Interview de Mme Olivia Grégoire, secrétaire d'Etat à l'économie sociale, solidaire et responsable, à Europe 1 le 22 octobre 2021, sur l'indemnité inflation de 100 euros pour toutes les personnes gagnant moins de 2 000 euros.

Texte intégral

DIMITRI PAVLENKO
Bonjour Olivia GREGOIRE !

OLIVIA GREGOIRE
Bonjour !

DIMITRI PAVLENKO
Vous êtes la secrétaire d'Etat chargée de l'économie sociale solidaire et responsable. Vous publiez ces jours-ci Et après ? Pour un capitalisme citoyen préfacé par Emmanuel MACRON, on parlera de votre livre dans un instant mais l'actualité d'abord, une indemnité inflation de 100 euros pour toutes les personnes qui gagnent moins de 2 000 euros, elle sera versée entre décembre et février à 38 millions de Français, pas que les actifs d'ailleurs, les retraités, les indépendants, les demandeurs d'emploi aussi. C'est Noël Olivia GREGOIRE ?

OLIVIA GREGOIRE
Non, ce n'est pas Noël, c'est du pragmatisme, j'ai fait pas mal de médias ces jours-ci, pas une seule fois, on ne m'a pas interrogée sur l'inflation, la hausse des prix qui ne concerne d'ailleurs pas que l'essence, on le remarque.

DIMITRI PAVLENKO
La hausse des prix plutôt que l'inflation quand même, Olivier GREGOIRE ?

OLIVIA GREGOIRE
L'inflation est mondiale sur l'ensemble des marchés, notamment des matières premières et ça fait quand même 10 jours, 15 jours que chaque membre du gouvernement à chaque instant, et c'est bien normal, est questionné sur ce sujet. Nous apportons une réponse, ce n'est pas pour Noël, d'ailleurs Noël n'est pas en octobre, ça n'a échappé à personne ; c'est une réponse pragmatique, elle est simple, elle est juste, elle est efficace.

DIMITRI PAVLENKO
Alors est-elle juste ?

OLIVIA GREGOIRE
Elle est juste !

DIMITRI PAVLENKO
C'est la bonne question puisque je vous donne un exemple, couple A monsieur gagne 1 000 euros, madame 6 000, 7 000 euros de revenus, donc pour le foyer, monsieur touche les 100 euros puisqu'il est à 1 000 euros. Couple B, monsieur gagne 2 002, Madame 2 002, 4 004 de revenus de revenus pour le ménage, eux, ils n'y ont pas droit. C'est juste ça ?

OLIVIA GREGOIRE
Alors vous pointez ici, cher Dimitri, ce qu'on appelle un effet de seuil en économie. Moi, je ne raconte pas des mensonges aux Français, il y en a partout des effets de seuil. Vous avez le droit à telle aide, vous avez le droit à telle bourse, j'ai pu le vivre étudiante jusqu'à un certain niveau plancher. Il faut bien être concret. Quand on choisit de distribuer très largement des aides aux Français, il faut bien mettre un niveau. Le Premier ministre l'a rappelé quand même de façon très pédagogique hier : dans notre pays et c'est comme ça que ça a été calculé, nous nous sommes fixés sur le salaire qu'on appelle médian, donc qui est vraiment le salaire de moyenne.

DIMITRI PAVLENKO
Non non celui en dessous duquel il y a autant de gens au-dessus qu'en-dessous ! Ce n'est pas tout à fait la moyenne. Le médian est en-dessous du …bon, bref …on ne va pas chipoter !

OLIVIA GREGOIRE
Oui. D'ailleurs, je vous remercie puisque c'est assez rare que la précision soit faite mais ce qui est important, c'est qu'il y a autant de gens, je vais prendre 10 secondes de plus, qui gagnent au-dessus que en-dessous. Aujourd'hui le cap et celui des 2000 euros net, il l'a répété. Donc effectivement vos exemples sont très concrets. Est-ce que c'est juste ? Moi, je trouve que c'est juste de se fixer sur le salaire médian, il y a eu des effets de seuil partout, je l'ai entendu hier soir et ce matin sur quelques radios, il y a des effets de seuil partout mais pour une bourse aussi !

DIMITRI PAVLENKO
Mais pourquoi, Olivia GREGOIRE, dès lors qu'on vise 38 millions de Français, qu'on va en exclure certains avec ces effets de seuil, pourquoi pas avoir donné 1 00 euros à tous les majeurs ?

OLIVIA GREGOIRE
D'abord la question qui va suivre c'est sûrement " comment vous allez faire pour payer 3,8 milliards d'euros ? " Les mêmes, je pense aux Républicains qui ne manqueront pas de lâcher leurs coups ce matin vont regretter le prix de la mesure. Nous avons ciblé comme l'a dit Jean CASTEX hier sur les gens qui travaillent, sur les gens qui sont en recherche d'emploi. Nous avons voulu et Jean CASTEX …

DIMITRI PAVLENKO
Les retraités aussi ?

OLIVIA GREGOIRE
…a voulu intégrer les retraités, les étudiants boursiers, les apprentis et ceux qui sont comme ça a été dit à l'instant fiscalement autonomes et on m'explique ce matin que ça n'est pas assez, c'est beaucoup plus que la moitié des Français, ça me semble être équilibré, ça me semble correspondre aux besoins. Ce qui est important de rappeler aussi sans donner trop de chiffres, c'est que c'est à peu près cette augmentation du prix de l'essence, 80 à 90 euros par an par conducteur.

DIMITRI PAVLENKO
Pourquoi vous me parlez de l'essence, Olivia GREGOIRE ? C'est une indemnité inflation.

OLIVIA GREGOIRE
Mais parce que …

DIMITRI PAVLENKO
Non, non mais parce que moi, je me demande s'il n'y a pas une petite ruse là-dedans !

OLIVIA GREGOIRE
Oh, ce n'est pas notre …

DIMITRI PAVLENKO
Pourquoi pas indemnité carburant ?

OLIVIA GREGOIRE
Parce que c'est une indemnité qui a vocation à accompagner la hausse du coût de la vie. Moi, je suis députée de Paris à l'origine ; il y a beaucoup de gens qui n'ont pas de voiture à Paris. Pour autant, il y a beaucoup de choses qui augmentent dans la vie quotidienne, des biens de consommation du quotidien.

DIMITRI PAVLENKO
Il y a quoi par exemple ?

OLIVIA GREGOIRE
Le pain par exemple, le vin va augmenter, ça ne vous a pas échappé que ça fait 45 ans que nous n'avons pas eu des récoltes …

DIMITRI PAVLENKO
L'inflation n'est pas flagrante sur l'alimentation.

OLIVIA GREGOIRE
On se revoit dans 3, 4 mois, on verra mais aujourd'hui le prix …le blé augmente.

DIMITRI PAVLENKO
Donc c'est 100 euros qu'on stocke pendant 3, 4 mois alors ?

OLIVIA GREGOIRE
C'est 100 euros que vous aurez à Noël, que vous aurez pour d'autres en janvier et pour les retraités en février.

DIMITRI PAVLENKO
Donc on va pouvoir acheter des écrans plats avec ces 100 euros !

OLIVIA GREGOIRE
Ecoutez, on ne va pas revenir …

DIMITRI PAVLENKO
Je vous embête un petit peu …

OLIVIA GREGOIRE
Non, vous ne m'embêtez pas, c'est un plaisir mais on ne va pas revenir sur la polémique qu'a subie Jean-Michel BLANQUER ! Moi, je suis une libérale, c'est écrit noir sur blanc dans mon bouquin, c'est 100 euros pour que les Français, 38 millions d'entre eux, puissent les mettre là où ils le souhaitent ! On ne va pas les traquer pour voir s'ils le mettent …moi, je n'aurais pas voulu que ce soit indexé sur la carte grise, voyez-vous, que ce soit indexé uniquement sur le coût du carburant. Je trouve que c'est plus malin !

DIMITRI PAVLENKO
Non mais il y a une question de philosophie.

OLIVIA GREGOIRE
Bien sûr !

DIMITRI PAVLENKO
Je vous embête sur ce point-là parce que …

OLIVIA GREGOIRE
Vous ne m'embêtez pas, je vous le redis !

DIMITRI PAVLENKO
Non, non mais j'insiste un peu parce que vous étiez partis par exemple sur le chèque énergie, sur des notions d'argent fléché, il faut que l'argent aille là où …

OLIVIA GREGOIRE
Aux 6 millions de Français oui !

DIMITRI PAVLENKO
Exactement. Or, là, on est sur un chèque dont on dispose librement.

OLIVIA GREGOIRE
Et c'est complémentaire !

DIMITRI PAVLENKO
…dont on dispose librement.

OLIVIA GREGOIRE
C'est complémentaire en général, vous avez à la fois possibilité quand vous êtes un ménage très modeste d'avoir comme 6 millions de Français le chèque énergie. Vous avez d'autres types de prime aussi si vous souhaitez. Je ne vais pas toutes vous les faire mais changer de voiture, améliorer la rénovation de votre maison avec MaPrimeRénov ; il y a toute une palette de primes qui seront des dépenses dites affectées pour être très précise, c'est-à-dire que le chèque est affecté effectivement à une dépense. Là, c'est complémentaire, ça va en plus, c'est 100 euros pour accompagner à peu près de deux choses l'une soit la hausse des prix à la pompe parce que vous avez une voiture et que vous faites comme la majeure partie des Français 14, 15 000 kilomètres par an, c'est 80 euros d'augmentation à peu près par an et ce chèque de 100 euros a vocation à permettre de les absorber ; soit c'est pour vous accompagner dans d'autres types de hausses de prix. Mais je trouve ça bien et sain qu'on ait dépassé le seul sujet du carburant pour se concentrer sur la hausse du coût de la vie comme on dit.

DIMITRI PAVLENKO
Oui il y a aussi peut-être aussi mais enfin moi c'est l'interprétation que j'en fais, c'est que d'un côté on dit : il faut taxer le carbone parce que c'est la seule, c'est l'une des seules voies. Les économistes, c'est un des rares points sur lesquels ils sont unanimes pour décarboner, il faut taxer le carbone et là on subventionne les énergies fossiles, on ne pouvait pas dire ça, donc on a dit " indemnité inflation " plutôt que carburant !

OLIVIA GREGOIRE
Non, en fait, la vraie subvention aux énergies fossiles que prône par exemple madame HIDALGO, ça aurait été de baisser les taxes parce que baisser les taxes, c'est subventionner une énergie. Nous ne sommes pas tombés dans cet écueil, j'ajoute en tant que, ancienne vice-présidente de la commission des finances …

DIMITRI PAVLENKO
Mais pourquoi dites-vous que c'est un écueil parce qu'il y a des pays qui l'ont fait, je cite le Portugal, les Allemands y songent, les Britanniques y songent. La Commission européenne encourage les États à baisser ponctuellement la taxation des carburants.

OLIVIA GREGOIRE
Ça n'est pas ce que nous avons voulu, il ne vous a pas échappé, on en parlera peut-être, que la COP 26 arrive, que le climate finance day est la semaine prochaine, que le président de la République et Bruno LE MAIRE y feront des annonces importantes au service de la finance et au service de la transition écologique et que nous avons souhaité, en tant que Français, ne pas nous appuyer sur la baisse des taxes. Autre raison pour laquelle nous n'avons pas souhaité faire ça, ça fait beaucoup de chiffres pardon mais ça coûtait à peu près 500 millions d'euros, donc un peu plus d'un demi-milliard d'euros pour parvenir à quelques centimes de baisse sur un plein.

DIMITRI PAVLENKO
Le chiffre qu'a donné Bruno LE MAIRE lundi sur Europe 1 …

OLIVIA GREGOIRE
Mais j'ai fait mes calculs dans la voiture ce matin …

DIMITRI PAVLENKO
10 centimes, c'était 5 milliards !

OLIVIA GREGOIRE
Donc vous faites le calcul de ce que nous aurons si on avait voulu arriver à une baisse signifiante, qui n'est pas de 20, 30, 50, 60 centimes sur un plein, c'est assez indolore pour les Français, ça en réalité, ça nous aurait coûté extrêmement cher pour des résultats …

DIMITRI PAVLENKO
10 centimes du litre, quand même !

OLIVIA GREGOIRE
…plus faibles. Moi, je préfère encore une fois que ce ne soit pas indexé que sur le carburant et que, en liberté, les Français puissent soit s'en servir pour compenser la hausse du prix à la pompe soit s'en servir dans les mois qui viennent pour compenser d'autres types de hausses de prix !

DIMITRI PAVLENKO
Bon, vous avez anticipé ma question suivante effectivement, c'est-à-dire le maintenant le coût pour les finances publiques, on en est, allez, à 10 milliards à peu près d'aide sur l'énergie, entre le chèque énergie, le blocage du gaz sur un an …

OLIVIA GREGOIRE
Le bouclier tarifaire.

DIMITRI PAVLENKO
Voilà, le blocage de l'électricité au moins jusqu'en avril parce que si ça se prolonge, le Premier ministre n'a pas exclu que ça …

OLIVIA GREGOIRE
Exactement !

DIMITRI PAVLENKO
…ce sera peut-être 11, 12 milliards au final au final, vous avez posé la question du financement. Bon ce sera de la dette, ce sera de l'emprunt. Est-ce qu'il n'y a pas un petit mirage de cagnotte quand même, Olivia GREGOIRE ?

OLIVIA GREGOIRE
Pas chez nous ! La cagnotte, on en parle beaucoup, beaucoup l'ont promue, je me souviens d'autres gouvernements précédents. On n'est pas sur une cagnotte, on est sur une croissance …

DIMITRI PAVLENKO
Non mais quand vous dites : la croissance sera plus forte et donc on va rester dans les clous d'un déficit de 8,5%, on ne va pas s'en réjouir d'un déficit à 8,5%.

OLIVIA GREGOIRE
Non !

DIMITRI PAVLENKO
Si on avait pu faire 8, c'était bien !

OLIVIA GREGOIRE
Il ne vous a pas échappé, surtout à vous, qu'on sort de 18 mois à peu près et nous n'en sommes pas totalement sortis d'une légère turbulence liée à la pandémie et où il a fallu prendre ses responsabilités. Nous les avons prises, nous les assumons. Il y a quelque chose d'important qui a été dit hier et qui est très important, le Premier ministre a parlé de cette dépense comme une dépense d'investissement et je pense qu'il faut entendre ce mot, on en parle souvent quand on est en plein un projet de loi des finances, la première lecture s'est terminée, déjà être précis à l'endroit de vos auditeurs, 3,8 milliards cette mesure, ça fait beaucoup d'argent. Oui vous aurez un peu plus de 1 milliard sur ces 3,8 milliards qui seront payés pour aller vite par les taxes qui aujourd'hui enfin qui aujourd'hui ramènent pas mal l'argent sur l'énergie. On estime qu'il y aura entre 1 milliard et 1,2 milliard qui viendront des taxes qui permettront de financer cette mesure. Deuxièmement avec une croissance et nous sommes prudents, Bruno LE MAIRE l'a dit, nous avons des projections à Bercy qui sont supérieures à 6% sur la croissance. Nous, avons, nous, pris une position prudente aux alentours de 6% de croissance ; nous allons avoir des recettes parce que la consommation est là, parce que les gens consomment, c'est plutôt une bonne nouvelle dans l'absolu même si c'est compliqué. D'ailleurs, cette augmentation des prix vient d'un retour important de la croissance, les usines fonctionnent, les gens consomment. Donc on est en droit d'espérer l'an prochain des recettes fiscales plus importantes que l'année passée et que l'année 2020 évidemment permettant de compenser cette mesure à 3,8 milliards. Donc il faut … ça n'est pas un chèque en blanc et c'est encore moins un chèque en bois.

DIMITRI PAVLENKO
Ces 100 euros d'indemnité inflation défiscalisés ou non ?

OLIVIA GREGOIRE
Oui, Monsieur.

DIMITRI PAVLENKO
Tout à fait ?

OLIVIA GREGOIRE
Oui !

DIMITRI PAVLENKO
Comment vous allez faire techniquement parce ça va être compliqué puisque c'est l'employeur qui verse ?

OLIVIA GREGOIRE
Vous savez, ça fait un an et demi que je suis à Bercy, avant j'étais la commission des finances, chapeau bas aux services, à Bercy, à la direction du Trésor, à la DGE, à la DGiFP. Ce sont des gens qu'on invite rarement sur les plateaux et qui bossent jour et nuit week-ends compris, on va le faire, les tuyaux c'est notre boulot, c'est à nous de les mettre en place. On a une pression certaine sur la temporalité, j'entendais des esprits chagrins ce matin dire : oui mais quand même décembre, janvier, c'est tard, on parle d'une indemnité, on est le 22 octobre, il nous faudra un peu moins de 40 jours pour verser 100 euros à 38 millions de Français. Est-ce qu'on peut posément estimer pour les premiers, les salariés que c'est quand même une temporalité, un tempo qui est assez correct ? Cet argent, il va arriver sur nos fiches de paie pour les salariés au mois de décembre, il faudra un mois à Bercy pour faire la tuyauterie. C'est défiscalisé, c'est très important de le dire.

DIMITRI PAVLENKO
Oui mais 40 jours, c'est long, ça fait 5 semaines.

OLIVIA GREGOIRE
Non, ce n'est pas long pour servir 38 millions de Français, ce n'est pas long !

DIMITRI PAVLENKO
Laissez-moi finir, ce que je veux dire, c'est que c'est cinq samedis, cinq samedis avec peut-être de plus en plus de gilets jaunes sur les ronds-points Olivia GREGOIRE ?

OLIVIA GREGOIRE
Vous savez, nos actions dépassent la seule actualité hebdomadaire et dès samedi !

DIMITRI PAVLENKO
Ah bon !

OLIVIA GREGOIRE
Oui, cette mesure, elle est …

DIMITRI PAVLENKO
Ce n'est pas une mesure d'urgence ?

OLIVIA GREGOIRE
C'est une mesure pragmatique et c'est une mesure d'actualité, ça n'est ni une mesure d'urgence, ni une mesure de réaction, c'est une mesure de bon sens. Ça n'est pas à l'aune de la fréquentation des ronds-points qu'on dirige ce pays depuis maintenant 4 ans et demi.

DIMITRI PAVLENKO
Je voudrais qu'on ait un mot de votre livre Et après ? Pour un capitalisme citoyen préfacé par Emmanuel MACRON, c'est un livre de conviction. Vous avez la conviction que l'économie, c'est un ferment du lien social mais que, eh bien, il y a des choses qui ne vont pas dans le capitalisme actuel, la valeur est trop concentrée sur l'actionnaire et insuffisamment sur le travail. Mais les questions que je me pose c'est que précisément c'est toutes ces situations d'urgence dont on vient de parler pendant plus de 10 minutes, Olivia GREGOIRE est-ce que ça ne remet pas systématiquement à plus tard ces changements nécessaires que vous appelez de vos voeux, ces grandes réformes, cette décarbonation de l'économie, ce rééquilibrage de l'économie en faveur du travail ?

OLIVIA GREGOIRE
Non puisque, et ça se voit depuis maintenant presque 2 ans, ça n'est pas parce que nous avons géré l'urgence (fonds de solidarité, prêts garantis de l'Etat, chômage partiel) que nous avons été incapables de décaisser puisque nous avons déjà décaissé un peu plus de 50 milliards d'euros du plan de relance. Donc on est capable de relancer en même temps qu'on a géré l'urgence et figurez-vous, ça ne vous a pas échappé, qu'on est en plus capable d'investir en plus de relancer. Donc on peut gérer les choses en même temps et c'est ce que nous avons fait ; nous avons d'ailleurs sur les questions environnementales mais aussi sur les questions de finance verte, moi, je n'ai aucun problème à en parler, vous me direz heureusement des résultats extrêmement encourageants dont on ne parle jamais et on le doit aux ménages français. Si vous prenez l'investissement socialement responsable dans notre pays, pour être très simple ce matin il a juste doublé entre 2019 et 2020. Si vous prenez la finance solidaire jamais nous n'avons eu les encours de finance solidaire que nous avons 2020, plus de 20 milliards d'euros. Donc les choses sont en train bouger au niveau de l'épargne, au niveau aussi de la mobilisation des investisseurs, du private equity comme on dit. Le président de la République est à la manoeuvre ; c'est lui qui lors du One Planet Summit avait dès 2017 mobilisé la planète finance, pas qu'en Europe, pas qu'en France dans le monde entier et aujourd'hui vous avez plus de 30 Etats autour de la table et d'Emmanuel MACRON pour orienter les financements et décider que la finance arrête d'investir dans un certain nombre d'énergies fossiles mais il faut embarquer le monde entier. Une information, voyez-vous, il y a les Etats, il y a les fonds souverains dans cette coalition qui s'appelle la TCFD, je ne vais pas expliquer l'acronyme qui est un peu long mais c'est important d'embarquer les Emirats, d'embarquer le Qatar, d'embarquer le Koweït dans ces mobilisations. On ne peut pas juste générer des mutations mondiales à la seule échelle de la finance française, on est en train de fixer dans le monde entier des choses dont on ne parle pas assez dans les médias mais c'est une occasion d'en parler !

DIMITRI PAVLENKO
Dernière question, c'est aussi l'actualité, Éric ZEMMOUR est donné à 16% par un sondage IPSOS au second tour devant tout le monde face à Emmanuel MACRON. C'est l'adversaire central du président de la République en perspective de l'élection présidentielle s'il est candidat puisqu'il ne l'est pas officiellement, aucun des deux ne l'est officiellement ?

OLIVIA GREGOIRE
Il y a un bout de la réponse dans la question, il y en a un qui est président de la République et qui doit quand même diriger un pays qui se relève d'une pandémie historique, Emmanuel MACRON qui ne manquera pas de prendre ses responsabilités le moment venu mais je ne crois pas d'abord en tant que citoyenne, et ensuite en tant que ministre, je n'attends pas d'un président de la République en octobre qu'il commence à me parler du mois d'avril surtout quand on a es sujets de pouvoir d'achat du quotidien à gérer et un certain nombre d'échéances. Pour ce qui est d'Eric ZEMMOUR, je l'appelle le candidat putatif et ça n'a rien d'irréel, il promeut son livre, il est dans une séquence …

DIMITRI PAVLENKO
Un peu plus que promouvoir un livre ?

OLIVIA GREGOIRE
Oui ; moi, je reste assez pragmatique. J'ai une certitude, je vais vous dire, octobre n'est pas avril. Et je vais reprendre …

DIMITRI PAVLENKO
Ça vaut pour l'un comme pour l'autre ?

OLIVIA GREGOIRE
Mais c'est totalement valable et je le dis de façon assez distanciée : octobre n'est pas avril. Nous avons beaucoup de débats à mener, moi par exemple sur tous les sujets que je porte dans mon livre d'un capitalisme renouvelé, du partage de la valeur, de l'intégration des salariés dans la performance de l'entreprise, des mutations de la gouvernance de l'entreprise, etc. Je n'ai jamais entendu un mot d'Eric ZEMMOUR, j'attends sur le volet économique aussi ses propositions. Ma certitude personnelle, c'est que l'immigration n'est pas l'alpha et l'oméga de la problématique économique et donc rendez-vous en janvier, en février, en mars ou en avril. Octobre n'est pas avril. 25 ans d'études d'opinion le démontrent assez aisément. Je rappelle à ceux que ça intéresse de faire les comparaisons que seule 2007 a dévié à cette règle et dès la fin de l'année nous avions le match du printemps en 2007 mais jamais depuis 25 ans, les sondages d'octobre n'ont été ceux d'avril, gardons la tête froide. Et surtout, je vais vois dire, « au boulot » pour que les Français dont je ne suis pas sûre que ça soit la préoccupation majeure !

DIMITRI PAVLENKO
Merci Olivia GREGOIRE, la secrétaire d'Etat chargée de l'Economie sociale, solidaire, et responsable. J'ai oublié « responsable » tout à l'heure dans l'intitulé de votre secrétariat d'Etat.

OLIVIA GREGOIRE
Vous êtes pardonné !

DIMITRI PAVLENKO
Merci à vous, bonne journée


source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2021