Interview de Mme Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement, à France Info le 24 décembre 2021, sur la crise sanitaire, le télétravail et l'impact du Covid-19 Omicron sur l'activité du bâtiment, notamment.

Texte intégral

NICOLAS TEILLARD
Emmanuelle WARGON. Bonjour.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour.

NICOLAS TEILLARD
Ministre déléguée en charge du Logement. Bien difficile de parler d'autre chose que de l'épidémie, en ce jour de réveillon de Noël. Le nombre des contaminations a atteint un record hier encore, c'est particulièrement inquiétant, difficile, cette période de fin d'année et les semaines qui arrivent.

EMMANUELLE WARGON
C'est en tout cas une période de très grande vigilance, dans laquelle notre message est extrêmement simple : vaccinez-vous. Vaccinez-vous pour les doses de rappel, et d'ailleurs ça monte vite, puisqu'on a atteint 20 millions de Français qui ont déjà fait leur 3e rappel. Vaccinez-vous pour les quelques pourcents des Français, un peu moins de 10%, qui ne sont toujours pas vaccinés. Ça progresse quand même un petit peu, puisque maintenant on a à peu près 50 000 premières vaccinations par jour, mais ce serait bien de pouvoir accélérer. C'est la vaccination qui protège le mieux, et nous le savons, la vaccination est efficace, y compris contre Omicron. On sait aussi que, à l'hôpital, les cas graves, en réa, ce sont d'abord, toujours principalement, des personnes non vaccinées ou des personnes avec de très gros facteurs de risques. Donc, la bonne réponse, la seule réponse, c'est la vaccination.

NEÏLA LATROUS
Vous leur dites, à ces non-vaccinés, que c'est un enjeu de solidarité de ne pas engorger les réanimations, les hôpitaux ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord, on leur dit que c'est un enjeu pour leur propre santé. Parce qu'autour de moi, j'imagine autour de tout le monde on commence à avoir des histoires de personnes qui ont toujours refusé la vaccination, et qui maintenant sont malades, y compris avec des formes graves, y compris à l'hôpital, donc c'est d'abord une question personnelle. Et après, c'est aussi un enjeu de solidarité, pour toute la population, en particulier dans une période où on va tous être réunis en famille, entre générations, et où donc voilà le risque de circulation est plus fort. Donc c'est vraiment un message de responsabilité individuelle, pour soi-même, et pour les autres. C'est ça qui est très important.

NICOLAS TEILLARD
C'est compliqué de trouver encore les mots, les arguments, près de 2 ans après le début de la pandémie, près d'un an maintenant pratiquement jour pour jour depuis la 1ère injection qui a eu lieu en France et le début de la campagne de vaccination ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord, on est à un peu plus de 90% de Français vaccinés, donc on est parmi les pays qui ont la meilleure couverture vaccinale, donc malgré tout le discours qui n'est pas que le discours du gouvernement, qui est aussi le discours des scientifiques, des médecins, des pharmaciens, etc., ce discours porte. Ensuite, c'est pour ça qu'on va au Pass vaccinal. A partir de mi-janvier, après le Conseil des ministres de la semaine prochaine et l'examen de la loi au Parlement tout début janvier, le Pass sanitaire se transforme en Pass vaccinal…

NEÏLA LATROUS
A compter du 15 janvier.

EMMANUELLE WARGON
A compter du 15 janvier, pour dire : voilà, si vous n'êtes pas vacciné, il y a des choses que vous ne pourrez plus faire, ça reste une question de responsabilité individuelle, mais c'est une incitation très très forte.

NEÏLA LATROUS
Valérie PECRESSE, la candidate des Républicains à la présidentielle, une proposition : que jusqu'au 10 janvier les tests soient gratuits, pour que tout le monde puisse se faire dépister, et pour pouvoir traquer le virus. Est-ce qu'une candidate d'opposition peut avoir une bonne idée ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, je pense que les candidats d'opposition peuvent avoir de bonnes idées, et les bonnes idées sont toujours bonnes à prendre, mais celle-là moi je trouve que c'est un peu de la polémique ou de la proposition inutile, parce que les tests sont gratuits pour toutes les personnes vaccinées, donc un peu plus de 90% des Français. Ils sont aussi gratuits quand vous êtes cas contact, et donc pour les autres, c'est ceux qui ont longtemps considéré que les tests pouvaient remplacer la vaccination, d'une certaine manière, quand on voulait sortir, aller au restaurant, finalement il suffisait de se faire tester, on n'avait pas besoin de se faire vacciner. Moi je pense que les Républicains devraient être sur la responsabilisation individuelle, ça devrait leur logique, plutôt que d'être toujours un peu à contre temps de ce qu'on fait pour se protéger contre le virus. Donc moi je pense que cette proposition n'est pas une proposition pertinente dans la période.

NICOLAS TEILLARD
J'ajoute simplement les enfants, je crois, dans la gratuité.

EMMANUELLE WARGON
Exactement, et les enfants bien sûr, vous avez raison de le mentionner.

NICOLAS TEILLARD
L'accès aux tests.

EMMANUELLE WARGON
Absolument, les enfants aussi.

NEÏLA LATROUS
Emmanuelle WARGON, cette 5e vague touche aussi le gouvernement, vous avez deux de vos collègues qui ont été testés positifs, Franck RIESTER, ministre délégué au Commerce extérieur, Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre déléguée à l'Industrie. Arrêtez-moi si je me trompe, les deux ont déjà eu le Covid je crois, les deux ont un schéma vaccinal complet. Est-ce qu'ils vont bien, est-ce que vous avez des nouvelles ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, j'ai des nouvelles d'Agnès PANIER, qui va bien, qui est confinée dans le Nord de la France. Ça montre qu'effectivement le Covid touche tout le monde, et ça on le sait. Je ne sais pas où ils en étaient dans leur 3e dose, vous savez tout le monde va à la 3e dose le plus vite possible. En tout cas Agnès va bien, Franck je n'ai pas de nouvelles, mais je crois que les messages sont rassurants aussi.

NEÏLA LATROUS
Et est-ce que ça conduit le gouvernement à réviser sa façon de fonctionner, par exemple vous dans votre cabinet au ministère du Logement vous passez en télétravail intégral à la rentrée ? Comment vous vous réorganisez ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, pour le pays en entier, on souhaite vraiment redévelopper le télétravail à chaque fois que c'est possible, donc plutôt 3 jours par semaine pour tous les emplois qui peuvent être télétravaillés, évidemment on s'applique ça à nous-mêmes, donc on a remis en place plus de télétravail dans les équipes, dans les administrations et dans les cabinets. On ne fait plus de réunion très nombreux, on fait particulièrement attention sur le port du masque, les gestes barrières, les distances, enfin voilà, évidemment on applique comme tout le monde les règles de sécurité.

NICOLAS TEILLARD
Il y aura moins de déplacements du côté des ministres ?

EMMANUELLE WARGON
En tout cas, par exemple quand un ministre se déplace, traditionnellement on fait ce qu'on appelle des déjeuners républicains, quand on est dans un département, ce qui veut dire qu'on propose aux élus de venir à la rencontre du ministre, pour discuter des sujets locaux. Nous avons arrêté ces déjeuners républicains, parce que déjeuner = pas de masque = possibilité de contamination plus importante, donc voilà, typiquement on fait plus attention sur la manière dont on se comporte.

NICOLAS TEILLARD
Je rebondis juste sur le télétravail. On a tardé à inciter, voire à être peut-être plus ferme début décembre sur le télétravail, quand les cas se multipliaient chez tous nos voisins européens, et que nous comptions quelques semaines d'avance, on a fini mi-décembre par dire que ça serait bien d'y revenir et qu'on ferait des tests et des contrôles pour voir si c'était une réalité. Les 1ers résultats c'est qu'en gros on était à 20% en décembre de gens qui prenaient une journée de télétravail par semaine.

EMMANUELLE WARGON
Moi je crois au contraire qu'on s'adapte en permanence et vite. Omicron il a effectivement un gros mois, ce variant au début du mois c'était le tout début, on ne savait pas non plus très bien…

NICOLAS TEILLARD
Mais on anticipe.

EMMANUELLE WARGON
Eh bien en fait on anticipe quand on comprend comment se comportent l'épidémie. Et ce variant il est nouveau, à la fois dans son rythme de contaminations. Maintenant on voit la vitesse à laquelle il se propage, c'était difficile à voir avant. Et il est aussi nouveau dans son caractère contagieux. En fait il a l'air d'être plutôt moins virulent, moins grave que les variants précédents. Ce qui est sûr c'est qu'on est en discussion permanente avec les partenaires sociaux, et c'est cette discussion qui permet de remettre en place du télétravail. On a toujours dit de maintenir le télétravail quand c'était possible, en essayant de trouver le bon équilibre, parce que le télétravail ça peut être difficile aussi pour les salariés, là maintenant nous savons qu'il faut remettre du télétravail 3 jours par semaine, lorsque les postes sont télétravaillables, ça a fait partie des mesures qui nous permettront de passer l'étape qui vient.

NICOLAS TEILLARD
Emmanuelle WARGON, on va parler de l'économie, des conséquences possibles de cette flambée de l'épidémie sur certains secteurs, ce sera juste après le Fil info, un point sur l'essentiel ce matin à 08h40 avec Thomas BENECH.

NICOLAS TEILLARD
Vous avez entendu Thomas BENECH évoquer la situation de la CAPEB, les artisans, le secteur du bâtiment dont le président est positif au virus, il nous l'a dit un peu plus tôt dans la journée sur France Info, qui nous disait surtout à quel point les chantiers étaient déjà perturbés, à quel point il était inquiet pour la reprise au mois de janvier. Ça vous concerne indirectement, il y a énormément d'artisans qui travaillent pour la rénovation des bâtiments, il y a une vraie inquiétude autour de la reprise de l'activité économique à la rentrée après les fêtes ?

EMMANUELLE WARGON
Moi, je voudrais vraiment rassurer là-dessus parce qu'on a été capable de maintenir de l'activité économique pendant toutes les vagues successives en ce qui concerne le bâtiment et d'ailleurs, Jean-Christophe REPON l'a dit, on a un guide fait avec les organisations professionnelles du bâtiment sur comment respecter des mesures de protection, les gestes barrières, le port du masque sur les chantiers, ce qui a permis de rouvrir les chantiers du bâtiment au moment de la première vague et donc on sait appliquer ces consignes et après, il y a la question que le ministre de la Santé a évoquée hier et en particulier hier sur la manière dont on va adapter la doctrine sur les cas contacts.

NICOLAS TEILLARD
Réduire le délai d'isolement ?

EMMANUELLE WARGON
Revoir les règles d'isolement pour les cas contacts, en particulier les contacts Omicron puisque vous parliez de notre capacité à anticiper au début du mois de décembre, nous avions pris des règles très strictes pour l'isolement des personnes qui ont le Covid Omicron en attendant de comprendre comment se comportait cette partie-là du virus, ce variant. Maintenant nous savons que probablement ces règles peuvent être assouplies, c'est ce que nous dit le Conseil scientifique !

NICOLAS TEILLARD
Parce qu'il est moins dangereux ?

EMMANUELLE WARGON
Parce qu'il est moins dangereux, parce que la contagiosité fonctionne différemment, parce que on n'en est plus complètement au moment où on essaie de limiter le fait que le variant se propage puisqu'en fait, il se propage rapidement de toute façon et donc ça, ce sont des annonces qui seront faites la semaine prochaine.

NICOLAS TEILLARD
C'est pour ça ou c'est tout simplement parce que l'économie et l'activité ne va pas tenir avec le nombre de contaminations et de cas contacts qu'on a si on maintient les règles ?

EMMANUELLE WARGON
Non, la priorité du gouvernement, ça je voudrais vraiment le dire de façon très forte, c'est la santé de nos concitoyens. On a toujours privilégié la santé de nos concitoyens. Après, on adapte, on s'ajuste en permanence en fonction de ce que nous savons de l'épidémie et des variants et avec Omicron l'idée de l'isolement très strict des cas contacts, c'était d'essayer d'éviter que ce variant se répande en France, on n'en est plus là puisqu'on sait que c'est 20% des cas il y a quelques jours, probablement déjà la moitié en Ile-de-France qui sera majoritaire d'ici probablement la fin de l'année. Donc ça va nous amener à revoir les règles d'isolement et on sait faire travailler les fonctionnaires, les services publics comme les entreprises privées en période épidémique avec des équipes A, équipes B, avec des règles de protection plus strictes, avec un travail précis sur les repas sur site, on l'a fait à de nombreuses reprises et on saura le refaire et donc d'autant plus que les artisans ont des beaux carnets de commandes, il se trouve que j'ai fait un point avec Jean-Christophe REPON en début de semaine pour discuter de la situation du bâtiment, les carnets de commandes sont remplis et c'est une bonne nouvelle, y compris pour la rénovation énergétique et donc on trouvera la manière de s'adapter pour qu'on puisse faire fonctionner l'économie.

NEILA LATROUS
De ce que je comprends bien, Emmanuelle WARGON vous dites, ce qu'on a vu en 2020, c'est-à-dire l'effondrement des autorisations de construction et des mises en chantier (moins 14,7% pour les constructions, moins 6,9% pour les mises en chantier), ça n'arrivera plus, vous dites : on a désormais le recul nécessaire, on sait faire différemment, c'était un accident. On ne verra pas ça l'année prochaine !

EMMANUELLE WARGON
En 2020, on a tout fermé, en 2020 vous vous souvenez confinement général, arrêt total de l'activité, les chantiers du bâtiment se sont arrêtés. Et puis, en 2020, on a eu les élections municipales et les élections municipales, ce sont les maires qui délivrent les permis de construire et donc en période d'élection, il n'y a plus de permis de construire délivrés, c'est normal, ça se passe comme ça à chaque élection municipale et vous vous souvenez les municipales, elles se sont étalées sur 6 mois en 2020 parce ce qu'on a fait le premier tour et le deuxième tour de façon très décalée. Depuis, les permis de construire se sont redressés, on est de nouveau à un chiffre bon qui est autour de 470 000 permis de construire sur les 12 derniers mois et maintenant, on a appris de notre capacité à travailler dans la continuité, y compris d'ailleurs côté service "permis de construire" puisqu'on est en train de mettre en place la dématérialisation, donc ça concerne les équipes dans les mairies qui octroient …

NEILA LATROUS
Par les services instructeurs !

EMMANUELLE WARGON
…les services instructeurs, les fonctionnaires qui travaillent sur les dossiers de permis de construire, on dématérialise progressivement ; si on dématérialise, c'est plus facile à faire en télétravail que si les dossiers papier sont physiquement à un endroit.

NEILA LATROUS
Mais sur les chantiers, est-ce qu'il ne risque pas de manquer de bras tout simplement ?

EMMANUELLE WARGON
Sur les chantiers, on va réappliquer les protocoles.

NICOLAS TEILLARD
Je rappelle simplement, les artisans, c'est trois salariés en moyenne par entreprise.

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr !

NICOLAS TEILLARD
Quand il en manque deux, c'est compliqué !

EMMANUELLE WARGON
J'ai entendu Jean-Christophe REPON ce matin, on va s'adapter. Evidemment les personnes qui sont malades restent chez elles, c'est la base ; après, pour les cas contacts, on peut imaginer que les règles soient un peu différentes comme aujourd'hui sur le variant Delta. Vous savez qu'aujourd'hui sur le variant Delta, si votre schéma vaccinal est complet et que vous êtes cas contact, vous pouvez continuer à sortir, à travailler en respectant bien les gestes barrières, en gardant bien le masque, en utilisant du gel. Les chantiers sont souvent à l'extérieur, c'est le principe des chantiers et donc ce n'est aussi pas le même genre de risques qu'à l'intérieur et on a su reprendre les chantiers en 2020, on saura les continuer en 2022.

NICOLAS TEILLARD
Emmanuelle WARGON chantier ou non, quel que soit le secteur, est-ce que le "quoi qu'il en coûte" va revenir à la mode à la rentrée si certains secteurs sont clairement en difficulté par rapport à leur activité ?

EMMANUELLE WARGON
Nous avons pris un engagement très simple qui est : ne laisser tomber aucun secteur fermé. Donc vous savez que nous avons fermé les discothèques ; en fermant les discothèques bien sûr, on les indemnise sur la base de ce que nous avons fait précédemment. Quand des entreprises sont obligées de fermer parce que effondrement du chiffre d'affaires ou fermeture pour cause de Covid, nous indemnisons. Donc ce sera moins massif puisque je ne crois vraiment pas que l'économie va s'arrêter et je voudrais vraiment vous rassurer ce matin sur ce sujet, ça sera moins massif mais pour les secteurs concernés, on voit bien les traiteurs par exemple, on annule beaucoup d'événements, on annule les vœux de début d'année, les grands événements ne se tiennent plus, les traiteurs sont évidemment impacté par ça. Donc eux sont seront soutenus par le gouvernement.

NICOLAS TEILLARD
Traiteurs qui ne sont pas les plus satisfaits par les annonces qui ont été faites de soutien pour le moment pour le coup !

EMMANUELLE WARGON
Le travail va continuer entre le ministère de l'Economie et les secteurs concernés mais en tout cas, on sera au rendez-vous pour les secteurs qui sont concernés.

NEILA LATROUS
Emmanuelle WARGON, au Covid s'ajoute l'explosion des prix de l'électricité avec des prévisions alarmistes pour le mois de février, jusqu'à 1 000 euros le mégawatheure, 10 fois plus qu'en septembre, c'est des prévisions. Le prix de la matière première augmente aussi, ça se ressent quand on fait les courses, ça se ressent un peu partout sur le pouvoir d'achat et résultat, les Français piochent dans leur bas de laine, dans leur Livret A notamment qui sert à financer le logement social. Est-ce que malgré tout l'objectif de 250 000 logements sociaux en deux ans sera tenu ?

EMMANUELLE WARGON
Alors sur la partie énergie d'abord, je voudrais vraiment rappeler qu'on a pris une décision très forte pour le pouvoir d'achat des Français …

NEILA LATROUS
Qui est de bloquer à 4%.

EMMANUELLE WARGON
Qui est de bloquer les prix du gaz au niveau d'octobre dernier, donc les prix du gaz n'augmentent plus depuis le 1er octobre alors qu'ils augmentent sur le marché international.

NICOLAS TEILLARD
Bouclier tarifaire !

EMMANUELLE WARGON
Bouclier tarifaire et de bloquer à 4% l'augmentation de l'électricité. Donc ça, c'est une très belle mesure de soutien au pouvoir d'achat des Français parce que nous les protégeons de cette augmentation très forte du prix international de l'énergie et on a ajouté à ça un chèque énergie supplémentaire de 100 euros et l'indemnité inflation, elle aussi, 100 euros pour beaucoup de ménages.

NICOLAS TEILLARD
Ce qui vous vaut d'être accusé de vider les caisses pour faire simple parce que …

EMMANUELLE WARGON
Il faudrait savoir si on veut protéger les Français ou il faudrait savoir ce qu'on veut. Donc là nous, nous avons fait un choix de protéger les Français face à la hausse de l'énergie et face à la hausse des prix. Après pour le logement social, on a largement de quoi, avec le Livret A actuel, financer nos besoins en logement social. Ce qui est difficile pour que le logement social finisse de repartir, c'est de valider des projets. Nous avons dit 250 000 logements sociaux en deux ans, 2021 et 2022. Les chiffres de 2021, on les a toujours au tout début d'année prochaine, donc c'est encore trop tôt pour vous dire, on sera au-dessus de 100 000, je ne suis pas sûre qu'on sera à 120 000 mais ce n'est pas un problème d'argent, c'est plutôt un problème de capacité à valider des projets, d'acceptabilité et de validation par les élus locaux. Et c'est toujours le même appel aux maires pour continuer à valider des projets de construction parce que nous en avons besoin et là où vous avez raison, c'est que le logement, c'est la première priorité des Français budgétairement, c'est leur premier poste de dépenses. Et on a besoin de logements abordables pour les classes moyennes, logement social et tout un tas d'autres types de logements abordables.

NICOLAS TEILLARD
On en parle en détail, on parlera pouvoir d'achat, salaires aussi juste après le fil info à 10 minutes de 09h00 avec Thomas BENECH.

NICOLAS TEILLARD
Et la ministre déléguée en charge du Logement, Emmanuelle WARGON. Vous citiez à l'instant le fait que le logement soit la première priorité budgétaire des Français, c'est bien souvent un tiers de l'argent qu'on possède qui part dans son logement, et pourtant il est si difficile d'imposer la question du logement dans le débat politique, quand parfois le prix du litre d'essence occupe l'actualité pendant un mois. Pourquoi c'est compliqué, pourquoi ces questions-là les ministres qui se succèdent, vous-même, n'arrivez pas à en faire un thème majeur de l'actualité, des sujets même qui vont occuper la prochaine présidentielle ?

EMMANUELLE WARGON
Eh bien d'abord, moi j'en parle tous les jours par définition, parce que j'y crois. Peut-être aussi qu'il faut qu'on arrive à montrer qu'on peut faire quelque chose sur le sujet du logement. Il y a peut-être l'impression que finalement il y a une sorte de défaitisme sur notre capacité à répondre vraiment au sujet du logement. Et on parlait de logement social, il faut beaucoup de volontarisme pour continuer à produire du logement social. Je voudrais aussi redire un mot d'une aide fiscale qui s'appelle Louer abordable, parce qu'elle démarre l'année prochaine, et c'est une réponse très concrète pour le logement des classes moyennes, puisque ça incite des propriétaires privés à louer moins cher, aux Français dont les ressources sont en dessous d'un certain plafond, et ce sera un plafond qui va concerner 70/80% des Français, et en louant moins cher, ces propriétaires ont un avantage fiscal.

NEÏLA LATROUS
Louer moins cher que les prix du marché ?

EMMANUELLE WARGON
Louer moins cher que les prix du marché, c'est soit - 15%, soit - 30% que les prix réels du marché, on part des Observatoires des loyers, on a maintenant des Observatoires des loyers presque partout, donc on connaît les loyers de marché. Et en gros, un propriétaire qui dit : j'accepte de louer, soit 15%, soit 30% moins cher que les loyers du marché, a en fait une aide fiscale qui compense son manque à gagner. Donc moi j'appelle ça l'amendement Coluche du logement, parce que d'une certaine manière, c'est un acte de générosité ou de solidarité de la part du propriétaire, mais qui est compensée par la fiscalité.

NEÏLA LATROUS
Ça ne lui coûtera rien, puisque la fiscalité lui compense…

EMMANUELLE WARGON
La fiscalité compense. C'est soit neutre, soit légèrement positif, dans les cas les plus favorables ça peut aller jusqu'à un gain net de l'équivalent de un mois, un mois et demi de loyer par an. Donc c'est intéressant.

NICOLAS TEILLARD
Parce que l'encadrement, ça ne marche pas ?

EMMANUELLE WARGON
C'est complémentaire. Moi je suis favorable à l'encadrement des loyers, parce que dans la situation dans laquelle nous sommes, nous avons besoin de protéger les Français de l'augmentation du prix des loyers, c'est ce qu'on disait sur l'augmentation des prix de l'énergie. Donc cet encadrement des loyers, il a démarré à Paris et à Lille…

NICOLAS TEILLARD
… à contrôler et à…

EMMANUELLE WARGON
Il a démarré à Paris et à Lille, il démarre dans d'autres villes, et dans la loi qui est en fin d'adoption au Parlement, la loi décentralisation, on va permettre à d'autres collectivités de candidater. On va faire une 2e chose, c'est-à-dire qu'on va rendre obligatoire sur toutes les annonces immobilières, des professionnels et des particuliers, la mention du loyer plafond. Parce que pour le contrôler, encore faut-il savoir que ça existe, et donc dans toutes les villes où il y a un encadrement des loyers, désormais début de l'année prochaine les annonces devront forcément dire : pour tel bien, le loyer plafonné est à temps, et donc vous verrez le loyer de l'annonce par rapport au loyer maximum.

NEÏLA LATROUS
Et l'autre nouveauté c'est que les villes vont pouvoir sanctionner elles-mêmes les propriétaires récalcitrants, ce ne sera plus le préfet.

EMMANUELLE WARGON
Exactement.

NEÏLA LATROUS
Vous comptez sur ça pour qu'il y ait plus de sanctions aussi, contre les propriétaires qui ne jouent pas le jeu ?

EMMANUELLE WARGON
Je trouve que c'est important, évidemment, de faire appliquer la loi, parce que par définition faire une loi c'est bien, et la faire appliquer ces mieux. Et donc certaines villes nous ont demandé à pouvoir avoir le pouvoir de sanction, d'application de la sanction, et nous avons dit oui à l'Assemblée.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce que ça peut aller vite ? Parce que dans la vie réelle, quand on cherche un logement, parfois on a 3 jours, une semaine, 2 semaines, pas forcément le temps de rentrer dans un contentieux, de faire des démarches avant, pour trouver un toit.

EMMANUELLE WARGON
Oui, bien sûr, mais c'est pour ça que si les loyers plafonnés sont sur le montant des annonces, vous allez savoir que cet appartement, dont le loyer proposé par le propriétaire est, mettons, de 800 €, en fait le plafonnement des loyers dans la zone c'est 650, et donc ça va vous mettre la puce à l'oreille en vous disant : eh bien comment il peut proposer 800, alors que ses 650 ? Et il est toujours possible de faire un recours après. C'est-à-dire, si vous avez signé un bail, et que…

NICOLAS TEILLARD
En cherchant, qu'est-ce qui va changer quand on cherche ?

EMMANUELLE WARGON
Ce qui va changer, c'est que sur l'annonce immobilière, vous aurez le montant maximal exigible pour l'appartement.

NICOLAS TEILLARD
Ça sera obligatoire ça, de l'inscrire.

EMMANUELLE WARGON
Ça sera obligatoire. C'est cette loi qui vient de passer à l'Assemblée…

NICOLAS TEILLARD
Pas de respect de ça, pas de location possible.

EMMANUELLE WARGON
Eh bien, après c'est les annonces qui rendent ça obligatoire, donc après c'est dans la discussion entre le propriétaire et le locataire, mais ça donne au propriétaire et surtout au locataire de pouvoir de discuter avec le propriétaire.

NEÏLA LATROUS
Une question un peu technique : est-ce que les loyers vont augmenter ? Il y a un indice de référence qui dit aux propriétaires quelle augmentation ils peuvent exiger d'une année à une autre. C'est indexé sur l'inflation cet indice, c'est-à-dire que mécaniquement les loyers coûteront plus cher l'année prochaine.

EMMANUELLE WARGON
Eh bien là c'est une formule de calcul qu'on va regarder au début de l'année prochaine, donc c'est difficile de vous répondre, parce que ça va…

NEÏLA LATROUS
C'est une formule, juste automatique ou politique ? C'est-à-dire, est-ce que vous pouvez bloquer l'indice ?

EMMANUELLE WARGON
Je crois que c'est une formule automatique.

NEÏLA LATROUS
D'accord. Donc a priori…

EMMANUELLE WARGON
A priori ça suivra soit l'inflation, soit l'anticipation de l'inflation.

NICOLAS TEILLARD
Payer son loyer ou rembourser son prêt, ça demande bien souvent un salaire, est-ce que vous plaidez, vous, pour une augmentation des salaires ?

EMMANUELLE WARGON
En tout cas, moi je plaide pour que les négociations de branches…

NICOLAS TEILLARD
Politiquement, et auprès de votre président aussi.

NEÏLA LATROUS
Parce qu'on rappelle que vous êtes aussi présidente du Conseil national de Territoires de progrès, qui est présenté comme l'aile gauche de la Macronie.

EMMANUELLE WARGON
Oui, tout à fait, moi je suis présidente…

NICOLAS TEILLARD
Et qu'il y a une campagne qui arrive.

EMMANUELLE WARGON
… du Conseil national de Territoires de progrès, qui est le parti dans la majorité présidentielle, qui regroupe les personnes qui ont une sensibilité de gauche ou viennent de la gauche, et qui défendent dans cette majorité ses valeurs, et qui défendent aussi le fait qu'en réalité la gauche de gouvernement nous considérons que c'est nous au sens où l'action de ce gouvernement était aussi très portée par ces sujets-là.

NICOLAS TEILLARD
Vous vous y sentez seule ?

EMMANUELLE WARGON
Non, je ne m'y sens pas seule du tout, j'y suis avec Olivier DUSSOPT, avec de nombreux ministres, je pense à Elisabeth BORNE, à Agnès PANIER dont on parlait tout à l'heure, mais en tout cas pour les salaires, ce qui est important c'est que les négociations de branches aient lieu. On a vu que quand on veut, c'est possible, je pense à l'hôtellerie restauration par exemple.

NEÏLA LATROUS
On va prendre encore quelques secondes pour parler de l'hébergement d'urgence. Vague de froid, vous ouvrez plus de places ?

EMMANUELLE WARGON
On continue à ouvrir des places, et moi je voudrais saluer les bénévoles, les associations et leurs salariés, les travailleurs sociaux qui sont sur le pont 24/24, les maraudes, avec une pensée en ce 24 décembre, pour tous ceux qui travaillent, la continuité des services publics, ces travailleurs sociaux, évidemment les soignants, les policiers, tous ceux qui font fonctionner les services publics essentiels, et tous ceux qui vont être isolés pendant les fêtes, soit à cause du Covid, soit simplement parce qu'ils le sont, et bien sûr les personnes en précarité, et je voudrais vraiment leur adresser mes meilleurs vœux de joyeux Noël et de bonnes fêtes.

NICOLAS TEILLARD
Et pas de trêve dans ces cas-là.

EMMANUELLE WARGON
Pas de trêve dans ces cas-là, sur le pont 24/24.


source : Service d'information du Gouvernement, le 29 décembre 2021