Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à Europe 1 le 18 octobre 2021, sur l'augmentation du prix du carburant, le pouvoir d'achat, la réindustrialisation et les comptes publics.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenu sur Europe 1 et bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
Pour alléger la facture des Français, soutenir surtout les plus modestes, est-ce que l'idée d'un Chèque carburant, un peu sur le même modèle que le Chèque énergie, va bientôt être annoncé par l'Exécutif ?

BRUNO LE MAIRE
En tout cas je suis davantage favorable à un dispositif comme le Chèque carburant, plutôt qu'à une baisse de la fiscalité. Je vais peut-être prendre juste quelques instants pour qu'on dise bien les choses et qu'on les mette à plat. Aujourd'hui, un litre de diesel c'est environ 1,55 €. Là-dessus vous avez quasiment 60 centimes d'euros de taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques, 30 centimes d'euros de TVA, ça fait 90 centimes de taxes. Alors, certains nous disent : il faut impérativement baisser les taxes sur le carburant. Je ne crois pas que ce soit la bonne option. D'abord parce que ça coûte très cher, un centime de baisse du litre de carburant, c'est un demi-milliard d'euros, donc vous voyez bien que c'est très coûteux pour un résultat que les Français ne verront pas. En deuxième lieu c'est injuste, c'est-à-dire que celui qui prend un gros 4X4 très motorisé, qui fonctionne au diesel, recevra la même compensation financière de l'Etat, qu'une aide-soignante qui est obligée de prendre sa Clio pour sillonner les routes et faire son travail d'aide-soignante. Et en troisième lieu, c'est une subvention à des carburants fossiles, précisément ce dont on veut se débarrasser. Pour toutes ces raisons, je pense que l'option de baisse de la fiscalité est une option qui n'est pas raisonnable économiquement, qui n'est pas sage environnementalement, et donc il vaut mieux préférer l'option du Chèque carburant, même si je le dis très sincèrement, il reste du travail à faire, parce que…

SONIA MABROUK
C'est-à-dire, précisément ? Les contours, le montant ?

BRUNO LE MAIRE
L'objectif, c'est surtout de savoir que ça puisse arriver le plus rapidement possible vers les Français. J'ai été pendant 2 ans chargé de répondre à la crise économique, et quand il y avait le Fonds de solidarité, il fallait s'assurer que ça aille vite verre les consommateurs, que ça aille vite vers les personnes qui étaient touchées par la crise économique. La même chose, il faut que le chèque puisse aller rapidement vers ceux qui en ont le plus besoin.

SONIA MABROUK
En tous les cas, c'est cette piste qui est désormais privilégiée. Bruno LE MAIRE, avec cette envolée des prix, est-ce que l'Etat gagne de l'argent ? Vous entendez ce que disent certains à l'instar de Xavier BERTRAND affirmant que l'Etat a perçu 2 milliards d'euros de taxes supplémentaires, et qu'il faut rendre l'argent maintenant.

BRUNO LE MAIRE
Oui, je trouve toujours très surprenant de la part de ceux qui veulent devenir chef de l'Etat, d'opposer les Français et leur Etat. Je ne trouve pas ça responsable.

SONIA MABROUK
Mais est-ce que c'est vrai ?

BRUNO LE MAIRE
L'Etat ne se fait pas d'argent sur le dos des Français, et en plus c'est faux, c'est un mensonge.

SONIA MABROUK
C'est-à-dire ?

BRUNO LE MAIRE
Aujourd'hui, l'Etat va gagner à peu près en TVA supplémentaire, sur l'année 2022, si les prix restent au niveau que j'indiquais, j'étais très transparents sur les taxes que touchai l'Etat sur un litre de carburant, nous pourrions toucher 2,5 milliards d'euros de TVA supplémentaires. Si on prend la même année 2022, et qu'on regarde le prix du chèque qui a déjà été augmenté, le Chèque énergie, 600 millions d'euros, si on regarde le plafonnement du prix du gaz annoncé par le Premier ministre, si vous ajoutez à cela le plafonnement du prix de l'électricité début 2022, à 4% d'augmentation, alors que si on regardait la règle du marché, il devrait augmenter de 12%. Vous en avez pour 5 milliards supplémentaires.

SONIA MABROUK
Donc il ne reste plus rien, l'Etat ne fait pas d'argent.

BRUNO LE MAIRE
D'un côté, l'Etat va dépenser 5,6 milliards d'euros pour protéger les ménages les plus modestes, et de l'autre il va engranger de 2,5 milliards. Alors, sauf à ce que Xavier BERTRAND ne sache pas calculer, ce que je ne peux pas imaginer, l'Etat va dépenser 2 fois plus que ce qu'il va gagner. Et d'ailleurs en règle générale, Sonia MABROUK, quand il y a une crise énergétique, une crise pétrolière, ça coûte très cher à l'Etat, il a moins de recettes d'impôts sur les sociétés, moins de recettes…

SONIA MABROUK
Mais j'allais vous poser la question sur la croissance, parce que ça peut avoir un impact malheureusement sur notre croissance, dans ce cas-là.

BRUNO LE MAIRE
Ça peut aussi effectivement avoir un impact sur la croissance…

SONIA MABROUK
Vous l'envisagez ?

BRUNO LE MAIRE
… aussi avoir un impact sur l'impôt sur les sociétés. Donc en tout état de cause, l'Etat ne gagne pas d'argent en période de crise énergétique, il est obligé d'en dépenser davantage.

SONIA MABROUK
Nous vivons Bruno LE MAIRE, une période paradoxale, de nombreux indicateurs économiques, il faut le reconnaître et il faut le dire, sont au vert. Le chômage baisse, vous avez, et personnellement vous avez géré, comme on le dit, la période Covid, mais ces augmentations de prix mettent à mal toute votre stratégie aujourd'hui, vous avez beau affirmer Monsieur le Ministre que le niveau de vie des Français s'est amélioré, le pouvoir d'achat n'est-il pas en train de devenir votre talon d'Achille aujourd'hui ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois pas du tout, et je considère que ça ne met pas à mal notre stratégie, puisque notre stratégie nous l'avons définie depuis près de 5 ans avec le président de la République, ça fait près de 5 ans que je suis ministre de l'Economie et des Finances. Je crois avoir peu parlé de pouvoir d'achat, et beaucoup parlé de travail, d'emploi, de soutien aux entreprises. Et les résultats, vous l'avez dit, ils sont là. Je rentre tout juste de Washington, qu'est-ce que m'ont dit nos partenaires étrangers ? Ils ont dit : chapeau la France. 6,25% de croissance, un taux de chômage après la crise qui est plus bas qu'avant la crise. Un taux d'investissement qui remonte, des marges des entreprises qui n'ont jamais été aussi élevées depuis plusieurs années…

SONIA MABROUK
Tout va bien. A vous entendre, tout va bien.

BRUNO LE MAIRE
Je dis juste qu'après la crise économique la plus grave depuis 1929, nous avons rétabli la situation et nous avons une France qui sort en position de force du point de vue économique. Est-ce qu'ensuite pour autant les Français sont satisfaits et disent " tout va bien pour nous, on arrive à s'en sortir ", j'ai bien conscience que non, et qu'il faut continuer à faire ce que nous avons fait depuis plusieurs années, c'est-à-dire continuer à aider ceux qui sont les plus modestes, continuer à soutenir la rémunération du travail, nous le faisons. Aujourd'hui, une personne qui est au niveau du SMIC, un peu plus de 1 250 € net par mois, grâce à la prime d'activité, grâce à l'intéressement, la participation, à la défiscalisation des heures supplémentaires, à la suppression d'un certain nombre de cotisations, elle va toucher quasiment 1 500 € par mois, 1 500 € net.

SONIA MABROUK
Oui, mais Bruno LE MAIRE, les faits sont têtus, les prix ont plus augmenté que le pouvoir d'achat, et les Français, certains Français vous demandent plus aujourd'hui. La Banque centrale européenne a publié une étude sur les salaires en Europe, et en France les salaires font du surplace, ils marquent le pas, ils sont inférieurs à ceux en vigueur, notamment dans les pays d'Europe du Nord, ça c'est têtu.

BRUNO LE MAIRE
Il faut garder l'intégralité de l'étude, Sonia MABROUK, parce qu'elle est effectivement très intéressante.

SONIA MABROUK
Vous, vous regardez le verre à moitié plein, je me permets de regarder ce qui ne va pas.

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne regarde pas le verre à moitié vide ou à moitié plein, je regarde l'ensemble du paysage économique français. Et quand vous regardez les salaires, ce qui est intéressant, si vous regardez cette étude, c'est qu'elle confirme deux choses : qu'effectivement le salaire médian, il est plus faible en France que dans les autres pays, mais qu'en revanche le salaire minimum, le Smic, est un des plus élevés de tous les pays développés, sans exception. Et là, vous avez le problème français. Le problème français n'est pas le niveau de base du Smic avec tous les compléments que nous avons apportés, même si vivre avec le Smic n'est pas évident, la véritable difficulté française, c'est la dynamique salariale, c'est la trappe à bas salaires, c'est le fait que lorsque vous êtes au Smic, vous avez envie légitimement de pouvoir gagner plus, de construire votre vie, de faire des projets, dire « je vais acheter une maison, un appartement », je vais pouvoir investir…

SONIA MABROUK
Une maison individuelle, n'est-ce pas ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais pouvoir investir. Et là on s'aperçoit que la dynamique salariale elle n'est pas là en France. Pourquoi ?

SONIA MABROUK
Oui, mais est-ce que vous reconnaissez…

BRUNO LE MAIRE
Pourquoi Sonia MABROUK ? Mais parce que c'est ça la véritable difficulté pour un Français…

SONIA MABROUK
A cause de la désindustrialisation.

BRUNO LE MAIRE
Exactement.

SONIA MABROUK
Eh oui…

BRUNO LE MAIRE
C'est parce que notre pays, depuis 30 ans, depuis 30 dans notre pays a fait le choix de laisser partir son industrie…

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre, mais vous êtes au pouvoir depuis longtemps…

BRUNO LE MAIRE
L'industrie c'est de la productivité, et la productivité ce sont des salaires.

SONIA MABROUK
Bruno LE MAIRE, très bien, depuis 30 ans, mais malheureusement vous y participez, quand je dis vous c'est-à-dire plus largement…

BRUNO LE MAIRE
Mais non, Sonia MABROUK, je suis désolé, je ne suis pas d'accord avec vous, précisément, parce que notre…

SONIA MABROUK
Vous n'avez pas été ministre ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, j'ai été ministre de l'agriculture, pardon, je me suis occupé des paysans, le mieux possible, pendant 3 ans…

SONIA MABROUK
Mais dans un gouvernement dans lequel vous étiez solidaire.

BRUNO LE MAIRE
Je suis tout à fait d'accord avec vous, je dis simplement que depuis 2017, où je suis en charge de l'Economie, et pas de l'Agriculture ou des Affaires européennes, nous avons avec le président de la République, précisément, choisi cette stratégie de réindustrialisation et de soutien à l'emploi. C'est la stratégie dont vous parliez. Et je pense que c'est la bonne, parce qu'au bout du compte c'est la seule qui rendra vraiment le pouvoir d'achats aux Français.

SONIA MABROUK
Oui mais c'est le temps long, Bruno LE MAIRE. C'est le temps long, vous le reconnaissez.

BRUNO LE MAIRE
Mais je suis d'accord avec vous. Mais, Sonia MABROUK…

SONIA MABROUK
Alors, est-ce que vous dites…

BRUNO LE MAIRE
… je suis tout à fait d'accord avec vous, c'est du temps long. Et c'est précisément ce que nous voulons faire, réindustrialiser pour avoir des salaires qui soient plus élevés grâce aux gains de productivité, investir dans l'innovation, c'est le plan d'investissement qu'a annoncé le président de la République, et en finir avec le chômage de masse, c'est ce que nous sommes en train de réussir, en passant sous la barre des 8 %.

SONIA MABROUK
Mais alors, si je vous entends ce matin : les Français ont tort de se plaindre, finalement.

BRUNO LE MAIRE
Sonia MABROUK, pour vous dire les choses simplement, effectivement nous visons le temps long, c'est ce qui n'a pas été fait en politique depuis des années, on a visé le temps court et on a fait du pouvoir d'achat à crédit…

SONIA MABROUK
Mais il y a urgence.

BRUNO LE MAIRE
… versé des subventions, des aides, des allocations. Je ne considère pas qu'il y ait urgence. Il y a urgence sur l'énergie, ça c'est vrai, il y a urgence à protéger les plus faibles contre l'augmentation du prix du gaz, et contre l'augmentation du prix de l'essence, nous le faisons, elle est là l'urgence. Mais se dire, en matière de pouvoir d'achat, il faut comme le proposent tous les candidats à la présidence de la République, dans un assaut de démagogie considérable, il faut boucher les trous du pouvoir d'achat, par de la subvention et par les allocations, ça s'appelle du pouvoir d'achat à crédit, que paieront nos enfants et nos petits-enfants. Nous, avec Emmanuel MACRON, nous refusons cette solution de facilité et nous faisons de l'investissement de long terme. On fait du pouvoir d'achat durable.

SONIA MABROUK
Mais est-ce que vous avez le luxe de ce long terme ? Quelques Gilets jaunes ont déjà opéré un discret retour, il faut le dire, sur le terrain Bruno LE MAIRE ces jours-ci, est-ce que l'hypothèse d'une dégradation brutale du climat social est à craindre de votre point de vue ?

BRUNO LE MAIRE


SONIA MABROUK
Ah, vous prenez le temps de la réflexion.

BRUNO LE MAIRE
Moi, j'ai la faiblesse de penser que… Oui, je prends le temps de la réflexion, ce sont des sujets qui sont importants, mais j'ai la faiblesse de penser que les Français comprendront cette stratégie de long terme, et verront, résultats à l'appui, puisque les résultats sont là, sur le chômage, sur la croissance, sur l'investissement, que cette direction qui consiste à redonner un emploi à chaque Français, qui soit un emploi avec la dynamique salariale, grâce à la réindustrialisation, c'est la bonne stratégie, et que pour autant nous ne passons pas à côté des difficultés immédiates, celles des Gilets jaunes, évidemment qu'on a tous été marqués par la crise des Gilets jaunes, et lorsqu'il y a une augmentation aussi forte du prix du gaz, une flambée du prix du gaz, une flambée des prix des carburants, nous ne restons pas inertes, nous ne restons pas les bras croisés avec le Premier ministre, avec le président de la République, je vous le dis, nous travaillons à des solutions : gel du prix du gaz, limitation du prix électricité et Chèque carburant, qui me paraît l'option la plus responsable.

SONIA MABROUK
Et plus largement…

BRUNO LE MAIRE
Mais pour autant nous ne dévions pas de notre stratégie, je suis convaincu qu'en 2022 c'est ce dont les Français nous serons reconnaissants.

SONIA MABROUK
Plus largement, Bruno LE MAIRE, pour calmer les différentes revendications, est-ce que l'argent magique va continuer de couler à flots ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il n'y a pas d'argent magique.

SONIA MABROUK
Policiers, Harkis, agriculteurs, jeunes, Plan Marseille etc., j'arrête ma liste ou je la continue ?

BRUNO LE MAIRE
Mais vous pouvez la continuer…

SONIA MABROUK
Elle est longue, on prendra tout l'entretien.

BRUNO LE MAIRE
Il n'y a pas d'argent magique, il y a des dépenses qui ont été annoncées au mois de juillet, des dépenses supplémentaires pour protéger les Français. La gendarmerie, la police, la justice, moi je vous le confirme, et s'il y a des gens parmi les candidats à la présidence de la République qui estiment qu'il ne faut pas dépenser l'argent pour les gendarmes, pour les policiers…

SONIA MABROUK
Ils dénoncent votre folie dépensière. Pour Valérie PECRESSE vous « cramez la caisse ». En quoi ils ont tort ?

BRUNO LE MAIRE
Sonia MABROUK…

SONIA MABROUK
Vous êtes l'argentier de Bercy, on vous a connu très rigoureux sur les comptes publics.

BRUNO LE MAIRE
Je suis toujours aussi rigoureux, je vous rassure, mais ils ont tort parce qu'ils sont totalement incohérents. Vous parliez de Valérie PECRESSE, elle nous dit " Ils vont cramer la Caisse ", bon d'abord je ne sais pas très bien ce que veut dire cette expression, on a protégé les Français. Si elle voulait qu'on ne protège pas les Français pendant la crise, qu'elle l'assume, mais l'argent qui a été dépensé, comme elle dit cramer la caisse, 16 points de dettes publiques en plus, c'était pour protéger les salariés, pour protéger les compétences, pour protéger des entreprises, c'est ce qui nous permet aujourd'hui d'avoir un taux de chômage inférieur à celui d'avant la crise, et un taux de faillites, un nombre de faillites inférieur à celui d'avant la crise. Si on appelle ça " cramer la caisse ", je ne suis pas d'accord.

SONIA MABROUK
Est-ce que ces dépenses sont toute au budget voté ?

BRUNO LE MAIRE
Et par ailleurs la même personne, et on peut prendre l'exemple de Valérie PECRESSE, prendre celui de Xavier BERTRAND, prendre celui de tous les candidats à la présidentielle sans exception, proposent une augmentation générale des salaires de 10% qui coûte 25 milliards d'euros par an. Quelle ne sait pas financer. Donc, ce que je dénonce, c'est l'incohérence de tous ces candidats qui vous disent : d'un côté vous dépensez trop, mais de l'autre, rassurez-vous on va dépenser encore plus quand on sera au pouvoir !

SONIA MABROUK
Mais est-ce que vous dénoncez l'incohérence alors, de l'ancien Premier ministre Edouard PHILIPPE qui dit la même chose ?

BRUNO LE MAIRE
Edouard PHILIPPE n'est pas candidat à la présidence de la République.

SONIA MABROUK
Non, mais il tire la sonnette d'alarme sur les comptes publics. Est-ce que vous trouvez qu'il est bien passé pour vous faire la leçon après avoir été aux manettes ?

BRUNO LE MAIRE
Ce qui compte pour moi, c'est que les comptes publics de la France soient bien tenus…

SONIA MABROUK
Apparemment, il ne vous fait pas confiance pour le mener, puisqu'il dit qu'il crée son parti pour le faire.

BRUNO LE MAIRE
Depuis 2017 où je suis ministre des Finances, nous sommes repassés sous la barre des 3% de déficit et nous avons rétabli les comptes publics en retirant la France de la procédure pour déficit excessif, c'était en 2018. Dans un 2e temps nous avons fait face à la crise la plus grave depuis 1929, nous avons fait le choix du " quoi qu'il en coûte " avec le président de la République, pour protéger les Français. Je revendique ce choix, et nous avons commencé depuis le rétablissement des comptes publics, j'ai annoncé la fin du quoi qu'il en coûte en septembre, nous aurons en 2022 une dette inférieure à celle de 2021, et un déficit public qui ne sera pas supérieur à 5%, donc nous avons commencé à baisser le déficit public.

SONIA MABROUK
J'entends bien mais vous ne m'avez pas répondu sur Edouard PHILIPPE.

BRUNO LE MAIRE
Si certains critiquent… mais ce n'est pas Edouard PHILIPPE ou l'un ou l'autre qui compte, ce qui compte…

SONIA MABROUK
Ah bon ? Un ancien Premier ministre qui vous dit qu'il faut remettre de l'ordre dans les comptes publics, ça nous interpelle.

BRUNO LE MAIRE
Non, Sonia MABROUK, ce qui compte, c'est que les comptes publics soient effectivement en ordre. Ils le sont…

SONIA MABROUK
Mais est-ce qu'il a raison quand il dit qu'il y a du désordre ?

BRUNO LE MAIRE
… avec une stratégie qui est claire, avec un calendrier qui est clair et avec une méthode de désendettement, de rétablissement des finances publiques, qui est clair aussi. Et je vous disais tout à l'heure, je rentre de Washington, j'ai discuté avec l'ensemble des ministres des Finances européens ou américains. J'ai vu le président de la FED, la secrétaire américaine au Trésor, nous avons tous la même stratégie, qui est celle d'un rétablissement progressif des comptes publics. Si certains veulent tailler à la hache dans les dépenses dès l'année prochaine et tuer la croissance, grand bien leur fasse ! On a déjà fait cette erreur au moment de la crise de 2010 et 2011, on ne la refera pas en 2022. Je rappelle, puisque vous avez cité l'ancienne ministre du Budget qui nous fait la leçon sur les comptes publics, que quand elle était ministre du Budget, qu'elle a quitté le pouvoir, elle a laissé 26 points de dettes publiques supplémentaires, elle a laissé une croissance à zéro…

SONIA MABROUK
Mais, vous étiez dans ce même gouvernement.

BRUNO LE MAIRE
J'étais ministre de l'Agriculture.

SONIA MABROUK
Non mais d'accord, mais vous étiez solidaire d'un gouvernement.

BRUNO LE MAIRE
Mais, Sonia MABROUK, je ne vais pas reprocher à Julien DENORMANDIE qui est ministre de l'Agriculture, des décisions qui sont prises sur l'Economie et des Finances. Il y a un principe de responsabilité, donc je redis que notre stratégie consistant à faire le choix de la croissance, sortir la France du chômage, et rétablir progressivement, progressivement les finances publiques, est à mon sens le seul choix responsable pour la France.

SONIA MABROUK
Quoi qu'en dise Edouard PHILIPPE.

BRUNO LE MAIRE
Mais, Edouard PHILIPPE, je ne l'ai pas entendu critiquer cette stratégie.

SONIA MABROUK
Bon, très bien. On va continuer à en parler sur ce sujet et d'autres. Nous parlerons aussi de l'horizon 2030, puisque Mathieu BOCK et Dimitri PAVLENKO vont nous rejoindre pour prolonger cet entretien, Monsieur le Ministre.

DIMITRI PAVLENKO
D'ailleurs je vous signale que Valérie PECRESSE justement aura sans doute l'occasion de vous répondre, puisqu'elle est l'invitée de Laurence FERRARI dans Punch Line ce soir de 18h00 à 19h00. L'entretien avec Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie et des Finances et de la Relance, se prolonge dans un instant.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2021