Déclaration de M. Jean Castex, Premier ministre, sur l'annonce d'un plan d'investissement dans les compétences et de réduction des métiers en tension, Châtellerault le 27 septembre 2021.

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Circonstance : Déplacement au centre de l'agence pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) de Châtellerault (Vienne) le 27 septembre 2021

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Texte intégral

Vous le savez, notre pays vit actuellement une situation économique que je qualifierais de paradoxale.

D'abord, et je veux évidemment m'en réjouir avec vous, la reprise est là. Elle est à la fois bien plus vigoureuse que ce que tous les experts attendaient il y a à peine un an, ce n'est pas rien, et plus forte que dans la plupart des pays qui nous entourent. Traduction : le taux de chômage qui est un indicateur fort de cette situation, qui nous avait été annoncé en forte hausse et il est vrai qu'il a fortement augmenté au début de la crise, est quant à lui d'ores et déjà revenu à son niveau le plus bas depuis 12 ans.

J'insiste auprès de vous. Je ne peux pas annoncer des chiffres qui doivent être annoncés par le ministère du Travail sur la situation de l'emploi à la fin août avant ce midi, mais l'attente ne sera plus très longue. J'ai l'honneur de vous dire que ces chiffres seront à nouveau caractérisés par une baisse du chômage, -51 000 personnes en catégorie A, c'est incontestablement Mesdames et Messieurs une très bonne nouvelle et c'est la reconnaissance du travail collectif des Françaises et des Français. L'économie française a déjà créé, donc là, ça s'arrête au 30 juin, 415 000 emplois privés au cours du premier semestre 2021.

Je pourrais m'attarder sur les raisons de cette très forte progression, mais je vais le faire avec humilité puisque, évidemment, j'aurais tendance à considérer que les mesures qui ont été prises par le Gouvernement, le mien et celui de mon prédécesseur depuis le début de la crise, ne sont évidemment pas étrangères à cette situation. Comme je dis toujours, la première chose, nous n'avons pas laissé tomber l'économie, c'est le “quoi qu'il en coûte” décidé par le Président de la République. Aussitôt, nous l'avons relancé et évidemment, ceci explique cela.

Mais j'ai surtout envie de dire que c'est la volonté de reprise, la volonté de création, l'esprit d'initiative, d'innovation de nos concitoyens et en particulier des entreprises françaises que je veux saluer, qui expliquent ce résultat.

Et pour autant, voici un paradoxe, on pourrait se dire qu'on pourrait faire encore beaucoup mieux, toujours par principe, on est ici dans un centre de formation, c'est comme à l'école : bon résultat, mais peut mieux faire, par principe. Mais on ne peut effectivement pas complètement se réjouir. 8% de taux de chômage, 8% de la population active, cela reste beaucoup trop.

Certes, on est en décélération, mais c'est encore trop élevé. Et que dire des jeunes actifs chez qui le taux de chômage atteint 20% ?

Tout à l'heure, je disais qu'on était des bons élèves de l'Europe sur le chômage des jeunes. Sur le chômage de longue durée, j'y reviendrai, nous sommes les mauvais élèves. Donc en toute lucidité, il faut dire les choses et agir là où il y a nécessité.

Une des raisons de cette situation, vous la connaissez toutes et tous, on ne cesse de me la répéter partout où je me déplace, remonte de tous les secteurs économiques. Ce sont ce qu'on appelle les tensions sur le marché de l'emploi, c'est-à-dire, disons-le très clairement, les difficultés à recruter les salariés sur des emplois qui sont créés ou qui ne demandent qu'à l'être, dès lors évidemment qu'ils peuvent être pourvus. C'est une préoccupation majeure en cette rentrée. J'entends beaucoup de sujets, parfois un peu factices : là nous sommes sur un problème extrêmement sérieux.

Dans beaucoup de secteurs, recruter par exemple du personnel en cuisine relève de la mission impossible. Dans bien d'autres, je pense au commerce, au transport routier, au bâtiment, à la santé, au secteur des aides ménagères, même dans l'informatique, on a des tensions extrêmement fortes et beaucoup d'employeurs du service public de l'emploi me disent qu'ils ne trouvent pas des salariés pour répondre aux offres d'emploi disponibles.

C'est une situation paradoxale, j'allais presque dire que c'est un gâchis, un drame même quand tant de demandeurs d'emplois, je le disais, sont encore en recherche, sont sur le carreau. C'est évidemment un gâchis aussi pour notre économie, car cette difficulté bride la reprise.

Alors évidemment, me direz-vous : cette tension dans le recrutement n'est pas un phénomène nouveau. Il y a longtemps que l'on entend parler dans ce pays de marchés en tension. Mais aujourd'hui, selon les études de la Banque de France, il y aurait au moins 300 000 emplois à pourvoir, 300 000 emplois.

Ça veut dire 10% du nombre de chômeurs, un petit peu plus même. Des emplois dans tous les secteurs d'activité et dans tous les niveaux de qualification. On l'a encore entendu ce matin, on manque d'ingénieurs par exemple. Je le dis, c'est théorique mais quand même, si on arrivait à pourvoir ces emplois, ce qui doit être à notre portée compte tenu du nombre de chômeurs, le taux de chômage précisément reviendrait à 7,1%, c'est-à-dire le taux le plus bas depuis 1982, alors que depuis lors notre population active a singulièrement progressé.

Vous voyez bien l'enjeu : ces chiffres globaux, et c'est notre deuxième préoccupation, cachent de fortes disparités géographiques mais surtout, comme on dit, populationnelles.

C'est le cas en particulier du chômage de longue durée, qui a augmenté depuis le début de la crise. Il a continué à augmenter : +10%, c'est 260 000 chômeurs de longue durée en plus. Vous savez toutes et tous que derrière ce que l'on appelle le chômage de longue durée, il y a la désocialisation. Or nous avons au contraire besoin de cicatriser la République, de rapprocher. Les nerfs sont parfois à fleur de peau, et a crise sanitaire n'a rien arrangé même si le phénomène était antérieur. Nous avons donc un impératif d'agir.

La situation des jeunes, je l'ai déjà dit, demeure également préoccupante. Là encore, il y aurait matière à se réjouir. Grâce au plan “Un jeune, une solution” qui est l'un des axes forts du plan de relance, que nous avions avec Elisabeth BORNE présenté quelques semaines après ma prise de fonction, nous avons évité l'hémorragie. J'avais été, comme sans doute beaucoup d'entre vous, un peu traumatisé par ce qu'il s'était passé lors de la dernière crise forte qui a marqué l'économie française et l'économie du monde, celle de 2008-2010. Le chômage des jeunes, Mesdames et Messieurs, avait explosé : +31%. Jeunes, chômeurs de longue durée : dans les crises, ce sont toujours les plus fragiles et les plus précaires qui en subissent les premiers les conséquences.

Nous n'avons pas eu ce phénomène grâce au plan “Un jeune, une solution”.

Alors même que le nombre de jeunes arrivant sur le marché du travail en septembre 2020 était extrêmement élevé, nous avons contenu la situation, le flux. Mais on ne s'est pas vraiment attaqué aux stocks. Il y a encore de l'ordre d'un million de jeunes qui sont sans emploi et sans formation.

Là aussi, c'est bien sûr très gênant pour la reprise économique, pas au-delà des statistiques, cela est surtout très gênant pour l'équilibre de notre société, pour l'inclusion de l'ensemble de nos concitoyens. Nous ne pouvons pas nous résoudre à la relégation d'une partie de la population active. Encore moins parce que notre économie repart et qu'elle a besoin de main d'œuvre. Encore moins parce que nous nous sommes dotés collectivement des moyens pour assurer cette reprise. C'est une question d'équité, c'est une question de cohésion sociale, c'est une question de croissance économique.

Nous avons parlé ce matin des causes de cette situation. Elles sont évidemment multiples et les réponses forcément plurielles. Nous sommes venus ici à Châtellerault – ce n'est pas tout à fait un hasard : deuxième bassin industriel de cette belle région de la Nouvelle-Aquitaine, confronté aux mutations, aux évolutions de notre économie – dans un centre de formation dont je veux une nouvelle fois souligner l'excellence. Nous le faisons après avoir beaucoup concerté, ici à Châtellerault mais bien évidemment seulement, également au niveau national. Nous avons reçu longuement avec plusieurs ministres les partenaires sociaux, les secteurs professionnels, les présidents de régions lesquels, je vous le rappelle, disposent de compétences en matière de formation et de développement économique.

Je viens vous dire ce matin ce que nous comptons faire, afin de poursuivre et d'amplifier nos efforts pour faire face à cette situation. Nous allons inciter à la reprise de l'emploi, renforcer l'attractivité des métiers, mobiliser la formation afin de faire se rencontrer les besoins des employeurs et les compétences disponibles.

L'une des premières réponses, nous l'assumons, c'est évidemment celle de la réforme de l'assurance chômage. L'objectif doit être à la fois d'encourager le travail, l'activité et de répondre aux besoins de recrutement. Cette réforme entrera en vigueur, je vous le confirme, de manière étagée entre le 1er octobre et le 1er décembre prochain, et elle doit nous faire sortir d'un système trop longtemps accepté qui finalement entretient les entreprises des salariés dans une forme de flexi-précarité de l'emploi. Ce n'est bon pour personne.

L'objectif est clair : il nous faut faire en sorte que l'activité rémunère plus et mieux que la non–activité et que les règles de l'assurance chômage ne favorisent pas par ailleurs la précarité des travailleurs en permettant – ce qui est le cas dans le dispositif actuel – le recours excessif aux contrats courts.

Avec cette réforme, nous voulons encourager le travail, le retour à l'emploi et ce sur des contrats moins précaires qu'aujourd'hui. Je comprends les inquiétudes qu'ont exprimées devant moi les organisations syndicales. Nous avons eu la lucidité d'indiquer que cette réforme n'était pas adaptée au moment où, à l'inverse de ce qui se passe aujourd'hui, le chômage a explosé.

J'ai donc immédiatement décidé d'en suspendre l'application. Nous en avons d'ailleurs avec les partenaires sociaux corrigé certains termes pour profiter de cette période de latence.

Mais aujourd'hui, les conditions, que nous avions partagées en amont avec eux, nous semblent réunies pour que cette réforme, que nous jugeons nécessaire, entre en vigueur.

Nous allons mettre, je l'ai proposé aux partenaires sociaux et en particulier aux représentants syndicaux, un dispositif d'observation et d'évaluation en cours de mise en œuvre de cette réforme pour démontrer, je l'espère, que certains effets pervers qu'ils redoutent ne se produiront pas, mais qu'au contraire, sa mise en application servira à atteindre les objectifs qui nous réunissent ce matin. Mais évidemment, cela ne saurait suffire. Évidemment.

Nous devons aussi favoriser une réponse à la question de l'attractivité des métiers. Et cela, mesdames et messieurs, c'est d'abord le rôle des branches et des partenaires sociaux. C'est l'occasion de vous rappeler que vous avez devant vous une ministre du Travail et un chef du Gouvernement toujours très favorable par principe au dialogue social. C'est une nécessité dans ce pays.

D'abord, je l'ai dit, plus on dialogue, mieux c'est. C'est un principe. Mais ensuite, ils ont un rôle à jouer en particulier dans les problématiques que nous avons aujourd'hui. De quoi s'agit-il en fait ? Il s'agit de travailler sur tous les registres. L'image des métiers, nous en avons beaucoup parlé ce matin. Et de ce point de vue, évidemment, le sujet va bien au-delà des partenaires sociaux et nous allons engager avec le ministère de l'Éducation nationale. Nous pensons aux stages, à la connaissance de l'entreprise, à l'orientation professionnelle dans le système de l'Education nationale. Nous devons, je vous le dis, fortement progresser en la matière. Mais dans les branches, on doit également traiter des conditions de travail, des évolutions professionnelles, des salaires, et notamment les minima de branche.

Alors on a déjà beaucoup commencé, Mesdames et Messieurs, dans plusieurs branches, dans le cadre de ce que j'ai appelé dès ma prise de fonction, les conférences sur le dialogue social. Ces discussions concernent les branches, évidemment, où les secteurs en tension sont les plus fortes : la sécurité, le transport routier, le commerce, la propreté, les déchets, le commerce de détail, des fruits et légumes, les aides à domicile. Evidemment, chère Elisabeth BORNE, je pense aussi au secteur des hôtels-cafés-restaurants où nous invitons très fortement les partenaires sociaux de la branche à ouvrir des négociations. La ministre les a reçus, elle y reviendra.

J'ai demandé à la ministre de recenser en particulier celles des branches dont les minima sont inférieurs au SMIC. L'objectif du Gouvernement est clair : leur demander qu'elles les remettent à niveau du SMIC et qu'elles entament, je le répète, des discussions sur l'attractivité de leur métier. 36 branches professionnelles seront ainsi concernées et reçues à ce titre par la ministre qui apportera des précisions sur le travail mené avec ces branches.

Mais je voudrais illustrer, si vous le permettez, mon propos de quelques exemples précis. Prenons la branche de la prévention et de la sécurité où il y a des tensions : elle s'est engagée dans un processus de revalorisation de sa grille salariale avec un objectif d'augmentation de sa masse salariale de 10%.

Dans les transports routiers, la négociation est en cours sur une prime de 13ème mois, sur la revalorisation du travail de nuit et des frais de déplacement. Dans la Fédération du commerce, où là un accord de branche est intervenu, c'était en juin dernier, le premier minima conventionnel a été revalorisé. Et par ailleurs, pour les autres, les partenaires sociaux se sont accordés sur un processus de revalorisation progressive.

S'agissant de l'aide à domicile – vous vous souvenez que j'ai fait là-dessus une intervention la semaine dernière, s'il y a des métiers en tension, ceux-ci en font bien partie – nous avons brisé un tabou avec les partenaires sociaux. Ils ont signé ce qu'on appelle l'avenant 43 de leur branche. C'était une des branches où le temps partiel est très développé et où les salaires étaient les plus bas. Et l'État fera les efforts pour encourager ça. Il a décidé d'agréer, condition nécessaire pour qu'il entre en vigueur, cet avenant 43. Et l'ensemble des employeurs du secteur a reconnu qu'on avait franchi un tournant historique pour ramener vers l'emploi les salariés.

C'est une question d'économie d'abord : nous devons créer de la richesse. On ne redistribue pas une richesse qu'on ne crée pas, cela n'existe pas. Nous devons créer de la richesse. Et la richesse, c'est les hommes et les femmes de ce pays. Et nous devons inlassablement combler les cicatrices qui sont anciennes. Cette sortie de crise nous en offre une opportunité que nous serions criminels de ne pas saisir.

Tous ces investissements, comme ceux dont je vais parler, sont des investissements qui, j'en suis sûr, à terme, nous feront faire des économies. Il vaut mieux payer les gens ou les faire se rémunérer par leur activité que de financer le chômage, le RSA ou tout dispositif d'aide. Mais surtout, surtout, ce n'est pas qu'une question financière, Mesdames et Messieurs. Je le répète devant vous, ce n'est pas qu'une question financière.

La troisième réponse, et c'est le cœur des mesures nouvelles que nous vous présentons aujourd'hui, c'est donc évidemment celles de compétences.

Je le disais, l'économie française évolue fortement. La crise sanitaire a accéléré cette évolution. La révolution numérique, la transition écologique, la nécessité de réinvestir notre industrie ont des conséquences directes sur les salariés et leurs qualifications. Les entreprises de tous les secteurs doivent adapter leur production aux évolutions liées à ces transitions.

Il nous faut donc aussi adapter la formation de nos salariés et de nos demandeurs d'emploi à ces évolutions. Mais je le dis, c'est un sujet majeur, nous avons, vous le savez, pour la réindustrialisation de la France des ambitions majeures et inédites.

Nous avons déjà cassé cette courbe délétère qui faisait que depuis 1980, chaque année, 50 000 emplois industriels étaient détruits en France. La crise sanitaire nous l'a enseigné : ce n'est pas qu'un problème pour le chômage. On s'est aperçu que dans des secteurs stratégiques, notamment l'approvisionnement de nos produits de santé, cela pouvait avoir des conséquences tout à fait dramatiques en termes d'indépendance nationale.

Nous recréons, mesdames et messieurs, nous recréons des emplois industriels en France. Nous relocalisons. Je suis allé dans l'Isère : je pense à cette usine de paracétamol qui était partie dans le Sud-Est asiatique, et qui va revenir sur son lieu de départ. Ce matin, c'est cette entreprise de bottes, je ne peux pas faire de publicité, bien connue je crois dans la région, qui décide de relocaliser une partie de sa production. C'est formidable. Et quoi ? Avec 8% de chômeurs, alors que c'est ce qu'attend le peuple français, cette réindustrialisation, ce retour de la souveraineté, nous ne serions pas capables de fournir les emplois pour produire les bottes ici, à côté de Châtellerault ?

On ne peut pas laisser faire ça. On va y arriver tous ensemble.

Je décrète une mobilisation collective pour permettre aux entreprises d'être réactives, de gagner de nouveaux marchés, de relocaliser. Face à l'accélération de ces mutations, nous devons d'abord, c'est ce qui ressort de toutes ces concertations, booster la formation des salariés de PME. Et nous allons à nouveau rendre éligible celles comptant entre 50 et 300 salariés au Fonds de mutualisation des formations. C'est ce qui nous a été demandé par toutes et par tous, et nous allons le faire.

Ce sont donc 600 millions d'euros qui vont être débloqués immédiatement via le Fonds national pour l'emploi dans l'objectif de former 350 000 salariés supplémentaires.

Nous devons aussi accompagner les transitions professionnelles des salariés qui passent d'un métier à un autre.

Pour cela, le dispositif Transco, qui a été co-construit avec les partenaires sociaux début 2021, a pour objectif précisément de faciliter cette reconversion professionnelle des salariés dont l'emploi est menacé vers des métiers qui recrutent sur le même territoire sans passer par la case chômage.

Ce dispositif répond parfaitement aux besoins, mais il a tardé à décoller parce qu'il n'était pas assez connu et probablement aussi parce qu'il était trop compliqué. Nous allons le simplifier pour que les entreprises s'en saisissent massivement et la ministre va vous présenter les dispositions que nous allons prendre à cet effet. Ça, c'est pour les salariés, entre autres dispositions.

Et puis, il y a les demandeurs d'emploi, ceux qu'il faut amener vers les emplois créés. Vous le savez, dès le début de son quinquennat, le Président de la République avait mobilisé des moyens exceptionnels pour la formation des demandeurs d'emploi peu ou pas qualifiés. C'est le fameux PIC, le Plan d'investissements dans les compétences 2018-2022 qui a déjà produit ses effets puisque le nombre de programmes de formation orienté vers les personnes en question, c'est-à-dire celles qui sont éloignées de l'emploi, n'a jamais été aussi élevé que cette année : 1,3 million.

Avec les régions, nous organisons depuis 2018 l'accès à un premier niveau de qualification, puis à des formations professionnalisantes, dont la grande majorité trouvent un métier, je le dis, 6 mois après cette formation. Donc c'est efficace. Lors du précédent quinquennat, seuls 10% des chômeurs accédaient à une formation de tous les ans. Aujourd'hui, nous sommes donc à 18%. Alors, 18%, c'est mieux que 10%, mais ce n'est pas encore assez.

Nous allons donc muscler le dispositif de formation et ouvrir ces nouveaux parcours à l'ensemble des demandeurs d'emploi, quel que soit leur niveau de qualification, y compris pour les bacheliers et au-delà.

Les chefs d'entreprise que j'ai rencontrés m'ont dit qu'ils avaient besoin de réactivité, ce qui suppose des formations directement opérationnelles en entreprise. C'est l'un des principaux messages de ce matin. Nous allons booster les formations des demandeurs d'emploi, mais veiller à ce que la plupart d'entre elles se déroulent en entreprise. Nous allons donc leur donner les moyens de former elles-mêmes les demandeurs d'emploi par le biais de ce qu'on appelle les préparations opérationnelles à l'emploi, de moins de 400 heures.

Dans ce dispositif, la personne intègre directement l'équipe de travail pour apprendre le métier. Ces dispositifs ne sont pas nouveaux. Ils ont montré leur efficacité puisque là encore, ces formations affichent, mesdames et messieurs, des taux d'insertion dans l'emploi parmi les plus élevés. 85% de ceux qui les suivent trouvent un emploi. Nous allons donc les accélérer en fléchant immédiatement. Nous avons évalué le besoin à 210 millions d'euros et l'objectif par ce biais, par ces PO, c'est de former 50 000 personnes.

Pour autant, ces formations rapides de chômeurs ne répondent pas toujours à toutes les situations du marché du travail. C'est la raison pour laquelle nous allons également renforcer les formations plus longues et qualifiantes en direction des professions qui exigent des compétences particulières ou très spécialisées.

Il y avait un trou dans la raquette pour reprendre une formule qui a fait florès pendant la crise sanitaire. Vous voyez, on va faire un plan national de formation pour des métiers que personne ne finance. Dont personne ne finance les formations parce qu'elles sont soit trop chères, soit parce qu'elles sont en nombre trop réduit. Il y en a dans les travaux publics. Je pourrais vous citer les scaphandriers, les métiers d'équipement industriel nécessitant des plateaux techniques et des équipements pédagogiques de pointe, voire des investissements lourds en matériel.

Je parlais tout à l'heure de mes discussions avec des présidents de région sur ce sujet, qui m'ont tous confirmé leur volonté de se mobiliser. Alors, pour ce faire, nous allons de notre côté dans le cadre des PIC, des plans d'investissement dans les compétences, renforcer encore nos moyens d'action. Il y a urgence. Et nous voulons augmenter le volume de ces formations et nous injecterons à cet effet 350 millions d'euros supplémentaires. Et bien entendu, j'ai demandé à chaque président de région d'amplifier aussi ses actions pour participer à cet effort pour le pays. La ministre et madame la Haut-commissaire aux compétences travaillent actuellement avec chacune d'elles en vue de formaliser nos engagements réciproques dans le cadre d'avenant à ces pactes régionaux d'investissement pour les compétences.

L'objectif est clair : c'est de former 1,4 million demandeurs d'emploi en 2022.

Et parmi ceux-ci, une attention toute particulière doit être réservée aux chômeurs de longue durée de plus d'un an.

Au début de la crise sanitaire, 46% des demandeurs d'emploi étaient inscrits au chômage depuis plus d'un an. Ils sont désormais 50%. J'insiste, nous avons l'impérieux de veiller à ce que cette reprise profite à tous. Pour ce faire, nous allons rendre plus incitatif le recours aux contrats de professionnalisation pour l'embauche d'un chômeur de longue durée.

Ces contrats d'alternance, vous le savez, sont plébiscités par les entreprises pour la formation des adultes, par la souplesse qu'ils proposent pour préparer des qualifications reconnues par les branches professionnelles. Je rappelle là encore que 6 mois après la fin d'un contrat de professionnalisation, sept personnes sur dix qui en ont bénéficié sont en emploi. Nous allons donc étendre les aides à l'embauche applicables à ces contrats, aides qui sont aujourd'hui réservés aux jeunes : 8 000 euros à l'ensemble des chômeurs de longue durée. 240 millions d'euros seront mobilisés à cette fin et la ministre du Travail détaillera les mesures complémentaires que nous prendrons.

C'est cette même ambition qui me conduit, mesdames et messieurs, à vous rappeler l'effort exceptionnel consenti par le Gouvernement en faveur de l'insertion par l'activité économique. Nous avions lancé, plus exactement le Président de la République en 2018, un pacte d'ambition pour l'insertion par l'activité économique.

Celle-ci, évidemment, a été aussi affectée par la crise sanitaire. Et mon Gouvernement a donc débloqué l'année dernière, dans le cadre du Plan de relance pour l'inclusion, 380 millions pour l'insertion par l'activité économique. Les résultats sont au rendez-vous puisque nous avons reconstitué dès la fin de l'année dernière le stock de places en IAE et au premier semestre 2021 plus de 1 000 propositions de solutions dans ce secteur ont été proposées. Il est ouvert à 155 000 personnes aujourd'hui.

J'insiste auprès de vous en me faisant l'avocat, non seulement d'une société de l'emploi, mais peut-être de l'activité. J'ai parlé des chômeurs de longue durée, je parle à dessein de l'insertion par l'activité économique à laquelle je crois très fort.

La réalité, quelle est-elle Mesdames et Messieurs ? C'est que tous nos concitoyens ne sont pas en état de retrouver un emploi. Certains ont été cassés par la vie. Il faut bien le dire. Certains font face à des addictions, à des problématiques de santé. Nous devons prendre en compte cette réalité et dire que chacun doit avoir sa chance. L'insertion par l'activité économique est un de ces leviers. Je l'ai beaucoup développé dans le territoire dont j'ai été l'élu avec des succès probants. Nous devons faire du sur-mesure en la matière et c'est bien ce que nous avons l'intention de faire.

Mesdames et Messieurs, après la priorité toujours donnée à la gestion de la crise sanitaire et au déploiement de la vaccination, je souhaite et je décrète aujourd'hui une mobilisation urgente des territoires autour des questions d'emploi et de compétence.

Je réunirai très prochainement avec la ministre, les préfets et les directeurs régionaux de Pôle emploi pour leur donner une feuille de route afin de décliner dans nos territoires, parce que c'est là que tout se passe avec les partenaires économiques et sociaux, le plan que nous engageons aujourd'hui, afin que toutes ces actions puissent se déployer bassin d'emploi par bassin d'emploi. Tous les opérateurs du service public de l'emploi sont mobilisés. Je salue tous les acteurs de la formation – je sais qu'il y en a ici – notamment les OPCO, organisations de jobdating, ateliers métiers en tension, opérations flash dans le secteur des jachères, salons en ligne… Tout doit être mis en œuvre pour faire face aux tensions sur le marché du travail que nous rencontrons. Je veux saluer le travail de Pôle emploi, des missions locales, de l'APEC, les EPID, les écoles de la deuxième chance qui, sous l'impulsion des Elisabeth BORNE, mobilisées en permanence, multiplient les manifestations pour inciter les employeurs à se rapprocher des demandeurs d'emploi et les demandeurs d'emploi à se rapprocher des employeurs.

Les différentes mesures que je vous ai présentées ce matin représentent un investissement cumulé de 1,4 milliard sur 2021 et 2022. Notre objectif, compte tenu de l'urgence, est d'en débloquer 900 millions dès cette fin d'année et donc 500 millions l'année prochaine. Mesdames et messieurs, puisque je vois qu'à bon endroit, beaucoup s'intéressent à l'équilibre des finances publiques, les 900 millions de cette année seront financés par redéploiement. Ils ne grèveront pas le déficit budgétaire et ils mobiliseront notamment des crédits d'urgence budgétés pour la crise et que nous devrions ne pas utiliser compte tenu de l'amélioration de la situation du pays.

Pour la tranche 2022, nous déposerons un amendement au projet de loi de finances adopté la semaine dernière en conseil des ministres. Je veux surtout insister auprès de vous pour vous dire ma conviction et celle de la plupart d'entre vous que ces dépenses de formation sont en réalité des dépenses d'investissement avec un retour très fort. Elles sont une condition majeure pour conforter la crise, réduire au maximum notre taux de chômage, libérer tout notre potentiel de croissance et in fine, pour permettre par l'activité ainsi générée de contribuer à l'amélioration de nos comptes publics. C'est dans ce sens-là que ça marche, en créant de l'activité, de la richesse, de l'investissement, de la croissance, de l'emploi. C'est comme cela que nous rembourserons nos dettes parce qu'évidemment, nous rembourserons nos dettes. Ce n'est pas en recourant à l'austérité ou au matraquage fiscal : ces recettes ont été essayées par le passé, elles n'ont pas marché.

Nous devons conjuguer sérieux budgétaire et volontarisme économique. L'un ne va pas sans l'autre, toute l'expérience le prouve et même le Fonds monétaire international le dit. Nous devons surtout enfin raisonner à court et surtout moyen terme afin de faire de cette sortie de crise le tremplin d'un rebond durable.

La France ne s'en sortira et ne se renforcera dans la compétition économique que par la relance et l'investissement, et ce, dans les secteurs stratégiques que vous connaissez toutes et tous. Et d'abord donc dans la formation, l'accroissement des compétences, l'accompagnement vers l'emploi et l'activité.

Si nous voulons refaire de la France une grande puissance industrielle, retrouver notre souveraineté et donner à notre pays un rôle de leader dans des secteurs d'avenir, à commencer par la santé, l'hydrogène, les batteries électriques, nous en avons parlé ce matin ou les biotechnologies, alors, il est impératif que nos entreprises parviennent à recruter du personnel à la fois suffisamment nombreux et suffisamment formé.

Réduire les difficultés de recrutement et accroître les compétences de nos concitoyens, c'est d'abord libérer tout le potentiel de rebond de l'économie du pays, relancer l'emploi et, in fine, préparer les conditions d'une croissance durable. L'État se doit d'être au rendez-vous de ce défi et je sais pouvoir compter sur l'ensemble de nos partenaires pour que nous le relevions avec succès.

Nous croyons au travail, à l'activité, au développement économique, à l'encouragement dans des proportions inédites de l'innovation, de la recherche et de la création. Et c'est ainsi que nous conforterons la reprise que nous constatons déjà. C'est ainsi que nous favoriserons le progrès social, que nous renouvellerons notre modèle social. C'est ainsi que nous rembourserons les dettes contractées pour faire face à la crise. C'est ainsi, en somme, que nous préparons le mieux l'avenir de la France.


Source http://www.presseagence.fr, le 11 octobre 2021