Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à Europe 1 le 22 novembre 2021, sur le débat des Républicains pour l'élection présidentielle, la culture française, la situation en Guadeloupe, la campagne pro-voile du Conseil de l'Europe et la « cancel culture ».

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenue sur Europe 1 et bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour. Merci.

SONIA MABROUK
Lors du débat hier des Républicains sur Europe 1 et CNews, il y avait des nuances, il y avait quelques différences entre les candidats, mais alors, s'il y a bien une chose sur laquelle, ils étaient tous d'accord, c'est votre bilan sécuritaire, absence de résultats, manque de volonté, bref, selon les LR, votre bilan, c'est votre boulet.

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien écoutez, moi, j'ai regardé une grande partie du débat hier, je vous avouerai que j'ai fini par éteindre vers 23h10, mais vous parlez de nuances, moi, je trouve que le débat LR hier, c'était " 50 nuances d'Eric ZEMMOUR ", parce qu'on a parlé immigration, principalement, et la plupart des candidats ont passé leur temps à courir après les propositions d'Eric ZEMMOUR, en tenant, y compris, des propos, moi, qui m'ont vraiment choquée…

SONIA MABROUK
Lesquels ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, quand on a entendu par exemple un des candidats dire qu'il y avait une civilisation supérieure à une autre, moi, je considère que ce sont des propos qui ne sont pas dignes d'une personne qui veut être chef d'Etat d'une grande puissance mondiale. Nous avons…

SONIA MABROUK
Précisez quand même que c'est Philippe JUVIN…

MARLENE SCHIAPPA
C'est Philippe JUVIN…

SONIA MABROUK
Qui a fini par évoquer en réalité les lumières, et voilà, rendre hommage à cette civilisation…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, il s'est rattrapé, pardon, mais il a ramené, et j'ai regardé, et il a dit à plusieurs reprises, et d'ailleurs, vous-même, Sonia MABROUK, vous aviez l'air étonnée et choquée de ses propos, et vous lui avez fait répéter, il a dit à plusieurs reprises, oui, nous sommes une civilisation supérieure. Eh bien, moi, je considère que la notion de dire nous sommes une civilisation supérieure est problématique à mon sens, d'une part, vous avez une candidate, Valérie PECRESSE, qui a dit que le Mali était – je cite – un pays à problèmes, et qu'elle ne voudrait plus accueillir de Maliens, ni de travailleurs, ni d'étudiants qui viendraient vouloir faire leurs études en France, justement pour apprendre les lumières, etc, voilà, ce sont quelques extraits choisis de propos qui, moi, m'ont choquée pendant ce débat, oui.

SONIA MABROUK
Mais est-ce qu'il y a eu des propositions que vous entendez, par exemple, sur l'aspect de la sécurité, mise en place des peines courtes, de courte durée, des différences territoriales pour les peines, ça, c'est Valérie PECRESSE, peine automatique minimum pour les agressions de policiers, est-ce que cela a un sens ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais il y avait des fausses/bonnes idées, quand j'ai entendu, pardon, je ne sais plus quel candidat, mais, un candidat a dit : il faut faire des courtes peines de prison, et maintenant, faire effectuer les peines de prison, y compris pour quelques semaines, parce que ça leur donnera un exemple. Eh bien, non, on sait très bien que le passage par la prison a un sens, et le fait de dire : eh bien maintenant, même pour une semaine, on va envoyer un jeune en prison…

SONIA MABROUK
Ça peut être dissuasif, quelques jours, au premier délit…

MARLENE SCHIAPPA
Je ne suis vraiment pas certaine que ce soit dissuasif, quelqu'un qui connaît un petit peu la vie des quartiers, comme c'est mon cas, sait très bien que le fait d'aller en prison est parfois même perçu comme une médaille, plutôt que comme quelque chose de dissuasif, il a été aussi proposé d'aller effectuer les peines de prison à l'étranger. Là aussi, ça m'interpelle…

SONIA MABROUK
Pour des étrangers délinquants.

MARLENE SCHIAPPA
Non, pour des personnes originaires d'autres pays, a-t-il été dit, et une peine qui est prononcée en France, elle est effectuée en France, il peut y avoir une expulsion qui soit prononcée aussi, mais on a besoin de savoir si les personnes sont vraiment en détention, si on les renvoie dans un autre pays sur lequel nous n'avons pas le contrôle, nous n'avons aucun moyen de savoir que ces personnes sont en détention, donc, par exemple, une personne radicalisée ou qui a fait l'apologie du terrorisme, on a besoin de la contrôler, et les services de renseignements français ont besoin de pouvoir savoir où est cette personne…

SONIA MABROUK
Donc un délit commis en France doit être évidemment puni en France…

MARLENE SCHIAPPA
La peine doit être effectuée en France, et éventuellement, avec une expulsion à la clé, bien sûr.

SONIA MABROUK
Par ailleurs, Marlène SCHIAPPA, les candidats LR dénoncent un président candidat, en réalité, qui va sur leurs thèmes, qui reprend leurs propositions, alors autant voter pour la droite, disent-ils, c'est l'original et la copie…

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne crois pas, non, non, je ne crois pas, je crois, au contraire, que sur un certain nombre de sujets, on a des candidats, comme Michel BARNIER ou Xavier BERTRAND qui reprennent les éléments de langage du gouvernement, d'ailleurs, vous avez vous-mêmes interpellé Michel BARNIER quand il a parlé d'islamisme radical, un autre candidat qui a parlé de séparatisme, Xavier BERTRAND a dit, par rapport aux policiers : je veux protéger ceux qui nous protègent, protéger ceux qui nous protègent, c'était le mot d'ordre de la loi Fauvergue, d'un député de la majorité, que nous avons votée avec le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN, que nous avons fait voter, et qui vise justement à mieux protéger les policiers. Donc Xavier BERTRAND répète ce que dit Gérald DARMANIN en moins bien.

SONIA MABROUK
Il a été question hier aussi, Marlène SCHIAPPA, de culture, d'identité, d'école, et pas seulement, je tiens à le dire, de ces sujets…

MARLENE SCHIAPPA
Après 23h alors manifestement…

SONIA MABROUK
On a essayé en tous les cas de faire tous ces thèmes-là…

MARLENE SCHIAPPA
Vous avez essayé, oui.

SONIA MABROUK
Vous êtes en charge de la Citoyenneté, le constat partagé hier à droite, c'est qu'il est devenu tabou de parler de culture française, d'y faire référence, est-ce que c'est aussi votre avis ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, absolument pas, non, non, je crois que la culture française existe, et heureusement, c'est une culture que nous célébrons, d'ailleurs, il y a un certain nombre d'auteurs, d'artistes qui sont récompensés, la culture française est prolifique, vous avez un film en ce moment, le film de Valérie LEMERCIER, qui a des très bons, je ne sais pas comment on peut dire, des très bons… beaucoup d'entrées en tout cas, voilà, il y a beaucoup de livres, en termes de littérature, la France est prolifique, au contraire…

SONIA MABROUK
Donc il y a une culture française, vous avez dit, célébrée et à sanctuariser.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr.

SONIA MABROUK
Ce n'est pas tabou de le dire…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, en aucun cas, pourquoi ce serait tabou ?

SONIA MABROUK
Parce qu'il nous a semblé qu'Emmanuel MACRON, il y a quelques années, avait parlé, en disant qu'il n'y avait pas de culture française, vous vous en souvenez…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, non, non, je ne crois pas du tout que le président de la République ait dit cela, au contraire, il y a une culture française, il y a d'autres culture…

SONIA MABROUK
Il l'avait dit…

MARLENE SCHIAPPA
Et la culture française, elle est aussi mélangée, il y a des apports notamment avec la francophonie, on a par exemple de grands auteurs qui ne sont pas des auteurs français, qui sont des auteurs sénégalais ou autres, qui écrivent en français, et qui ont un grand succès, parce qu'ils ont beaucoup de talent.

SONIA MABROUK
Sur le fond à présent sanitaire et sécuritaire, en Guadeloupe, on l'a vu, des démantèlements de barrages sont en cours, malgré tout, c'est encore un calme précaire, est-ce que la réponse est uniquement sécuritaire, bien sûr, face aux pillages et aux blocages, mais plus largement ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, en Guadeloupe, la réponse ne peut pas être que sécuritaire, et il y a un certain nombre de problèmes spécifiques à la Guadeloupe, d'ailleurs, c'est pour ça que, au-delà des 250 militaires de la gendarmerie et policiers, qui sont envoyés par le gouvernement pour rétablir l'ordre, parce qu'elle ne peut pas être que sécuritaire, mais elle est aussi sécuritaire, au-delà de cela, le Premier ministre Jean CASTEX reçoit aujourd'hui, avec Sébastien LECORNU, le ministre des Outre-mer, et Olivier VERAN, le ministre des Solidarités et de la santé, les élus de Guadeloupe, à leur demande justement, pour répondre et trouver des solutions ; il y a des problèmes économiques…

SONIA MABROUK
Mais c'est quoi le motif, et cuisiner, le vrai motif, Marlène SCHIAPPA, selon vous, de cette protestation, est-ce que selon vous, il y a des syndicats derrière qui sont en train d'instrumentaliser une situation sanitaire ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais d'abord, je dois dire que cette violence est inadmissible, on a parlé de pillages, on a parlé de violences urbaines, c'est évidemment inadmissible, d'ailleurs, il y a d'ores et déjà des interpellations et des gardes à vue de personnes qui ont commis ces actes, qui sont évidemment intolérables, et ensuite, oui, il y a un certain nombre de sujets spécifiques à la Guadeloupe qui doivent être traités, et c'est le sens de la réunion convoquée par le Premier ministre.

SONIA MABROUK
Martinique, il y a un appel à la grève qui se généralise, et j'élargis notre conversation à ce qui se passe en Europe, troisième nid de tensions aux Pays-Bas, est-ce que vous comprenez ces protestations ou est-ce que vous estimez qu'elles n'ont pas du tout lieu d'être ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais d'abord, je comprends toujours toute forme de protestation, mais là, c'est le fait d'une minorité, en l'occurrence en Guadeloupe, il était question de protester contre le couvre-feu, puisqu'il y a une situation sanitaire difficile, particulièrement difficile en Guadeloupe, et la question qui se pose en Guadeloupe, c'est comment fait-on, est-ce que nous avons assez de lits en réanimation dans les hôpitaux au cas où il y ait une vague grave, nouvelle vague grave de pandémie de Covid-19, et donc la réponse, elle est aussi sanitaire, et donc là, tout ça pour dire que les personnes qui protestent en Guadeloupe et qui commettent ces violences disent le faire au nom d'une lutte contre le pass sanitaire ; je pense que ce n'est pas entendable, le pass sanitaire comme le couvre-feu sont mis en place en Guadeloupe pour mieux protéger la population.

SONIA MABROUK
Donc ce n'est pas le vrai combat, c'est-à-dire qu'ils travestissent en réalité la situation ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais ça, je ne le sais pas, c'est à eux de le dire, et…

SONIA MABROUK
C'est ce que vous semblez dire…

MARLENE SCHIAPPA
C'est à eux de le dire, et je pense que la réunion avec Jean CASTEX permettra de le déterminer.

SONIA MABROUK
Bien, dans l'actualité, j'ai noté que la commissaire européenne à l'Egalité a reçu, on a vu une image sur les réseaux sociaux, une photo des représentants du FEMYSO, je précise à nos auditeurs, c'est un forum européen de la jeunesse musulmane, j'ai sous les yeux une enquête de Marianne, exceptionnelle, qui a travaillé sur cette association, et qui indique que c'est un faux nez des Frères musulmans, est-ce que c'est le cas, et dans ce cas, est-ce que vous condamnez ce qu'a fait cette commissaire européenne à l'Egalité ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, ça m'interpelle fortement, notamment pour les éléments que vous venez de partager, mais également parce qu'un petit tour sur les réseaux sociaux de cette organisation permet de voir à quel point, ils tiennent des propos agressifs vis-à-vis de la France et vis-à-vis, pas uniquement du gouvernement, mais vis-à-vis justement de la culture française que nous évoquions, en blâmant la France et en l'accablant de tous les maux, donc je suis assez choquée, oui, avec mon collègue, Clément BEAUNE, secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, nous avons décidé de saisir madame la Commissaire afin de l'interroger et qu'elle puisse nous apporter des éléments pour nous dire ce qui l'a amenée à recevoir cette organisation, et plus largement, quelle est sa position vis-à-vis de cette organisation.

SONIA MABROUK
Est-ce que c'est l'entrisme qui se poursuit, parce que derrière la campagne pro-voile, on se souvient du Conseil de l'Europe, qui a fait déjà polémique, c'était cette fédération, là, d'associations musulmanes ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, je crois que la France a vraiment avancé ces dernières années sur la lutte contre le séparatisme, jusqu'à 2017, on considérait en France dans la doctrine qu'il y avait soit le terrorisme, soit rien, et qu'entre les deux, il n'y avait rien…

SONIA MABROUK
Mais l'Europe ? Quand c'est au sein de la Commission européenne, comme cela ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, j'y viens, et justement, le président Emmanuel MACRON a décidé de travailler sur le terreau du terrorisme et sur le séparatisme en nommant l'islamisme, et justement, y compris en luttant contre ces associations qui sont des faux nez, vous le dites très bien, de l'islamisme. Maintenant, l'Europe doit faire ce travail, et moi, je m'interroge de voir des organisations que nous voulons faire dissoudre en France ou qui sont dissoutes en France qui vont taper à la porte des bureaux européens pour recevoir de l'argent et des subventions. Nous, en France, nous avons pris nos responsabilités en disant : pas un euro d'argent public pour les ennemis de la République, si vous avez des accointances avec l'islamisme dit radical, eh bien, on ne peut pas vous financés avec l'argent des Français, maintenant, il faut qu'au niveau de l'Europe, il y ait ce travail qui soit fait, c'est le sens de notre démarche commune avec Clément BEAUNE.

SONIA MABROUK
Bien, Marlène SCHIAPPA, vous, qui avez le tweet facile, en tout cas, les réactions sur les réseaux sociaux fusent avec vous, vous n'avez pas réagi, je l'ai noté sur ces mêmes réseaux aux propos de l'ex-secrétaire d'Etat, Rama YADE qui venant des Etats-Unis, où elle habite désormais, elle a vécu comme une mini agression de passer devant la statue de Colbert, il y a eu un flot de réactions, rien de votre part…

MARLENE SCHIAPPA
Mais alors, d'abord…

SONIA MABROUK
C'est un adoubement ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, pas du tout, je vais vous répondre sur le fond, mais d'abord sur la forme, c'est cette espèce de mythe, parce que pour la première fois, on avait une ministre qui utilisait les réseaux sociaux elle-même, une espèce de mythe que Marlène SCHIAPPA passe sa vie à faire des tweets, ce n'est pas le cas, et je vous invite à regarder mes réseaux sociaux, vous verrez qu'en réalité, je réagis assez peu, mais quand je réagis, c'est entendu et c'est relayé…

SONIA MABROUK
Mais ça m'a étonnée sur ce sujet-là, je me suis dit : elle va réagir, ou peut-être à un micro…

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce qui m'a choquée, non, bien sûr, ce qui m'interpelle, si vous voulez, c'est la démarche de la part d'une ancienne ministre de critiquer son pays depuis l'étranger, ça, honnêtement, on parle de micro-agression, c'est ce que Caroline FOUREST appelle cette génération offensée, moi, je suis offensée en tant que ministre et en tant que citoyenne française quand j'ai une ancienne ministre qui, depuis l'étranger, critique mon pays, et la manière dont il est organisé, maintenant sur le fond, on peut avoir le débat historique, Colbert, pas Colbert, etc.…

SONIA MABROUK
Pas Colbert ? Il y a un débat Colbert, pas Colbert ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, je le dis en rigolant, parce que j'ai regardé là aussi le débat hier soir, et vous aviez parlé justement de Colbert, mais ce que je veux dire par-là, c'est que…

SONIA MABROUK
Vous avez beaucoup regardé hier soir finalement…

MARLENE SCHIAPPA
Ah mais, moi, je vous regarde, Sonia MABROUK quand vous passez à la télé…

SONIA MABROUK
Non, non, mais vous me dites jusqu'à 23h30, c'est quasiment jusqu'à la fin du débat…

MARLENE SCHIAPPA
Il s'est passé des choses en deux heures.

SONIA MABROUK
Mais sur le fond, est-ce que vous considérez que cette théorie, Marlène SCHIAPPA, ou idéologie, selon certains, de la " cancel culture ", de l'effacement de la culture, du déboulonnage du statut, c'est une minorité ou alors, au contraire, que ça peut devenir hégémonique en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais, moi, je crois qu'on ne peut pas arracher des pages de livres d'histoire de France, je pense qu'il convient de regarder notre histoire en face, et regarder notre histoire en face, ça veut dire être fier des grandeurs de la France, mais ça veut dire regarder aussi les parts d'ombre de notre histoire, et y compris l'impact que cela a pu avoir, ensuite, on a parlé beaucoup de Colbert, on a aussi beaucoup parlé de Napoléon, moi, vous savez que je suis parisienne, je suis née à Paris, mais je suis d'origine corse, mon père est corse, et je vais régulièrement à Ajaccio où nous célébrons les anniversaires de Napoléon Bonaparte, ça ne veut pas dire que l'on adhère à toute l'idéologie portée à l'époque par Napoléon Bonaparte ; je crois qu'il faut se remettre les choses dans leur contexte, y compris dans leur contexte historique, et l'histoire de France et la culture française que l'on évoquait précédemment, elle est faite aussi de tout cela.

SONIA MABROUK
Alors vous parlez de célébration, plus largement, vous lancez un prix, un prix de la laïcité qui sera remis le 9 décembre, à l'occasion de la première journée nationale de la laïcité, pourquoi un tel prix, et que récompense-t-il

MARLENE SCHIAPPA
Alors c'est un prix qui est marrainé par l'essayiste Rachel KAHN, et nous sommes très fiers qu'elle ait accepté d'être la marraine de ce prix, et ce prix, il sera doté de 50.000 euros, il y a un prix qui existait précédemment, mais nous a multiplié par dix le budget du prix de la laïcité, et l'idée pour nous, c'est d'abord, 1°) : de valoriser les initiatives, parce que, on parle beaucoup des atteintes à la laïcité, et c'est normal, il y a aussi beaucoup de gens qui se démènent partout dans les territoires, des associations, des enseignants, des médias, y compris des médias locaux, qui essaient de prendre des initiatives pour défendre la laïcité. Et nous, nous voulons les valoriser, les relayer, les mettre en lumière, et aussi les financer, l'argent, c'est le nerf de la guerre, on parlait tout à l'heure de l'argent que réussissent à obtenir souvent les organisations islamistes, eh bien, je crois qu'il est fondamental de réserver l'argent public à des initiatives qui défendent la laïcité.

SONIA MABROUK
Mais vous entendez, Marlène SCHIAPPA, ce que certains vont dire, que vous parlez encore de laïcité, que vous la mettez en avant, que c'est une forme, selon certains, je dis bien, de racisme contre les musulmans, que vous êtes en train de propager.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, moi, je m'inscris en faux face à ces attaques, moi, je défends la laïcité, la laïcité, c'est un principe juridique, philosophique et politique, qui est fondée sur la séparation des églises et de l'Etat, mais aussi sur la liberté de conscience et la liberté de culte, la laïcité n'est jamais une arme contre les religions, c'est une arme pour donner un cadre, et permettre à chacun d'exercer sa liberté de conscience et son droit de croire ou de ne pas croire.

SONIA MABROUK
On va conclure sur la campagne, président-candidat, disent les opposants, est-ce que le vote féminin existe pour vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne crois pas du tout, non, non, je ne crois pas, et d'ailleurs, il y a un certain nombre d'études qui ont montré qu'il n'y a pas de vote des femmes, comme il n'y a pas de vote musulman, comme il n'y a pas de vote juif, chacun et chaque citoyen vote en son âme et conscience, et les femmes votent pour des candidats ou des candidates très différents…

SONIA MABROUK
Pourtant, je vous ai entendue inciter les femmes à regarder les projets de la droite extrême, donc vous incitez à une forme de vote féminin, vous-même ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas du tout, j'ai demandé à ce qu'on regarde les projets pour les droits des femmes, pour ou contre les droits des femmes, il y a des hommes qui sont au nom de l'universalisme et du féminisme, et il y a d'ailleurs beaucoup d'hommes qui sont engagés pour défendre mieux les droits des femmes, et vous avez des femmes qui ne défendent pas les droits des femmes, prenez par exemple les votes de Marine LE PEN et du Rassemblement national, dans quelques instances dans lesquelles, elle siège, elle n'a jamais…

SONIA MABROUK
Elle s'en défend, elle s'en défend…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais sauf que les faits sont là, elle peut s'en défendre, les rares fois où elle vient à l'Assemblée nationale, ça n'est pas pour défendre les droits des femmes. Emmanuelle MENARD, qui est députée apparentée Rassemblement national, année après année, propose purement et simplement de supprimer le budget des droits des femmes, ni plus ni moins, voilà, elle a le mérite de la constance, mais en tout cas, c'est une attaque vis-à-vis des droits des femmes, au Parlement européen, d'ailleurs, Marine LE PEN, à chaque fois, vote contre les droits des femmes.

SONIA MABROUK
La campagne est largement démarrée, on l'entend dès ce matin avec vous. Merci Marlène SCHIAPPA d'avoir été notre invitée ce matin.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous. Merci. Bonne journée.

SONIA MABROUK
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 novembre 2021