Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à RTL le 6 octobre 2021, sur l'augmentation des prix de l'énergie, le pouvoir d'achat et l'enquête journalistique "Pandora Papers" concernant l'évasion fiscale.

Texte intégral

YVES CALVI
Alba VENTURA, vous recevez donc ce matin le ministre de l'Economie, Bruno LE MAIRE.

ALBA VENTURA
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Si vous n'avez pas d'idées pour faire face à l'envolée des prix de l'énergie, carburant, gaz, électricité, d'autres en ont pour vous. Anne HIDALGO propose ce matin de baisser les taxes sur les carburants. C'est une proposition intéressante selon vous ?

BRUNO LE MAIRE
Les carburants, ils augmentent fortement, ça n'a échappé à personne…

ALBA VENTURA
Et donc les taxes aussi.

BRUNO LE MAIRE
… avec un plus haut historique, et les taxes aussi. Je note l'incohérence complète de la proposition d'Anne HIDALGO qui, à la fois veut accélérer la transition écologique et qui propose en gros de subventionner les énergies fossiles. Mais on n'est pas à une incohérence près dans cette campagne électorale. Nous, nous suivons attentivement chacun des prix de l'énergie, et nous apportons avec le Premier ministre, à chaque fois une réponse pour protéger les Français. Le prix du gaz augmente, on fait un Chèque énergie et on bloque les prix du gaz. Les prix de l'électricité devraient augmenter de plus de 12% au 1er janvier, on va contenir la hausse à 4%, ça aurait été 3 fois plus si on n'avait pas contenu la hausse des prix électricité. Sur les prix de l'essence et du diesel, je vais continuer à suivre, nous allons continuer collectivement à suivre ces prix. Si jamais cette envolée se poursuit, certainement qu'il faudra réagir, mais…

ALBA VENTURA
Parce qu'au moment des Gilets jaunes, vous aviez suspendu la hausse des taxes, sur les carburants.

BRUNO LE MAIRE
Mais Alba VENTURA, je veux simplement insister sur le fait que notre cap doit rester celui de la transition écologique, et que les mesures de soutien aux énergies fossiles ne doivent être là que pour protéger les Français, leur éviter que ça pèse trop sur leur budget. C'est vrai pour le chauffage, donc on l'a fait sur le gaz, c'est vrai pour l'électricité donc on le fait également. Sur les transports, ça ne peut être que la toute dernière ressource.

ALBA VENTURA
Mais pourquoi vous n'imaginez pas compenser la hausse par une baisse de taxes, même légère ? Ça c'est inenvisageable pour le moment ?

BRUNO LE MAIRE
Mais rien n'est inenvisageable, à partir du moment où il y a une flambée des prix du gaz, qui est sans précédent, que le retour la croissance, qui est une bonne nouvelle pour nous tous, se traduit aussi par une flambée des prix de l'énergie, il faut laisser toutes les portes ouvertes et réagir à chaque fois lorsque c'est nécessaire et lorsqu'il faut protéger temporairement le pouvoir d'achat des Français.

ALBA VENTURA
Xavier BERTRAND…

BRUNO LE MAIRE
Nous le faisons sur le gaz, nous le faisons sur l'électricité, s'il faut le faire à un moment donné sur les carburants, parce qu'ils continuent à s'envole, nous sommes prêts à le faire.

ALBA VENTURA
Xavier BERTRAND, votre ancien collègue, dit qu'avec les taxes 2 milliards d'euros sont entrés dans les caisses de l'Etat, et le Chèque énergie vous a coûté 580 millions. Il dit que vous devriez rendre l'argent.

BRUNO LE MAIRE
Je pense que c'est l'illustration nouvelle de l'immense confusion qui règne dans cette campagne électorale, et qui fait que les candidats, les uns après les autres, semblent perdre toute cohérence. Anne HIDALGO et sa proposition sur la voiture…

ALBA VENTURA
Mais là, elle est où l'incohérence ?

BRUNO LE MAIRE
Et maintenant Xavier BERTRAND, enfin je ne sais pas d'où il sort ce chiffre, ces 2 milliards d'euros qui sont inventés et sortis de son chapeau par Xavier BERTRAND. Il oublie que lorsqu'il y a une augmentation de ces taxes, il y a aussi des charges qui pèsent sur les entreprises, que ces charges sont déduites de l'impôt sur les sociétés, donc il y a moins de rentrées fiscales de l'impôt sur les sociétés…

ALBA VENTURA
Moins de recettes.

BRUNO LE MAIRE
Moins de recettes. Il oublie qu'on a dépensé 600 millions d'euros pour le Chèque énergie, pour protéger les Français, et que chaque ménage, 6 millions de ménages pas recevra à partir du 1er décembre 100 € de chèque supplémentaires. Donc tous ces calculs d'apothicaire faits par Xavier BERTRAND et par d'autres, ne tiennent pas la route.

ALBA VENTURA
Néanmoins, est-ce que ces sujets de l'énergie ne viennent pas…

BRUNO LE MAIRE
Revenons à la raison et à la cohérence.

ALBA VENTURA
… plomber votre communication sur le pouvoir d'achat, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il n'y a pas de communication sur le pouvoir d'achat Alba VENTURA, il y a une ligne politique qui est la même depuis 2017, avec un objectif, c'est l'emploi. C'est ça notre objectif premier. Et le pouvoir d'achat nous le protégeons lorsque c'est nécessaire, et nous le faisons avec beaucoup de force avec le président de la République, avec le Premier ministre, je l'ai rappelé sur le gaz, je l'ai rappelé sur électricité, je pourrais citer d'autres exemples. Mais il ne faut pas perdre de vue ce qui est la ligne de force du quinquennat, et ce n'est pas parce qu'on est en campagne présidentielle, qu'on voit les uns et les autres multiplier les propositions toute aussi incohérentes les unes que les autres, que nous, la majorité, le gouvernement, nous devons perdre de vue notre fil à plomb : le travail. Parce que c'est le travail qui donne la rémunération. Le travail ça veut dire protéger des Français pendant la crise…

ALBA VENTURA
Et augmenter les salaires ?

BRUNO LE MAIRE
… avec l'activité partielle, pour que les gens ne perdent pas leur salaire. Ça veut dire augmenter la prime d'activité, comme nous l'avons fait. Nous avons doublé le montant de la prime d'activité, pour que les salaires soient plus rémunérateurs. Nous avons baissé les impôts massivement, parce que ce que ne supportent pas les Français, c'est de travailler et qu'on les prive du fruit de leur travail avec des impôts trop importants. Nous avons baissé les impôts sur les salaires les plus modestes, et nous avons créé pendant la durée du quinquennat 750 000 nouveaux emplois. Ce qui distingue Alba VENTURA, la majorité des oppositions, c'est la cohérence et la clarté de notre ligne politique. L'emploi, l'emploi, l'emploi.

ALBA VENTURA
Permettez-moi de revenir sur l'énergie, puisque vous venez de rentrer de Luxembourg, où se tenait le sommet des ministres de l'Economie et des Finances de l'Union européenne, et évidemment, c'est la flambée des prix de l'énergie qui vous a occupés. Vous dites, vous êtes allé plaider quoi à Luxembourg ?

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est le vrai combat, c'est-à-dire qu'on voit bien qu'on peut réagir à court terme, on essaie de colmater les brèches, on fait le mieux possible, mais la vraie réponse, c'est une réponse structurelle, européenne. Aujourd'hui le prix du gaz flambe, mais ce qui est scandaleux pour les Espagnols, pour les Français, c'est que notre prix de l'énergie, ce que vous payez, vous Alba VENTURA, nos auditeurs, ce n'est pas le prix moyen de production en France, qui est de l'ordre de 40 € le mégawatt, c'est le prix marginal du fonctionnement des centrales à gaz qu'on fait tourner lorsqu'on a besoin de plus d'énergie. Là on arrive à 160, 170 € le mégawatt. Donc nous qui avons des installations nucléaires, eh bien on paie pour notre nucléaire, on paie pour nos installations nucléaires, et en plus on a un prix de l'énergie qui flambe, parce que notre prix que nous payons, est indexé sur le prix du gaz.

ALBA VENTURA
Ça, comment vous faites passer au Allemands, par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Nos amis Espagnols, ils nous disent : écoutez, nous on a construit massivement des énergies renouvelables, on voudrait payer le prix de nos énergies renouvelables, eh bien non, on paie le prix du gaz. Ce n'est pas très incitatif à accélérer la décarbonation et à développer des énergies renouvelables.

ALBA VENTURA
Et donc à vos amis européens, vous leur avez dit : plus de nucléaire ?

BRUNO LE MAIRE
Je leur ai dit proposition très simple : il faut que le prix payé par le consommateur en France, ne soit pas indexé sur le prix du gaz, mais qu'il soit indexé sur le coût moyen de production de l'énergie en France. Et je peux vous dire que je livrerai ce combat avec la plus grande détermination, parce qu'effectivement nous avons des centrales nucléaires, que le nucléaire est un atout considérable, que c'est de l'énergie sans CO2 et qu'il n'y a aucune raison pour que les ménages français paient le fonctionnement des centrales à gaz qui tournent à l'Est de l'Europe.

ALBA VENTURA
Vous plaidez pour construire plus de centrales nucléaires en France ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, enfin ce que nous montre aujourd'hui, de manière très crue la crise énergétique, c'est un, il faut être plus indépendant, ne pas dépendre de la volonté de monsieur POUTINE ou d'autres, lorsqu'ils font tourner leurs centrales à gaz et que le prix flambe. L'indépendance c'est le nucléaire. Deux, que nous allons avoir besoin de plus d'électricité décarbonée. L'électricité décarbonée c'est le nucléaire. Trois, qu'il y a un marché pour le nucléaire, parce que d'autres Etats, aujourd'hui se disent : tiens, est-ce qu'il ne faudrait pas ouvrir des centrales nucléaires, peut-être de plus petite taille, peut-être qu'il faut réfléchir sur de nouveaux modèles. Pour ces trois raisons, je pense qu'il est nécessaire de réinvestir sur le nucléaire. Nous avons commencé à le faire, et le président de la République annoncera dans quelques jours un plan d'investissement, nous verrons la place qui occupera le nucléaire.

ALBA VENTURA
Bruno LE MAIRE, nouveau scandale financier, celui des Pandora Papers, c'est un dossier d'évasion fiscale. Vous avez commencé à dresser la liste des fraudeurs français ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, j'ai demandé à la DGFIP immédiatement, je l'ai saisie immédiatement, et je leur ai demandé de regarder s'il y avait des contribuables français qui figuraient dans cette liste. Nous serons intraitables avec ceux qui ont triché. Simplement, ça demande beaucoup de travail tactique pour s'assurer qu'il s'agit bien de résidents qui sont français.

ALBA VENTURA
Mais comment on récupère l'argent ?

BRUNO LE MAIRE
On l'a fait pour les Panama Papers…

ALBA VENTURA
370 millions d'euros.

BRUNO LE MAIRE
Eh bien on constitue une Task Force, avec le Parquet national financier, avec la Direction générale des finances publiques. On va rechercher les contribuables qui ont triché, les résidents fiscaux français qui auraient triché, et je le redis…

ALBA VENTURA
On a entendu parler de Dominique STRAUSS-KAHN, de Guy FORGET, c'est exact ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne peux donner absolument aucun nom, d'abord parce qu'il y a un secret fiscal, et ensuite parce qu'il faut faire les investigations nécessaires. Je veux juste le dire avec beaucoup de clarté, je serai intraitable avec ceux qui ont triché avec le Fisc français.

ALBA VENTURA
Bruno LE MAIRE, permettez-moi de vous sortir du champ économique. Le Pape François a dit hier son immense chagrin face à l'effroyable réalité, cette effroyable réalité c'est 330 000 victimes d'abus sexuels dans l'église, c'est ce qui ressort du rapport de Jean-Marc SAUVE. Vous qui êtes catholique, comment vous avez réagi ?

BRUNO LE MAIRE
Du chagrin, c'est un mot qui est juste. J'ajouterai beaucoup de colère. Beaucoup de colère.

ALBA VENTURA
Comment l'église se remet de ça ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai été élevé effectivement dans cette église catholique, j'ai été élevé dans un établissement catholique, et ça suscite en moi une colère profonde, et ça me bouleverse profondément, de tous les rapports qu'il m'est arrivé de lire dans ma vie politique, celui-là est celui qui m'a le plus touché et le plus bouleversé. Parce que faire le mal c'est déjà terrible. Faire le mal sur des enfants c'est encore plus terrible ; mais faire le mal sur des enfants ; au nom du bien ; c'est impardonnable. Ça me fait penser aux mots de PASCAL : jamais on ne fait le mal si pleinement que par conscience.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 octobre 2021