Déclarations de MM. Emmanuel Macron, président de la République, et Olaf Scholz, Chancelier de la République fédérale d’Allemagne, sur la situation en Ukraine, les tensions entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan et les questions européennes, à Bruxelles le 16 décembre 2021.

Texte intégral

M. Olaf SCHOLZ [traduit]

"Nous avons commencé ensemble hier avec une réunion trilatérale avec le président ukrainien, M. ZELENSKY. C’est ici une bonne raison de clore ensemble ces deux journées de délibérations. On a commencé avec un grand sujet qui était au centre du Conseil européen : l’intégrité et la sécurité de l’Ukraine. Pendant le Conseil, nous avons également parlé de l’importance de l’inviolabilité des frontières européennes, afin qu’il y ait de la sécurité pour tous. Et pour cela, il faut donc ce respect de la sécurité commune en Europe. Les membres du Conseil européen ont tous été d’accord, et notamment tous deux, nous étions d’accord pour dire que ceux qui violent ces frontières auront à s’attendre à des conséquences graves. Nous voulons également utiliser le format qui existe déjà, un format auquel participent l’Allemagne et la France, le réactiver, qu’il soit efficace à nouveau, le format de Normandie, avec des principes qui sont attachés à ce format, et nous en avons parlé également avec le président ZELENSKY. Nous avons également parlé de la situation difficile en Biélorussie. Nous avons pu exprimer notre solidarité avec la Pologne et les pays baltes et nous avons pu constater tous ensemble que nous exhortons le régime à ne pas instrumentaliser des êtres humains et l’Europe a pu contribuer à ce que le nombre de ces personnes ait pu être diminué, et que déjà, des personnes ont pu être évacuées.

En outre, nous avons parlé de notre politique migratoire en Europe qu’il faut coordonner. Nous avons pris quelques décisions. Notamment nous avons parlé de la pandémie de la Covid-19, qui reste bien sûr un grand défi global et européen et nous devons oeuvrer tous ensemble pour pouvoir protéger nos citoyennes et nos citoyens, et bien sûr également la stabilité de notre continent. Il ne faut pas seulement se concentrer sur nous, bien sûr. Il faut également faire en sorte que le reste du monde soit vacciné. Il faut soutenir les autres pays du monde pour rendre accessibles les vaccins et l’initiative COVAX est très importante.

Enfin, nous avons parlé de la question de l’énergie, de l’approvisionnement énergétique et toutes les questions. Nous n’avons pas encore produit des conclusions là-dessus. Mais il y a eu un accord pour dire qu’il faut suivre de près l’évolution des prix dans les pays européens et voir comment faire en sorte qu’il y ait une meilleure évolution, également suivre de près l’évolution des prix dans le système européen d’échange de quotas. Bien sûr, il va falloir déterminer les prochains pas une fois que la Commission aura présenté ses propositions pour la transformation du marché énergétique, notamment concernant l’acte délégué prévu. Il y a encore des opinions divergentes en Europe et donc le débat va continuer. La France et l’Allemagne sont sûres de vouloir coopérer en la matière. Ce n’est pas seulement le cas aujourd’hui, nous comptons également le faire à l’avenir".


Emmanuel MACRON

"Bonsoir à toutes et tous. D’abord, je suis très heureux d’être ce soir aux côtés du chancelier allemand Olaf SCHOLZ pour cette conférence de presse commune à l’occasion de ce premier Conseil européen auquel nous avons participé ensemble. Je ne vais pas répéter ce que Monsieur le chancelier vient de dire. Simplement, donc nous avons eu une discussion importante avec le président ZELENSKY et nous avons très clairement réaffirmé notre attachement au format Normandie, une volonté de réengager ensemble avec la Russie. J’en avais déjà parlé au président POUTINE il y a quelques jours et je veux ici, saluer vraiment, l’engagement que nous avons bien senti du président ZELENSKY, à proposer, à avancer sur ce volet. Hier, nous avons eu une discussion plus large avec les pays dits du partenariat Oriental, c’est-à-dire l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine. Les conclusions sont claires, qui ont été hier présentées par Charles MICHEL et Ursula VON DER LEYEN, et je considère que c’est un espace de réengagement extrêmement important pour nous. L’Ukraine, nous l’avons évoquée.

J’ai pu hier soir aussi passer un long moment avec le président d’Azerbaïdjan et le premier ministre d’Arménie. Je veux vraiment saluer le travail que Charles MICHEL a effectué il y a deux jours et qui, dans la discussion à trois, s’est hier consolidé. Il y a une vraie volonté, là aussi, de réengagement de part et d’autre. Et sur les sujets de sécurité, de frontières communes, de désescalade, mais aussi d’infrastructures à venir, une volonté d’avancer ensemble et le travail doit se poursuivre d’ici là avec l’Union européenne et bien entendu aussi dans le cadre du Groupe de Minsk. Sur les autres sujets de ce Conseil, nous avons pu très clairement réaffirmer notre fermeté à l’égard de la Biélorussie et de toutes les attaques hybrides, notre solidarité à l’égard de la Pologne, mais aussi de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie ; et une volonté de protéger les frontières extérieures de l’Union européenne de manière extrêmement claire. Nous déclinerons d’ailleurs cet agenda dans les prochains mois, en particulier à travers les avancées sur justement la rénovation de Schengen et le paquet asile et migration mais également les mesures très claires que nous avons souhaité prendre contre toute forme d’attaque hybride.

Sur le sanitaire, le chancelier a été très clair et je n’ai rien à rajouter sur ce qu’il a pu dire. De la même manière sur l’énergie, où nous voulons travailler, Allemagne et France ensemble, pour trouver le plus vite possible, les bonnes solutions, et où il y a eu une très longue discussion durant ce Conseil.

Sur les sujets de sécurité et de défense, nous avons des conclusions qui sont en droite ligne avec ce qui a été discuté à Rome avec le président BIDEN : l’importance d’une défense européenne plus forte et plus opérationnelle et nous avons pu faire un point sur l’avancement des travaux, sur la boussole stratégique qui, je le rappelle, a été lancée sous présidence allemande et qui a vocation à s’achever sous présidence française au mois de mars prochain. Plusieurs autres sujets ont pu être évoqués. Nous avons présenté ce que seront les principaux attendus du sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne, sur les sujets sanitaires, éducatifs, de transition énergétique, d’investissements économiques, de sécurité et de contrôle des migrations. Ce sommet, qui se tiendra ici même à Bruxelles en février, a pour vocation de bâtir une nouvelle alliance et il s’inscrit d’ailleurs dans la droite ligne de notre manière d’approcher la relation, comme a dit le chancelier, sur les vaccins, où là, nous avons très clairement réitéré notre solidarité. Je veux ici dire aussi combien l’Europe est le continent, sur les sujets vaccinaux, le plus ouvert du monde, en termes de production, en termes de dons, en termes de partenariat technologique. Et donc ce sommet sera un rendez-vous important pour cette nouvelle alliance euro-africaine qui, je crois sur beaucoup de sujets qui touchent nos compatriotes, est extrêmement structurante.

Enfin, lors du sommet de la zone euro, nous avons fait le point sur la situation économique en Europe, les avancées de l’Union bancaire et de l’Union des marchés de capitaux, discussions qui ont permis là aussi d’avoir un premier échange sous ce format sur la gouvernance économique, l’avancée des différents travaux sur ce volet et évidemment, le contexte financier et macroéconomique qui a été décrit par la présidente de la Banque centrale européenne et le président de l’Eurogroupe.

Voilà les quelques éléments que je souhaitais faire en complément. Je veux, pour conclure, d’une part remercier le premier ministre slovène pour sa présidence et les progrès faits durant ces 6 mois où il a présidé à nos travaux en matière de santé et de numérique, d’agenda social et le remercier pour sa disponibilité constante. Et nous nous apprêtons donc à prendre la présidence du Conseil de l’Union européenne à partir du 1er janvier sur les sujets de sécurité de défense, de réforme de Schengen, de relations avec l’Afrique, de modèles européens de croissance et d’investissement conformément à ce que j’ai pu présenter il y a maintenant quelques jours. Nous déclinerons cet agenda au service du collectif et de l’ensemble des 27. Merci beaucoup".


Source https://ue.delegfrance.org, le 4 janvier 2022