Interview de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur le prix de l'énergie au niveau européen et sur les relations entre l'Union européenne et les Balkans occidentaux, à Brdo le 6 octobre 2021.

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Circonstance : Sommet UE-Balkans occidentaux

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Texte intégral

Q - Bonjour Monsieur le Président. Sur le prix de l'énergie, il y a des solutions européennes ?

Le Président de la République : "Écoutez, il est trop tôt aujourd'hui pour le dire. Nous sommes tous confrontés à un prix de l'énergie qui monte fortement. Vous avez vu ls annonces faites par le Gouvernement et les décisions prises par le Premier ministre qui sont une réponse en termes de pouvoir d'achat pour nos compatriotes, qui sont aujourd'hui soumis à ces augmentations du prix du gaz comme de l'électricité. Il y a tout un travail technique parce que vous savez qu'en particulier, la France est moins dépendante que d'autres du prix des énergies fossiles en raison de notre nucléaire.

Néanmoins, il y a une formation du prix européen et il est vrai qu'aujourd'hui on voit bien que l'électricité, et plus largement l'énergie, est un sujet de marché mondial et un sujet géopolitique. Donc des travaux sont en cours à la Commission européenne qui permettront de voir dans les prochains jours notre capacité d'agir en commun et donc de compléter des mesures qui sont aujourd'hui prises au niveau national. Mais je pense qu'il nous faut surtout, dans la durée, tirer toutes les conséquences de ces situations et ne jamais être trop dépendants d'une ressource d'énergie qui peut paraître attractive quand les prix sont bas, mais qui nous expose à des montées soudaines lorsqu'il y a soit un marché qui s'emballe, soit des choix géopolitiques qui sont faits.

Q - Et donc comment ? En décorrélant le prix de l'électricité de celui du gaz ?

Le Président de la République : Ce sont des formules techniques qui ne sont pas évidentes, mais en effet, c'est une des pistes puisqu'aujourd'hui, je ne veux pas être trop technique, mais le prix de notre électricité est surdéterminé par le prix marginal de l'énergie dont vous avez besoin pour le fixer. Et donc même si vous avez une base installée qui est du renouvelable et du nucléaire, si vous avez besoin, pour finir le mois si je puis dire, d'un peu de gaz, c'est le prix du gaz qui va être surdéterminant dans la fixation du prix de l'électricité. Après, les réponses sont techniques dans la formation des prix mais nous ne sommes pas mûrs sur ce sujet. Elles sont aussi dans notre capacité à stocker. Je pense qu'elles sont dans notre stratégie de moyen terme entre Européens. Nous devons intégrer ce facteur lorsque nous avons notre stratégie de sortie du carbone et nos plans communs qui sont faits.

Q - Quoi de nouveau pour les Balkans Monsieur le Président ?

Le Président de la République : Nous avons eu une très bonne discussion aujourd'hui sur les Balkans et les perspectives d'élargissement. Il y a aujourd'hui des situations qui demeurent très compliquées. Entre plusieurs pays, la discussion Serbie-Kosovo, Belgrade-Pristina, demeure très complexe et tendue. Nous avons passé un long moment avec les deux dirigeants ce matin et la Chancelière. Il y a aussi aujourd'hui des discussions qui sont revenues sur le devant de la table entre la Macédoine du Nord et la Bulgarie, comme vous le savez. Donc, il nous faut avancer sur ce sujet. Mais notre souhait, c'est véritablement de pouvoir redonner des perspectives de court terme aux Balkans qui sont au sein de l'Europe. Les Balkans occidentaux sont dans l'Europe, il suffit de regarder une carte. Mais, aujourd'hui, nous avons en quelque sorte un retour de l'histoire et des grandes tensions. Il nous faut y répondre par de l'engagement politique et aussi de l'investissement pour permettre la plus grande intégration commerciale, humaine, dans la région et enfin avoir une politique et une approche commune sur le traitement des minorités, qui est un sujet qui parcourt toute la région.

Q - Faut-il élargir l'Union européenne ?

Le Président de la République : Écoutez, je pense que l'Union européenne a deux défis principalement ; on en a beaucoup d'autres quand on regarde toutes les questions, mais sur le plan institutionnel, on doit à la fois s'élargir à nos frontières et avoir une discussion avec notre voisinage, en particulier la Russie et la Turquie. Et en même temps, nous devons profondément transformer notre fonctionnement commun parce qu'il est déjà très lourd à 27, vous le voyez bien. Nous avons donc ce double devoir, il est, je pense, complémentaire.

Q - Et le bilan de ce sommet ?

Le Président de la République : Ecoutez, c'était un sommet d'étape. Nous le savons et je veux remercier ici mon collègue slovène pour son accueil. Il permettra de tirer des conclusions sur la géopolitique dès le mois d'octobre à Bruxelles. Nous nous sommes donné aussi un agenda pour avancer sur notre politique étrangère et notre politique stratégique et un agenda sur la politique d'élargissement.

Q - Vous avez pu consulter le rapport SAUVÉ, monsieur le Président ?

Le Président de la République : Je ne ferai pas forcément de remarques ici sur ce sujet qui est domestique, je pense que d'abord, je veux saluer le travail fait par Jean-Marc SAUVÉ pendant de très longs mois, saluer aussi l'esprit de responsabilité de l'Église française qui a décidé de regarder ce sujet en face, comme l'avaient fait d'autres Églises, à travers l'Europe en particulier. Je pense que c'est un sujet qui, d'abord, touche des vies. Derrière les chiffres et les situations édifiantes qui sont décrites, ce sont des destins brisés, des femmes et des hommes dont les vies ont été bousculées, parfois brisées. C'est d'abord pour eux que j'ai une pensée.

Ensuite, je souhaite que ce travail puisse se poursuivre dans la lucidité et l'apaisement. Notre société en a besoin. Il y a un besoin de vérité, de réparation avec, je crois, des propositions très concrètes, qui sont faites par la mission, qui est une mission oecuménique qui dépend aussi du dialogue avec l'épiscopat français et les autorités du Vatican et je souhaite que tout cela puisse se faire avec lucidité, exigence et aussi avec un esprit d'apaisement dans la société.

Mais je pense que ce devoir de vérité, nous devons le faire à tous égards et cela relève aussi d'une ambition qui est la nôtre, plus largement, de protéger nos enfants des violences. Les violences qui sont faites aux enfants, que ce soient des violences psychiques, sexuelles, sont intolérables et je pense qu'une société se regarde et se juge aussi à sa capacité à les dénoncer, à les punir, à essayer de réparer les vies. Mais plus encore, à les prévenir. C'est tout un travail que nous avons lancé pour ce qui est du gouvernement français, depuis, comme vous le savez maintenant, plusieurs années et qui a vocation à être complété, en particulier par la Commission qui a été installée par les ministres. Merci à vous. Bon courage".


Source https://ue.delegfrance.org, le 11 octobre 2021