Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à CNews le 18 octobre 2021, sur les dispositifs prévus pour répondre à la hausse du prix des énergies.

Texte intégral

LAURENCE FERRARI.
Bonjour Monsieur DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Bonjour Madame FERRARI.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans "La Matinale" de CNews. On va parler des prix du carburant et du pouvoir d'achat, parce qu'après le gaz et l'électricité ce sont les prix à la pompe qui flambent. La semaine dernière l'exécutif a dit qu'il allait réfléchir à des mesures de protection, parmi elles la baisse des taxes ou une aide spécifique, est-ce que vous avez avancé, est-ce que vous avez quelque chose de concret en ce lundi matin, parce qu'il y a beaucoup de gens qui ce matin vont faire leur plein et qui vont prendre la note comme un coup de massue sur la tête ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
D'abord, je vais répondre à votre question, mais il faut rappeler que cette hausse des prix elle provient de deux facteurs, elle provient du fait qu'on ne maîtrise pas la production du pétrole, et c'est toujours important de le rappeler…

LAURENCE FERRARI
Mais vous maîtrisez très bien les taxes qu'il y a sur le carburant, ça les Français l'ont bien compris.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Et deuxièmement c'est un contexte de reprise mondiale, les économies repartent et donc ont besoin de pétrole. Donc, j'y réponds. L'État, et nous l'avons dit, y compris la semaine dernière, est évidemment très vigilant à cette hausse, il a déjà fait sur le contrôle du prix de l'électricité, il a déjà annoncé, il y a maintenant 15 jours, le blocage du prix du gaz, et il évalue différents dispositifs qui ont déjà été, d'ailleurs, pratiqués dans l'histoire – je le dis parce qu'on peut se retrouver aussi chaque année si les mesures ne sont pas structurelles. Donc, il y a deux blocs de réflexion, le bloc de réflexion à court terme, autour du contrôle du prix des carburants, et Barbara POMPILI s'est exprimée tout à l'heure sur une chaîne concurrente et a dit qu'il y avait un travail autour de différents dispositifs pour aider à la fois les gros consommateurs de carburant, des dispositifs qui visent aussi, au travers de chèques carburant…

LAURENCE FERRARI
C'est quoi, des chèques carburant, c'est ça ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
En fait, vous savez, tout ça est connu parce que ça fait des années qu'on est confronté…

LAURENCE FERRARI
Non, mais je comprends, mais pour les Français c'est aussi une réalité.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
D'accord, mais c'est pour ça que je viens aussi sur la seconde partie, le travail plus structurel pour ne plus dépendre des énergies fossiles et du pétrole. On travaille effectivement autour de chèques, avec l'idée d'aider à la fois les plus précaires, les moins aisés en France, et ceux qui sont les plus gros consommateurs de carburants, parce qu'on sait très bien, l'exemple d'une infirmière par exemple…

LAURENCE FERRARI
La majorité des Français.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Oui mais surtout certains, comme les infirmières, ou d'autres, sont payés au forfait, et quand vous avez effectivement le prix du carburant qui augmente, c'est vos marges qui diminuent, donc il y a un travail autour de différents dispositifs…

LAURENCE FERRARI
Pour ces professions-là il y aura une aide spécifique, pour, je ne sais pas, les transporteurs ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
L'idée c'est d'évaluer, de regarder, des dispositifs qui permettent de répondre aux difficultés que rencontrent ceux qui sont les gros consommateurs de carburant d'une part et les ménages les plus fragiles d'autre part, c'est ça qu'évalue le gouvernement actuellement.

LAURENCE FERRARI
Et pour ceux qui sont juste au-dessus, les classes moyennes, vous savez, qui ont un pavillon de banlieue, on va en reparler tout à l'heure parce que votre consœur du Logement a fait une déclaration qui surprend un peu, ceux qui ont un pavillon et qui doivent prendre leur voiture, faire 80 kilomètres parfois par jour, il n'y a rien pour eux en fait, et eux ils se sentent complètement oubliés.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
En fait depuis 2017 il y a une politique qui s'appelle la politique du pouvoir d'achat, vous voyez, et en fait elle marche, parce que depuis 2017, quand on regarde vraiment les chiffres et qu'on s'accroche aux chiffres, on voit que pour les ménages, pour les classes moyennes, pour la classe populaire comme vous dites, depuis 2017 la hausse de pouvoir d'achat elle s'étale, selon la composition du ménage, entre 700 euros et plus de 2500 euros, parfois un peu plus…

LAURENCE FERRARI
Donc tout ça va être évidemment complètement partie en fumée avec les hausses sur l'énergie.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Mais il faut rappeler les faits, voyez ?

LAURENCE FERRARI
Je suis entièrement d'accord avec, mais maintenant concrètement, vous ne m'avez toujours pas répondu, qu'est-ce qui est prévu pour que les Français soient moins assommés par les hausses des prix des carburants, est-ce qu'il ne faudrait pas bloquer les taxes flottantes, allez, faisons un truc très concret, taxes flottantes sur le carburant, on les bloque, oui ou non ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Non, mais si bloquez les taxes, ça a déjà existé ce dispositif… d'abord, bloquer les taxes c'est se priver de ressources fiscales pour financer les services publics…

LAURENCE FERRARI
Non mais…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Non, non, mais il faut toujours faire la fin de l'histoire, parce que ceux qui nous disent…

LAURENCE FERRARI
On sait qu'on paiera, les taxes seront toujours là.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Oui, enfin… bloquer les taxes, ça fait partie des éventails, ça fait partie des dispositifs qui sont évalués, mais on sait, on connaît les effets de bloquer les taxes. Je l'ai dit, la priorité de ce gouvernement c'est d'aider les ménages qui sont les plus fragiles et les gros consommateurs de carburant, après que ça passe par une revue fiscale du dispositif, que ça passe par ces chèques, que ça passe par des aides directes aux plus gros consommateurs de carburant, c'est le Premier ministre qui l'annoncera dans les jours, dans les semaines qui viennent, mais, je le dis, la philosophie c'est celle-là. Et deuxième élément très important, c'est construire la fin de notre dépendance au pétrole, et ça renvoie à toute notre politique sur l'énergie électrique, sur l'électricité, sur le nucléaire, sur le déploiement des véhicules électriques, je vous le dis, on aura 1 million de bornes, par exemple, d'ici à la fin de l'année, on a une politique qui vise à accompagner de façon très forte l'acquisition des véhicules électriques…

LAURENCE FERRARI
Ça reste encore infinitésimal par rapport à l'ensemble des Français…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
On a, en gros, 1%. Pour donner les chiffres, on a 40 millions de véhicules en France, on en a à peu près 1%, 600 000 véhicules aujourd'hui, mais ce sera 3 millions en 2025, donc ça progresse très très vite, 10 millions en 2030…

LAURENCE FERRARI
On a un parc automobile de…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
De 40 millions. Mais, voyez, 10 millions en 2030, 20 millions en 2035, ça va très très vite.

LAURENCE FERRARI
C'est vrai que c'est une option d'avenir, mais pour l'instant… très concret aujourd'hui…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
C'est une option d'avenir, et c'est une option environnementale, et pour le pouvoir d'achat. Je rappelle quand même qu'à la fin de la fin, ce qu'on vise c'est d'avoir un plein, une recharge électrique, qui sera en moyenne 6 à 8 fois moins chère. Donc ce que je veux dire, il faut répondre maintenant, mais il ne faut pas occulter ce qu'on est en train de faire pour l'avenir, parce que ce qu'on construit c'est l'indépendance français évidemment sur le plan énergétique et c'est aussi une politique…

LAURENCE FERRARI
Mais on a l'impression que vous êtes hors-sol un peu tous là avec ce langage techno au gouvernement…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Parce qu'on répond sur le…

LAURENCE FERRARI
Non, non, mais voilà, c'est très concret…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
C'est très démagogique.

LAURENCE FERRARI
Pierre CHASSERAY de l'association 40 Millions d'automobilistes dit il faut agir maintenant, pas dans une semaine…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
C'est très démago ce que vous dites.

LAURENCE FERRARI
Non, ce n'est pas démago, c'est la réalité, on a l'impression que vous êtes déconnecté de ce que vivent les Français…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Ce qui est déconnecté c'est ce qu'ont fait tous les gouvernements précédents, c'est de répondre maintenant sans jamais préparer l'avenir, ça c'est très déconnecté, parce que vous résolvez le sujet maintenant, l'année d'après il revient. Ça fait combien de fois qu'on parle de l'augmentation du prix du pétrole à l'échelle de la vie politique que vous avez commentée, combien de fois, 10 fois, 20 fois, ça revient tout le temps. Pourquoi ? Parce que fondamentalement les responsables politiques n'ont jamais pris justement les décisions qui engagement l'avenir. Donc il faut les faire les deux, le en même temps positif, c'est-à-dire répondre maintenant et préparer l'avenir, le reste, c'est de la facilité, de la démagogie.

LAURENCE FERRARI
Les taxes sur le carburant ça reste un dogme et en fait on a l'impression que personne ne veut y toucher.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Les taxes sur le carburant c'est la question de… d'abord c'est la question de faire des choses qui soient efficaces, c'est la question d'aider ceux qui en ont le plus besoin puisqu'on parle là de personnes qui ont besoin de leur voiture pour travailler, qui n'ont absolument pas accès par exemple aux transports en commun, donc c'est ça le sujet, c'est faire des choses qui soient efficaces, donc aider ceux qui en ont le plus besoin et aider ceux qui consomment le plus de carburant. Donc après moi, si vous voulez, je suis agnostique en la matière, qu'on fasse des taxes, des chèques, des aides directes, ça m'est égal, du moment que c'est efficace.

LAURENCE FERRARI
Les taxes, vous savez les faire, mais baisser c'est ça que vous savez un peu moins faire.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Vous êtes obsédée par les taxes.

LAURENCE FERRARI
Oui, mais je trouve que les Français aussi.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Non, les Français sont obsédés par le pouvoir d'achat, pas par les taxes, ils veulent une solution.

LAURENCE FERRARI
Vous pensez qu'il n'y a pas un lien entre les deux ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Je pense qu'il y a des liens, mais vous savez les taxes c'est aussi les services publics, c'est aussi le…

LAURENCE FERRARI
Ah oui ! Aujourd'hui on va payer la redevance audiovisuelle

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Vous voulez la baisser ?

LAURENCE FERRARI
Je voudrais vraiment saluer tous les téléspectateurs qui vont payer la redevance audiovisuelle. Est-ce que vous avez peur d'un retour des Gilets jaunes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Non, vous j'ai l'impression que vous aimeriez bien le retour des Gilets jaunes…

LAURENCE FERRARI
Ah non, pas du tout.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Mais moi, vous savez, la peur en politique c'est quand même plutôt un mauvais conseiller, donc je n'ai peur de rien, je suis attentif à tout.

LAURENCE FERRARI
Un petit mot de ce qu'a dit Emmanuelle WARGON, je l'ai évoquée rapidement tout à l'heure, elle dit "le modèle du pavillon avec jardin n'est pas soutenable et nous mène dans une impasse, ce rêve construit pour les Français dans les années 70, qui dépend de la voiture pour les relier, est un non-sens écologique, économique et social." 50% des Français habitent aujourd'hui dans des pavillons, 75% en rêvent, notamment à la lueur de confinements où le fait d'être dans les immeubles a été très pénibles pour un certain nombre de Français, vous voulez maintenant dire aux Français comment il faut qu'ils construisent leur maison et qu'il vaut mieux les regrouper dans des grands ensembles urbains ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
D'abord je crois qu'elle n'a pas dit que ça, je crois qu'elle est revenue partiellement sur ses propos, en tout cas qu'elle les a complétés.

LAURENCE FERRARI
D'accord, elle a rétropédalé.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
En tout cas elle les a complétés. Tout ce que vous avez dit est vrai, sur le rêve des Français, mais moi je suis pour la liberté vous voyez. Après ce qui est sûr c'est qu'il faut que ces rêves, ces organisations, ces aménagements du territoire, soient compatibles avec tout ce qu'on fait par ailleurs, et notamment avec notre combat contre la lutte du dérèglement climatique, qui est aussi une réalité, donc voilà, je crois que Madame WARGON a répondu pour elle-même.

LAURENCE FERRARI
Par pour l'ensemble du gouvernement. Un mot de la politique. On a la campagne présidentielle qui est en train de se dessiner, le président est déjà en campagne sans vous le dire ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Le président est président, vous connaissez ça assez bien…

LAURENCE FERRARI
Oui, mais enfin, il fait beaucoup de déplacements et…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
En tout cas je constate qu'il y a beaucoup de candidats à la présidentielle et que beaucoup, effectivement, sont en campagne.

LAURENCE FERRARI
Tous ne sont pas encore déclarés, comme vous le savez. Est-ce que, encore une fois, le fait qu'Emmanuel MACRON soit toujours en tête dans les sondages et que, voilà, il y a beaucoup de choses qui se passent à droite, est plutôt une bonne affaire pour vous ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Moi je crois que les sondages sont toujours faux et singulièrement à six mois des…

LAURENCE FERRARI
Même ceux pour le président ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Je rappelle que ça serait une illusion que de les croire. Je rappelle qu'en 95 BALLADUR était élu depuis très longtemps, en 2017, si vous regardez en 2017, ce n'est pas si loin, c'était Alain JUPPE qui caracolait en tête et qui très probablement organisait déjà son arrivée à l'Elysée.

LAURENCE FERRARI
Donc là c'est Emmanuel MACRON qui caracole en tête, donc il n'est pas sûr du tout d'être élu en 2023 ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Moi je ne regarde pas tout ça et je pense qu'il est sain pour un homme, une femme politique, de ne pas regarder tout ça parce que l'avenir, en tout cas le passé nous a montré que bien souvent ce sont des illusions à six mois des échéances.

LAURENCE FERRARI
Donc vous ne regardez pas ce qui se passe du côté de la droite, l'irruption d'Eric ZEMMOUR…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Ah mais je regarde, je suis passionné de politique.

LAURENCE FERRARI
De la baisse de Marine LE PEN. Qu'est-ce que ça vous inspire Eric ZEMMOUR ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Eric ZEMMOUR ça m'inspire qu'il est habile sur le plan rhétorique, il vit une France où il fantasme une France ethnoculturelle, une France…

LAURENCE FERRARI
Ethnoculturelle ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Ça veut dire qu'il ramène tout le monde à ses origines ethniques ou culturelles, qu'il distingue les gens à raison de leur origine sociale, de leur race, comme il dit souvent, il ramène chacun…

LAURENCE FERRARI
De race ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Oui, il le dit, il ramène chacun à ses distinctions, souvent à ses frustrations, à ses discriminations, en ça il a une politique d'ailleurs assez "wokiste" puisqu'en fait ça vise à faire l'addition…

LAURENCE FERRARI
ZEMMOUR est "wokiste", on est lundi matin…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
En quelque sorte – oui, c'est lundi matin – ce n'est pas si faux. Vous savez, le wokisme, fondamentalement c'est de faire de l'addition de vos frustrations, de vos discriminations, ressenties ou réelles, une forme de levier pour soutenir une politique, c'est un peu ce que fait Eric ZEMMOUR, voyer ?

LAURENCE FERRARI
Mais il ne pense pas à la nation française et à l'identité ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Je pense qu'il fantasme une France coloniale, où globalement…

LAURENCE FERRARI
Coloniale ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Oui, non mais coloniale, la France de l'Empire qu'il fantasme c'est une France qui était coloniale, c'est une France d'ailleurs où les femmes étaient, ce n'est pas moi qui le dit, mais c'est plutôt assez juste, où les femmes étaient plutôt aux fourneaux, il l'a d'ailleurs assez assumé, il a cette espèce de fantasme absolu sur les prénoms, en tout cas cette obsession sur les prénoms. Je ne suis sûr, voyez… fondamentalement je comprends que ça fasse un bon produit médiatique, je comprends ça, je comprends que l'immigration soit son obsession absolue, je ne suis pas sûr que ça rencontre tout à fait les préoccupations actuelles des Français. Vous parliez du pouvoir d'achat, moi sur le terrain on me parle pas mal du pouvoir d'achat, on me parle peu d'immigration…

LAURENCE FERRARI
On doit beaucoup vous en parler du pouvoir d'achat.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Oui, enfin pas du tout des prénoms, et assez peu de la nostalgie de l'Empire, vous voyez, mais c'est intéressant sur le fond, pour le coup il pose des débats intellectuels qui sont intéressants.

LAURENCE FERRARI
Oui, et le gouvernement ne se prive pas de lui envoyer ses pics les plus sévères, vous vous l'avez traité de "wokiste", Clément BEAUNE dit qu'il est un "révisionniste pro-Vichy", donc il n'y pas de mots assez durs pour qualifier Monsieur ZEMMOUR, c'est donc un adversaire potentiel pour Emmanuel MACRON.

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Non, mais il a le mérite au moins, il a le mérite de poser, et je crois que c'est important en politique, la question du destin de la France, Monsieur ZEMMOUR il parle du destin de la France, et je crois que les politiques, contrairement à une pratique qui a prévalu, une pratique essentiellement gestionnaire où chacun se faisait la guerre pour savoir combien de fonctionnaires ils allaient supprimer, lui il a le mérite de poser ce débat-là du destin de la France, et je pense qu'il faut répondre, quand on est un homme, une femme politique, et qu'on vise la magistrature suprême, il faut répondre à la question du destin de la France. Lui il répond d'une façon qui est, à mon avis, tout à fait contestable.

LAURENCE FERRARI
Du côté des Républicains, Valérie PECRESSE et Xavier BERTRAND ont repris leur carte d'adhérents…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Grand retour en arrière.

LAURENCE FERRARI
Ça veut dire que c'est la stratégie d'unité qui paye, ils ont compris que la division était mortelle ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Je crois qu'ils ont mis en œuvre la stratégie du reniement. Ils avaient annoncé l'un et l'autre ne jamais revenir dans un parti qu'ils jugeaient moribond, Monsieur BERTRAND nous a dit que "je ne prendrai jamais la carte LR, jamais", vous savez moi je…

LAURENCE FERRARI
Une primaire jamais…

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
En fait ils renouent avec leur ex-famille politique, en général renouer avec les ex ça ne porte, en général, pas souvent bonheur.

LAURENCE FERRARI
Est-ce qu'il y a un risque d'effacement des Républicains, est-ce que le mouvement qu'a enclenché Edouard PHILIPPE à droite avec son nouveau parti "Horizons", le phénomène ZEMMOUR de l'autre côté de l'échiquier, est-ce que ça peut amener un effacement des Républicains ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Je pense qu'on a connu l'effacement du PS un peu pour les mêmes raisons, je pense pour des raisons fondamentalement d'absence de culture de la vie des idées et de maintien de l'appareil partisan pour lui-même, et là on observe un peu ça, on a eu très très peu de production intellectuelle dans les Républicains et on voit bien que, à la fois au centre par Emmanuel MACRON qui a prôné et mis en œuvre ses déplacements politiques, et à l'extrême droite, à la droite souverainiste, on l'appelle comme on veut, on voit bien qu'effectivement les LR sont devenus un… les Républicains, un appareil partisan, à défaut d'être un parti qui incarne le renouvellement des idées, ça c'est leur problème, moi je constate qu'effectivement c'est une réalité et un risque pour eux.

LAURENCE FERRARI
Et du côté de la République en Marche ! Il y a une grande production intellectuelle ? Que va devenir En Marche ! D'ailleurs, est-ce que le fait que "Horizons" se mette en place signifie aussi le risque d'effacement de la République en Marche !?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
J'ai toujours été, d'abord je l'ai dit, je crois, à votre micro il y a plusieurs mois, j'aurais aimé qu'on fasse plus de production des idées, il y a d'autres enceintes dans lesquelles les choses se sont déroulées un peu différemment. Moi j'avais été intéressé à une époque à "Territoires de progrès" justement, parce que ça partait de la production et de la vie des idées, et je pense que dans le moment qu'on connaît, avec des grands mouvements dans le monde, la confrontation entre la Chine et les États-Unis, le dérèglement climatique, on a besoin de produire des idées, on a besoin de réinventer un modèle français, et donc ça part de là, et la vie politique ça part de la vie des idées, je ne dis pas qu'on a particulièrement réussi ça à la République en Marche ! "Horizons" se veut être un contributeur à la vie des idées, se projetant plus loin, 2030, 2040…

LAURENCE FERRARI
Vous en serez de "Horizons" ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Non, moi j'ai été… je me suis rallié à Emmanuel MACRON très tôt, avant son élection à la présidence de la République, j'ai fait campagne sous la bannière "En Marche !" en 2017, j'ai été élu député, j'ai eu l'honneur de faire 2 ans de gouvernement, donc moi je suis macroniste, si on peut dire les choses comme ça, et ma loyauté elle est sans équivoque, mais participer…

LAURENCE FERRARI
Ce qui veut dire que ce n'est pas la même chose pour Edouard PHILIPPE, en creux ?

JEAN-BAPTISTE DJEBARRI
Non, non, je veux dire par là que contribuer à la vie des idées, parce que c'est ça le sujet, ça se veut être une addition à la majorité présidentielle, contribuer à la vie des idées c'est évidemment positif.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Jean-Baptiste DJEBARRI d'être venu ce matin, on a hâte de savoir quels sont les dispositifs que va mettre en place le gouvernement pour permettre aux Français de respirer un peu face à la hausse des taxes sur l'essence. Merci beaucoup d'être venu ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2021