Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à BFM TV le 13 décembre 2021, sur la politique économique du gouvernement.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre de l'Economie, des finances et de la relance. Nous serions au pic de cette cinquième vague du Covid, aucune mesure supplémentaire de restrictions ne sera prise avant les fêtes ?

BRUNO LE MAIRE
En tout cas, je ne le souhaite, nous devons tout faire pour l'éviter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Quoi qu'il arrive, vous ne reviendrez pas sur le quoi qu'il en coûte ?

BRUNO LE MAIRE
Non, le quoi qu'il en coûte a correspondu à une période où il fallait protéger massivement les salariés et les entreprises, nous sommes sortis du quoi qu'il en coûte, je l'ai dit début septembre, et nous poursuivrons notre stratégie, qui est de protéger maintenant, filière par filière, au cas par cas, les entreprises et les salariés qui en ont le plus besoin, mais nous ne reviendrons pas sur le quoi qu'il en coûte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, filière par filière, au cas par cas, il y a des secteurs qui souffrent à nouveau, l'événementiel, par exemple, le tourisme, qui sont déjà touchés, qu'allez-vous faire ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord, il y a des entreprises qui sont fermées, je pense aux discothèques, elles ont évidemment droit à une protection particulière, exonération totale de charges, prise en charge de l'activité partielle, protection contre les coûts fixes, l'intégralité des coûts fixes des discothèques sera prise en charge, rémunérations des gérants de discothèques comprises, et je mettrai en place cette semaine à la direction générale des Finances publiques une équipe dédiée spécifiquement aux gérants de discothèques pour que l'aide puisse arriver vite, j'ai parfaitement conscience que l'aide aux coûts fixes, parfois, elle met du temps à arriver, il y aura une équipe dédiée pour que les aides arrivent rapidement pour les discothèques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc premières annonces concernant les discothèques, vous prenez en charge…

BRUNO LE MAIRE
On prendra en charge tous les coûts fixes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tous les coûts fixes ?

BRUNO LE MAIRE
Salaires des gérants compris et nous mettrons en place une équipe dédiée pour que ça aille vite. Je sais que parfois, les versements sont un peu plus longs avec ce dispositif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, l'événementiel, le tourisme ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, événementiel, tourisme, hôtellerie, cafés, restauration, je sais qu'il y a certains secteurs où les chiffres deviennent un peu petit moins bons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup d'annulations…

BRUNO LE MAIRE
Beaucoup d'annulations, donc il y a une préoccupation qui est parfaitement légitime. Là aussi, une réponse appropriée, ciblée, efficace, qui va passer la prise en charge de l'activité partielle, elle sera prolongée jusqu'à la fin du mois de janvier, au moins, en fonction évidemment de la situation sanitaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors que ça devait s'arrêter au 31 décembre.

BRUNO LE MAIRE
Alors que ça devait s'arrêter au 31 décembre. C'est la prise en charge à 100% de l'activité partielle pour tous ces secteurs, avec une évolution très importante que nous avons voulu mettre en place avec Elisabeth BORNE, cette activité partielle couverte à 100% pour les salariés de ces secteurs, elle sera déclenchée non plus à partir de 80% de perte de chiffre d'affaires, mais à partir de 65%. Donc nous baissons le seuil pour qu'un restaurant… il fallait attendre de perdre 80% de son chiffre pour avoir accès à ce dispositif, nous avons estimé avec Elisabeth BORNE que c'était trop restrictif, pas assez protecteur, donc nous baissons le seuil d'accès de 80% à 65% de perte de chiffre d'affaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le remboursement des PGE à nouveau repoussé ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Les entreprises qui le souhaitent ont la possibilité de reprendre un prêt garanti par l'Etat, et par ailleurs, nous avons fait en sorte que chaque entreprise qui a une difficulté puisse avoir droit à une médiation au niveau départemental, et pour être très concret ,ne se retrouve pas seule face à son conseiller bancaire ; je sais à quel point pour une TPE, pour une PME, pour un petit restaurateur, pour un bar, être seul face à son conseiller bancaire, c'est être parfois dans une situation compliquée, ils auront droit dans tous les départements à une médiation via ce que nous avons mis en place par département, de façon à discuter avec un représentant de l'Etat, pour que la discussion soit équilibrée et qu'on puisse trouver au cas par cas des étalements des prêts garantis par l'Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, regardons les chiffres de l'année, Bruno LE MAIRE, la croissance, on termine à combien ?

BRUNO LE MAIRE
Ecoutez, on va rester à la prévision officielle de 6,25 %, je pense que nous ferons mieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mieux, 6,50 ?

BRUNO LE MAIRE
Nous ferons mieux. Ce qui est une excellente nouvelle, et ce qui prouve d'ailleurs, contrairement à ce que tous les déclinistes de tous bords racontent matin, midi et soir, parce qu'ils ne croient pas dans la France, les Français ont été capables de résister à la crise et de se relancer avec une force de caractère exceptionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, 6,50, 6,75…

BRUNO LE MAIRE
On verra, on ne va pas chipoter sur la virgule…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On verra, bon, la dette, la dette ?

BRUNO LE MAIRE
La dette, on sera aux alentours de 115%, on sait que nous avons payé le prix de la crise, mais nous savons aussi qu'il a été moins coûteux pour les finances publiques de protéger les salariés des entreprises que de laisser faire parce qu'on aurait eu à rembourser le chômage, et nous aurions eu une crise sociale qui aurait été beaucoup plus coûteuse pour les finances publiques, je le dis à tous ceux qui nous disent : vous avez trop dépensé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais vous entendez l'opposition, Valérie PECRESSE et d'autres dire : mais attention, arrêtons avec cette dette…

BRUNO LE MAIRE
Jean-Jacques BOURDIN, je vais vous le dire avec beaucoup d'honnêteté et de sérénité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, allez-y…

BRUNO LE MAIRE
Je regrette ces postures politiques de campagne, parce que la réalité, c'est que les troupes de Valérie PECRESSE ont voté en responsabilité ces mesures de soutien pour la crise, parce qu'elles savaient dans le fond d'elles-mêmes que protéger des salariés, protéger les compétences, protéger nos TPE, nos PME, c'était la bonne décision, et je salue le courage qu'ils ont eu de voter les décisions du gouvernement, parce que c'était des bonnes décisions de protéger notre économie pendant la crise, et pourquoi est-ce qu'ils n'ont pas l'honnêteté intellectuelle et l'honnêteté morale de le reconnaître aujourd'hui ? Pourquoi est-ce que plus largement, nous n'arrivons pas à faire grandir la vie politique française pour qu'elle soit enfin adulte, et qu'on arrête avec ces enfantillages, ces fausses oppositions, et qu'on soit capable de reconnaître quand quelqu'un fait quelque chose de bien. Valérie PECRESSE a fait une très bonne réforme des universités quand elle était ministre des Universités, je n'ai aucun mal à le reconnaître, mais que Les Républicains aujourd'hui reconnaissent que cette protection des entreprises était la bonne décision pendant la crise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous serez d'accord avec eux, il faut baisser la dépense publique ?

BRUNO LE MAIRE
Mais là-dessus, bien sûr, mais je n'ai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors, comment va-t-on faire pour baisser cette dépense publique ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je viens de vous dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment va-t-on faire pour rembourser notre dette ?

BRUNO LE MAIRE
Je viens de vous dire que nous avons une stratégie qui est simple et lisible, nous avons protégé pendant la crise, ça nous a permis d'éviter un naufrage économique et un naufrage en termes de finances publiques, nous allons maintenant passer au cas par cas, et le quoiqu'il en coûte est fini, et nous allons engager dans les mois qui viennent une politique de réduction de la dette publique, qui va passer d'abord par de la croissance, parce que c'est bien la croissance qui permet en premier lieu de rembourser la dette, par des réformes de structure, l'assurance-chômage, là aussi, des Républicains pourraient reconnaître que nous avons eu le courage de réformer l'assurance-chômage, les retraite, comme l'a annoncé le président de la République, et enfin, une règle, d'or dont je parlerai avec Christiane LINDNER, le ministre des Finances allemand, dans quelques instants, ce soir, en lui disant : voilà, nous, nous sommes favorables à une dépense qui soit calibrée sur cinq ans et non pas sur un an, pour mieux maîtriser la dépense publique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les 3 % ? Les fameux 3 % ?

BRUNO LE MAIRE
Les fameux 3 %…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que les fameux 3% seraient lissés, enfin, c'est-à-dire qu'on pourrait dépasser les 3 %, expliquez-moi quel est le mécanisme que vous allez proposer…

BRUNO LE MAIRE
La discussion que nous allons avoir avec le ministre des Finances allemand va d'abord consister à lui dire : vous avez en face de vous un gouvernement sérieux du point de vue des finances publiques, c'est le gouvernement qui a rétabli les finances publiques françaises en 2018, qui est repassé pour la première fois sous les 3% de déficit public. Donc vous avez affaire à des gens sérieux, il le sait, nous nous connaissons bien. Nous avons protégé pendant la crise, ça nous a coûté de l'argent, nous avons maintenant une dette, cette dette, nous allons la rembourser, et nous allons la rembourser avec les éléments que je vous indique, et nous allons avoir une discussion ensemble pour savoir s'il faut que tous les États membres de la zone euro aient la même trajectoire au même rythme, avec les mêmes exigences ou s'il faut tenir compte de la réalité de la sortie de crise, où certains Etats ont plus de 160% de dette, l'Italie, d'autres beaucoup moins, l'Allemagne ; et donc, est-ce qu'il ne serait pas plus approprié d'avoir une trajectoire de réduction de la dette, un chemin de réduction de la dette qui soit différent d'un Etat à l'autre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, permettre pendant cinq ans de dépasser les 3% ?

BRUNO LE MAIRE
Ne jamais renoncer au remboursement de la dette, il est indispensable, je l'ai toujours dit, mais le faire à des rythmes différents qui tiennent compte de la réalité de la situation de chaque pays, en sortie de crise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez que les Allemands sont sensibles à cet argument, à ces arguments ? Christian LINDNER est un libéral…

BRUNO LE MAIRE
Si je vous dis ça, c'est que nous avons eu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un libéral…

BRUNO LE MAIRE
Mais qui est un homme constructif, que je connais bien, le président de la République a déjà eu des discussions avec le chancelier allemand, qui a été mon homologue pendant deux ans, et je sais que nos amis allemands ont à coeur de construire une Europe souveraine, et que pour avoir une Europe souveraine, il faut que chaque Etat rétablisse ses comptes publics en fonction de ses capacités actuelles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'inflation, on sera à combien à la fin de l'année ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, je ne peux pas vous donner le chiffre aujourd'hui, c'est mon sujet de préoccupation majeure, nous avons protégé, nous avons relancé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On sera à quoi, entre 2,5 et 3 ?

BRUNO LE MAIRE
Nous avons relancé l'emploi, je rappelle qu'on a aujourd'hui le taux d'emploi le plus élevé depuis un demi-siècle, c'est bien la preuve qu'on peut renouer avec les 30 glorieuses d'ici quelques mois, mais il y a un sujet, c'est comme l'économie a redémarré très vite, on a effectivement une inflation forte. Donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre 2,5 et 3 %…

BRUNO LE MAIRE
Ma priorité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur l'année ?

BRUNO LE MAIRE
Ce sera peut-être plus de 2%, je ne veux pas vous donner de chiffres inexacts parce que l'INSEE les donnera d'ici quelques semaines, donc nous verrons en fonction des chiffres de l'INSEE. Mais au-delà des chiffres statistiques, il y a une réalité, l'inflation pèse aujourd'hui sur le pouvoir d'achat des Français, et ma priorité des prochaines semaines est de protéger le pouvoir d'achat des Français contre l'augmentation des prix. La moitié de cette augmentation, c'est les prix de l'énergie, nous avons pris, Jean CASTEX, un certain nombre de mesures qui seront rigoureusement appliquées : gel du prix du gaz, première décision qui nous coûte plus d'un milliard d'euros. Deuxième décision, plafonnement des prix de l'électricité à 4%, alors que si on suit les prix de marché, ce serait sans doute plus de 15% ; je rappelle qu'en Italie et en Espagne, en 2021, le prix de l'électricité a augmenté de 50%, il n'a pas augmenté en France parce que nous avons protégé les consommateurs, que nous avons un dispositif qui protège les consommateurs, nous le referons en 2022, pas d'augmentation des prix supérieurs à 4%. Comment est-ce que nous le ferons ? D'abord, en baissant la taxe intérieure sur la consommation finale d'électricité, et si ça ne suffisait pas, c'est possible, si les prix de l'électricité flambent davantage, nous augmenterons le volume de l'accès régulé à l'énergie nucléaire historique, la fameuse ARENH, dont nous avons parlé avec monsieur ZEMMOUR dans notre débat sur France 2, je ne suis pas sûr que beaucoup de Français aient compris, l'ARENH, c'est le volume d'électricité qui est vendu à un tarif de 42 euros le mégawatt au lieu de 200 euros le mégawatheure aujourd'hui, qui permet ensuite d'avoir, pour les consommateurs, un prix d'électricité moins cher. Ce volume est de 100 Térawatt heures, il pourrait ne pas suffire, nous augmenterons à 150 Térawatt heures le volume de l'accès régulé à l'énergie nucléaire historique à 42 euros le mégawatheure, pour que les Français soient garantis que les prix de l'électricité n'augmentent pas de plus de 4%. Les promesses du Premier ministre seront rigoureusement tenues.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le pouvoir d'achat, on en parle, hausse du taux du Livret A ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura une hausse…

BRUNO LE MAIRE
Le taux du Livret A augmentera en janvier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il augmentera en janvier, vous en prenez l'engagement ce matin ?

BRUNO LE MAIRE
J'en prends l'engagement ce matin, pourquoi, mais parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va passer à quoi, 0,75 ?

BRUNO LE MAIRE
Protéger les Français contre l'augmentation des prix, je le dis, c'est ma priorité absolue aujourd'hui, parce que je suis lucide sur l'inflation, mais c'est une politique qui doit reposer sur plusieurs outils : protection contre l'augmentation des prix de l'énergie, 50% de l'augmentation de l'inflation, c'est cela, protection contre l'augmentation des prix de consommation courante, dans la grande distribution, et également, augmentation des rémunérations pour que les gens ne perdent pas d'argent sur les comptes dans lesquels ils ont placé leurs économies. Le gouverneur de la BANQUE DE FRANCE a déjà indiqué qu'il y aurait, suivant la formule, une augmentation du taux du Livret A, si on suit la formule technique qui a été mise en place, je ne vais pas la décrire parce qu'elle est absolument incompréhensible, et j'aurais du mal à vous l'expliquer ce matin à 8h30, il y aura une augmentation du taux du Livret A en janvier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
0,75 ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne peux pas vous donner le chiffre, parce que le gouverneur de la BANQUE DE FRANCE me fera une proposition, je prends l'engagement ce matin que le taux du Livret A augmentera en janvier pour les millions de Français qui ont un compte Livret A.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, les augmentations de salaires, le SMIC, bon, pas de hausse du SMIC, il n'y aura pas de hausse, pas de coup de pouce…

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais je rappelle juste, Jean-Jacques BOURDIN, que nous sommes le seul pays développé où le SMIC est indexé sur l'inflation, là aussi, c'est une protection, c'est-à-dire, quand il y a. une forte hausse des prix, le SMIC augmente automatiquement parce que la formule ajuste automatiquement au niveau du SMIC, il a augmenté de 36 euros bruts en octobre, ce n'est pas le cas dans les autres pays, ça fait partie de notre modèle social auquel je suis très attaché, nous avons un SMIC qui augmente lorsque les prix augmentent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors chèque inflation, chèque énergie, prime Macron, ça, ce sont des mesures de pouvoir d'achat, d'ailleurs, le chèque inflation, premier versement aujourd'hui…

BRUNO LE MAIRE
Le chèque inflation, premier versement aujourd'hui pour 775.000 étudiants, via les CROUS, versement le 15 décembre pour tous les agriculteurs et tous les indépendants, et versement de ce chèque de 100 euros à partir du 20 décembre pour une grande majorité de salariés, là aussi, c'est une protection contre l'inflation et une protection du pouvoir d'achat des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pas d'augmentation du point d'indice des fonctionnaires, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Non, mais nous avons toutes ces mesures, les fonctionnaires bénéficieront eux aussi, alors, ce sera en janvier pour des raisons techniques, de la prime inflation à 100 euros, mais vous voyez bien que le dispositif que nous déployons, il montre deux choses, 1°) : nous anticipons, nous anticipons cette augmentation des prix, et 2°) : nous le faisons avec une batterie de mesures qui permettent de protéger la croissance et qui ne pèsent pas sur la croissance du pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais pendant ce temps-là, 10% des Français sont obligés d'aller dans une association pour recevoir un colis alimentaire. 10%, ça fait 6 millions, plus de 6 millions de Français qui sont obligés d'aller dans ces centres, dans ces associations, ça veut dire quoi, ça veut dire que vous n'avez pas tout réussi, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, mais tant que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi ?

BRUNO LE MAIRE
Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je lisais ce que disait – pardon, je vous coupe – l'historien Michel WINOCK, les historiens, vous en avez affronté un…

BRUNO LE MAIRE
Excellent historien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, jeudi soir…

BRUNO LE MAIRE
C'est lui faire beaucoup d'honneur de le qualifier d'historien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, de le qualifier d'historien, bon, d'accord…

BRUNO LE MAIRE
Je le qualifierais plutôt de révisionniste que d'historien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, révisionniste. Michel WINOCK rappelle ce que disait Aristote : la stabilité de la démocratie dépend d'un moindre écart entre les riches et les pauvres, or, l'écart se creuse.

BRUNO LE MAIRE
Mais je suis totalement d'accord avec ce que dit Michel WINOCK, pas d'accord avec le fait que l'écart se creuse, l'écart ne se creuse pas en France, les inégalités…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre les plus riches et les moins riches ?

BRUNO LE MAIRE
Les inégalités n'ont pas augmenté significativement en France pendant la crise alors qu'elles auraient dû exploser, c'est bien la preuve que nous avons protégé, mais Jean-Jacques BOURDIN, tant qu'il y a pas de 9 millions de pauvres dans notre pays, 9 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, tant qu'il y aura des personnes qui n'auront pas d'autre choix que d'aller dans les banques alimentaires ou aux Restos du Coeur, je ne serai pas satisfait, vous parlez à quelqu'un qui, lorsqu'il était ministre de l'Agriculture, a livré un combat pendant un mois pour maintenir l'aide alimentaire d'urgence qui finançait les Restos du Coeur, et que la Commission européenne voulait supprimer ; ça a été un de mes grands combats en 2009 et 2010. Donc jamais je ne m'avouerai satisfait tant qu'il y aura 9 millions de nos compatriotes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un mot sur la Ville de Paris, compte tenu de son endettement, est-ce qu'elle pourrait être mise sous tutelle ?

BRUNO LE MAIRE
Nous verrons les décisions que prendra Anne HIDALGO, c'est Olivier DUSSOPT qui suit ce dossier, j'en ai d'autres au niveau national qui m'occupent largement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Bruno LE MAIRE, l'embauche, beaucoup d'entreprises n'arrivent pas à trouver de personnels, que faire, que faire contre ça ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, ça répond aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peut-être proposer des salaires plus hauts…

BRUNO LE MAIRE
Il y a des réponses de court terme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que faire ?

BRUNO LE MAIRE
Et des réponses à long terme, et tout cela montre une chose, une fois encore, très simple, notre pays est en train d'opérer un redressement économique spectaculaire. Deux fois plus d'usines ouvertes en 2021 que d'usines fermées, des emplois industriels qui se recréent, un taux d'emploi qui est le plus élevé depuis un demi-siècle. Je voudrais que chaque Français comprenne, même si sa vie est difficile, même s'il a du mal à boucler les fins de mois, que nous sommes dans la bonne direction. Et s'agissant des secteurs qui sont aujourd'hui sous tension, la seule solution, c'est renforcer l'attractivité des métiers, le premier métier qui a du mal à recruter, c'est nos amis restaurateurs, c'est les bars, c'est les hôtels, ils en ont parfaitement conscience, ils sont lucides, je les ai vus, je les vois quasiment chaque semaine, j'étais à un de leurs congrès à Strasbourg il y a quelques jours. C'est une affaire de salaires. Et je souhaite que les négociations salariales dans l'hôtellerie et la restauration puissent déboucher rapidement avec des augmentations significatives de salaires, mais c'est aussi l'attractivité des métiers…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le patronat a proposé 10%, au moins 10%…

BRUNO LE MAIRE
On verra ce que ça donnera. Mais c'est ça la solution, plus l'attractivité du métier, il faut tenir compte de l'attente d'un jeune de 20 ans, qui dit légitimement, moi, je ne suis pas prêt à sacrifier toutes mes soirées, je ne suis pas prêt à sacrifier tous mes week-ends, et surtout, la pause entre le déjeuner et le soir où je ne peux pas rentrer chez moi, c'est compliqué à gérer pour ma vie personnelle, qu'est-ce que vous me proposez, il faut répondre à tous ces problèmes d'attractivité, il faut tout simplement tenir compte de la vie des gens, c'est ce qui permet de rendre un métier plus attractif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pénurie aussi de matières premières, et vous avez réuni, je crois, à Bercy, toutes les personnes concernées, quelles décisions prendre ?

BRUNO LE MAIRE
Alors nous allons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que ça pose, je ne sais pas…

BRUNO LE MAIRE
Oui, vous avez beaucoup d'industries dans le bâtiment, travaux publics qui sont confrontées à des difficultés…

BRUNO LE MAIRE
L'acier qui est très, très cher…

BRUNO LE MAIRE
L'acier qui est très cher…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les composants électroniques…

BRUNO LE MAIRE
Donc je vais les réunir à Bercy dans quelques heures, nous allons échanger avec eux, il y a des prêts industries qui sont étalés sur 7 ans aujourd'hui, je suis prêt à prolonger ces prêts industries sur 10 ans, de façon à donner un peu d'air en termes de trésorerie à ces entreprises ; ça fait partie des propositions que je ferai cet après-midi pour répondre à cette pénurie de matières premières.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons un peu de politique, pour terminer, Bruno LE MAIRE, quel adversaire le plus dangereux pour Emmanuel MACRON, Valérie PECRESSE, Éric ZEMMOUR, Marine LE PEN ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que l'adversaire le plus dangereux, c'est le fatalisme, ce n'est pas tel ou tel adversaire, c'est cette résignation collective qui nous tire vers le bas et qui nous ferait perdre le chemin de nos rêves français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si nous n'avons pas d'allant, c'est votre faute peut-être…

BRUNO LE MAIRE
Mais permettez-moi juste de terminer là-dessus ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la faute d'Emmanuel MACRON peut-être…

BRUNO LE MAIRE
Mais je pense vous avoir montré ce matin que je ne manque pas d'allant et que nous ne manquons pas collectivement d'allant, et que la victoire se trouvera là, la victoire se trouvera dans les perspectives que nous offrons aux Français, notre capacité à les convaincre que nous sommes dans la bonne direction, et que notre pays, notre nation, a aujourd'hui des capacités de redressement économique dans tous les domaines industriels, technologiques, nos startups qui explosent, l'emploi qui est en train de redémarrer, le pouvoir d'achat que nous voulons protéger, que tout cela fait de la France une des grandes nations qui compte sur la scène internationale et européenne, et que nous sommes, je le redis, dans la bonne direction, c'est notre enthousiasme qui apportera la victoire et certainement pas la dénonciation des candidats. Alors celui-ci, il est comme ça, celui-là est comme ça, celle-là, elle a fait ceci ; non, ce n'est pas ça qui va nous faire élire. Ce qui va nous faire élire, c'est de dire : voilà, nous avons pris le pouvoir avec Emmanuel MACRON, il y a près de 5 ans, nous avons réussi un certain nombre de choses, nous sommes dans la bonne voie pour que le pays soit plus fort et que chaque Français vive mieux. Nous avons fait des erreurs et nous les reconnaissons, et nous en avons tiré les leçons. Nous avons su imposer la France sur la scène européenne et sur la scène internationale en obtenant des résultats, regardez la taxation internationale qui est un des grands succès français du quinquennat, c'est un mélange d'enthousiasme et d'humilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais…

BRUNO LE MAIRE
Qui nous permettra de gagner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Reconnaissance des compétences, oui, mais pas d'élan et pas d'amour pour Emmanuel MACRON, pour ce pouvoir-là, pourquoi ?

BRUNO LE MAIRE
Mais l'amour, il faut d'abord le donner aux Français, et à tous les Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça veut dire que vous ne le donnez pas, Emmanuel MACRON ne le donne pas suffisamment aux Français ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'on peut toujours faire mieux pour montrer l'amour que l'on porte aux Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les Français ont des doutes sur sa sincérité ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que les Français, ils sont fatigués par la crise, ils en ont ras-le-bol, ils sont épuisés, que c'est compliqué et que chaque nouveau variant est compliqué, c'est compliqué pour sa vie familiale, les enfants sont touchés, l'école, comment est-ce qu'on fait, comment est-ce qu'on s'organise, tout ça à la longue est épuisant, moi, j'ai une famille, j'ai 4 enfants, je sais ce que c'est que d'avoir des enfants qui sont malades et il faut gérer les déplacements des uns et des autres, l'isolement d'un de ses enfants, et puis faire un test, tout ça est épuisant, et les Français sortent épuisés de la crise, mais ils sont en train de réussir quelque chose d'exceptionnel, et je veux le leur dire : vous êtes en train de réussir quelque chose d'exceptionnel, ressortir plus fort de la crise que vous n'y étiez entré, alors ne vous laissez pas gagner par les forces de division, ne vous laissez pas gagner par la haine, ne vous laissez pas gagner par ceux qui révisent votre histoire et qui vous mettent sous les yeux les pages les plus sombres de notre histoire au lieu de mettre les pages les plus lumineuses, ne vous laissez pas gagner par l'esprit critique permanent, regardez à quel point vous êtes une grande nation. Et continuons ensemble.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, merci


source : Service d'information du Gouvernement, le 15 décembre 2021