Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à RTL le 22 novembre 2021, sur les emplois dans l'industrie.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Alors, il y a 70 000 postes à pourvoir dans l'Industrie, il y en avait 40 000 avant la crise. On comprend que le problème n'est pas tellement le carnet de commandes, le problème c'est d'attirer les jeunes dans ce secteur. Comment on fait ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien il faut changer notre regard sur l'industrie. On le voit aujourd'hui, les jeunes ont une perception qui est décalée avec la réalité de l'industrie. Ce qui est logique, parce que vous n'entrez pas dans un site industriel par hasard, vous rentrez dans une boulangerie, vous avez des contacts avec un hôpital, vous êtes confronté à des policiers, tous ces métiers-là vous les connaissez quand vous grandissez. L'industrie, ce sont des sites fermés, et donc les représentations qu'on en a sont restées coincées dans les années 70, or aujourd'hui l'industrie, c'est un des secteurs dans lequel vous avez par exemple le plus faible taux de salariés payés au smic, c'est celui où vous en avez 3 fois moins que dans tout le reste du secteur privé. Et pourtant, on s'imagine que dans l'industrie on paie mal. Dans l'industrie, vous l'avez dit, on recrute.

ALBA VENTURA
On entendait tout à l'heure dans le Jura, un cariste qui se plaignait de gagner 11 € brut dans le cadre de notre reportage…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Cariste, ce n'est pas un métier industriel. Si vous me parlez de soudeur, si vous me parlez de chaudronnier…

ALBA VENTURA
Combien ça gagne un soudeur, alors ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Un soudeur, dans certains endroits, ça gagne plus de 2 fois le smic, donc c'est là où il faut changer notre regard. Pas partout, on trouvera toujours des contre-exemples, mais en moyenne, ce sont des métiers qui sont mieux rémunérés, ce sont des métiers où vous avez du travail, où on recherche, vous l'avez très bien dit en introduction de votre propos. Et puis ce sont des métiers où on contribue à la transformation environnementale, c'est les industriels qui sont à la pointe de la transformation environnementale…

ALBA VENTURA
Pour certains.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas pour certains…

ALBA VENTURA
Pour tous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sont eux qui sont en train d'inventer les solutions de production qui nous permettent de réduire notre emprunte environnementale, pas seulement en se transformant eux-mêmes, mais tout simplement, lorsque vous inventez le moteur décarboné, eh bien c'est dans l'industrie que ça se passe, parce que c'est l'endroit où on est capable, à la fois de faire de la recherche et développement, mais surtout de fabriquer pour des millions de personnes qui ont besoin de ces solutions environnementales. Et puis dernier point, les conditions de travail ont drastiquement évolué dans l'industrie. Alors, vous trouverez toujours des sites où c'est compliqué, je pense à l'agroalimentaire, mais ce n'est pas l'essentiel de l'industrie. Avec l'automatisation, aujourd'hui une femme qui pèse 50 kg, qui n'est pas nécessairement très musculeuse, peut parfaitement travailler, parce qu'on a surtout besoin de ses qualités d'équipe et de ses qualités, son intelligence, sa capacité à faire tourner une machine.

ALBA VENTURA
Vous allez nous refaire le couplet de l'industrie c'est magique ? Je dis ça, parce que vous avez été moquée, il y a un mois, un mois et demi, en disant…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais vous savez, c'est intéressant parce que c'est le terme que j'ai emprunté à des ouvriers, sur…

ALBA VENTURA
Ah, ce sont eux qui le disaient ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sont eux qui le disent. Lorsque vous regardez une coulée continue, ce sont eux qui le disent, et je pense qu'il y a énormément de fierté aussi dans l'industrie. Donc, c'est pour ça que ce regard a besoin de changer, et c'est pour ça que nous faisons cette opération Semaine de l'industrie, pour accueillir des jeunes…

ALBA VENTURA
Alors, j'allais y venir, c'est la Semaine de l'industrie, qui débute aujourd'hui, et vous allez mettre donc en relation des jeunes, avec des usines de production.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous allons ouvrir les sites, tout simplement. Laissons les jeunes se faire leur propre opinion sur ce qui est l'industrie, visiter des sites industriels, et nous attendons près de 700 000 visiteurs cette année, il y en avait 350 000 en 2018, et on doit effectivement continuer aussi à accueillir les professeurs, les encadrants, tous ceux qui ont un rôle dans l'orientation de ces jeunes.

ALBA VENTURA
Mais ça se passe comment ? C'est-à-dire ce sont des élèves, des classes qui se déplacent ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sont des classes qui visitent des sites industriels. Donc ils sont accompagnés souvent par des apprentis ou des alternants, donc des jeunes un peu plus vieux qu'eux, mais pour pouvoir se projeter, et qui leur expliquent comment tourne un site. Et nous allons faire des visites orientées sur filles et industrie, puisqu'on voit qu'il y a beaucoup… pas assez de femmes dans l'industrie, et que ce sont des métiers qui sont aujourd'hui intéressants pour elles, qui répondent à leurs aspirations, mais également autour de la transformation environnementale et autour de la robotisation, l'automatisation, puisque là encore on a des jeunes qui aiment la technologie et qui vont s'apercevoir que dans l'industrie il y a aussi beaucoup de technologies.

ALBA VENTURA
Mais quand même, qu'est-ce qui est le plus recherché aujourd'hui ? Est-ce qu'on recherche plus de soudeurs, d'électromécaniciens, de peintres industriels, de chaudronniers ? Ou bien des roboticiens, je ne sais pas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors…

ALBA VENTURA
Qu'est-ce qui est le plus recherché ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Soudeurs, tourneur-fraiseurs, ça ce sont des compétences qui sont extrêmement recherchées. Tous les techniciens quels qu'ils soient, de contrôle, de qualité, de maintenance industrielle, des conducteurs de ligne. Les conducteurs de ligne ce sont des ouvriers qualifiés qui vont avoir la charge, toute une série de machines automatisées. Voilà le type de postes qui sont aujourd'hui très recherchés dans l'industrie.

ALBA VENTURA
Agnès PANNIER-RUNACHER, il y a un outil aussi qui existe, ce sont les écoles de production. On en entend assez peu parler, je sais qu'aujourd'hui il y en a une quarantaine. Vous allez en lancer d'autres. Ça, ça sert à quoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les écoles de production, ça prend des jeunes à partir de 15 ans, jusqu'à 18 ans. Ce sont souvent des jeunes qui n'aiment pas l'école ou qui sont arrivés en France tardivement, ça peut être des mineurs non accompagnés, et pour qui le système classique scolaire ne fonctionne pas. Ces jeunes ils ont 2 ans pour se former à sur un CAP, et ce qu'on fait d'abord, c'est qu'on vérifie leur motivation. Ils passent une journée, s'ils disent « je continue », ils passent une semaine, et si au bout d'une semaine ils s'engagent, alors ils vont faire leur CAP. Et on a des taux de réussite incroyables.

ALBA VENTURA
Ça marche ? Et c'est payant ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas payant, ce sont des écoles où vous êtes accompagné par la Mission locale, un peu comme le système classique de l'école, mais ce qui fait la différence, c'est que vous travaillez pour de vrais clients, c'est-à-dire que les pièces que vous produisez elles vont aller dans un moteur d'AIRBUS, elles vont aller dans un moteur SAFRAN, elles vont aller dans une chaîne de production classique, et vous voyez vos clients. Donc vous avez de la fierté quand vous êtes un jeune. Vous ne travaillez pas pour rire, vous travaillez, vous êtes dans le vrai monde, et en même temps vous êtes très encadré, et les taux de réussite sont incroyables. Un jeune qui sort de ce type d'école, a cinq à six propositions d'emploi, et une fois sur deux, il décide de continuer ses études, alors qu'il était présumé fâché avec les études.

ALBA VENTURA
Je change de sujet. L'usine ASCOVAL de Saint-Saulve a finalement renoncé à exporter une partie de sa production en Allemagne. Cette décision avait été prise en raison du coût de l'énergie. Je voulais savoir s'il y avait d'autres entreprises qui sont dans cette situation, qui ne vont pas pouvoir payer leur facture d'électricité.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, il y a des entreprises qui sont dans une situation où elles voient effectivement leurs coûts de production augmenter du fait de l'augmentation du coût du gaz naturel, puisque la France est protégée naturellement par son recours à l'électricité. Les entreprises paient la moitié de leurs factures sur le coût du nucléaire qui est un coup extrêmement compétitif.

ALBA VENTURA
Il y a d'autres entreprises ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et l'autre moitié sur le coût du marché. Donc, ces entreprises peuvent être en situation parfois de ralentir leur production, ou peut-être même d'envisager des interruptions temporaires, le temps que le marché de l'électricité retrouve un niveau normal.

ALBA VENTURA
Mais combien à peu près ? Combien vous diriez, qui sont aujourd'hui en difficulté ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je dirais qu'il y en a… Si vous voulez il y a deux choses. Il y a leurs marges, qui sont pincées, mais d'entreprises qui arrêtent, il y en a relativement peu aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que le gouvernement a pris des mesures, je pense notamment à la compensation carbone. J'ai présenté un amendement au projet de loi finance pour faire en sorte justement de baisser la facture et la trésorerie que doit engager aujourd'hui les entreprises…

ALBA VENTURA
Madame la Ministre, pardon, c'est le Black Friday en fin de semaine, on entend sans cesse parler du " Fabriqué en France ". Quand même, il prend un coup non, le Made in France à cette occasion-là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, justement, nous avons lancé à l'occasion du Black Friday, l'idée d'avoir une indication de fabriqué en France. Alors, c'est France Industrie qui a pris cette… qui a fait ce choix d'entraîner derrière elle des distributeurs très importants, parmi les plus gros de la distribution, pour pouvoir, dans vos achats, vous montrer quelles sont les marchandises qui sont fabriquées en France. Et acheter français, c'est un acte citoyen. Ça n'est pas forcément mauvais pour votre portefeuille, parce que c'est souvent des marchandises plus durables…

ALBA VENTURA
Eh bien ça dépend, oui…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais surtout, vous rendez service à l'emploi, vous rendez service à la planète, et ça, ça n'a pas de prix.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci beaucoup.

YVES CALVI
Soudeur, chaudronnier, ils gagnent en moyenne 2 fois le smic. L'industrie est demandeuse et porteuse d'emplois, et d'emplois bien rémunérés, vient de nous dire notre ministre déléguée chargé de l'Industrie, Agnès PANNIER-RUNACHER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 novembre 2021