Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, sur les priorités de la présidence française de l'Union européenne en matière économique, à Bruxelles le 17 janvier 2022.

Intervenant(s) :

  • Bruno Le Maire - Ministre de l'économie, des finances et de la relance

Circonstance : Arrivée à la réunion de l'Eurogroupe

Prononcé le

Texte intégral

M. Bruno Le Maire : "Bonjour à tous. Je suis très heureux d'être à Bruxelles aujourd'hui avec mon ami Paschal Donohoe. Nous voulions, Paschal et moi, lancer un signal très clair de coopération étroite et amicale entre l'Eurogroupe dont il assure la Présidence avec beaucoup de talents depuis maintenant plusieurs mois et le Conseil des ministres de l'économie er des Finances dont j'assurerai la présidence pour les 6 mois à venir.

Alors quelles sont nos priorités ?

La première des priorités, le président de la République a eu l'occasion de s'exprimer sur ce sujet, c'est de bâtir une nouvelle prospérité européenne. L'Europe a réussi à affronter la crise économique avec beaucoup de solidarité et beaucoup de force, elle a évité des dizaines de milliers de faillites, elle a évité une vague de licenciements, une vague de chômage, c'est un grand succès pour l'Europe. L'Europe a réussi également grâce à notre travail en commun à avoir une relance économique puissante et un niveau de croissance très satisfaisant partout en Europe. Maintenant, il est temps au moment où nous sortons de cette crise économique de bâtir cette nouvelle prospérité européenne avec plus d'investissements, avec plus de justice, avec plus d'innovation. C'est ça cette nouvelle prospérité européenne qui nous tient à coeur et qui doit bénéficier non pas à une minorité de citoyens mais à tous les citoyens européens sans exception.

Ça suppose, puisqu'on parle de justice, que nous puissions aboutir sur la taxation internationale. Vous savez que ça a toujours été au coeur des ambitions françaises. Nous faisons de l'aboutissement des règles fiscales internationales une des priorités de la Présidence française de l'Union européenne, que ce soit sur le pilier 1 ou évidemment sur le pilier 2, où il y a un projet de directive qui va être discuté. Nous mettrons toute notre énergie à aboutir sur la taxation minimale et à ce que cette directive soit concrètement adoptée sous Présidence française de l'Union européenne. Nous nous sommes battus pour cette taxation minimale. Le texte est prêt. Il est en discussion. Nous souhaitons qu'il soit adopté sous Présidence française de l'Union européenne.

Enfin, le troisième sujet qui va être un vrai sujet de coopération avec Paschal, c'est l'union bancaire et l'union des marchés de capitaux. Si vous voulez bâtir cette nouvelle prospérité européenne, nous allons avoir besoin de beaucoup d'investissements et en particulier d'investissements dans la transition écologique et d'investissement dans les nouvelles technologies. Si nous voulons avoir beaucoup d'investissements, il faut un système financier plus efficace, plus solide, c'est l'objectif de l'union bancaire, c'est l'objectif de l'union des marchés de capitaux. Alors nous ne sous-estimons pas, avec Paschal Donohue, les difficultés techniques, nous savons qu'il y a encore beaucoup de blocages sur la voie de l'union bancaire mais je pense qu'il est temps désormais d'avoir des banques européennes plus fortes, plus solides, capables de répondre à ces besoins d'investissement, c'est l'objectif de l'Union bancaire et Paschal Donohoe a tout notre soutien en la matière.


Q - Do you think you can achieve this new economic landscape with your new German colleague ?

M. Bruno Le Maire  : Ah mais j'en suis convaincu. Regardez ce que nous avons réussi à faire. Nous avons avec l'Allemagne accompli des choses très importantes au cours des deux dernières années. Nous avons trouvé un accord sur l'émission de dettes en commun, nous avons trouvé un accord sur la relance. Nous avons trouvé un accord sur une nouvelle politique industrielle avec des investissements en commun, notamment sur les batteries électriques. Ce qui a été accompli entre la France et l'Allemagne au cours des deux dernières années est spectaculaire et je pèse mes mots. C'est spectaculaire. C'est des vrais changements dans l'idée que nous nous faisons de la construction européenne et du modèle européen. Je suis convaincu que nous allons parvenir exactement à la même chose avec mon ami, Christian Lindner, sur ce nouveau modèle de prospérité européen. Il faut plus de prospérité pour l'Europe, il n'y a aucune raison que l'Union européenne ait un niveau de croissance de 1,2-1,3% quand les Etats-Unis sont à 2,5%. Il faut plus de croissance, plus durable et une croissance pour tous et ça je crois que ça peut être un objectif partagé avec nos amis allemands et avec tous nos amis européens.

Q - How do you feel now that you're a literary inspiration for the new Houellebecq ? Do you recognize yourself in the best finance minister in decades ?

M. Bruno Le Maire : Paschal et moi nous avons un point en commun, nous adorons la littérature. Donc la littérature, c'est la littérature et la politique, c'est la politique. Moi, je ne suis pas un personnage de fiction, je suis un ministre de l'économie et des finances en exercice qui essaie de faire le mieux possible son travail.

Q - Concernant les règles pour les dettes, qu'est-ce que vous attendez de votre collègue allemand ?

M. Bruno Le Maire : Nous avons déjà eu beaucoup de discussions avec Christian quand il est venu à Paris sur le pacte de stabilité et de croissance. Je voudrais juste rappeler des choses simples la première chose, c'est qu'il faut un pacte. Je l'ai dit ce matin à la presse européenne : il faut des règles communes, vous ne pouvez pas avoir une zone euro s'il n'y a pas des règles communes respectées par tous. Et je pense que c'est un point d'accord entre nous.

Ensuite, ça doit être un pacte d'abord de croissance, j'inverserai les choses, la croissance vient avant la stabilité. La croissance, une croissance durable, une croissance juste est indispensable pour tous les citoyens européens et donc il faut se demander comment est-ce que nous avons un meilleur niveau de croissance. Quels investissements il faut faire pour avoir plus de croissance et une croissance plus verte ? Et puis un pacte qui doit aussi être de stabilité ce qui veut dire que chaque Etat doit s'engager sur le respect d'un certain nombre de règles de façon à ce que la croissance soit durable et que l'unité de la zone euro puisse être préservée. Je crois que sur ces bases là nous pourrons avoir des discussions constructives.

Et voyez bien que j'aborde cette Présidence française de l'Union européenne avec beaucoup de détermination mais le souci aussi d'écouter tous les autres États européens et d'être le plus constructif possible. Nous sommes au début d'une nouvelle ère au sortir de cette crise et l'Europe sera puissante si chacun écoute les autres et si nous bâtissons un projet commun".


Source https://ue.delegfrance.org, le 18 janvier 2022