Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, avec France Info le 18 novembre 2021, sur les pénuries de matières premières, l'aciérie Ascoval, l'emploi dans la restauration, l'épidémie de Covid-19, l'hydrogène vert et le "made in France".

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Les cours des matières premières s'envolent : acier, aluminium, magnésium pour ne citer qu'eux. Est-ce que ça menace l'économie française ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ç'a un impact sur l'économie française, en particulier l'industrie, mais je crois qu'il faut faire une distinction entre ce qui va être un phénomène conjoncturel qui est lié à la désorganisation des chaînes de production mondiales. Vous savez que le virus circule, il circule en Asie donc il y a des arrêts de production ici et là. Il circule également en Europe et le commerce international est très perturbé par ça et le coût du transport du commerce international a été multiplié quasiment par dix. Donc ça, c'est le premier impact. Le deuxième impact, c'est un impact de plus long terme. On le voit sur les semi-conducteurs. Les semi-conducteurs aujourd'hui, on en a besoin partout et la production de semi-conducteurs mondiale ne s'est pas adaptée et les Européens…

MARC FAUVELLE
Là, le Covid n'y est pour rien.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Là le Covid n'y est pour pas grand-chose. Un petit peu quand même mais c'est une tendance de fond et là, la question c'est comment on réindustrialise l'Europe. C'est une question qui n'est pas propre à la France. Et comment on fait en sorte d'être moins dépendant de productions qui viennent de très loin et c'est toute la politique que nous menons au travers du plan de relance et au travers du plan France 2030, d'augmenter significativement nos productions sur ces intrants critiques comme on les appelle. C'est souvent des produits qui ne coûtent pas très cher à produire mais qui sont absolument essentiels derrière dans la production.

SALHIA BRAKHLIA
Alors ces pénuries de matières premières, elles ont un impact direct sur nos entreprises. RENAULT a déjà annoncé qu'elle produira 500 000 voitures de moins cette année. Est-ce qu'à votre connaissance il y a d'autres entreprises comme ça qui sont obligées de produire beaucoup moins ou carrément de se mettre à l'arrêt en France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je veux juste préciser une chose : c'est que ces 500 000, c'est pour RENAULT mondial, pour un peu rassurer par rapport à l'empreinte française.

SALHIA BRAKHLIA
Tout à fait.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais néanmoins, c'est très important. C'est très important et on sait qu'il y a des sites qui sont en sous-cadence, voire qui sont en arrêt ou qui seront arrêtés assez longtemps autour de la fin d'année pour justement s'ajuster à cette situation, et c'est la question des semi-conducteurs qui n'est pas celle de l'acier et qui n'est pas celle de l'aluminium. Il faut bien distinguer, je crois, les deux choses.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a d'autres secteurs qui peuvent se mettre à l'arrêt à cause de ces matières premières qui sont de plus en plus rares.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On sent des tensions sur les semi-conducteurs, un petit peu dans l'aéronautique et dans certains secteurs, mais c'est aussi lié à la politique de commandes qu'ont fait les entreprises. Je vous donne un exemple : SEB aujourd'hui qui utilise des petits semi-conducteurs dans ses robots, SEB a réussi à se faire livrer plus de 90% de ses semi-conducteurs parce qu'ils avaient maintenu très fort leurs commandes pendant la crise. Donc c'est aussi l'impact, en fait, des décisions qui ont été prises par les entreprises en 2020 et de leur capacité à avoir maintenu voire augmenté leurs commandes ou pas.

MARC FAUVELLE
Qui dit rare, Agnès PANNIER-RUNACHER, dit souvent plus cher aussi. Pour rester dans l'exemple qui est le nôtre depuis quelques instants, celui de l'automobile, est-ce que les voitures neuves vont coûter plus cher dans les mois qui viennent ? Au-delà des délais pour les livraisons qui se sont allongés considérablement ces derniers mois ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
À ce stade, cette question n'est pas encore posée sur la question du prix des voitures. Et vous savez que l'automobile a une caractéristique : c'est que depuis des années, les modèles se modernisent, ils s'enrichissent. Et pourtant en moyenne, les prix sont relativement stables puisque c'est toute la logique de pouvoir vendre des voitures qui correspondent à différents niveaux de pouvoir d'achat : le prix entrée de gamme, le prix moyenne gamme.

SALHIA BRAKHLIA
Mais là, si la fabrication coûte beaucoup plus cher, impossible pour RENAULT de ne pas répercuter ces hausses de fabrication aux clients.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il faut faire confiance aux fabricants automobiles aussi pour faire ce qu'on appelle du décompte hunting : c'est-à-dire savoir trouver les… Alors c'est on enlève du service dans la voiture, c'est-à-dire enlever des fonctionnalités qui coûtent un petit peu cher et qui permettent d'être toujours dans un prix compétitif. Peut-être vous avez un peu moins de semi-conducteurs dans la voiture, néanmoins elle continue à être une bonne voiture bien positionnée dans sa gamme.

SALHIA BRAKHLIA
Agnès PANNIER-RUNACHER, d'après les syndicats l'aciérie ASCOVAL à Saint-Solve dans le Nord va délocaliser temporairement 40 % de sa production en Allemagne à cause des coûts de l'énergie trop élevés en France. Est-ce que vous trouvez ça normal ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je ne trouve pas ça normal du tout, et c'est pour ça que je suis évidemment en contact avec les salariés d'ASCOVAL d'une part, mais également la nouvelle direction de SAARSTAHL. Ce qu'il faut savoir, c'est que d'abord la décision n'est pas prise. C'est une décision qui en train d'être réfléchie. Deuxièmement qu'effectivement c'est temporaire puisque c'est en lien avec - parce que c'est lié à une situation d'augmentation du prix de l'électricité qui est temporaire.

MARC FAUVELLE
On explique : en France, ça fonctionne à l'électricité ; en Allemagne, c'est au charbon cette entreprise. Donc c'est une mauvaise nouvelle pour l'emploi en France, c'est aussi une mauvaise nouvelle pour la planète.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors on va remettre les choses en perspective. Si c'est temporaire, c'est que ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle pour l'emploi. C'est-à-dire que ça suppose qu'on peut maintenir les effectifs.

MARC FAUVELLE
C'est fait ou ce n'est pas fait ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas fait, c'est ce que je viens de vous dire.

MARC FAUVELLE
Donc on n'est pas sûr pour l'instant qu'une partie des emplois va être temporairement délocalisée vers l'Allemagne.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non. Ça, ce n'est pas fait.

MARC FAUVELLE
D'accord.

AGNES PANNIER-RUNACHER
1/ Ce n'est pas fait. 2/ À ce stade, ça peut être aussi du chômage partiel ou l'activité partielle ou de ralentissement de cadence. On parlait de l'automobile tout à l'heure, lorsque les sites ralentissent leur cadence vous n'avez pas immédiatement une suppression d'emplois. Il faut être précis. 3/ Nous sommes en discussion avec SAARSTAHL parce que nous, nous avons pris des mesures dans le projet de loi de finances, précisément pour compenser une partie du prix de l'électricité sur ces entreprises qui utilisent beaucoup d'électricité. Et notamment faire en sorte que la compensation carbone - je ne vais pas rentrer dans le détail - soit plus importante cette année, parce que le coût de la tonne de carbone a augmenté et que, plutôt que de rembourser un coût de la tonne carbone qui est basé sur 2020 et qui était beaucoup plus bas, on se base sur la réalité du coût de la tonne de carbone aujourd'hui. C'est 600 000 euros aujourd'hui.

SALHIA BRAKHLIA
Donc vous dites quoi à ces dirigeants ? " Ne délocalisez pas, on va vous aider, il n'y a pas besoin de délocaliser 40% de la production. "

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est absurde d'aller balancer - parce qu'il s'agit de balancer des cadences, donc ce n'est pas une délocalisation comme on se l'imagine - de balancer des cadences et de fabriquer plus d'acier dans des usines qui polluent plus, alors qu'on est un instrument qui s'appelle ASCOVAL, qui fonctionne à l'électricité, qui produit de l'acier vert, qui d'ailleurs est une pépite au sein du groupe SAARSTAHL pour une question ponctuelle le prix de l'électricité.

MARC FAUVELLE
Mais vous préférez du chômage partiel en France plutôt qu'une délocalisation partielle en Allemagne ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pardon j'ajoute un point. Le contrat qui lie l'aciérie d'ASCOVAL avec EDF va changer au 1er janvier, c'est-à-dire qu'il va être sur un coût de l'électricité qui est stabilisé, et donc ça va permettre de travailler. (…)

SALHIA BRAKHLIA
Ces dernières semaines, on a beaucoup parlé des pénuries de main-d'oeuvre dans les secteurs de la restauration, de l'hôtellerie ou du BTP. Aujourd'hui, combien de postes restent à pourvoir dans l'industrie ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Un peu plus de 70 000 postes sont à pourvoir dans l'industrie. Pour vous donner un point de comparaison, on était à 40 000 avant la crise sanitaire. C'est une très bonne nouvelle parce que ça veut dire que l'industrie a redémarré et qu'elle recrute. Pour vous donner une idée, le plan de relance c'est plus de 30 000 créations de postes, donc ça c'est le côté positif. Evidemment les difficultés de recrutement sont un handicap pour accompagner cette relance.

MARC FAUVELLE
Il faut augmenter les salaires ? Bruno LE MAIRE dit : " dans la restauration il faut le faire, sinon on n'y arrivera pas. " Est-ce que vous dites la même chose, vous aujourd'hui, aux patrons de l'industrie française ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je dirais deux choses. Dans la restauration, on est sur des salaires qui sont proches du SMIC, donc on voit bien que c'est un sujet qui est central. Dans l'industrie, c'est le secteur privé qui a le moins de salariés payés au SMIC. Après lorsqu'on regarde dans le détail, vous avez certains secteurs de l'industrie qui ont cette situation assez proche de l'hôtellerie-restauration - je pense à l'agroalimentaire où vous avez une proportion plus importante de salariés payés au SMIC - et donc la question du salaire est effectivement un des points bloquant. La question des conditions de travail aussi. Les conditions de travail ont énormément progressé dans l'industrie, notamment dans tout ce qui est métallurgie, aéronautique, automobile avec l'automatisation. Donc on porte moins de charges, les cadences sont plus faciles à vivre. Mais si vous prenez encore une fois l'agroalimentaire, parce que c'est plus difficile à mécaniser, à robotiser, les conditions de travail sont plus dures donc c'est probablement les deux éléments qui sont un frein aujourd'hui aux recrutements.

MARC FAUVELLE
Et donc dans ces secteurs, vous dites à tout le monde : " on se met autour de la table et on essaie de trouver une solution et d'augmenter les salaires " ? À part dire ça, est-ce que vous avez d'autres leviers aujourd'hui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Quand vous avez une pénurie de main-d'oeuvre, il faut se mettre autour de la table et poser les points qui bloquent. Sur l'industrie, moi il y a un combat que je veux mener, c'est celui aussi de l'attractivité des métiers. Lorsque vous interrogez les parents, lorsque vous interrogez les Français, ce n'est pas un secteur dans lequel ils se projettent positivement. Et on le voit, c'est aujourd'hui un des plus gros freins pour venir dans l'industrie alors que, je le redis, les salaires sont en moyenne plus élevés que dans beaucoup d'autres secteurs à diplôme égal. Dans l'industrie, il n'est pas rare d'être payée deux fois le SMIC, par exemple dans un grand groupe où vous avez le 13ème mois, parfois le 14ème mois, la participation, l'intéressement.

SALHIA BRAKHLIA
Donc il faut changer l'image en fait.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc il faut aussi ne pas réduire l'industrie à une seule situation, et ça n'enlève rien à certaines petites entreprises et certains sous-secteurs de l'industrie qui payent moins bien que l'ensemble de l'industrie.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a la question des salaires mais il y a aussi la question de la précarité des contrats, plus généralement tous secteurs confondus. Jean-Luc MELENCHON était l'invité du 20 heure de TF1 hier soir et il fait cette proposition. Ecoutez.

JEAN-LUC MELENCHON, CANDIDAT LA FRANCE INSOUMISE A LA PRESIDENTIELLE 2022
Je n'accepte plus que 85% des contrats d'embauche, quand il y a des embauches comme ça se passe en ce moment, 85% c'est des CDD. C'est insupportable ! Il doit y avoir un nombre maximum : 5% pour les très grandes entreprises, 10%. Ça suffit de maltraiter les gens.

SALHIA BRAKHLIA
Fixer un nombre maximum de CDD dans les entreprises, est-ce que c'est envisageable ? Est-ce qu'il a raison de proposer ça Jean-Luc MELENCHON ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors d'abord, Jean-Luc MELENCHON n'est peut-être pas très habitué à ce que s'écrit qu'une entreprise parce que, je vous prends un exemple : dans les loisirs, quand vous gérez des parcs d'attractions, vous avez des saisonniers. C'est-à-dire que matériellement, vous ne pouvez pas faire des contrats de travail qui soient plus longs que l'ouverture…

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous parlez d'un secteur en particulier.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais attendez, les secteurs qui ont des hauts et des bas, enfin des pointes de saisonnalité importantes, c'est une grande partie des secteurs. Je vous parle des loisirs, je peux vous parler de l'hôtellerie, je peux vous parler de la restauration. L'hôtellerie-restauration dans le Sud de la France n'a pas le même rythme que l'hôtellerie-restauration à Paris. C'est quand même une des grandes explications du pourcentage de CDD. La deuxième chose, c'est que le CDD de plus de 6 mois qui est celui qu'on retrouve le plus dans l'industrie, ce sont souvent des CDD qui sont le premier point d'entrée avant d'avoir un CDI, et ce sont souvent des contrats qui se transforment assez rapidement en contrat stable. Donc la question que nous avons aujourd'hui, c'est comment faire en sorte de créer plus d'emplois, et ce gouvernement a créé près d'un million d'emplois en quatre ans. Le niveau de chômage n'a jamais été aussi bas, donc je pense qu'il faut faire attention à ce qu'on veut faire. Donner de l'emploi aux gens, faire en sorte qu'ils puissent progresser dans l'entreprise, c'est ça notre objectif. Ce n'est pas de mettre des verrous qui sont parfois inadaptés à des entreprises et qui, en fait, ne correspondent même pas aux attentes des salariés.

MARC FAUVELLE
Jean-Luc MELENCHON dit autre chose sur le sujet de la crise sanitaire. Il n'est pas le seul d'ailleurs à le dire, plusieurs épidémiologistes le réclament : c'est le retour des tests gratuits, des tests de dépistage gratuits qui sont redevenus payants pour les personnes non vaccinées depuis la mi-octobre. L'Allemagne qui les avait rendus payants vient de faire machine arrière. Est-ce qu'il faut faire la même chose face à la menace de la cinquième vague aujourd'hui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors d'abord, nous affrontons la cinquième vague dans des conditions qui n'ont rien à voir avec l'année dernière. Aujourd'hui, nous avons un taux de personnes vaccinées qui est un des plus élevés en France. Deuxièmement, les tests sont gratuits lorsqu'ils sont prescrits lorsque vous êtes cas contact dans la majeure partie…

MARC FAUVELLE
Mais vous savez que certaines personnes ne vont pas voir leur médecin du coup quand elles ont un doute.

SALHIA BRAKHLIA
Ça rallonge le délai en fait.

MARC FAUVELLE
Ça rallonge le délai et donc le nombre de contaminations puisqu'une personne non vaccinée peut contaminer jusqu'à 6 personnes en moyenne.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc l'enjeu, c'est quand même de faire progresser la vaccination. Moi je constate que depuis que le président de la République a parlé, vous avez eu un bond de la troisième dose, et c'est très important parce qu'il faut protéger les plus vulnérables…

MARC FAUVELLE
Et un bond récent des contaminations.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et pardon, un bond des primo-vaccinés. Un bond des primo-vaccinés. C'est une question de responsabilité collective. Plus on sera nombreux à être vacciné, plus on sera en capacité de lutter contre ce…

MARC FAUVELLE
Vous pouvez dire avec certitude qu'on ne reviendra pas à la gratuité des tests ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne dirai rien avec certitude parce que s'il y a une chose que j'ai appris dans cette crise, c'est qu'il faut s'adapter constamment et ajuster nos propositions, notre action à ce qu'il se passe.

SALHIA BRAKHLIA
Agnès PANNIER-RUNACHER, l'Etat veut aider les entreprises à moins polluer. Emmanuel MACRON a annoncé avant-hier un investissement de près de 2 milliards d'euros dans la filière hydrogène dans le cadre du plan France 2030 pour aider à décarboner l'industrie donc. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'objectif, c'est de remplacer le pétrole, le charbon par de l'hydrogène vert ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors il y a assez peu de charbon dans l'industrie française, comme vous le savez. C'est de remplacer le gaz naturel par de l'hydrogène vert et c'est d'électrifier massivement tous les processus, par exemple notamment lorsque vous avez besoin de chauffer de la matière. Aujourd'hui on utilise beaucoup de gaz naturel, demain on pourra utiliser de l'hydrogène vert. L'hydrogène carbone, d'ailleurs pas forcément vert, il est produit soit à partir du nucléaire qui n'a pas d'empreinte carbone, soit à partir des énergies renouvelables qui n'a pas d'empreinte carbone. Et ce qui est intéressant avec l'hydrogène, c'est que vous transformez… Vous avez de l'hydrogène liquide et vous pouvez en disposer quand vous en avez besoin, donc c'est une fonction de stockage pour les processus industriels mais également d'autres usages. On regarde pour le bateau, pour l'avion. On est en train d'inventer aujourd'hui une autre façon de produire. On est en train d'inventer des processus qui vont permettre de réduire drastiquement l'empreinte carbone de l'industrie. Et je veux rappeler une chose : c'est très important, parce que l'industrie c'est 20 % du problème des émissions carbone en France, mais c'est 100% des solutions pour décarboner toutes nos activités.

SALHIA BRAKHLIA
Alors comment vous faites ? Vous choisissez des usines, des entreprises qui polluent beaucoup et vous cherchez avec elles des solutions pour moins polluer ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui, vous avez cinq sites en France qui utilisent énormément, qui ont besoin de chaleur pour leur processus. Dans l'acier, on comprend bien, il faut faire fondre l'acier, dans l'aluminium, dans le ciment et dans la chimie. On a cinq sites qui représentent 30% des émissions de gaz à effet de serre industrielles en France, quinze sites qui en représentent 50%. Donc le problème, il est très bien connu. Et sur chacun de ces sites et chacune de ces filières très consommatrices en chaleur, nous avons une feuille de route dans laquelle nous avons des jalons et des investissements et on aide les entreprises à faire ce tournant. Ce qui fait qu'aujourd'hui, d'après certains experts, la France, grâce à ce gouvernement et à la politique que nous menons avec les filières, a une des feuilles de route à la fois les plus ambitieuses mais les plus crédibles en matière de décarbonation, de lutte contre le défi climatique dans l'industrie.

MARC FAUVELLE
On va parler d'un thème à la mode ces derniers temps dans un instant, c'est le made in France. Le salon se tenait il y a quelques jours, vous y étiez je crois.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait.

MARC FAUVELLE
De même qu'une bonne partie des candidats à l'élection présidentielle.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, j'y suis chaque année. C'est peut-être la différence avec beaucoup de candidats.

MARC FAUVELLE
Pour certains d'entre eux aussi mais on va en parler dans un instant. (…)
- Toujours avec la ministre chargée de l'Industrie, Agnès PANNIER-RUNACHER. Un cas concret, puisqu'on parle du " Made in France " si vous le permettez, ce sont les masques fabriqués en France, on a demandé aux fabricants français, quand le Covid est arrivé, de s'y mettre pour arrêter d'acheter des masques en Chine, ils disent aujourd'hui " nos masques ne sont plus rentables parce que le marché est inondé par des masques chinois dont les entreprises sont subventionnées par l'Etat chinois. " Un, est-ce que c'est vrai, et deux, si oui qu'est-ce qu'on peut faire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Un, c'est assez fondé, je n'ai pas une lecture précise du niveau de subventions ou pas par l'Etat chinois, ce qui est sûr c'est que les masques chinois coûtent très peu cher, ils sont produits en masse, et qu'il y a une tentation des Chinois…

MARC FAUVELLE
D'inonder le marché pour casser la concurrence.

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'inonder le marché européen, pour que toutes les chaînes de fabrication qui ont été montées se retrouvent étouffées et qu'ils reprennent le monopole de la fabrication.

MARC FAUVELLE
Et on ne peut rien faire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Qu'est-ce qu'on peut faire, si on peut faire des choses, d'abord on est tous des acheteurs de masques, donc on a tous la capacité à choisir nos masques…

MARC FAUVELLE
D'acheter des masques plus chers.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, acheter des masques plus chers, mais comme lorsque vous achetez un tee-shirt ou un pull plus cher parce qu'il est fabriqué en France, que peut-être il est de meilleure qualité, que peut-être vous allez avoir un acte qui permettra de maintenir les emplois dans ces filières, et surtout c'est comme quand vous payez une assurance, lorsque vous payez une assurance vous vous protégez contre un risque, et là le risque c'est des ruptures d'approvisionnement si ce type de situation se développe. Ensuite vous avez l'achat public, on a tous la capacité, acheteurs publics, l'Etat l'a fait, l'Etat a acheté un milliard de masques français l'année dernière auprès de huit entreprises…

MARC FAUVELLE
Aujourd'hui toutes les mairies, tous les départements, toutes les régions et toute la commande publique, en comptant celle de l'Etat, ce sont uniquement des masques français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est bien le sujet, et c'est pour ça que moi j'invite les acheteurs publics à effectivement faire attention dans leurs commandes de masques et, d'autant que possible, intégrer le risque de rupture d'approvisionnement et l'empreinte carbone de leurs masques, parce que vous savez que dans un marché public vous devez avoir des critères objectifs, mais là le critère objectif d'empreinte carbone il existe, faire venir un masque de l'autre bout de la terre ça n'a pas de sens écologiquement, et le critère de risque d'approvisionnement il existe, on l'a vécu l'année dernière, c'est-à-dire qu'on sait que du jour au lendemain votre commande elle n'arrive pas parce que finalement les bateaux ne transportent plus et les usines ne fabriquent plus, donc ce sont deux critères qui peuvent figurer dans les cahiers des charges des appels publics et permettre…

SALHIA BRAKHLIA
Ça, est-ce que c'est possible pour tous les produits, par exemple, Yves JEGO, qui est le fondateur de certification Origine France Garantie il propose de réserver 25% des marchés publics aux produits français, est-ce que ça c'est faisable ? Là on vous entend bien sur la question des masques, il y a des arguments…

AGNES PANNIER-RUNACHER
De manière générale…

SALHIA BRAKHLIA
Mais pour tous les produits ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
De manière générale il faut avoir une différenciation entre ce qui vient de l'Union européenne et ce qui vient du reste du monde. Dans l'Union européenne on ne peut pas avoir à la fois une exigence de pouvoir exporter vers les autres pays et de dire mais néanmoins quand il s'agit d'importer n ne vous prend pas - je pense à l'aéronautique, c'est même un sujet mondial, l'aéronautique française n'est puissante que parce qu'elle exporte mondialement - donc il faut que ce soit du donnant-donnant, c'est notre logique. Le donnant-donnant ça veut dire que lorsque vous importez ou vous exportez, vers des pays européens, vers des pays, je pense le Canada, ça doit être avec les mêmes règles du jeu, l'empreinte carbone, les contraintes environnementales et l'absence de subventions publiques, et moi je travaille aujourd'hui, dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne, pour qu'on passe à un règlement, au niveau européen, qui fasse que lorsqu'un pays subventionne une entreprise on puisse bloquer, et dans les marchés publics, et dans les rachats d'entreprises, la situation, et qu'on puisse regarder en disant non, ce n'est pas possible, c'est de la concurrence déloyale, donc il faut lutter contre la concurrence déloyale.

SALHIA BRAKHLIA
Donc de privilégier les produits français…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Par contre, sur la commande publique, on a énormément de leviers, et on y a travaillé beaucoup, je rappelle que c'est moi qui ai fait en sorte que dans le cahier des charges administratives générales, c'est-à-dire tout ce qui contrôle, enfin tout ce qui encadre la commande publique, il y ait une clause environnementale qui soit pré-rédigée, cette clause environnementale elle permet de privilégier des produits qui sont produits à proximité, elle permet à l'acheteur public de prendre des critères qui ne soient pas que le prix. Et on a vu que le rapport qualité-prix c'était important, on a vu qu'il faut regarder aussi la durabilité des produits, si vous achetez quelque chose qui se déchire, je pense à par exemple les gants, qui se déchirent en une utilisation, ça vous coûte beaucoup plus cher, les gants de protection…

SALHIA BRAKHLIA
Donc vous dites aux Français pensez aussi à la qualité et pas qu'au prix ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, c'est le rapport qualité-prix, nos grands-mères savaient très bien en user, donc retrouvons ce bon sens qui permet aussi de privilégier des approvisionnements à circuit court, et à proximité, et au bénéfice de nos PME et de nos emplois.

MARC FAUVELLE
On a appris, Agnès PANNIER-RUNACHER, dans la presse, qu'Emmanuel MACRON s'est un peu agacé ces derniers jours de voir ses ministres écrire des livres, est-ce que c'est votre cas à vous aussi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, d'abord moi j'ai effectivement, avec Elisabeth MORENO, écrit un livre d'entretien qui n'est pas sorti, donc…

MARC FAUVELLE
Vous l'avez envoyé à Emmanuel MACRON ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A ce stade non…

MARC FAUVELLE
Vous comprenez que ça puise l'agacer, le sentiment que ministre ce n'est pas un job à plein temps, qu'on a le temps d'écrire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors en l'occurrence, s'agissant d'Elisabeth MORENO et moi-même, c'est complètement intégré dans notre fonction, c'est-à-dire c'est un livre qui est un livre d'entretien, donc ce n'est pas un travail d'écriture extrêmement considérable, mais c'est surtout un livre de propositions et de recommandations sur les sujets sur lesquels nous travaillons, à savoir la parité…

MARC FAUVELLE
Mais quand vous entrez dans une librairie aujourd'hui, que vous voyez…

AGNES PANNIER-RUNACHER
La parité femmes-hommes.

MARC FAUVELLE
Le nombre de ministres qui ont le temps d'écrire des livres, vous ne pensez pas que ça peut étonner les Français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que si vous écrivez des livres qui sont au service des politiques que vous menez, qui sont la concrétisation des travaux que vous menez, en l'occurrence des livres de propositions, des livres de recommandations, ce n'est jamais que le prolongement de votre travail, et je crois que c'est important. Le prolongement de notre travail c'est aussi d'inscrire dans le long terme une vision, des ambitions, et je veux vous rassurer, je crois que le président de la République est très conscient de ça, l'idée étant de ne pas non plus être en autopromotion et auto-représentation, mais ça tous les ministres l'ont bien compris.

MARC FAUVELLE
Vous lui ferez quand même une belle dédicace ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Certainement.

MARC FAUVELLE
Oui, bon ! Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de l'Industrie, invitée ce matin de Franceinfo. Bonne journée à vous.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 novembre 2021