Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre des outre-mer, à Europe 1 le 2 décembre 2021, concernant la crise sociale aux Antilles et le référendum sur l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenue sur Europe 1 et bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
Merci de nous accorder votre premier entretien de retour hier des Antilles. Crise sociale, crise sanitaire et crise identitaire. Les départements d'Outre-mer sont traversés par de profondes secousses, le dialogue que vous deviez engager avec les syndicats, a été rompu en Guadeloupe. Est-ce que c'est un constat d'échec ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais pas en Martinique. Je crois qu'il y a trois crises, si je puis me permettre d'être précis. Il y a une crise sécuritaire et d'ordre public, notamment la nuit, qui n'a rien à voir avec la crise sociale ou un dialogue avec les syndicats, même si malheureusement monsieur DOMOTA, que j'entendais sur votre antenne tout à l'heure, a lui fait la jonction entre la nuit et la journée, demandant au gouvernement une amnistie pour les personnes qui ont tiré contre les policiers et les gendarmes. Evidemment c'est inacceptable. Mais, il y a une réponse de sécurité et de justice qu'il faut apporter, et également de liberté de circulation sur le territoire. Il y a une 2e crise, il ne faut pas la nier, c'est une crise sociale à l'hôpital.

SONIA MABROUK
On va en parler, oui.

SEBASTIEN LECORNU
Exactement. C'est la question de l'obligation vaccinale, qui est reçue dans les Antilles de manière un peu différente que sur le reste de la République. Il ne faut pas être aveugle, il faut savoir le regarder en face. Et puis évidemment il y a des crises plus systémiques, comme on aime à le dire, c'est ce qui existe déjà en Outre-mer par ailleurs, des crises liées à la vie chère, liées à l'avenir à donner à notre jeunesse. Evidemment, dans ces moments difficiles, ça remonte à la surface. Trois crises, qui font l'objet de trois réponses différentes.

SONIA MABROUK
Oui, mais une urgence, Monsieur le Ministre.

SEBASTIEN LECORNU
Et donc pour répondre à votre question, sur le 3e aspect les choses avancent, avec un dialogue avec les élus évidemment, qui nous permettra de faire…

SONIA MABROUK
Mais il a été rompu en Guadeloupe, nous sommes d'accord.

SEBASTIEN LECORNU
Non, parce que j'ai passé beaucoup de temps avec les maires. Après, les grands élus ont été, ont fait un peu faux bond au ministre, c'est le moins que qu'on puisse dire, mais en même temps j'avais passé toute une semaine auparavant à travailler avec eux. Ça fait aussi sûrement partie du jeu politique local. La main du gouvernement, de toute façon elle est tendue, le dialogue il est là pour avancer…

SONIA MABROUK
Mais elle est tendue, est-ce que par exemple, est-ce que l'intersyndicale, vous venez d'en parlez, en Guadeloupe, est-ce qu'elle refuse de condamner les violences y compris quand même des tirs à balles réelles ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais, alors, non seulement, soyons précis, elle refuse de condamner les violences, et en plus elle demande une amnistie pour celles et ceux qui ont été déférés devant les tribunaux, alors qu'ils ont tenté d'assassiner des policiers et des gendarmes ! On ne parle pas de quelques coups en l'air, en Martinique par exemple, sur seulement 4 ou 5 jours, on parle d'une centaine de coups de feu qui ont été tirés contre les forces de l'ordre.

SONIA MABROUK
Et vous dites ce matin : aucune amnistie possible ?

SEBASTIEN LECORNU
Ah mais aucune amnistie possible. Aucune excuse possible pour celles et ceux qui veulent assassiner des policiers et des gendarmes. Quel est le lien entre l'obligation vaccinale des soignants, et le fait d'aller vider le chargeur d'un pistolet 9 mm dans la portière d'une voiture de police ? Je pense que…

SONIA MABROUK
Vous assumez cette ligne de fermeté, vous la revendiquez ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais personne ne comprendrait, c'est l'Etat de droit, c'est la République, c'est la France. La Guadeloupe, la Martinique, c'est la France, et donc il est normal que l'on protège des Françaises et des Français. Et je vais vous le dire, j'étais réserviste dans la gendarmerie, mais les policiers du RAID notamment et les militaires du GIGN qui sont quand même des personnels chevronnés, m'ont confié sur le terrain qu'ils n'avaient jamais vu une telle violence depuis très longtemps. Et donc moi j'appelle vraiment tout à chacun, en Guadeloupe, en Martinique, et ici dans l'Hexagone, à soutenir nos forces de l'ordre dans ce moment difficile. Pour autant, il y a une crise à l'hôpital, et là il faut dialoguer.

SONIA MABROUK
On va en parler, mais l'urgence c'est la levée progressive des barrages, mais qui peuvent être rétablis nous dit-on le lendemain quasiment, c'est donc un calme précaire. Est-ce qu'il y a un véritable risque que la situation s'envenime complètement ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, si chacun reste responsable, c'est aussi pour ça que je n'ai pas voulu céder à monsieur DOMOTA, lorsqu'il m'a remis son papier ou 10 minutes dans lequel il y avait au fond deux grandes revendications selon lui. La première c'est abroger une loi, où il aurait fallu qu'un ministre comme ça sur place, abroge la loi sur l'obligation vaccinale des soignants, votée par l'Assemblée nationale et le Sénat. Quoi que l'on pense de cette loi, elle a été votée, elle est validée par le Conseil constitutionnel. Après, on peut parler de son application à l'hôpital, on y reviendra j'imagine. Et la deuxième des choses c'est cette amnistie pour celles et ceux qui avaient tenté d'assassiner policiers et gendarmes. Voilà, il ne faut pas se moquer du monde. Donc par définition ; évidemment ça a coupé court cette discussion. Mais le retour à l'ordre est possible, il est en train d'être fait, c'était dit tout à l'heure, les libérations de barrage se font progressivement. Je tiens à dire que sur certains barrages il y a des bonbonnes de gaz, donc les policiers interviennent aussi avec…

SONIA MABROUK
Oui, tout se fait avec des renforts quand même, qui sont présents en nombre, et peut être d'autres à venir.

SEBASTIEN LECORNU
Ah, c'est indispensable, parce qu'il faut garantir aussi un niveau de fatigue limité des policiers, et des gendarmes, pour intervenir, et donc avec Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, évidemment nous avons annoncé des renforts importants pour l'ensemble des Antilles, qui permet de le faire. Après, il y a des manifestations syndicales. Voilà.

SONIA MABROUK
Oui, alors justement, ligne de fermeté, Monsieur le Ministre…

SEBASTIEN LECORNU
Il ne faut pas mélanger, on est d'accord…

SONIA MABROUK
Nous ne mélangeons pas.

SEBASTIEN LECORNU
…le barrage tenu par un syndicaliste, devant le port, avec des drapeaux et une revendication sociale, même si ce barrage n'est pas légal, ça n'a rien à voir avec des gens qui se livrent par exemple à du racket. Je tiens quand même à le dire, en Martinique il y a eu du racket sexuel sur certains barrages, c'est-à-dire que les personnes qui tenaient ces barrages demandaient des faveurs sexuelles à des femmes pour pouvoir circuler. Donc moi je fais bien la séparation entre les deux, et malheureusement quelques mélanges ou jonctions ont été faites, y compris dans les médias nationaux, et ça me choque.

SONIA MABROUK
Et quelle est la cohérence de votre position ? Parce que vous nous dites ce matin « ligne de fermeté », et ça paraît tout à fait légitime par rapport à ce qui s'est passé, mais en même temps vous adaptez l'application de l'obligation vaccinale des soignants, ce sont quand même des concessions, vous faites du « en même temps », dans une telle situation ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais merci de me poser la question, parce que depuis Paris on finit par oublier la situation en Outre-mer.

SONIA MABROUK
A qui vous le dites, c'est le gouvernement qui l'a oublié ?

SEBASTIEN LECORNU
Ah non, ben non, mais justement…

SONIA MABROUK
Ah, c'est ce que vous dit l'opposition.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, on pourra peut-être y revenir, mais en gestion de crise soyons prudents, personne ne le dit mais l'état d'urgence sanitaire est toujours en cours en Martinique et en Guyane. Pourquoi il y a eu cette adaptation ? Parce qu'on a tout simplement besoin que l'hôpital de Fort-de-France, si on parle de la Martinique pour être très précis, eh bien doit tenir lorsqu'on est en état d'urgence sanitaire. Les taux d'incidence, malheureusement dans l'Hexagone remontent, on le sait, mais ils n'ont jamais diminué en Martinique. D'ailleurs, en Guyane l'état d'urgence sanitaire malheureusement est toujours en cours. Donc oui, le principe et la loi c'est l'obligation vaccinale. En revanche, qu'il faille un dialogue social entre l'Etat employeur, le ministère de la Santé et des Solidarités, et ces agents de la Fonction publique hospitalière, pour le calendrier de cette application…

SONIA MABROUK
Ça s'appelle une concession.

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais non !

SONIA MABROUK
Mais vous faites un deux poids deux mesures entre les départements d'Outre-mer et le reste de la métropole.

SEBASTIEN LECORNU
Non, ce n'est pas vrai. Non. Mais parce que la circulation du virus n'est pas la même. En général, vous savez, le reconventionnel, on ne le veut pas dans l'autre sens, y compris lorsqu'il y a des catastrophes naturelles dans les Outre-mer, donc le virus n'a jamais cessé de circuler, et les taux d'incidence ne se sont jamais écrasés en Martinique, comme ils se sont écrasés dans l'Hexagone. Ça, personne ne le dit, c'est donc évidemment quelque chose qui s'est imposé à nous dans la gestion de crise. C'est pour ça qu'Olivier VERAN, au mois d'août, avait annoncé que la date du 15 novembre faisait l'objet d'une adaptation, tout simplement parce qu'il faut qu'il y ait une continuité des soins à l'hôpital. Après, enfin, sans langue de bois, il y a un sujet autour de la vaccination aux Antilles, il y a un sujet d'acceptabilité, d'acceptation de cette vaccination, en Guyane pareil, qui est le territoire de la République le moins vacciné.

SONIA MABROUK
Donc il y a un sujet sur le fait que vous n'êtes pas arrivé à convaincre aussi, parce qu'il y a peut-être un sujet permanent sur place, mais il y a aussi votre responsabilité.

SEBASTIEN LECORNU
Mais, la parole, oui de l'Etat en général, moi, une fois de plus je suis plein d'humilité sur cette affaire. Lorsqu'un ministre, depuis Paris, dit qu'il faut se faire vacciner, lorsqu'un préfet dit qu'il faut se faire vacciner, ça n'atterrit pas dans la population de la même manière.

SONIA MABROUK
Eh bien, vous m'amenez la question : pourquoi vous êtes allé si tardivement, pourquoi un petit tour et puis s'en va pour un ministre des Outre-mer ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, parce que j'ai… J'assume d'ailleurs cette méthode, qui est déjà de ne pas céder aux pressions politiciennes parisiennes, parce qu'on voit aussi d'où cela est venu, et surtout j'avais donné mandat aux préfets, dans les deux territoires, de nouer un dialogue local. Et regardez, en Martinique ça a fonctionné, parce qu'il y a un accord de méthode qui a été signé avec l'intersyndicale, toutes les forces syndicales de Martinique, les élus de Martinique, et l'Etat. Si j'avais été aux Antilles, dès le premier jour, il est clair que cet accord de méthode, en Martinique…

SONIA MABROUK
Pourquoi ?

SEBASTIEN LECORNU
… n'aurait pas pu être permis…

SONIA MABROUK
Ah bon, votre présence aurait été un obstacle à un accord.

SEBASTIEN LECORNU
Mais, on ne peut pas dire proximité, proximité…

SONIA MABROUK
La présence d'un ministre…

SEBASTIEN LECORNU
… le terrain, le terrain, le terrain, les territoires, les territoires, les territoires, toutes les 5 minutes, et ne pas laisser sa chance à un dialogue local. Enfin, ou alors, de qui se moque-t-on ?

SONIA MABROUK
Monsieur LECORNU, quand il y a des violences à Marseille, le ministre de l'Intérieur descend immédiatement.

SEBASTIEN LECORNU
Mais, moi je suis désolé, j'assume cette méthode. Je connais les Outre-mer, je sais aussi qu'il ne faut pas se moquer d'eux. Lorsque pendant des années des ministres ont fait justement des allers-retours spectacle en Outre-mer…

SONIA MABROUK
De qui vous parlez ?

SEBASTIEN LECORNU
Avec des annonces de tarmac, dans lequel on a…

SONIA MABROUK
De qui parlez-vous ?

SEBASTIEN LECORNU
… seulement voulu montrer à l'Hexagone que l'on s'occupait de la crise, et qu'ensuite on détournait les talons et qu'on laissait les choses pourrir sur place, ou en faisant des chèques ou des annonces qui n'étaient pas forcément suivies d'effets, ce n'est pas un modèle pour moi. Et donc j'assume, j'assume de ne pas faire comme malheureusement parfois ce fut fait dans le passé.

SONIA MABROUK
Mais de qui parlez-vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Je n'ai pas besoin de citer le nom de, ni de prédécesseurs, ni d'autres membres du gouvernement…

SONIA MABROUK
Ecoutez, vous les visez, allez jusqu'au bout de votre logique.

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien regardez ce que madame ROYAL par exemple a fait en Guyane à la fin du dernier quinquennat. En Guyane, j'invite tout le monde à regarder sur Internet, il suffit juste de l'écrire dans un moteur de recherche, ce n'est pas un modèle pour moi, c'est un modèle d'affaiblissement de l'Etat, et donc il faut savoir déconnecter en gestion de crise la pression médiatique, la pression politicienne parisienne, du résultat sur le terrain. Seul le résultat du terrain compte.

SONIA MABROUK
Et peser chaque mot, Sébastien LECORNU. N'avez-vous pas contribué vous-mêmes à rendre confuse la situation, en promettant un débat sur l'autonomie à la Guadeloupe ? L'opposition dénonce votre volonté de diluer ce qui constitue la Nation aujourd'hui.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, alors, merci de me poser la question. Déjà l'autonomie existe…

SONIA MABROUK
Eh bien vous me remerciez beaucoup, oui.

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais oui, parce que beaucoup de contre-vérités. L'autonomie, elle existe déjà dans la République. La Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie…

SONIA MABROUK
Vous jouez sur les mots.

SEBASTIEN LECORNU
Non, ce sont des pays d'autonomie. Ce sont des pays d'autonomie !

SONIA MABROUK
En pleine crise sociale, sanitaire, parler d'autonomie, dans des départements qui souffrent autant…

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, allons-y, quand vous avez des élus guadeloupéens qui vous disent, droit dans les yeux, pendant les consultations préalables pendant cette fameuse semaine, alors qu'ils sont parlementaire ou qu'ils ont été parlementaires, qui disent : il faut que ce soit les Guadeloupéens qui décident pour la Guadeloupe, et la loi sur l'obligation vaccinale, laissez-nous l'arranger à notre manière, parce que ce sont pas les députés et les sénateurs qui vont décider à Paris de comment ça fonctionne ici en Guadeloupe, pardon mais en creux, si ce n'est pas un débat sur l'autonomie qui était en train de se faire sous mes yeux, c'est quoi ? Et donc…

SONIA MABROUK
Ça s'appelle la décentralisation, comme cela se fait ailleurs.

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien voilà. Et en quoi le mot… C'est quoi l'autonomie ? C'est la décentralisation poussée à l'extrême. Eh bien en quoi ce serait un gros mot ? Et quand je vois monsieur BERTRAND…

SONIA MABROUK
Parce que certains entendent indépendance.

SEBASTIEN LECORNU
… candidat au congrès des LR, commençait à parler effectivement de fractions de la Nation, de coups de canif donnés à ce qu'est la communauté nationale, déjà c'est une insulte pour les Calédoniens et les Polynésiens, parce qu'eux sont dans un statut d'autonomie et c'est la France, c'est simplement la décentralisation poussée à l'extrême, l'Etat est compétent pour la justice, pour les forces régaliennes, pour les armées, mais la santé, l'économie, le scolaire, que sais-je, sont donnés aux territoires. Pardon, c'est la décentralisation poussée à l'extrême. Donc ces mêmes candidats, quand on est dans l'Hexagone, nous parlent de République des territoires, que l'Etat se mêle de trop de choses, encore comme monsieur LISNARD hier matin à votre micro le dit…

SONIA MABROUK
Alors, qualifiait votre cynisme…

SEBASTIEN LECORNU
… et quand c'est pour l'Outre-mer, cette décentralisation poussée à l'extrême, ça serait donc pour diluer, ce serait donc du cynisme. Ou alors il faut qu'ils aillent jusqu'au bout et qu'ils nous disent que les élus ultramarins ne sont pas capables d'assumer ces responsabilités, je ne le pense pas.

SONIA MABROUK
Allons jusqu'au bout. Est-ce que vous n'avez pas ouvert la boîte de Pandore ? Regardez encore, certains s'engouffrent dans la brèche indépendantiste depuis votre déclaration.

SEBASTIEN LECORNU
Non, enfin je crois que la question du statut de la Corse, elle ne date pas de ma déclaration…

SONIA MABROUK
Oui, mais vous leur avez donné un peu plus que…

SEBASTIEN LECORNU
…et j'aimerais juste rappeler cette vérité, c'est que la Corse ne fait pas partie du ministère des Outre-mer ou des Outre-mer, et donc le débat de l'organisation des compétences entre des territoires qui sont à des milliers de kilomètres de Paris, ce n'est pas un débat nouveau. Et moi j'ai dit sur quelques secondes, sur une intervention de 15 minutes, aux Guadeloupéennes et aux Guadeloupéens : vos élus demandent à ce qu'une loi de protection sanitaire, la loi sur l'obligation vaccinale des soignants, ne s'applique pas de la même manière en Guadeloupe. J'ai dit que je ne pouvais pas le faire, sauf en creux, à demander un débat sur l'autonomie. Je suis désolé, mais il y a parfois des vérités…

SONIA MABROUK
Vous l'assumez ce matin, le débat sur l'autonomie vous l'assumez.

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas le gouvernement qui propose l'autonomie pour la Guadeloupe…

SONIA MABROUK
Non non, mais l'ouverture du débat.

SEBASTIEN LECORNU
… c'est le gouvernement qui dit : allez jusqu'au bout de vos phrases, Mesdames Messieurs les élus, et d'ailleurs mon prédécesseur Victorin LUREL, sénateur socialiste de la Guadeloupe, lui-même a eu cette phrase dans laquelle je me reconnais complètement, en disant : c'est un débat d'élus, la population n'en a que faire, c'est un peu ce que je ressens moi aussi pour être complètement honnête, mais je veux que les choses soient claires. Clairement dit, on ne peut pas demander à ce qu'une loi de protection sanitaire ne s'applique pas dans des départements guadeloupéens, Martinique, français.

SONIA MABROUK
Oui, mais vous ne pouvez pas ignorer les conséquences, ouvrir ce débat à quelques jours du référendum sur l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, normalement c'est le 12 décembre, c'est ce qui s'appelle, ou un contresens politique, ou se tirer une balle dans le pied.

SEBASTIEN LECORNU
Ou une incompréhension de ce qu'est la Nouvelle-Calédonie. Le débat en Calédonie est entre les indépendantistes d'un côté et des autonomistes de l'autre.

SONIA MABROUK
Ah bon ? Et l''exécutif n'a rien à dire ?

SEBASTIEN LECORNU
Interrogez madame BACKES, leader des loyalistes, comme on dit, c'est-à-dire des partisans du non, c'est-à-dire du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République, elle est autonomiste.

SONIA MABROUK
Mais vous, est-ce que vous vous prononcez, est-ce qu'Emmanuel MACRON, est-ce que l'exécutif se prononce contre l'indépendance ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais, la réalité c'est que l'Etat organise ce scrutin, et que donc l'Etat se doit de rester neutre dans cette organisation.

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre…

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais il faut être précis, c'est comme si le…

SONIA MABROUK
La Nouvelle Calédonie, avec tous les enjeux qu'il y a autour, et vous ne prendrez pas position…

SEBASTIEN LECORNU
Il y a un accord qui a été signé en 98. Il y a un accord qui prévoit trois référendums, ce n'est pas Emmanuel MACRON qui l'a imaginé cet accord, je crois, bon, sauf que c'est sous le quinquennat d'Emmanuel MACRON qu'il faut l'appliquer. Et donc on est au 3e référendum. Les formations politiques indépendantistes d'ailleurs ont annoncé qu'elles ne souhaitaient pas participer à ces troisièmes consultations, alors qu'elles l'ont pourtant demandé en avril dernier. Néanmoins l'Etat a donné sa parole que d'organiser ce scrutin. Il est organisé le 12. Je crois que la tension diminue autour de cette date du 12 décembre, et c'est vrai, quand là aussi je vois un certain nombre de candidats qui, notamment à la présidence de la République, qui disent : il faut qu'Emmanuel MACRON s'exprime, parce que la Nouvelle-Calédonie elle sera soit française, soit chinoise, c'est méconnaître actuellement la situation locale.

SONIA MABROUK
Il n'y a pas d'enjeu d'influence.

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien je suis désolé de vous dire que le corps électoral est appelé à trancher cette question le 12, et je crois savoir que ça se fait dans un moment de clarté, de responsabilité. Là, le gouvernement a mis un document sur la table, qui est le document des implications du oui et du non sur justement que veut dire ce oui, c'est quoi être indépendant, c'est quoi la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie, que veut dire le non…

SONIA MABROUK
Oui, c'est clair.

SEBASTIEN LECORNU
… et je crois que le président de la République, je vous renvoie aussi à ça, deuxième recherche sur un moteur de recherche, a dit au théâtre de Nouméa il y a maintenant 2 ans, que la France ne serait plus la France sans la Nouvelle-Calédonie. Et je crois que les choses sont claires.

SONIA MABROUK
Mais pourquoi il ne le dit pas plus clairement aujourd'hui ? Depuis 2 ans de l'eau a coulé sous les ponts.

SEBASTIEN LECORNU
Mais pourquoi, mais ce n'est pas parce que quelques candidats à l'élection présidentielle, parmi ses opposants, lui demandent tous les matins de répéter des choses qui ont déjà été dites, qu'il faut qu'il le fasse.

SONIA MABROUK
Des candidats qui sont d'ailleurs, qui appartiennent à votre ancienne famille politique, quel regard vous avez Sébastien LECORNU…

SEBASTIEN LECORNU
Et qui ne sont pas allés en Nouvelle Calédonie, ou qui ne sont pas d'ailleurs allés en Outre-mer pour leur campagne, oui.

SONIA MABROUK
Quel regard avez-vous sur, eh bien des débats les LR qui sont de bonne facture, de bonne tenue, une participation ce matin qui est quand même importante, ils ont l'ambition et la capacité véritablement de gouverner, ils offrent une véritable alternative à Emmanuel MACRON ?

SEBASTIEN LECORNU
En tout cas, moi je suis un vrai démocrate, et pour avoir organisé le Grand débat après les Gilets jaunes, je crois pouvoir dire que les Françaises et les Français méritent une belle campagne présidentielle.

SONIA MABROUK
C'est le cas ?

SEBASTIEN LECORNU
Je pense que ça démarre plutôt bien, en tout cas je pense que la politique est noble, et qu'une belle campagne présidentielle…

SONIA MABROUK
Elle l'est aussi avec la candidature d'Eric ZEMMOUR ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, enfin, oui, enfin au sens où il y a toujours eu une droite dans ce pays, qui était une droite au fond légitimiste ou contre-révolutionnaire, comme aurait dit René REMOND. Et puis en face il y a toujours une droite orléaniste ou une droite bonapartiste.

SONIA MABROUK
C'est les fameuses trois droites.

SEBASTIEN LECORNU
Il se trouve que du Général de GAULLE jusqu'à Nicolas SARKOZY, cette droite contre-révolutionnaire elle a toujours été tenue en minorité au fond, c'est quand même… soit il y a eu un volet libéral, orléaniste, soit un volet bonapartiste, si j'ose dire, le Général de GAULLE, Nicolas SARKOZY à bien des égards aussi s'inscrivaient là-dedans. Il est clair que monsieur ZEMMOUR a toujours été tenu en minorité, y compris par la droite républicaine, depuis le début de la 5e République. Je souhaite que ça continue à être le cas.

SONIA MABROUK
Merci. On n'en doute pas que vous serez, vous ferez partie évidemment de cette campagne et du dispositif macronien également. Sébastien LECORNU, merci d'avoir répondu à nos questions.

SEBASTIEN LECORNU
Merci de vous intéresser à l'Outre-mer.

SONIA MABROUK
Et bonne journée. C'est tout à fait normal, c'est s'intéresser à la France. Bonne journée à vous.

DIMITRI PAVLENKO
Exactement, j'allais le dire. Merci Sébastien LECORNU, merci Sonia MABROUK.

SEBASTIEN LECORNU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 décembre 2021