Interview de M. Olivier Dussopt, ministre des comptes publics, à CNews le 16 décembre 2021, sur la grève et l'ouverture à la concurrence à la SNCF.

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
Olivier DUSSOPT, ministre délégué aux Comptes publics, ministre du Budget, et Guillaume PERRAULT, rédacteur en chef du FigaroVox, bonjour à tous les deux. Cette grève à la SNCF pour réclamer des augmentations de salaires et des primes Covid, Monsieur le ministre, comment est-ce que vous jugez ce mouvement de grève ? Est-ce qu'il est légitime selon vous ?

OLIVIER DUSSOPT
Je comprends la colère des voyageurs. On est dans une situation de fin d'épidémie, en tout cas nous le souhaitons malgré l'incertitude. Les Français sont fatigués, ils souhaitent aussi profiter de leurs vacances et la grève intervient le premier week-end de vacances. Donc c'est compréhensible que les voyageurs soient agacés par ce mouvement.

ROMAIN DESARBRES
Alors que vous compreniez la colère des voyageurs, j'ai peu de difficultés à l'imaginer. Qu'est-ce que vous pensez du mouvement de grève ?

OLIVIER DUSSOPT
Quand on comprend la colère, c'est qu'on ne partage pas le mouvement de grève tout simplement. Je pense que c'est un mauvais moment et une mauvaise raison. (…)

ROMAIN DESARBRES
Monsieur le Ministre, l'Etat reprend à son compte 35 milliards d'euros de dette de la SNCF. C'est vous qui…

OLIVIER DUSSOPT
C'est le cas.

ROMAIN DESARBRES
C'est le cas. Ce qui veut dire très concrètement que si l'Etat n'était pas là, si les Français ne payaient pas pour la dette de la SNCF et notamment pour leurs conditions de travail et tout ça, la SNCF aurait coulé depuis belle lurette.

OLIVIER DUSSOPT
Tout à l'heure, vous recevrez Elisabeth BORNE…

ROMAIN DESARBRES
Oui. C'est Laurence FERRARI dans La Matinale, oui.

OLIVIER DUSSOPT
C'est elle qui, lorsqu'elle était Ministre des Transports, a mené la réforme de la SNCF, à la fois une réforme du statut, une réforme de l'organisation du groupe et ça s'est accompagné d'une reprise de dette pour permettre à la SNCF de faire face.

ROMAIN DESARBRES
C'est un sacré cadeau !

OLIVIER DUSSOPT
Je ne sais pas si c'est un cadeau mais, en tout cas, c'est un sacré accompagnement. Et l'année dernière, pendant la période de crise lorsque le trafic avait été arrêté, l'Etat a aussi répondu présent, puisque au-delà de la recapitalisation nous avons accompagné la SNCF pour faire face à l'arrêt du trafic, au quasi arrêt du trafic et l'accompagner dans cette période de crise. Et effectivement, l'Etat tient à bout de bras un groupe qui est la SNCF aujourd'hui.

ROMAIN DESARBRES
L'Etat tient à bout de bras ce groupe, donc les syndicalistes de la SNCF, les grévistes sont indignes de la situation et de cette aide fournie par l'Etat et donc par l'argent des Français.

OLIVIER DUSSOPT
Je n'utilise que rarement des mots aussi brutaux que ceux que vous venez d'utiliser, mais je l'ai dit, c'est une mauvaise grève au mauvais moment et je comprends que les voyageurs soient exaspérés. Ils ont envie de profiter de la période de Noël. Ils ont envie de rentrer dans leur famille.

ROMAIN DESARBRES
Quelle image ça donne avec l'arrivée des très italiens samedi ? La France avec les TGV qui ne marchent pas, on va prendre les trains italiens.

OLIVIER DUSSOPT
C'est une raison de plus de considérer que c'est une mauvaise grève.

ROMAIN DESARBRES
Vous pourriez monter dans un train italien, vous ?

OLIVIER DUSSOPT
Le train italien, notamment Trenitalia, va circuler sur l'axe Paris-Lyon, celui que j'utilise pour rentrer chez moi en Ardèche.

ROMAIN DESARBRES
Alors est-ce que vous allez le tester ?

OLIVIER DUSSOPT
Non, pas ce week-end.

ROMAIN DESARBRES
Mais vous pourriez ?

OLIVIER DUSSOPT
Pourquoi pas. Si ça correspond à mes horaires et aux besoins, c'est un train.

ROMAIN DESARBRES
Ça va se terminer comme ça, Guillaume PERRAULT ? Les Français vont dire stop. On paye pour la dette, on n'a pas de trains quand on veut partir en vacances et qu'on est crevé, parce qu'on est fatigué, crevé.

GUILLAUME PERRAULT
Je salue la franchise du ministre parce que c'est quand même la première fois que je vois un membre du gouvernement nous dire nettement, avec beaucoup de civilité et de forme mais enfin nous dire nettement qu'il est disposé à prendre un train qui ne soit pas français pour faire Paris-Lyon. Moi aussi. Moi aussi de plus en plus quand je vois ça.

ROMAIN DESARBRES
C'est la vie en 2021.

GUILLAUME PERRAULT
Oui.

OLIVIER DUSSOPT
Pardonnez-moi, mais jusqu'à présent il n'y en avait pas.

GUILLAUME PERRAULT
Bien sûr.

OLIVIER DUSSOPT
Donc c'est peut-être pour ça que personne ne le disait !

GUILLAUME PERRAULT
Pas seulement, Monsieur le Ministre, parce que l'ouverture - vous le savez mieux que moi - l'ouverture à la concurrence de la SNCF sur certaines lignes, et c'est un très vieux dossier et il y avait une réticence de l'Etat évidemment…

OLIVIER DUSSOPT
Il y a un aller-retour, enfin il y a une liaison Paris-Lyon ou Lyon-Paris toutes les demi-heures aux heures de pointe toutes les heures par la SNCF, et à partir du 20 décembre ou du 19, il y aura deux allers-retours Paris-Milan par jour. Donc ça ne se compare pas en termes de volume mais c'est un train qui va circuler entre Paris et Lyon et c'est une offre de services de plus, tout simplement (…)

ROMAIN DESARBRES
Il a dit que la phrase qu'il regrettait le plus, c'est quand il a parlé des Français qui ne sont rien. On parlait de brutalité, c'est assez violent. Mais il a dit qu'effectivement, il n'aurait pas dû le dire et, accessoirement, le penser. Qu'est-ce que vous avez pensé de cette intervention du président de la République ?

OLIVIER DUSSOPT
Quand le président ne parle pas, on lui demande de le faire et quand il parle certains lui reprochent. Il s'est livré à un exercice de réponses aux questions des journalistes, surtout un exercice qui consiste à dire, à montrer que tout ce quinquennat s'est caractérisé à la fois par des engagements qui ont été tenus, s'est aussi caractérisé par des crises. On a eu la crise des Gilets jaunes, une crise épidémique absolument inédite. Il s'est caractérisée par des progrès, mais chaque progrès, chaque réussite appelle une amélioration. Et l'amélioration, elle concerne à la fois les politiques que l'on mène mais aussi la façon dont on le fait et c'est un jugement qui concerne chacun d'entre nous.

ROMAIN DESARBRES
C'est vrai que ç'a été un quinquennat de crises. Les Gilets jaunes, ça il peut y avoir une part de responsabilité politique. La crise sanitaire, ça c'est autre chose. Pas de grande annonce sur la sécurité ni sur l'immigration. On va écouter un extrait. (…) ? Nous n'avons pas bien intégré les populations immigrées. Je ne crois pas au grand remplacement. ? Je ne sais pas si c'est une histoire de croyance. ? Ces dernières décennies, nous n'avons pas bien intégré. ? C'est la faute de qui alors ? C'est la faute donc des Français qui n'ont pas bien intégré ? Pourquoi est-ce que on a mal intégré ces dernières décennies alors qu'on avait bien intégré avant ?

OLIVIER DUSSOPT
Plus qu'une faute, c'est une responsabilité collective, on doit à la fois intégrer, mais on doit veiller à ce qu'aucune population ne se sente reléguée, à ce qu'aucun territoire ne se sent relégué, sinon c'est des phénomènes comme ceux qu'on a connus avec les Gilets jaunes. Vous dites, il n'y a pas de grande annonce, ni si l'immigration, ni sur la sécurité, la grande annonce sur la sécurité, pardon, mais elle s'est matérialisée hier après-midi, l'Assemblée nationale a voté le budget pour 2022, j'ai eu l'honneur de le porter, et ce budget contient à la fois la réponse et la mise en oeuvre des engagements du président, et sur la question de la sécurité c'est le fait que le ministère de l'Intérieur va, en 2022, disposer d'1,5 milliard d'euros de plus, c'est la plus forte augmentation jamais enregistrée pour le budget du ministère, qui va atteindre plus de 20 milliards d'euros, et dans le même temps, pour la deuxième année consécutive, le budget du ministère de la Justice, à la fois pour les moyens d'enquête, les moyens d'instruction et les moyens pénitentiaires, augmente de plus de 8 % pour la deuxième année consécutive. On n'a pas besoin de faire de grandes annonces dans une émission de télévision, pour à la fois faire des choses, et faire des choses qui sont fortes. Le président…

ROMAIN DESARBRES
C'est ça aussi la politique, c'est de le dire, c'est de l'assumer, c'est de dire la sécurité c'est important.

OLIVIER DUSSOPT
C'est de dire et assumer, mais pardon, il n'a pas besoin de le répéter matin, midi et soir, ce qui compte c'est de faire, et faire c'est créer 10.000 postes de policiers et de gendarmes, on l'a fait à l'échelle de ce quinquennat, y compris pour réparer ce qui avait été fait précédemment, c'est augmenter les moyens de la justice, c'est tenir les engagements qui sont pris et répondre aux besoins qui sont exprimés, et ça nous le faisons à la fois par les mots du président et par ses engagements, et par la mise en oeuvre d'une politique, c'est le rôle du gouvernement, c'est aussi la responsabilité du Parlement qui nous accompagne pour mettre en oeuvre ces engagements. (…)

ROMAIN DESARBRES
Merci à tous les deux. Tiens, Monsieur le ministre, puisque je vous tiens, une dernière petite question. Il y a des pans entiers de la société qui vivent grâce aux aides sociales, avec une inflation à 2,8 % cette année, ça peut augmenter, 7 % aux Etats-Unis, et des taux d'emprunt qui pourraient augmenter l'année prochaine, est-ce que vous êtes inquiet, est-ce qu'on va pouvoir continuer à vivre, j'allais dire comme avant, en nous endettant avec de l'argent magique, avec de l'argent gratuit ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est un problème évidemment d'attention et de vigilance, nos prévisions font que l'inflation, qui est plus forte depuis quelques mois, serait plus forte pendant quelques mois encore, notamment au début de l'année 2022, mais pourrait retrouver un rythme plus normal après le début d'année 2022, après le premier semestre, c'est ce que disaient encore les notes de l'INSEE qui ont été publiées avant-hier. Nous avons apporté des réponses à la fois à la revalorisation des revenus du travail, à la revalorisation de certains minima sociaux, par des aides exceptionnelles. Sur les questions d'énergie…

ROMAIN DESARBRES
Mais vous ne craignez pas une augmentation des taux et que notre dette, le fait d'emprunter de l'argent nous coûte beaucoup, beaucoup plus cher que ces dernières années ?

OLIVIER DUSSOPT
La France, comme Etat, a emprunté, au cours de l'année 2021, nous avons fini notre programme de financement, puisque c'est comme ça qu'on l'appelle, à des taux qui sont extrêmement avantageux puisque, à l'échelle de l'année, sur les obligations à 10 ans, qui sont notre point de référence, nous sommes très proches de 0 %, en taux d'intérêt.

ROMAIN DESARBRES
Sur 2020, mais sur l'année prochaine ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est la démonstration, un, que les marchés nous font confiance, mais aussi la démonstration que nous devons être sérieux.

ROMAIN DESARBRES
Mais est-ce que vous voyez des nuages arriver, des nuages noirs ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est difficile de faire des prévisions en la matière, mais dans les hypothèses que nous prenons pour construire le budget, nous avons retenu des hypothèses de taux positifs, et non pas de taux négatifs ou à zéro, justement pour être prudent.

ROMAIN DESARBRES
Merci beaucoup.

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.

ROMAIN DESARBRES
Merci Olivier DUSSOPT d'être venu ce matin sur le plateau de La Matinale.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 décembre 2021