Déclaration de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, sur la politique industrielle au niveau de l'Union européenne, à Bruxelles le 29 septembre 2021.

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Circonstance : Conseil Compétitivité

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Texte intégral

Mme Agnès Pannier-Runacher : "Bonjour à tous, je suis très heureuse d'être au Conseil compétitivité aujourd'hui. Nous avons un agenda chargé puisque nous allons avoir la première discussion sur le pack Fit for 55. Je pense que c'est très important qu'on puisse l'aborder en Conseil compétitivité. Comme vous le savez, la France va prendre la présidence française de ce Conseil à partir de janvier. J'aurai l'honneur donc de le présider. Fit for 55 a des conséquences importantes pour l'industrie, c'est à la fois une condition de réussite pour développer de nouvelles chaînes industrielles, mais c'est également un risque pour la transformation que nous devons mener dans nos industries et donc, je serai très attentive à la fois au rythme auquel nous organisons cette transformation, au fait qu'on ait bien des conditions de concurrence loyale par rapport à d'autres pays, au fait que nous accompagnions les entreprises dans cette transformation sur l'innovation, il nous manque encore des briques technologiques pour mener à bien cette transformation, mais que nous accompagnons aussi les salariés et la sous-traitance, je pense évidemment à l'automobile, dans ces transformations. Et puis, il faut anticiper l'impact sur nos concitoyens. Il y a notamment dans Fit for 55 une révision du marché ETS pour le transport et pour la construction. Cela peut avoir des conséquences pour nos citoyens. Il faut bien anticiper cela, bien entendu. Nous allons également évoquer le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, c'est un enjeu essentiel pour la France. Nous pensons que c'est justement une façon de restaurer des conditions de concurrence loyale entre ceux qui produisent en Europe et ceux qui produisent hors d'Europe et de faire en sorte que ceux qui font des efforts dans les industries européennes pour réduire leur empreinte carbone puissent être comparés à des entreprises à l'extérieur qui font les mêmes efforts ou alors qui payent le prix pour rentrer sur le marché européen. Dernier point, être attentif à la compétitivité aussi de nos industries à l'export et donc nous plaidons pour un mécanisme d'inclusion carbone qui intègre aussi cette dimension des secteurs aval et des secteurs exportateurs. Nous allons également aborder la question du marché unique où nous devons aller plus loin dans une approche secteur par secteur. C'est l'expérimentation que nous menons avec les Néerlandais. J'ai également vu le commissaire Šef?ovi?, nous avons beaucoup parlé des batteries électriques. Les batteries électriques, c'est une politique européenne réussie avec le soutien à la création de giga factories au niveau européen qui nous permet d'accélérer l'électrification de nos mobilités et nous allons continuer à être extrêmement attentifs à la mise en oeuvre de ces politiques. Ça passe par un règlement sur les batteries électriques, ça passe aussi par l'anticipation des besoins de matières premières pour fournir ces nouvelles chaînes de production, ça passe par l'anticipation du recyclage de ces batteries électriques. Donc, c'est tout un écosystème que nous sommes en train de construire avec la Commission européenne et je crois que c'est un bon exemple de ce que peut apporter la décarbonation aussi de nos économies, en termes de nouvelles activités et de compétitivité renforcée de l'industrie européenne.


Q - Il y a un sujet en ce moment de compétitivité qui est lié au prix du gaz. Qu'est ce que l'Europe doit tirer comme leçon de cette crise des prix du gaz et de l'énergie au sens large puisque ça a un impact sur les prix de l'électricité également ? Est-ce qu'il faut faire des changements dans la politique énergétique européenne ? Lesquels ? Est-ce que ça relance le débat sur le nucléaire également ?

Mme Agnès Pannier-Runacher : Je crois que Bruno Le Maire l'a dit et il souhaite que ce sujet soit abordé au Conseil Ecofin, puisque c'est un sujet qui a une importance économique et financière : la question d'avoir un marché de l'énergie et de l'électricité qui soit connecté à celui du gaz pose un problème puisqu'au fond c'est une aberration écologique, on pousse pour l'électrification et on voit le destin de l'électricité lié à une énergie fossile ; et c'est une aberration économique, tout le monde l'aura compris. Donc on sera évidemment très attentif à la façon dont évolue ce marché, très attentif aussi à poser ce sujet sur la table de façon à avoir une discussion ouverte avec l'ensemble des pays européens. Mais soyons clairs, aujourd'hui nous sommes engagés dans une marche forcée vers l'électrification. Pour cela, nous prenons les bonnes politiques et je crois que le green deal est aussi un appui fort pour développer les énergies renouvelables. Mais cette approche doit aussi être neutre technologiquement, c'est-à-dire que toutes les techniques qui permettent d'avoir une électricité bas carbone doivent être utilisées. Et nous le disons très simplement : le nucléaire est une électricité bas carbone. Je crois qu'il y a beaucoup d'experts qui se sont penchés sur le sujet et nous plaidons effectivement pour que le nucléaire fasse partie des solutions accessibles pour l'ensemble des pays européens.

Q - Si je peux me permettre une dernière question sur les semi-conducteurs : la présidente de la Commission européenne a proposé une loi sur les semi-conducteurs : qu'est-ce que peut faire l'Europe dans ce domaine ? Quels doivent être les objectifs ? Et qu'est-ce qu'on peut faire donc concrètement ? Qu'est-ce qu'on doit faire ?

Mme Agnès Pannier-Runacher : Sur les semi-conducteurs, on a aujourd'hui une base de production européenne qui est relativement modeste par rapport à nos besoins. Sur la plate-forme européenne, on a notamment des besoins sur les semi-conducteurs utilisés dans l'industrie automobile, sur des semi-conducteurs de l'électronique de puissance, sur lesquels nous avons d'ailleurs des acteurs qui sont extrêmement puissants - je pense à STMicroelectronics qui est en aval de la chaîne des entreprises, comme Valeo. C'est ça que nous devons développer, me semble-t-il. Il est question de bâtir, au même titre que ce que nous avons fait sur la batterie électrique, un IPCEI, un nouvel IPCEI, parce qu'il y en a déjà eu deux sur les semi-conducteurs. C'est la première approche que nous préconisons, de se donner une vision, d'avoir une programmation stratégique, d'entraîner l'ensemble de l'écosystème européen de l'électronique dans cet IPCEI, les petits et les gros acteurs, et d'avoir une vision qui ne se limite pas aux semi-conducteurs, mais également à la connectivité puisque c'est toutes ces briques technologiques dont nous avons besoin pour être souverain demain. Donc ça c'est clairement une démarche qui doit se jouer au niveau européen, et sur lequel la Commission européenne peut être absolument instrumentale et jouer un rôle stratégique – c'est relocaliser des productions mais des productions qui sont compétitives mondialement".


Source https://ue.delegfrance.org, le 5 octobre 2021