, on les a mis dans un square à Paris qui appartient à la ville de Paris d'ailleurs, qui s'appelle le square de la Villette. Il est en bordure du périphérique. C'est temporaire. Il y a des policiers aujourd'hui 24 heures sur 24 qui les surveillent et qui les protègent. Nous avons érigé un mur qui permet d'éviter de passer en Seine-Saint-Denis. Nous disons que ça ne va durer que quelques heures ou quelques jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même si à Aubervilliers, un campement a été installé.

GERALD DARMANIN
Non, il n'y a pas eu de campement. Non, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Près d'un établissement scolaire de 850 enfants, Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Non, non. On y va ensemble quand vous le souhaitez. J'y suis allé sans caméra ni trompettes. Moi j'entends la maire d'Aubervilliers qui fâchée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est faux ou c'est vrai ?

GERALD DARMANIN
Non. D'abord je veux dire que je soutiens ces élus locaux à Pantin, à Aubervilliers qui voient arriver pas très loin de chez eux, pas très loin de chez eux mais pas chez eux des toxicomanes. Je le comprends et j'entends leur colère et j'accepte toutes les… Moi je suis aux responsabilités, je prends les coups, je n'ai aucun problème avec ça. Je dis juste, monsieur BOURDIN, que nous mettons les moyens policiers mais que ce n'est pas une réponse policière. Et donc demain matin il y a une réunion très importante qui va se tenir avec le préfet d'Ile-de-France et le préfet de police et la mairie de Paris. La mairie de Paris doit proposer des lieux. Je sais que le ministre de la Santé Olivier VERAN va mettre beaucoup de moyens avec l'ARS pour accompagner ces lieux. Ça ne peut durer encore que quelques jours cette situation, mais j'ai pris mes responsabilités pour protéger les riverains. On ne peut pas à la fois me dire « que fait la police » et puis quand la police intervient dire « mais vous les avez déplacés. » Oui, parce que ce sont des gens malades et les gens malades, ce n'est pas la police qui les protège, c'est les médecins. Et donc maintenant, il faut que la mairie de Paris et le corps médical prennent ces personnes et les accompagnent le mieux possible dans leur addictologie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Gérald DARMANIN d'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 octobre 2021