Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à BFM TV le 22 septembre 2021, sur la hausse du prix des carburants, les véhicules électriques et la limitation de vitesse en ville.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Baptiste DJEBBARI, bonjour.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre des Transports. Nous allons parler aviation, nous allons parler du train mais je voudrais commencer avec la route. Budget 2022 tout à l'heure en conseil des ministres. Vous l'avez remarqué, les carburants sont chers. Question simple : est-ce que vous allez baisser les taxes pour faire baisser les prix ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Question simple et réponse un tout petit peu plus élaborée parce que le sujet est connu et en même temps il faut le rappeler : le prix des carburants, c'est essentiellement le prix des matières premières, du pétrole, du baril de pétrole qui augmente aujourd'hui tiré par la demande américaine. La reprise, le rattrapage américain et c'est tout le temps comme ça. C'est à peu près 30% du prix. Après on a des taxes par-dessus. Le sujet derrière, c'est le pouvoir d'achat et après je réponds à votre question. C'est le pouvoir d'achat, c'est le pouvoir d'achat. Ce qu'on peut quand même rappeler, parce que les faits sont têtus monsieur BOURDIN, c'est que si Emmanuel MACRON est le président de quelque chose, c'est du pouvoir d'achat dans ce quinquennat. Les chiffres là aussi ont été rappelés hier : depuis 2017, les Français en fonction de la composition des ménages ont gagné quand on regarde simplement les taxes – taxe d'habitation et les impôts - entre 800 et 4 600 euros par an et par ménage, donc il y a une vraie politique massive en faveur du pouvoir d'achat. Après sur la baisse des taxes, d'abord ces propositions elles sont connues, ça s'appelle la TIPP flottante ou la taxe flottante. Ç'a été fait par certains gouvernements précédents, ça n'apporte aucune solution sur le long terme. Ce sont des solutions conjoncturelles. Je veux dire quand on fait de la politique, on peut à la fois regarder…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Baptiste DJEBBARI, je comprends très bien que vous me parliez des économies que les ménages ont pu faire grâce à Emmanuel MACRON ; ça, c'est à discuter et je ne vais pas entrer dans cette querelle de chiffres.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est bien établi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne vais pas entrer dans cette querelle. Moi j'ai une question simple. Je vais vous prendre l'exemple, je ne sais pas moi, de quelqu'un qui va travailler avec sa voiture, qui est obligé de prendre sa voiture pour aller travailler parce qu'il n'y a pas de train, parce qu'il n'y a pas de bus.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est le cas de beaucoup de Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Chaque mois, ça peut lui coûter jusqu'à 100 euros ou 200 euros de plus. Je vous ai écouté hier à l'Assemblée, vous parliez de vigilance : "le gouvernement sera vigilant." Mais est-ce que votre vigilance va lui suffire ? Franchement Jean-Baptiste DJEBBARI ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Au-delà de la vigilance, on a une augmentation par exemple aujourd'hui des prix de l'énergie assez forte. On a renforcé encore le chèque énergie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord mais vous me répondez toujours en disant : "voilà ce qu'on fait à côté."

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je vais répondre, je vais répondre. On a un texte budgétaire qui est présenté aujourd'hui. Dans ce texte, il y aura un débat budgétaire. Les solutions encore une fois elles sont connues, je le dis, elles n'apportent pas de solutions de long terme. La seule solution de long terme, c'est de sortir de la dépendance des énergies fossiles. Ça, c'est une vraie politique de moyen terme. C'est l'essentiel et c'est ce qu'on fait par ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais à court terme ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
À court terme, il y aura un débat. Le débat, je ne le préempte pas, c'est en plus pas mon portefeuille ministériel. Il y aura un débat. Encore une fois monsieur BOURDIN, la politique en faveur du pouvoir d'achat, ce qui compte, les dépenses contraintes ça se met en garde des augmentations du pouvoir d'achat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les dépenses contraintes, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous les citez à juste raison : la voiture, c'est une des dépenses contraintes, a fortiori dans le monde rural.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas de baisse des taxes sur les carburants.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc il y aura un débat. En tout cas, ce n'est pas la proposition aujourd'hui de le faire dans le budget puisque nous avons une politique massive en soutien du pouvoir d'achat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de baisse des taxes. Il va falloir trouver d'autres solutions pour être vigilant.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y aura un débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura un débat. D'autres possibilités ? Qu'est-ce qu'il y a comme autres possibilités ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a aura un débat au Parlement à la fin de l'année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je sais. Mais qu'est-ce qu'il y a comme autres possibilités à part surveiller et être vigilant pour faire baisser les prix du carburant ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord si on veut être conséquent, quand vous baissez une taxe qui, je le rappelle, finance les services publics, il faut dire ce que vous faites en regard. Parce que tous ceux qui nous disent aujourd'hui "baissez les taxes", il faut qu'ils nous expliquent où ils font des économies ou comment ils refinancent les services publics. C'est un travail, ça, de responsabilité politique. Et par ailleurs, je le dis, il faut être factuel sur la très grande politique de soutien au pouvoir d'achat et la très grande réussite en la matière inédite et incomparable par rapport aux gouvernements précédents en termes de soutien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Baptiste DJEBBARI, le pouvoir d'achat est-ce que ce sera selon vous la première préoccupation des Français pendant la présidentielle ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas, moi quand je vais dans les territoires, les gens ne me parlent pas d'identité nationale, peu d'immigration mais essentiellement de leur travail, de leur emploi et de la crise, du rebond et du pouvoir d'achat. Ça, c'est une certitude. De leur mobilité aussi puisque c'est mon portefeuille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, on va en parler du pouvoir d'achat. Budget : budget tout à l'heure en conseil des ministres, présentation du budget 2022. Pour les transports puisque ça vous concerne, est-ce que votre budget sera en augmentation ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors le budget au total sur le grand ministère : Transition écologique, Transports, Logement, il est en augmentation et je le dis de façon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De combien ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je n'ai pas le chiffre au total sur le grand ministère mais je vais vous donner des chiffres précis. Sur le ferroviaire par exemple, sur les dix années depuis 2017, on investit 75 milliards d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Depuis 2017. Mais moi ce qui m'intéresse, c'est le budget 2022.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je prends l'exemple sur les routes. On est parti à 700 millions d'euros par an en entretien, en régénération des routes, on va arriver quasiment au milliard d'euros. Vous voyez ? Donc le budget de régénération des routes qui sont, comme vous dites et vous avez raison, la réalité de la vie des Français, on augmente le budget de façon absolument considérable. Avec le plan de relance, le plan d'investissement à venir, on a en plus réinvesti massivement pour décarboner les transports. Ça veut dire aller vers des avions du futur, transformer le secteur automobile, les trains hydrogène qui sont une réalité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand est-ce qu'ils vont rouler ces trains ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ils ont roulé. Il a roulé en tout cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En essai, oui.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
À Valenciennes. J'ai eu l'occasion de l'essayer. Ça fait la différence parce que, vous savez, un train à hydrogène c'est un train électrique, c'est un moteur électrique. Ça ne fait pas de bruit, pas de vibration et évidemment pas de pollution. Donc c'est une grande réussite française.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement pour les transports, il va y avoir un plan d'investissement - on l'attend toujours - qui sera présenté probablement par le président de la République en octobre. C'est 30 milliards d'euros dit-on. 30 milliards, combien pour les transports ? Il y aura une part importante ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. Il y a deux grands objets, deux grandes transformations dans les transports : c'est la transformation de l'avion, l'aviation décarbonée. Ça, c'est créer la nouvelle génération d'avions sobres en carbone, les avions à hydrogène, les avions hybride électrique qui, par ailleurs, volent déjà. Je me suis rendu la semaine dernière à Jonzac, vous avez des avions électriques qui volent, des avions hybrides qui volent et un formidable esprit d'innovation qui règne partout en France, contrairement aux esprits déclinistes qui voudraient la dépeindre autrement. Et deuxième sujet, deuxième grand sujet : les carburants alternatifs au kérosène, ça aussi c'est un grand sujet industriel. Ça consiste à faire voler les avions avec des huiles de cuisson usagées, avec des carburants d'origine synthétique, de l'hydrogène recomposé avec du CO2 ; je ne rentre pas dans la technique mais c'est la très belle industrie française à venir. Et puis, on a un autre grand sujet qui est la mutation de l'industrie automobile. On est dans une grande transformation vers l'électrique avec une croissance totalement exponentielle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais c'est formidable l'électrique, c'est vrai que c'est formidable cette transformation vers électriques sauf qu'il n'y a pas de bornes et toujours pas de bornes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors si !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je vous donne les chiffres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi je vous donne la réalité du terrain. Paris-Lyon, il y a une borne sur deux qui ne marche pas. Vous le savez bien !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Si vous voulez, d'abord une très grande augmentation. Début d'année, début janvier – vous aimez les chiffres – on avait 400 000 bornes en France. Aujourd'hui au 1er août, on en a plus de 700 000. On en aura un million fin d'année. Les bornes, c'est essentiellement aujourd'hui dans les entreprises…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand elles marchent !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, bon, dans les entreprises et chez les particuliers. On avait un deuxième sujet, c'est ce que vous dites : ça s'appelle l'itinérance. C'est mettre des bornes partout et sur les grands axes routiers. Les autoroutes, les grandes routes nationales. On aura fait la moitié, on aura couvert la moitié du réseau national d'ici à la fin de l'année, la totalité du réseau national d'ici fin 2022, donc ça va vite. Le vrai sujet pour nous, ce qui nous reste, c'est essentiellement les stations-service, la grande distribution et les copropriétés. C'est là où on doit encore un peu accélérer. C'est les discussions qu'on a actuellement dans le cadre du plan d'investissement France 2030. Il nous manque en gros 15 000 bornes de puissance intermédiaire d'ici à 2025.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura combien de bornes à la fin de l'année ? 700 000 ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non. Là on a 700 000. On aura un million de bornes sur le territoire fin 2021, fin d'année. En tout, quand vous comptez les bornes sur le réseau, ce que vous avez à domicile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il en faudrait combien pour qu'on soit bien équipé ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça dépend de la puissance des véhicules mais en gros, en 2025, ce qu'on vise ce sera plusieurs millions, ce sera plusieurs millions de bornes, mais il faut comprendre qu'il y a les bornes de grande puissance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut aller vite.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et on va vite. Je vais vous dire, on va plus vite que les Allemands. On aime bien quand même s'autoflageller en France. On va plus que les Allemands qui ont, par ailleurs, une industrie automobile que vous connaissez en très grande transformation aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisqu'on parle des routes, parlons des autoroutes. Hier Anne HIDALGO était à votre place et elle était favorable à une baisse de la vitesse sur autoroute : passer à 110 pour 130. Vous aussi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord il y a plein de secteurs autoroutiers dans lesquels vous êtes déjà 110. La déviation des grandes villes, autour de Paris. Il faudrait que Madame HIDALGO prenne sa voiture et aille justement visiter un peu la ruralité et des autoroutes sur lesquelles il est parfaitement sécuritaire de rouler à 130. Donc c'est une vision encore une fois, si je puis dire, un peu parisienne des choses. Donc là pour le coup, je peux répondre très clairement : je suis défavorable à cette proposition.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes défavorable à cette proposition. 80 kilomètres/heure sur les routes là, vous êtes favorable j'imagine, sur les routes nationales ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ecoutez, on a payé pour voir en quelque sorte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas, la vraie différence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais la vraie différence, la logique c'est que c'était une proposition proposée par des experts de la sécurité routière qui pointaient, pour le coup, le nombre de morts évités. Madame HIDALGO hier, je l'ai ben écoutée, elle a fait une proposition un peu idéologique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable aux 80 kilomètres/heure ou pas ? Je vous sens un peu réticent.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je réponds de façon très précise puisque vous savez que nous avons proposé et mis en œuvre les 80 kilomètres/heure puis assoupli le dispositif. Aujourd'hui en réalité, vous avez ceux qui l'ont gardé et ceux qui sont revenus. Après, moi je suis élu d'un territoire rural vous voyez, le Limousin, et donc je vois bien à quoi ça correspond les 80 kilomètres/heure. Je sais que ça a un peu enquiquiné les Français, même si, faisant partie de ce gouvernement et de cette majorité - qui par ailleurs a débattu sur le sujet - j'assume la mesure qu'on a prise à ce moment-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et 30 en ville, ça vous va ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
30 en ville, ça dépend sur quel fondement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même à Limoges.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
30 en ville, si c'est scientifiquement établi que ça fait baisser les émissions de gaz à effet de serre, alors j'ai envie de vous dire "pourquoi pas". Le problème, c'est que les experts et pas que depuis aujourd'hui, depuis assez longtemps, nous disent que ça n'a pas d'effet, peu d'effet voire l'effet inverse, quand on compare les émissions à 50 kilomètres/heure. Donc encore une fois, moi je ne suis pas dogmatique sur le sujet. Si Madame HIDALGO démontre, et les autres maires avec elle, démontrent que 30 kilomètres/heure ça fait moins d'émissions, moi je dis pourquoi pas. Pour l'instant, ce n'est pas scientifiquement démontré.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La nationalisation des autoroutes, j'entends ça dans la bouche de plusieurs candidats à la présidentielle.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une utopie ? C'est une folie ? C'est une bêtise ? C'est quoi à vos yeux ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est démagogique au premier degré ou au dernier degré.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est démagogique pourquoi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Parce qu'aujourd'hui les échéances… Les concessions ont été privatisées, pour faire simple, en 2005. 2005-2007. Elles arrivent à échéance entre 2031 et 2036. En 2031 pour les plus grosses, elles reviennent dans le giron de l'État pour 0 euro.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans dix ans.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Dans dix ans. Elles seront remises en état et rendues à l'État, et là l'État devra dire – et d'ailleurs bien avant, autour de 2025-2026 – ce qu'il entend en faire. Et moi j'ai eu des propositions, y compris comme député, sur le sujet. Aujourd'hui si on renationalise, ce que proposent Madame LE PEN ou Monsieur MONTEBOURG, on devrait payer pour indemniser les concessionnaires. Parce que nous sommes dans un État de droit, le contrat, vous voyez, ça s'applique aussi aux autoroutes, pas qu'aux sous-marins, on devrait indemniser les sociétés concessionnaires qui sont déjà en bonne santé financière de l'ordre de 45 à 50 milliards d'euros. Donc vous voyez que c'est une proposition assez largement démagogique en vérité. Et par ailleurs les autoroutes, on les a sollicitées pour implanter des bornes sans compensation. Elles investissent plus de 500 millions d'euros là dans les 18 mois pour déployer des bornes partout en France, donc elles font aussi une partie du travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les tarifs des péages vont augmenter l'année prochaine ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est défini par contrat. Moi je veux bien que les personnes qui ont mal négocié les contrats viennent rendre compte, si vous voulez, aujourd'hui de ces hypothétiques effets négatifs, mais ces contrats ont été signés par d'ailleurs des gens qui aujourd'hui resollicitent le suffrage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le train, la gare du Nord à Paris ne sera pas finalement transformée en partie en centre commercial. Le projet est abandonné. Un milliard et demi d'euros c'était, pour le coût de la transformation.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça n'a pas commencé comme ça. Le projet initial, c'était autour de 600 millions d'euros et c'est un projet qui a glissé vers un milliard et demi, donc qui a quasiment triplé en coûts et qui, en plus, s'est vu décalé de deux à trois ans en calendrier. Donc c'est quand même la chronique d'un projet qui s'est mal déroulé sur le plan technique et aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il est abandonné.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il est abandonné évidemment en l'état. Nous avons, en lien avec la SNCF, en tout cas la SNCF en lien avec le gouvernement, a prononcé la déchéance du contrat hier, en tout cas a indiqué son intention de le faire. Et il est soutenu, la SNCF est soutenue par le gouvernement de ce point de vue-là. Il y aura un projet alternatif à trouver parce que l'aménagement de la gare du Nord, c'est un sujet sérieux. Je ne sais pas si vous voyez bien comment c'est fait mais c'est quand même une gare qui est difficilement praticable sur le plan de la gestion des flux. Donc on a demandé à la SNCF de repenser un projet mais beaucoup plus réduit dans sa dimension de l'ordre de 50 millions d'euros pour faire l'aménagement et répondre aux enjeux 2023 et 2024. Et là aussi quand même, ce projet de la gare du Nord c'est un projet qui a été soutenu par la mairie de Paris, voté par la maire de Paris en l'occurrence, la mairie de Paris, qui a ensuite fait campagne électorale contre le projet de la gare du Nord pour ensuite le soutenir plus ou moins mollement. Donc vous voyez bien, pour qu'un projet réussisse il y a les conditions objectives : qu'il soit bien géré sur le plan technique et il y a la constance politique. Et sur ce sujet, on n'a pas eu de conscience politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le pass sanitaire assoupli dans certains départements.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Juste après, je file au conseil de défense sanitaire. Ce sera un des débats du jour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Possible, c'est possible que cette décision soit prise ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est toujours possible. On aura le débat dans une petite heure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable vous ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas moi je ne souhaite pas que le pass sanitaire reste effectif pour la nuit des temps si vous voulez. Le pass sanitaire c'est un outil…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc dans certains départements, je ne sais pas moi, la Haute-Vienne par exemple…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Un territoire d'expérimentation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, un territoire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On l'a mis en place dans les transports longue distance, pour inciter à la vaccination, ça marche bien, les gens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, même s'il y a peu de contrôles.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
30%, 25 à 30% des trains qui sont contrôlés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on ne va pas entrer dans ce débat mais…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et 99% de conformité, de présentation du pass, donc le dispositif marche bien, c'est un outil, il est à notre disposition, l'idée ce n'est pas que l'outil soit appliqué pour la nuit des temps, dès lors qu'on a des conditions objectives de taux d'incidence et de diminution de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc assouplissement quand le taux d'incidence le permet.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas c'est les bases de la discussion qu'on aura.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous, vous allez défendre.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce n'est pas mon portefeuille, c'est Olivier VERAN qui proposera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ce n'est pas votre portefeuille, mais enfin vous avez votre mot à dire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais moi j'explique ce qui se passe dans les transports, comment ça s'organise, je ne déborde pas de ma compétence, mais en tout cas ce sont les termes du débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ce sont les termes de débat et c'est un peu l'option que vous avez choisie.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le président tranchera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'aérien, levée des sanctions américaines donc pour aller aux États-Unis…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça c'est une bonne nouvelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pour l'aérien c'est une très belle nouvelle. A propos de l'aérien j'ai deux questions, d'abord ces fameux créneaux horaires à Orly, Bruxelles qui attribue à VUELING 18 créneaux d'AIR FRANCE en contrepartie de sa recapitalisation par l'État français, 18 créneaux, c'est Bruxelles qui commande ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En fait il y a deux points de réponse. D'abord nous avons négocié avec Bruno LE MAIRE, il y a quelques mois, et Madame VESTAGER, la commissaire à la Concurrence, le moins mauvais deal pour la France, en l'occurrence pour AIR FRANCE-KLM…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un mauvais deal quoi !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'y viens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le moins mauvais ça veut dire c'est un mauvais deal.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais j'y viens, je vais être très honnête…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que c'est un mauvais deal ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le moins mauvais deal, c'est-à-dire que nous avons appliqué, parce que nous sommes… nous avons appliqué le droit de la concurrence européen actuel, et nous avons fait en sorte, ce qui était quand même inédit, de mettre des garanties sociales pour qu'on n'ait pas d'entreprises, de compagnies aériennes, qui viennent par exemple exercer un dumping social et fiscal. Après si la question que vous me posez c'est de savoir si à la fois, dans les transports, le droit social est adapté, et le droit de la concurrence est adapté, ma réponse c'est plutôt pas, et il faudra le changer. Je vous prends quelques exemples. On a eu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez présider, la France va présider…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Justement, c'est pour ça que je le mets au débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous allez proposer, vous le mettez au débat, la France va le mettre au débat ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais bien sûr qu'on va le mettre au débat, pour plusieurs raisons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réforme du droit européen, du droit aérien…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Du droit social, droit de la concurrence, c'est essentiel. Droit social, l'exemple des routiers, même si on a eu des améliorations, on a quand même l'exemple assez "quintessant" des transporteurs routiers français qui ont subi le dumping social fiscal en intra-européen, essentiellement venu des pays de l'Est, pendant plusieurs années, on a fait des avancées, c'est encore insuffisant. Le transport aérien, on a vu émerger des opérateurs low cost qui, il faut le dire, ont souvent un peu rançonné les collectivités publiques, ont développé des modèles franchement marginaux par rapport au droit européen, des modèles qui doivent être révisés. Et puis on sait faire aujourd'hui un bilan critique de l'ouverture à la concurrence, je prends un exemple, le fret ferroviaire, le fret ferroviaire vous avez des parties, des segments de marché, qui s'accommodent très bien de la concurrence, et d'autres pas du tout, et qui sont totalement stratégiques, et ce que je dis là c'est partagé, ça fait 1,5 an que j'y travaille, c'est partagé par 18 pays européens. Ça prend toujours du temps l'Europe, parce qu'on décide à 27…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce sera mis sur la table à partir de janvier.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est évidemment mis sur la table, mais je crois que c'est nécessaire, y compris d'ailleurs pour que les Français se raccrochent à l'idée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'y reviens, AIR FRANCE se réforme grâce à l'État et Bruxelles met des bâtons dans les roues à la compagnie, c'est quand même, pardon !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais la commissaire VESTAGER elle applique le droit européen qu'on lui donne, le sujet ce n'est pas Madame VESTAGER…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est incompréhensible pour le citoyen moyen.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais je vais vous dire, parce qu'on fait semblant que Bruxelles est autonome. Ceux qui dont les normes européennes, ce n'est pas la Commission, essentiellement, ce n'est pas que la Commission en tout cas, c'est la Commission et les États, donc c'est politique ce sujet, ce n'est pas un sujet technocratique, c'est un sujet politique, donc quand le droit est inadapté il faut le changer, et on a une opportunité incroyable pour le changer, ça s'appelle la présidence française de l'Union européenne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A partir de janvier vous allez essayer de changer ce droit de la concurrence, droit européen de la concurrence. A propos de concurrence, il y en a qui sont peut-être privilégiés, c'est le Qatar, QATAR AIRWAYS, j'ai vu ça, c'est absolument incroyable, la Commission européenne va signer un accord ciel ouvert avec le Qatar, c'est-à-dire tous les avions de QATAR AIRWAYS vont pouvoir atterrir, choisir leurs horaires, leurs créneaux, sur tous les aéroports de l'Union européenne.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien je vais vous dire c'est un vrai sujet, pour moi c'est un vrai sujet, parce que quand on regarde un peu sur l'histoire longue, on a fait venir beaucoup d'opérateurs du Golfe, qui sont venus d'ailleurs avec des bons produits, mais quand on regarde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, des bons produits, mais avec des problèmes sociaux et avec des conditions sociales insupportables.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Egalement, pour certaines, par sur toutes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, pas pour certaines.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais sur certaines c'est vrai, et quand on regarde aujourd'hui la part de marché des opérateurs français à Roissy, comparativement à ce que c'était il y a plusieurs années, c'est absolument déséquilibré, ça c'est une construction des gouvernements successifs, etc., etc. Aujourd'hui il faut regarder ce sujet de l'accord de libre-échange, en tout cas de l'ouverture, de la libéralisation du ciel avec le Qatar, et d'une manière générale avec les pays du Golfe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes contre ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je suis… si vous voulez, en toutes choses, sur ces sujets, je suis pour une stratégie française et européenne, dans cet ordre-là, française et européenne, ça veut dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais je réponds à vos questions, ça veut dire, européenne, au bénéfice des intérêts européens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que l'Europe doit dire non, est-ce que l'Europe ne doit pas signer cet accord ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais, les accords, ça dépend des modalités dans les accords, si vous ouvrez vos frontières et que, in fine, vous avez dans 5 ans, dans 10 ans, l'essentiel des opérateurs, des liaisons, qui sont opérées par…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est ce qui va se passer.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est un mauvais accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qui va se passer.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est déjà un peu ce qui est en place dans plusieurs pays européens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec le fret notamment. Est-ce que la France doit signer cet accord…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je vous dis de façon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que l'Europe doit signer cet accord ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je vous dis de façon très concrète, aujourd'hui on est en capacité – je vais répondre à votre question – on est en capacité de faire un bilan critique, un bilan critique, de la libéralisation dans les transports, y compris sur cet élément-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, répondez-moi.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc il y a une discussion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Répondez-moi.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je suis pour un accord équilibré, et s'il n'est pas équilibré…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous êtes pour un accord.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Equilibré, et s'il n'est pas équilibré on ne signe pas, c'est aussi simple que ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes pour un accord, équilibré.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais si l'accord n'est pas équilibré, on ne signe pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Baptiste DJEBBARI d'être venu nous voir ce matin.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 septembre 2021